dimanche 21 juin 2009

What a beautiful face I have found in this place

Day 23, 24 et 25

A human odyssey

Wow. Il est 22 heures 50 dans l'Amazon Room, nous en sommes au 25ème jour des World Series of Poker, et une bien belle aventure humaine a trouvé il y a quelques heures sa conclusion sur le second podium ESPN.

J'ai passé les trois jours qui viennent de s'écouler à suivre les progrès du Team Winamax dans l'épreuve de No-Limit Hold'em à 2,000 dollars. Ils étaient sept joueurs de l'équipe au départ, perdus parmi 1,700 joueurs. Quand la table finale s'est constituée après 24 heures de poker étalés sur trois journées, ils étaient encore deux survivants. Un exploit de taille, rarissime si l'on considère la taille énorme du field, la structure, la variance et le facteur chance, etc, etc.

Le premier jour, il n'en restait rapidement plus que quatre du Team, seulement quelques heures après le départ. Dans ce genre de tournoi où l'on se retrouve rapidement short-stack si l'on n'arrive pas à trouver des situations favorables, j'ai l'habitude de voir les joueurs du Team sauter assez vite. Pas qu'ils le fassent exprès, ou qu'ils ne soient pas assez talentueux, bien au contraire. C'est juste qu'il y a une raison pour laquelle je surnomme ces tournois « donkaments » : l'aspect « loterie » y est plutôt accentué. Il n'y a pas vraiment de temps à perdre : la machine à élimination tourne à plein régime, sans relâche. Et regardez les débuts des reportages de PokerNews : les grands noms américains et européens sautent par dizaines et dizaines durant les quatre premières heures. Y'a pas de honte à avoir.



Mais cette fois, j'ai senti qu'il était possible que les choses se passent mieux que d'habitude pour mon équipe quand est arrivée la pause-dîner après six heures de jeu : quatre des sept joueurs Winamax étaient en course. Mieux : ils avaient tous des tapis allant de « confortable » à « énorme, presque chip-leader ».

Après dix heures de jeu : la situation n'avait pas changé, et j'enregistrais une conversation de vingt minutes avec Johny, Almira, Anthony et Manub, tous heureux d'avoir passé le premier jour, tous avec un gros tapis, sauf Manu, qui possédait tout de même la moyenne. J'espère avoir réussi, dans l'interview, à retranscrire avec justesse la bonne humeur, l'esprit de camaraderie et d'équipe qui régnait entre les quatre joueurs. Je les aime.

Le lendemain, au départ du Day 2, l'argent était tout proche. Manub, loin de vouloir rester assis en laissant mourir son tapis pour rentrer dans l'argent, a très vite mis ses jetons au milieu pour doubler, puis quadrupler son stack.



Après deux-trois heures de partie, la bulle avait éclaté, et nos quatre joueurs Winamax étaient encore en course. A ce stade là, j'étais déjà très content. Pas que j'avais placé mes espérances le plus bas possible, mais juste que l'on avait déjà là un beau ratio entre les joueurs du Team payés par rapport à ceux qui avaient participé au tournoi.

Johny fut le premier éliminé des quatre W, aux alentours de la 100ème place. Sur un move un peu bizarre que je n'ai pas compris au premier abord, mais qui a pris un peu plus de sens quand il a pris le temps de me l'expliquer le lendemain.

Le nombre de joueurs restants à diminué à rythme régulier durant le reste de la soirée. Quand on est tombé sous la barre des 50 joueurs, les trois survivants du Team avaient tous un gros tapis. Ils étaient tous passés par d'importantes fluctuations, mais ils tenaient la cadence. J'ai eu un peu peur quand Almira s'est plain de douleurs au ventre, elle avait l'air sérieusement mal en point. Cela aurait été trop bête de gâcher son plus beau tournoi pour un bête malaise. Avant même que Yuestud n'ai eut le temps de foncer jusqu'à la boutique pour trouver des médocs, un superviseur apportait des cachets à Almira. Un vrai ami du Team Winamax, ce gars-là, dont je tairai le nom, car il m'a dit que ce genre de faveur ne rentrait absolument pas dans le cadre de son job, et qu'il pourrait se faire engueuler par ses supérieurs si cela venait à se savoir.

C'était le moment du tournoi où de vraies opportunités se créaient. On pouvait martyriser les petits tapis, et intimider les joueurs faibles. On pouvait tenter sa chance sur des coin-flips tant qu'ils ne coutaient pas trop cher. Bref, on pouvait jouer au poker.

Passé une heure du matin, après beaucoup beaucoup de mains, et beaucoup beaucoup de tension, on était tombé à 25 joueurs. Manuel avait sauté près de la trentième place après avoir tenté un joli move avec un tirage couleur. Seuls Tallix et Almira demeuraient en course.

Pour connaître tous les coups en détails, je vous invite à lire mon reportage. Pour résumer, ces deux-là ont passé le cap de la seconde journée. Il restait 17 joueurs et la finale n'avait jamais été aussi proche.



Après deux journées consécutives de quinze heures, je suis rentré me coucher, et après six petites heures de sommeil, j'étais de retour dans l'Amazon Room. Au terme du Day 1, Johny avait estimé les chances qu'un des quatre Winamax arrive en finale à 25%. Allait-on dépasser ses espérances ?

La partie a démarré lentement. En 90 minutes, trois joueurs seulement ont sauté. Puis Tallix et Almira ont doublé chacun à leur tour. La table finale était à portée de main. Deux éliminations plus tard, elle était une réalité.

Un certain Doyle Brunson a privé le Team Winamax d'une double apparition en table télévisée, en direct sur Internet... « Big Papa » était en finale de l'épreuve de Stud High-Low, poussant ESPN et Bluff a changer leurs plans en dernière minute. Si ce n'avait été pour le légendaire possesseur de dix bracelets, potentiellement en passe d'un décrocher un historique onzième, Almira et Tallix auraient évolué sur le podium principal, et une légion de fans aurait pu suivre leurs exploits en direct. Heureusement qu'il y a eu Manub, accroché à son téléphone tout l'après-midi pour envoyer en temps réel les dernières news.



En table télé, nos joueurs ont pris un départ canon. Un short stack a sauté très vite, et l'on est passé à neuf joueurs. A nouveau, Tallix et Almira ont immédiatement trouvé une situation favorable pour doubler leur tapis.

Et puis est arrivée la pause-dîner. Il ne restait plus que sept joueurs. Je suis parti manger avec une charmante collègue dans le quartier chinois de Vegas, juste à côté du Rio. J'avais à peine vingt minutes de retard à mon retour dans l'Amazon Room. Stupeur en arrivant sur le podium : c'en était fini du Team Winamax. Almira avait pris un méchant bad-beat pour sauter en septième place, et Tallix s'était pris le mur lors d'une bataille de blindes, pour être éliminé cinquième.

J'étais très déçu, mais la déception a très vite laissé place à de la fierté. Les deux joueurs du Team qui avaient rencontré le moins de succès en tournoi en 2008 avaient enfin fait leur « break-out », la grosse perf' qu'on attendait depuis longtemps. Personnellement, je savais bien depuis longtemps que Tallix avait un talent fou, l'observant presque tous les jours écraser la compétition autour des grosses tables de cash-game de Winamax. Almira, elle, est une experte mondiale dans un autre domaine, les échecs. La transition vers le poker a été naturelle, et son talent a muri depuis presque deux ans au contact des experts du Team. Elle méritait quelque chose aussi.

L'exposition médiatique intense à laquelle nous avons choisi de soumettre les membres du Team fait que parfois, ce sont plus leurs échecs que leurs victoires qui sont mises en avant. Il suffit de deux ou trois mois sans grosse performance, et certains observateurs malicieux ont vite fait d'oublier les nombreuses victoire et finales EPT, WSOP et WPT que le Team a collecté depuis sa naissance (sans compter les prouesses en cash-games de certains) pour les qualifier d'un seul bloc de pigeons, de nuls, de faux pros surestimés. Les commentaires sur les forums sont parfois décourageants, et viennent souvent de personnes n'ayant pas la moindre idée de la vraie nature du poker de tournoi. Sans doute que j'y suis pour quelque chose, sans doute que je n'arrive pas vraiment à expliquer, à faire comprendre aux gens que non, on ne peut pas gagner tous les tournois, ni même gagner de l'argent à chaque fois, et que oui, 90% du temps en moyenne, on repartira les mains vides, peu importante que l'on soit le dernier des amateurs, où le meilleur joueur de tournoi du monde.

Ces 13 joueurs ne vont pas toujours être rentables sur une période donnée, une période qui peut parfois être longue. Le fait que certains aient eu énormément de succès en une période très courte peut parfois donner l'impression aux gens que cela va continuer indéfiniment, que celui qui a gagné 1,5 millions de dollars en six mois en prendra autant durant la seconde moitié de l'année. Ben non. Les comparaisons avec les joueurs ayant eu le plus de succès m'insupportent particulièrement. En deux minutes, je peux, parmi les joueurs les plus titrés du monde, constituer une équipe virtuelle de 13 joueurs qui n'ont jusqu'à présent rien fait de notable aux WSOP cette année, en ayant joué un nombre similaire d'épreuves. La conclusion : même si vous êtes un joueur de talent, la victoire n'est garantie que sur le long terme, et pas sur 10, 20 où même 50 épreuves. Et les WSOP ne comportent que 57 épreuves...

Je n'ai pas encore parlé à Almira et Tallix depuis leur élimination. Je suis sur que Tallix s'est déjà remis de sa déception. Pas le genre à s'éterniser sur les défaites, surtout que cette cinquième place est loin d'en être une, quand on y songe. Almira, elle, s'est retenue de verser des larmes. Des larmes de tristesse qui se sont rapidement transformées en larmes de joie : tout le clan français était autour d'elle pour l'aider à relativiser son élimination. Un beau moment. Un vrai esprit d'équipe.

Bon, je n'ai parlé que d'une seule épreuve, alors que ces trois derniers jours ont été riches d'autre événements : l'énorme déception d'ElkY dans le 1,500 (13ème place après une rencontre KK contre AA, ca aurait donné tellement de pub à ma couverture pour Bluff s'il avait été jusqu'au bout, ha ha), l'épreuve de Pot-Limit Omaha où Antony Lellouche a cashé pour la deuxième fois, tandis que Fabrice établissait son propre record avec six, le vainqueur le lendemain qui refuse de sourire, faire des interview et participer à la cérémonie et se barre sans demander son reste, etc.

Quelles journées ! Je crois que je vais prendre une pause, moi.

Le Day 23, le Day 24 et le Day 25 sur Winamax

3 commentaires:

Jameking a dit…

Encore, encore .... j'en veux plus ..je suis mega drogué des post de ton blog ... vite encore un encore un.

Je vais tenter de me sevrer dès la fin des WSOP...

Merci encore pour ton blog

shok a dit…

il est clair qu les comments sur CP sont assez navrant. mais continues ! ne les écoutes pas te basher et basher les joueurs du team. la plus part ne connaisse pas la notion de metagame, on va pas les éduquer non plus :D

Ricardo a dit…

Excellent blog, quel plaisir !

CONTINUE !!!!!!!!!!!
:-D

Ricardo

Nb: si tu pouvais mettre vos résultats et l'évolution de votre BR à toi et à Yuestud comme au début des WSOP c'était cool
;-)