lundi 13 juillet 2009

Character driven

Day 45, Day 46 et Day 47

J'écrivais en début de tournoi que les vraies histoires du Main Event ne commencent à se développer que durant la seconde partie de l'épreuve... Hé bien, question histoires, on a été servi ces trois derniers jours. Je peux déjà l'écrire sans aucun risque de me tromper : quoiqu'il arrive, ma quatrième édition des championnats du monde en tant que reporter aura été la plus passionnante de toutes.

Après les interminables Day 1 et Day 2 étalés sur six jours, le tournoi a repris samedi après une journée de pause. Les choses sérieuses ont débuté : pour la première fois depuis le début de l'épreuve, tous les joueurs étaient réunis dans la même salle. C'est le début de la fin, et la fin du début, comme l'a titré PokerNews. A partir du Day 3, quand une table casse, elle casse au sens propre : les hommes de maintenance du Rio les démontent pièces par pièce avant de les emmener au garage, où elles resteront sagement entassées jusqu'à l'année prochaine. Petit à petit, on peut observer en temps réel l'Amazon Room se vider, elle qui fut le centre de la planète poker durant quarante-cinq jours.

C'est la première fois que cela se produisant en quarante ans de WSOP : un français était en tête du classement juste avant l'entrée dans les places payées... Un français ? Mieux que ça, deux. Et aurait t-on pu rêver meilleurs représentants tricolores qu'ElkY et Ludovic Lacay, sans aucun doute les joueurs les plus talents a avoir émergé du milieu des jeux en ligne ?

Le lendemain, un peu moins de 800 joueurs revenaient au Rio pour la journée la plus excitante des WSOP : la journée de la bulle. La période du « main par main » a duré deux bonnes heures durant lesquelles seulement douze mains furent jouées. Deux minutes après que Jack Effel ait répété au micro pour la dixième fois qu'il était interdit de prendre des photos avec le flash allumé, j'ai fait une fausse manip' avec mon Canon G10, envoyant la sauce depuis le podium surplombant la salle. Popularité garantie auprès des superviseurs. L'ambiance était électrique. La lenteur du procédé a fait que des dizaines et dizaines de fans ont pu arriver petit à petit dans l'Amazon Room, et quand la bulle a enfin éclaté à 16h26 (six minutes de plus que mon pronostic, j'étais pas loin), la vague d'enthousiasme qui a traversé la salle était contagieuse. Même le « bubble boy » n'était pas si dépité, puisque le sponsor des WSOP lui offrait son ticket pour l'édition 2010 des WSOP. Par contre, le mec qui a sauté juste avant devait pas être jouasse.

Après la bulle, les éliminations sont allées bon train, et vers 20 heures, les organisateurs décidaient de stopper la partie plus tôt que prévu, étant satisfaits du nombre de joueurs restants. On était passé de 789 à 407 joueurs lors de la journée la plus courte des WSOP 2009. Ludovic gardait conservait sa seconde place au classement, tandis qu'ElkY chutait un peu.

Le Day 5 fut encore plus court. Le même nombre de niveaux a été joué (trois fois deux heures), mais sans la lenteur du main par main de la veille. L'objectif était d'atteindre le chiffre de 175 joueurs restants, et quand est arrivé la pause-dîner, ils étaient 185. Aucun intérêt à aller plus loin, donc. Tout le monde pouvait vaquer à ses occupations.

Là, tout de suite, il est 3 heures du matin, et j'en ai terminé avec le reportage du jour. J'ai sous les yeux la liste des joueurs qui vont reprendre la partie dans huit heures. On ne pourrait rêver mieux comme casting français au départ du Day 6.



- David Benyamine, le meilleur joueur français du monde, le seul que j'avoue idolâtrer, sans honte On murmure que DB fait les trois huit depuis le début du Main Event. Tous les soirs après la fin du tournoi, il fonce au Bellagio pour s'assoir en cash-game. Les WSOP, c'est un peu Noël pour les joueurs high-stakes de Vegas. Plusieurs sources indiquent que les parties sont belles. Les meilleurs joueurs du monde sont en ville, quelques riches businessmen sont là pour catalyser l'action, et les sommes mises en jeu crèvent le plafond.



- ElkY ! Aucun autre joueur n'a accumulé autant de succès ces deux dernières années. Depuis sa victoire aux Bahamas en janvier 2008, ElkY est intouchable. Après quatre jours parfaits, il a un peu souffert aujourd'hui, se faisant craquer sa paire d'As par une paire de Rois. Il reste néanmoins l'un des favoris pour la table finale. Le timing avec la couverture de Bluff Magazine serait alors parfait : je pourrais écrire la suite dès la semaine prochaine.



- Fabrice Soulier : le recordman des places payées cette année est bien décidé à ce que son septième ITM soit le plus beau. Fabrice, c'est un bon pote depuis trois ans maintenant, quelqu'un qui m'a donné ma chance de couvrir les WSOP en entier pour la première il y a deux ans, en me faisant venir pour écrire des compte-rendus sur MadeInPoker, qui venait juste de démarrer à l'époque. Une personnalité sympathique, et un bon ambassadeur pour le poker en France.



- Ludovic Lacay : ben oui, vous pensiez que le Team Winamax allait manquer ce rendez-vous ? Cuts complète de manière admirable ce quatuor de stars (tous font partie du top 20 des plus gros gagnants français en tournoi). Cette performance au Main Event arrive comme une conclusion logique d'une saison plus réussie que son bilan comptable ne le laisse croire. Ludovic a été régulier durant ces dix derniers mois, accumulant régulièrement des gros tapis et - contrairement à ce que tout le monde semble penser – ne craquant qu'à une ou deux reprises.

Pour les accompagner, on retrouvera au départ du Day 6 deux bons joueurs online encore peu connus en tournoi live (François Balmigère et Antoine Saout), un qualifié Winamax lillois (Loic Degrou), et... mon collègue chez Winamax, Julien Brécard.



Wow ! Je savais que Yuestud (collègue, ami, partenaire de galère depuis trois ans) était un bon joueur de poker, mais de là à accumuler deux millions de tapis pour s'emparer du chip-lead en milieu de cinquième journée, il y avait un peu que je n'aurais pas osé franchir.

Une sacrée expérience qu'il est en train de vivre. Ensemble, on a vécu et vibré de concert durant des dizaines de tournois. Et voilà qu'il franchit la barrière et s'assoit à la table, me laissant seul debout, prenant des notes et des photos sur un joueur qui d'ordinaire serait à côté de moi en train de faire la même chose. Un « deep run » lors du plus gros tournoi du monde, c'est le rêve secret que cultive tout fan travaillant dans cette industrie. Ce rêve, Yuestud est en train de le réaliser. Je n'arrive même pas à imaginer ce qu'il ressent en ce moment. Arrive t-il ne serait-ce qu'à trouver le sommeil ? Pas sur. Il est sur un nuage depuis cinq jours, jouant un poker de grande classe et trouvant les cartes qu'il faut pour accumuler des jetons. Pour l'instant, tout baigne, et, solidarité professionnelle oblige, il n'y a aucun autre joueur que j'ai autant envie de voir arriver le plus loin possible.

Alors, il reste 185 joueurs. La table finale est encore loin. NON, il ne faut pas s'emballer. Pas encore. Mais OUI, ce Main Event restera quoi qu'il arrive le plus passionnant qu'il m'a été donné d'observer. Les trois dernières années, mon enthousiasme était depuis longtemps retombé à l'approche des dix dernières tables. Et ce fut encore pire en 2008 avec le report de la table finale au mois de novembre, me privant du dénouement tant attendu. Mais là, je sens que je vais avoir de bonnes raisons de rester attentif jusqu'au bout. Encore trois jours de partie, et je suis presque triste à l'idée de voir cette épreuve se terminer... J'espère que je serai obligé de revenir en novembre.

Le Day 3, le Day 4 et le Day 5 sur Winamax

4 commentaires:

Wobeen a dit…

Comment ne pas partager ton enthousiasme ? Et si tu veux mon avis, t'es loin d'être le seul !

En ce moment, la France se divise en deux catégories: ceux qui passent leur nuit à coup de F5 en espérant tomber sur un update des chipcounts... et les autres.
Comme je les plains ;)

Il est des jours où on en vient à maudire le décalage horaire avec le Rio !

eric a dit…

Yes !
Merci de nous faire partager de l'interieur les emotions de ce tournoi incroyable cette année pour les frenchies ..

Fini la morosité !
Place à la folie et à la vibration!
C'est le benjo que l'on aime !
Nous vivons un moment rare et exceptionnel!
Car parfois notre vie n'est pas folichonne ..
Un peu de reves,d'émotions, de bonne humeur et ca repart..


Le show reprend dans une heure ! avec la table de la mort Ivey , Cuts , Soulier !
Et comme l'as dit Cuts dans une itw cultissime.. "Les cartes réussissent à Ludovic Lacay, comme Ludovic Lacay réussit aux cartes"
lol .. :-)


Miam !


Notons que Cuts a été dans le top durant trois journées de suite 3, 4 , 7 et non sur un coup de gamble de derniere journée ..
Peu de site l'ont remarqué , je trouve..
Cela prouve qu'il a su rester en haut de l'affiche avec une dextérité et une mise sous pression de l'adversaire assez rare.. grace à la masse accumulée, et son accuité dans l'agressivité.

eric

B10401M a dit…

Benjo on t'aime !!!

Même si tu l'entends certainement pas assez souvent, et que tu retiens ceux qui râlent...oublies les, c'est le meilleur que tu as à faire ;-)

Et pense que quand 1 personne te dit t'apprécier, il y en a 1000 derrière qui pensent la même chose sans forcément le dire :-)

@+
B10401M

Anonyme a dit…

Merci Benco!!!

yu