mardi 7 juillet 2009

Meet the decline ?

Day 39

Aucun historien ne contredira cette affirmation : le poker moderne a atteint son pic en 2006, trois ans après la victoire de Chris Moneymaker qui avait déclenché la vague. C'est l'été de cette année-là que le tournoi principal des Championnat du Monde a vu sa participation atteindre le point le plus haut de son histoire, avec 8,773 participants, dont un bon 40% de qualifiés en ligne, et un joli paquet de pigeons. C'est l'année où chacun des sites de jeu majeurs était présents au Rio, rivalisant d'ingéniosité pour attirer le chaland. Chacun avait son stand, son salon privé, sa grosse soirée dans un night-club, d'où l'on repartait invariablement avec sous le bras un t-shirt, un tapis de souris, un autographe de Chris Ferguson, un paquet de bonbon et code bonus de premier dépôt à 100%. C'est l'année où joueurs, touristes et spectateurs congestionnaient quotidiennement les couloirs du centre de convention. Les gens attendaient jusqu'à une heure devant les portes pour pouvoir rentrer et observer leus idoles. C'est l'année où les médias étaient présents par centaines, couvrant l'épreuve dans des dizaines de langages différents. Il n'y avait jamais eu autant d'argent injecté dans l'économie du poker. On se marchait dessus entre les tables, des bastons éclataient parfois. La salle de presse sentait le zoo, j'y ai vu des collègues dormir sous les tables pendant les pauses. C'est l'année où l'ambiance de fête et de cirque était permanente, avec des joueurs déguisés, des personnalités faisant le spectacle pour les caméras, des histoires de partout. Merde, ils avaient même essayé d'inscrire un singe au Main Event. C'est l'année où j'ai couvert les World Series of Poker pour la première fois.

Trois ans plus tard, la noce est consommée, et toute l'industrie se réveille avec la gueule de bois. L'âge d'or est terminé depuis longtemps. Facteur principal : le vote de l'UEGIA aux Etats-Unis en octobre 2006, trois mois après la victoire de Jamie Gold. Une loi anti jeu en ligne ayant forcé hors du marché tous les sites de jeu côtés en Bourse, ne laissant en place que quelques sociétés d'actionnariat privé. En 2007 et 2008, la participation au Main Event a brutalement chuté, pour osciller autour de 6,500 joueurs. Et, au moment où j'écris ces lignes, les chiffres officiels pour 2009 sont tombés : 6,494 joueurs. En fait, si j'emploie le mot « déclin » assorti d'un point d'interrogation dans le titre de ce blog, le mot « stagnation » serait somme toute plus approprié. Après tout, toutes les éditions des WSOP post-2006 ont attiré un nombre constant de joueurs. Les donkaments continuent d'afficher complet. Alors, pourquoi je me fais du souci ?

Je vais préciser ma pensée : les joueurs sont encore là pour remplir les tournois et garder des fields de bonne taille, mais pas les spectateurs. Les fans. Les joueurs occasionnels. Où sont-ils ? C'est comme si, petit à petit, ce milieu qui s'est tellement ouvert entre 2003 et 2006 était en train de se refermer. Demandez à n'importe quel pro aguerri : les parties sont des plus en plus dures. Les pigeons ont compris qu'ils n'avaient rien à gagner, et ont quitté le navire. De mon point de vue d'observateur, je le constate fort bien : les fans qui inondaient chaque jour les allées du Rio en 2006 ont peu a peu disparu durant les trois années qui ont suivi. L'UEGIA ne va pas expliquer à elle seule l'essoufflement de l'industrie du poker. L'intérêt des fans s'est émoussé. Les retransmissions télévisées ne font plus recette. Et combien de fois ces quatre dernières semaines ais-je pu observer le triste spectacle de gradins désertés durant des finales pourtant passionnantes ? Les gens se sont lassés, tout simplement, ne laissant qu'un noyau dur de fans encore vivace. Moins de fans, c'est moins de joueurs récréationnels. Moins de joueurs récréationnels, c'est moins de donkeys chattant un satellite à 30 dollars sur PokerStars. Et donc moins de Chris Moneymaker en puissance. Il n'y a qu'à voir les résultats des WSOP cette année : que des pros, et quatre ou cinq amateurs. Le poker se professionnalise de plus en plus, ce qui n'augure rien de bon pour sa santé financière. Tautologie : l'argent des gagnants provient des poches des perdants. Si ces derniers s'en vont, qu'adviendra t-il des premiers ? Réponse : on reviendra au début des années 90, où une cinquantaine de pros américains se battaient en duel, et tout le monde se foutait pas mal du poker.

Je ne sais pas trop où je veux en venir... Je n'ai plus les idées très claires à ce stade des WSOP. Et je m'apprête à devenir encore plus cryptique. On est une dans une sorte de creux, disons. La confusion règne. Je me pose des questions sur l'avenir de mon métier – un métier précaire, finalement, exercé par au maximum une quinzaine de personnes en France, la plupart payées au lance-pierres. Je ne veux pas sonner trop pessimiste, mais reste que je me pose la question en permanence : combien de temps cela va durer ? Je sais que le poker a encore de beaux jours devant lui en Europe, avec des tournois de plus en plus beaux, et toujours plus de joueurs. Mais de manière générale, l'Europe suit invariablement l'Amérique, toujours avec un train de retard. Ceci dit, si cette industrie a connu de nombreux hauts et bas en Amérique, elle n'a jamais complètement disparu. L'ouverture du marché en France, si elle bien réalisée – on est mal barré, pour le moment – pourrait pousser l'industrie encore plus haut. Et certains, comme Greg Raymer, prédisent 10,000 joueurs au Main Event 2010 si le marché américain est d'ici là régulé et légalisé par Barrack Obama.

J'imagine que le fond de la question que je me pose, c'est : la mode du poker est-elle impérissable ? Pourquoi plus personne n'écoute la Lambada ?

Bref... C'est le genre de trucs qui me passaient par la tête en ce 4 juillet, jour où l'on fête l'indépendance de la nation américaine. Seulement 873 joueurs s'étaient pointé dans l'Amazon Room pour le Day 1B. Le plus petit « Day 1 » de l'histoire des WSOP depuis la victoire de Chris Moneymaker. Comme j'allais m'en rendre compte lors des deux journées suivantes, cette désaffection avait surtout à voir avec le fait qu'il s'agissait d'un jour férié traditionnellement réservé aux barbecues et feu d'artifice en famille. Les joueurs sont encore là. On était pas au bout de nos surprises.

Le Day 1B du Main Event sur Winamax



Johny001 montre As-Roi durant le Day 1B


Kara Scott

14 commentaires:

shok a dit…

"Chorando se foi quem um dia so me fez choraaaaaaaar"

mon dieu qu'il a du skill/chatte sbrugby ...

Anonyme a dit…

Je voulais juste te dire merci pour ton blog car en plus du reportage sur WAM, c'est un régal de venir ici se détendre à lire tes repports et de te suivre dans tes hauts et bas et ton humeur du jour....

Vraiment très sympa de faire partager ça et pour nous au taf ça fait de bien durant une pause de venir faire nos voyeurs ici... lol

Bon courage pour les days restant et ne change rien.

FrenshDany

Anonyme a dit…

t'es vraiment devenu une machine à gémir. mon taf il est trop dur, chui vraiment trop fatigué, je vais bientot etre au chomage, j'en ai marre des hotels mais va ramasser les poubelles à 5h du mat et au moins t'auras une raison de te plaindre.
putain c'est juste pathétique.

Benjo a dit…

Ce qui est pathétique c'est les commentaires anonymes comme le tien.

Je suis ici chez moi, donc si tu permets je vais continuer de me plaindre comme j'en ai envie. Et si t'es pas content c'est le même prix.

malouito a dit…

Benjo continue de râler steplé steplé steplé...

Moi c'est pour ça que j'adore ton blog, ça nous change des daubes habituelles.

Jean-Phi a dit…

Benjo,
ne penses-tu pas que les random ou touristes prennent plutôt le parti de jouer les donkaments à 1500 ou 1000 dollars plutôt que de rester derrière les barrières ou de jouer en cash game?
Ils préferents peut-être faire 4 ou 5 tournois plus petit plutôt que de faire le ME.
Par ailleurs avec les 100 ou 1000 joueurs non inscrits au day 1D, on dépassent le nombres de 2008, non? Donc je ne suis pas sur que le déclin soit arrivé sur la planète poker. Mais je ne base que sur les chiffres et pas sur le ressenti de Végas ou ton expérience sur le circuit bien sûr.

Sinon merci de nous faire partager ton état d'esprit et chapeau pour les reportages sur winamax. Le mix entre twitter et articles est génial même s'il doit te bouffer bcp de temps et d'énergie.

D8 a dit…

Qu'est ce qu'elle est jolie Kara Scott! (tu me diras que si tu l'as photographiée elle c'est pas pour rien...). A ce propos, est ce que tu peux nous donner, selon toi (c'est donc subjectif), avec photos à l'appui, le top 3 du poker!?
Moi ma preferee est Shanon Elisabeth.. La hollandaise que t'avais mis en photo sur le blog de Winamax (ou le tien je ne sais plus) durant l'event ladies est bien jolie aussi..!

CelticTouch a dit…

surprenant comme les commentaires les plus débiles sont toujours anonymes...

Un grand merci Benjo pour ce blog. Plus le temps passe et plus je me demande si ce que je préfère dans le poker n'est pas ce qui se passe autour du poker...L'état d'esprit, les anecdotes, les autres... Et là, tu restes le meilleur pour le décrire.

Dr. Pauly a dit…

I love it how these anonymous Frenchdonks trash Benjo in his comments. The kid writes here for free and shares his thoughts (both good and bad and depressing, mostly depressing) but he does it because he loves to write and tell everyone about the hard life in Las Vegas. It's not easy. You try it and I guarantee, you'll quit after Day 1 and cry your eyes out like a little baby and jump on the next flight back to Charles de Gaulle airport.

ericM a dit…

Bonjour,

Je lis benjo depuis ces débuts !

C'est vrai que le ton de benjo est souvent tres sombre.. Avec lui on peut rentrer facilment en déprime..
Mais a son honneur cest son style, c'est ainsi..
Ca tranche.. C'est bien..
Meme si on aimerait avoir un peu plus de verdure..
Par contre j'en ai marre que l'on emploit le mot donkament ..
Ce sont avant tout des personnes qui veulent participer a un tournoi a leur niveau avec leurs moyens. 1500 dollars c'est deja une somme.. (1 fois le salaire moyen en france)
Et tout le monde n'a pas la chance d'etre sponsorisé , soit grace a son joli minois, sa geule, ses resultats d'un jour ou que sais je ..
car entre le premier groupe et le second, je ne sais pas qui est finalement le donk, et qui tirent les ficelles..
Bref un peu de respect pour les gens qui veulent s'amuser un petit peu a un tournoi que ce soit en france ou a vegas..
tout le monde n' a pas d'immenses moyens, et peut etre que ceux qui en ont le moins sont tout aussi respectables que les premiers, si ce n'est + .. qui sait
Désolé detre un peu rébarbatif.. :-)
ericM

Benjo a dit…

Dans mon langage, le terme "donkament" n'a absolument rien de péjoratif envers les participants... C'est juste un terme décrivant des tournois 1/ les moins chers des WSOP 2/ à la structure rapide. Le mot résume bien l'ambiance qui y règne. Beaucoup de sortants, beaucoup de joueurs...

psg boy a dit…

Tu sais Benjo, aujourd'hui à part la fonction publique, j'voies pas trop quel job n'est pas précaire... J'y connais pas grand chose ( enfin un ptit peu ), mais t'as l'air taffeur, et t'as un talent immense, j'suis clairement pas inquiet pour toi... D'ailleurs, je trouve que tu serais parfaitement légitime pour commenter les tournois à la télé... J'avais beaucoup aimé ce que t'avais lors des diffs des E.P.T sur pokerstars.

Anonyme a dit…

Et encore, la fonction publique ca devient plus terrible... Mais ce qu'il faut pour durer, tu l'as : DU TALENT !!!

Anonyme a dit…

Merci d'avoir un blog interessant