mercredi 5 août 2009

Honor Roll

Point de trêve estivale dans l'industrie du poker. Certes, les WSOP sont en pause avant le grand final de novembre, et la saison européenne va reprendre dans deux semaines à peine, avec le départ de la sixième saison de l'European Poker Tour à Kiev, en remplacement de l'étape moscovite, annulée de fait par une décision législative rendant le poker illégal sur la quasi-totalité du territoire russe.

Mais pendant ce temps, beaucoup de remue ménage en coulisses. Dans cette industrie encore jeune, loin d'être arrivée à maturité, le turn-over est important, tout du moins au niveau auquel j'évolue – la base. Des emplois se créent aussi vite que d'autres disparaissent, de nouvelles têtes se pointent pour remplacer les « anciens ». Si je me replonge dans une salle de presse typique d'un EPT en 2006, soit il y a seulement trois ans, je pourrais compter sur les doigts de la main ceux qui sont encore présents sur le circuit aujourd'hui. Certains n'étaient que de passage, s'en allant pour ne plus jamais revenir, trouvant l'herbe plus verte ailleurs. D'autres grimpent les échelons pour occuper des postes à responsabilité. Il y a ceux qui bondissent de boîte en boîte, soit parce que leurs talents sont activement recherchés par les chasseurs de têtes, ou au contraire parce que leur incompétence dissimulée derrière un savant baratin ne leur permet guère de faire illusion plus de quelques mois dans une compagnie donnée.

Et puis il a le nerf de la guerre : le pognon, qu'on ne trouve quasiment que dans les salles de jeu en ligne. Hors de ces quelques riches sociétés disposant d'une pompe à fric apparemment inépuisable, difficile de se faire une place rentable dans l'industrie du poker, en particulier dans le secteur de l'information. Les médias en général s'écroulent un peu partout, la presse papier et web sont en danger : il n'y a pas de raison que notre milieu y échappe, hors de quelques sites et magazines bénéficiant de partenariats puissants avec les géants du secteur - remettant fortement en cause leur indépendance, mais je m'engage sur un terrain glissant. Pour les autres, les budgets sont rachitiques, et la poignée sites indépendants qui traînent par-ci par-là sont composés de passionnés travaillant la plupart pour pas un rond, ou presque (je le sais, j'en fis partie il y a un temps), ce qui ne facilite pas les vocations.

Mais je sens que je m'égare. Revenons au sujet. Ces derniers jours, j'ai accueilli en cascade les nouvelles de changements d'orientations de plusieurs de mes amis dans l'industrie, certains que je considère comme très proches. Des gens qui vont quitter des postes qu'ils occupaient depuis longtemps avec brio. Pour certains, le changement n'était pas voulu.

Après trois années durant lesquelles il s'est affirmé comme l'un des journalistes les plus talentueux du milieu, Owen Laukkanen quitte son poste de reporter pour PokerListings. Que dire ? Il va me manquer, le bougre. J'ai rencontré le canadien sur ses terres en octobre 2006, quand j'ai couvert l'étape WPT des Chutes du Niagara pour PokerRoom. Notre amitié s'est crée au cours d'innombrables tournois couverts ensemble, de Las Vegas à Prague, en passant par Monte Carlo, Dortmund, Dublin, Londres et les Bahamas. C'est marrant, on habite à des milliers de kilomètres l'un de l'autre, et pourtant on est devenus des amis fidèles, arrivant par miracle à se voir régulièrement, jamais au même endroit, et surtout pas à la maison. J'ai partagé avec Owen d'innombrables moments de vie qui resteront gravés, côte à côte en salle de presse, sur les gradins des tables finales, dans les bars tard le soir après les parties, dans les halls de bowling, dans les soirées d'avant-tournoi, d'après-tournoi, de pendant-tournoi aussi. Un ami, un vrai, avec qui j'ai confié des choses que je n'avais jamais dit à personne, qui m'a toujours soutenu dans les moments de tilt. Ses plans pour les prochains mois ? S'enfermer, et écrire. Même si j'arriverai sans doute à le croiser de temps à autre (Owen va surement encore occuper une petite position en freelance dans la boîte), les choses ne seront plus les mêmes, comme il l'a expliqué sur son blog dans un post qui m'a donné à réflechir sur mon propre futur :

I've taken my steady supply of disposable income for granted. As of this moment, I'm going to have to learn to budget again.

Moreover, I've taken it for granted that I'll be on a plane every few days, that I'll be posted up in a different hotel every week, that I'll accumulate passport stamps like lucky pennies and that I'll catch up with my international friends on a monthly basis.

I feel like I'm walking away from a really fun club, where my friends will continue to make good money travelling the world, partying, goofing off, writing and having won the big kahuna of job lotteries for slackers with arts degrees. I'm a bit jealous that my friends are going to Moscow and Barcelona in the coming weeks. I'm more than a bit sad because the chances are slim that I'll see my European friends like Benjo, Wee Man and Mad with any regularity, and because no matter how earnest your intentions may be about keeping in touch, it's just never the same when you've stopped seeing your friends on a daily/weekly/monthly basis.

Autre départ qui me touche, celui de Conrad Brunner. Un nom qui ne vous dira sans doute pas grand chose. Conrad a été pendant cinq ans l'un des hommes de l'ombre du QG anglais de PokerStars, travaillant dur dans de multiples domaines du département marketing. Quelqu'un pour qui j'ai un respect sans bornes depuis notre rencontre durant l'European Poker Tour de Deauville en 2006. C'est Conrad qui, il y a deux ans, m'a proposé de devenir le commentateur de l'EPT sur les recommandations de Loïc Sabatte. Il m'a par la suite toujours soutenu, même après que j'ai commencé à travailler pour Winamax. A l'époque, je ne voyais pas bien comment concilier les deux, mais il m'avait assuré qu'il n'y avait pas de problème, gardant en moi sa confiance, et me disant qu'il ne voulait personne d'autre au poste. Un ami aussi, un mentor sans doute, que je voyais régulièrement entre les tournois pour lui demander des conseils sur tel ou tel sujet, à Londres, autour d'un déjeuner (les bureaux de Winamax et PokerStars n'étant séparés que par deux pâtés de maison à Oxford Circus) Un modèle d'intégrité.

Ce n'est que cet été que j'ai rencontré Matt Parvis, au Rio, durant les World Series of Poker. Mais je ne peux que tirer mon chapeau à celui qui, après quatre ans de bons et loyaux services, vient de quitter la tête de Bluff Magazine pour passer aux commandes éditoriales de PokerNews. Car, sans jamais avoir lu une seule ligne de mes écrits, Parvis m'a fait confiance pour écrire la couv' de son canard, ce qui n'était pas un moindre risque. C'est mon ami Lance Bradley qui va remplacer Parvis au poste de rédacteur en chef de Bluff Magazine. Somme toute une excellente nouvelle. Lance est lui aussi quelqu'un de très compétent, à la fois en tant que journaliste et chef d'équipe. Et c'est aussi un ami depuis plusieurs années – il se pourrait bien que je contribue régulièrement au magazine dans les mois à venir.

Enfin, il y a Madeleine Harper, que je considère comme mon amie la plus chère sur le circuit. En ce qui la concerne, l'histoire est différente. Il y a deux mois, on a tout simplement fait savoir à Mad, abruptement, et sans trop d'explications, que sa présence au sein de l'organigramme de l'European Poker Tour n'était plus souhaitée. L'affaire étant encore en cours, je ne m'étendrai pas sur le sujet, mais si la décision s'avérait finale, cela représenterait une énorme perte pour l'organisation de l'EPT du côté des médias, qui avaient depuis cinq saisons de l'EPT appris à ne plus se passer de son formidable travail en coulisses. Biographies des finalistes, coordination de l'accès presse, chip-counts, listes des inscrits, et bien d'autres choses encore : bon courage à celui qui va la remplacer, car Mad, une bête de travail, faisait bien plus que ce qu'on lui demandait, et s'était rendue indispensable auprès des journalistes qui couvrent le circuit.

Et moi ? Je ne vais nulle part... Tout plaquer pour se lancer dans une nouvelle aventure : j'admire la prise de risque d'Owen, mais je suis bien trop frileux pour l'envisager maintenant. En ces temps de crise, serait t-il bien raisonnable que de tourner le dos à un boulot bien payé et qui me permet de rencontrer tellement de gens formidables ? Cela dit, je fais passer un entretien d'embauche la semaine prochaine. Cela ne m'étonnerait pas que le petit jeune plein de talent qui va m'épauler dès la rentrée finisse par prendre ma place.

Quelques photos des collègues en action aux WSOP... A la fin des bouquins d'Hunter Thompson, il y a une page appelée "Honor Roll", où le bon docteur listait tout un tas de gens bien dont il avait croisé la route. Voici ma liste - non exhaustive, bien sur.



Otis, Stephen et Howard du blog PokerStars (photo : Al)



Lana (CardRunners), Pauly (Tao of Poker) et Dan Michalski (Pokerati) qui ont gagné ensemble le tournoi Dream Team Poker organisé à la fin du Main Event. Plus de 10,000 dollars chacun pour l'effort collectif ! (photo : BJ Nemeth)



Avec Diana Cox de Bluff Magazine (photo : BJ Nemeth)



Avec Jennifer Newell (PokerWorks, Pokerati, Bluff Magazine) et "Mean" Gene Bromberg (Ultimate Bet Blog) (photo : Al)



Julien "Yuestud" Brécard, compagnon de galère chez Winamax depuis presque un an (et même plus si on compte son temps chez Everest)



Claire Renaut (MadeInPoker), ils ne sont pas beaucoup en France à savoir tenir un clavier, Claire en fait partie



Avec Lacey Jones, méconnaissable en brune le dernier jour du Main Event (pour rassurer les fans de la blonde : c'est un postiche)



Al Can't Hang (blog Full Tilt Poker), aussi solide au comptoir que devant son écran



Marty Derbyshire et Rod Stirzaker : deux des meilleurs éléments de la belle équipe de PokerListings



Lina Olofsson (blog PokerStars suédois, et Aftonbladet, le quotidien national du pays)



Gloria Balding (vidéos PokerNews) qui nous a donné une belle pub gratuite durant tous les WSOP en portant chaque jour une veste Winamax (marquée "Arnaud Mattern" sur l'épaule, mais cela n'a pas trop prêté à confusion)

4 commentaires:

Giorgio a dit…

J'aime bien le tout dernier sous entendu :-)

Node a dit…

Un mois sans lire du Benjo... je n'irais pas jusqu'à dire que ça m'a manqué pdt mes vacances, mais c'est agréable de retrouver tes textes.
Bravo pour le coverage des WSOP... tu as quand même un sacré talent pour faire vibrer tout ça.

ps. A Genève un bus attaché à des câbles comme un tramway ça s'appelle un trolleybus

Anonyme a dit…

ROFL Giorgio...

FrenchKiss toujours fidèle à sa réputation.

Anonyme a dit…

en tout cas jespere que tu resteras au live ept PS car c'etait vraiment le top tes commentaires..
Cest long, c'est bon, c'est rare comme moment de television, et jamais d'ennui !
Un pur bonheur..

Je les ai pratiquement tous enregistré ..


hum !
eric