dimanche 19 juillet 2009

Dante's Inferno



Et voilà donc ma partie favorite de l'été : les vacances post-WSOP autour de Vegas, en passe de devenir une tradition annuelle. En 2007, après avoir couvert les championnats du monde pour la première fois en entier, mon vol retour vers l'Europe était programmé le lendemain de la finale. Un peu frustré à l'idée de n'avoir rien vu d'autre des USA que l'intérieur de l'Amazon Room, j'avais décidé en dernier minute de le retarder d'une semaine. J'ai squatté l'appartement de mon pote Ed, et visité Los Angeles le temps d'un week-end mémorable. L'année suivante, j'étais resté deux jours de plus avec Tallix, le temps de conduire jusqu'en Utah pour visiter les extraordinaires parcs nationaux de Zion et Bryce Canyon. Cette fois, je me suis donné huit jours pour explorer la Californie, toujours en compagnie de Tallix. Un compagnon de route idéal, patient et motivé, et aussi à l'hygiène impeccable. Je vous le conseille fortement pour tous vos départs en vacances, séminaires, fêtes, banquets, etc.

Ce n'était pas une très bonne idée de rester debout jusqu'à cinq heures du matin le jour du départ, sachant que l'on allait passer la majeure journée à conduire. Mais je ne pouvais décemment pas manquer la dernière fête organisée à la villa de PokerListings, parce que c'était la chance de dire au revoir à pas mal de monde, et que je n'avais pas eu beaucoup de chances de faire la fête durant ces sept semaines.

Après, passage par l'agence de location de voiture, avec deux objectifs : inscrire Tallix comme conducteur secondaire (l'année dernière, il m'avait laissé conduire seul, ayant perdu son permis), et obtenir un véhicule plus puissante, n'ayant guère envie de conduire 3,000 bornes avec une Nissan au moteur qui hurle dès que l'on dépasse le 60 kilomètres/heure. La fille derrière le comptoir est on ne peut plus serviable, et nous loue une grosse Chevrolet rouge au même tarif que la bouse sus-citée.

Une heure plus tard, et Vegas n'est plus qu'un lointain souvenir. Le désert nous tend les bras à perte du vue. Si l'on va passer plus tard par les deux plus grosses villes de Californie, la première partie de notre voyage sera surtout une exploration de l'Amérique sauvage qui, on a tendance à l'oublier, constitue encore la majeure partie du territoire. Des centaines de kilomètres de vide, avec rien d'autre à admirer que les montagnes et le désert, faisant de la conduite en voiture non pas une nécessité, mais un plaisir constant. La radio bombarde les meilleurs hits Hard FM des années 80 : Journey, Poison, Bon Jovi, Motley Crue... Une sono parfaite pour ce petit bout de route à travers le rêve américain.

On passe non loin de la Zone 51, base militaire ultra-secrète qui a fait fantasmer tant de scénaristes de science-fiction (on est pas loin de Roswell, lieu du supposé crash extraterrestre favori de Jacques Pradel). Dernière ville avant de passer la frontière de l'Etat, et quitter le Nevada en direction du nord-ouest : Beatty. L'une de ces nombreuses micro-villes plutôt désolantes ne justifiant leur existence que par le passage des voyageurs. Dieu qu'ils doivent s'emmerder, les habitants du coin. Deux ou trois stations services, un poignée de restos-route, une boutique de souvenirs, et, si vous êtes chanceux, un bar. Les bâtiments n'ont semble t-il pas changé depuis leur construction au début du siècle précédent.

L'entrée dans Death Valley est spectaculaire, déjà vue dans des dizaines de films. Une route unique et rectiligne qui descend à perte de vue devant vous. Autour, rien. A l'horizon, les montagnes ceinturant la vallée, devenu officiellement un parc national protégé en 1994, le plus vaste des États-Unis – hors Alaska – avec ses 3,3 millions d'acres. C'est le guide posé sur mes genoux qui précise.



La Vallée de la Mort porte bien son nom... Surnommée ainsi par les chercheurs d'or du 19ème siècle cherchant à rejoindre les mines de Californie, nombre d'entre eux ayant péri au cours de leur traversée, la gigantesque vallée est tout simplement l'un des endroits les plus inhospitaliers de la planète, avec ses températures glaciales l'hiver, et sa chaleur insoutenable l'été. S'y aventurer au beau milieu du mois de juillet s'apparente à un exercice de masochisme de haute voltige. Et encore, on dispose de la climatisation, contrairement aux prospecteurs d'or.

Ainsi, la traversée du parc s'apparente à une longue descente aux enfers, le thermomètre de la voiture augmentant degré par degré tandis que l'on s'enfonce un peu plus au dessous du niveau de la mer. Au plus bas – moins 90 mètres – la température à culminé à 125 degrés Farenheit. Soit 51 degrés Celsius !! S'aventurer hors du confort de la voiture revenait à prendre le risque d'avoir les yeux qui brûlent, les poumons envahis d'air chaud, et la sueur vous sortir rapidement par tous les pores. Je me sentais comme Clint Eastwood en train de crever au milieu du désert dans Le Bon, La Brute et Le Truand, laissé pour mort par cet enfoiré d'Eli Wallach.



Et pourtant, certains sont assez fous pour défier les lois de la nature. En témoigne cet hôtel de luxe planté au beau milieu de la vallée, complet avec piscine olympique, parcours de golf et terrains de tennis. Mais, pas folle la guêpe, l'établissement est fermé durant la saison la plus chaude de l'année.

Le paysage s'étend à perte de vue, océan de désolation, aride, dur, sans pitié. Tout dans les tons blanc/gris/marron. Le vert et le bleu sont absents. Comme le dit le guide, c'est sans doute à cela que ressemblait la terre des millions d'années avant qu'elle ne soit habitée. Le fait que nous soyons seuls, ou presque, au beau milieu du cratère aide à renforcer cette impression d'avoir débarqué sur une autre planète. Une planète inhabitable, inquiétante.



J'aurais bien aimé jeter un oeil à l'une des villes fantômes laissées intactes à l'abandon à la fin de la ruée vers l'or, mais le parc est gigantesque, et le détour nous couterait un temps précieux. On s'arrêter pour observer Zabriskie Point (des montagnes jaunâtre faites de boue séchée), apparemment), puis « Arist Drive » au paysage lunaire, et les dunes de sable (en fait, du quartz), nous donnant vraiment l'impression d'être au beau milieu du désert du Sahara. Dix minutes à peine au soleil, et l'on cuit, revenant vers la voiture d'un pas pressé, tandis que l'eau à l'intérieur de la bouteille est déjà bouillante.

La clim' fait tomber la jauge d'essence à toute vitesse, et si ce n'est pour la station service intelligemment installée au beau milieu de la vallée, je crois bien qu'on serait tombé en panne. Le moteur chauffe, aussi, et la bagnole montre des signes de fatigue : on est obligé de couper la clim' et ralentir, le temps de quitter le parc et voir la température tomber à un niveau plus raisonnable.

Hors de la vallée, la nature reprend vite ses droits, et l'on retrouve le vent et les arbres. On s'arrête à une taverne pour se désaltérer, et, comme l'on va s'en rendre compte très vite, toutes les auberges de la Californie rurale sont décorées d'un maximum de trophées de chasse empaillés : ours, élans, cerfs, poissons si l'on est près d'un lac, etc. C'est qu'on est loin du glamour de LA et des hippies de San Francisco. Après un somme, je reprend le volant, avec l'intention de conduire 300 kilomètres de plus vers le nord pour atteindre le parc Yosémite, que l'on pourra ainsi visiter toute la journée du lendemain.

Le paysage est toujours aussi beau, la route toujours aussi déserte, et la nuit est tombée quand l'on arrive à Lee Vining, ville-motel posée en bordure du Yosémite. C'est là que je me rends compte de plusieurs paramètres que j'avais totalement négligés jusque là, faute de temps pour préparer le voyage durant les WSOP :

- La saison touristique bat son plein en ce mois de juillet.
- Pire, le week-end commence.
- Tous les hôtels et motels sont complets, affichant tous un désesperant néon "No Vacancy" à leur porte.
- Et, comme le guide me l'apprend (j'aurais peut-être du le lire plus tôt), le parc Yosémite est l'un des parcs les plus populaires des USA (forcément, c'est le plus beau), et sera plein à craquer ce week-end, rendant la visite peu agréable. Il paraît même que les rangers ferment l'accès une fois la capacité maximale atteinte.

Ah oui, quand même. Un peu paniqués (mais pas trop, c'est les vacances après tout, si le plan se déroule sans accroc, c'est pas marrant), on fait demi-tour, et on chatte rapidement en trouvant un hôtel pas encore complet, au bord d'un lac. C'est d'ici, depuis un petit chalet en bois loué pour la nuit, que je termine cette note, tandis que des centaines de papillons de nuit tambourinent à la porte, attirés par la lumière des réverbères. Le wifi est inexistant, de même que le réseau cellulaire. On repart à l'aube dimanche.

Les étoiles ont envahi le ciel, je suis épuisé, mais le bruit des jetons qui s'entrechoque a cessé de résonner dans ma tête.

Distance parcourue lors de ce premier jour de voyage : 454 miles, soit environ 730 kilomètres.

Photos bonus





















7 commentaires:

Marco a dit…

Tes carnets de voyage sont aussi passionnant que tes posts sur le poker. Ne faiblit pas durant ta semaine de vacances, tu nous offres des voyages que nous n'aurons peut être jamais l'occasion de faire.

Amitiés Nordistes
Marc

Kangoo a dit…

Enjoy, on a fait le même trip dans l'autre sens avant d'arriver à Vegas, c'est simplement magnifique et inoubliable.

Lolo a dit…

Merci Benjo de nous faire partager ce bout de vacances !

Introl a dit…

C'est vrai que j'avais oublié de te prévenir à propos du Yosemite... Nous y étions début juin et c'était déjà l'enfer pour trouver où dormir.

Par contre je ne suis absolument pas d'accord sur le "plus beau parc national". On en a testé un grand paquet, et les plus beaux sont Arches et Canyonlands, en Utah. Et au mois de mai, quand il n'y a pas trop de touristes...

Si tu veux t'y faire un trip pré-WSOP l'an prochain, fais moi signe, je crève d'y retourner !

Anonyme a dit…

Magnifique!

Anonyme a dit…

super sympa ce carnet de voyages, surtout ne t'arrête pas ! Ca change un peu du poker et c'est trés sympa !
Quel pieds ce doit etre de prendre cette longue route au milieu du desert vu mainte et mainte fois dans de nombreux films !

poker--coach

D8 a dit…

génial, génial, et regénial..
Quel pied!
bon je sens que je vais m'organiser un tour la bas dans pas longtemps!
Tu sais que tu es une trés bonne agence de pub pour les parcs nationaux us??!