lundi 1 juin 2009

Packed day

Day 5

Action, émotion, amour, humour, etc

L'Amazon Room fut le théâtre dimanche d'une journée comme il n'y en a que peu aux World Series of Poker. Chaque été, les championnats du monde s'étalent sur presque cinquante jours. Beaucoup d'entre eux ne sont que routine. Un gros tournoi commence. Un autre entame sa deuxième journée. Un ou deux vainqueurs sont couronnés dans l'indifférence. Same old, same old. Mais une poignée de journées sortent du lot. L'action est frénétique aux quatre coins de la salle, et chaque heure qui passe apporte son lot de nouveaux rebondissements. Les fans répondent présents, envahissent les gradins et s'entassent derrière les barrières de sécurité. La cinquième journée des WSOP 2009 étaient l'une d'entre elles. En succession, on a vu le premier finaliste français de l'année, un combat phénoménal sur le podium ESPN, un défilé de légendes, et un exploit comme jamais accompli en vingt ans.

C'est Xavier Laszcz qui m'a prévenu de la performance de Pascal Leyo dans l'épreuve de Omaha High-Low à 1,500 dollars... La tête de ce trader expatrié à New-York me disait vaguement quelque chose, jusqu'à ce que je me rappelle d'avoir joué avec lui à l'Aviation Club de France en 2003 ou 2004, lors d'une de mes premières visites en cercle. Xavier m'a raconté qu'il avait du s'envoler jusqu'à New York pour convaincre son ami de se rendre à Vegas pour disputer ses premiers WSOP, sa femme semblant assez réticente à l'idée de le voir passer quelques jours dans la ville du vice. « Une semaine, pas plus », a tranché l'épouse. Bien lui en a pris : trois jours après son arrivée, Pascal terminait en cinquième place de son premier tournoi aux championnats du monde.



C'est dans cette même épreuve que l'on a assisté à une performance rarissime, en dehors de l'oeil des caméras : un même joueur remportant une même épreuve deux années de suite. Cet exploit, Thang Luu l'a accompli avec brio. Plus incroyable encore, il terminait en seconde place de l'épreuve deux années plutôt, portant son palmarès à 2e-1er-1er en seulement trois ans. Comme l'a souligné Nolan Dalla au micro, sous les ovations de l'Amazon Room entière, ce genre d'accomplissement irréel ne s'était pas produit depuis le règne de Johnny Chan dans les années 80. Et encore, à l'époque, les field ne dépassaient pas les 200 joueurs. Ici, Thang Luu a du affronter près de 900 joueurs chaque année pour en arriver là. Ce mec doit savoir deux ou trois choses à propos de l'Omaha High-Low que ses adversaires ignorent...



Pendant ce temps, l'une des rares finales filmées par ESPN battait son plein sur le podium télévisé, maintenant l'intérêt de centaines de spectateurs toute la journée, et une bonne partie de la nuit. Avec un tel casting de départ, l'épreuve à 40,000 dollars ne pouvait que donner une finale de rêve, et l'on a pas été déçu de ce côté. Pas forcément constitué de super-stars médiatiques, mais de grands joueurs étaient bel et bien au rendez-vous. Principalement des grinders online, bien connus des aficionados. Sans surprise au vu du line-up, la partie s'est jouée à un rythme effréné, chacun affichant la volonté de mettre les jetons au milieu aussi souvent que possible. Ce qui a donné lieu a quelques bad-beats provoquant les cris du public. Au final, ce furent Isaac Haxton et Vitaly Lunkin qui s'affrontèrent en tête à tête pour le titre. Un joueur online réputé, et une figure montante du poker russe, déjà vainqueur d'un bracelet en 2008. Les jetons se sont déplacés d'un côté à un autre de la table durant trois bonnes heures. Les mains avec lesquelles les deux compétiteurs envoyaient la boîte étaient de plus en plus extravagantes (sans doute grâce à un deal), et c'est finalement Lunkin qui est sorti vainqueur à ce petit jeu. Grand écart pour le russe qui battait en 2008 3,000 donkeys dans une épreuve discount à 1,500 dollars. Un an plus tard, il s'affrontait au 200 meilleurs joueurs du monde dans une épreuve à 40,000 dollars, et ressortait à nouveau vainqueur. Intéressant aussi de noter que les deux bracelets décernés dimanche l'ont été pour des joueurs qui avaient déjà gagné un morceau de bling-bling l'année précédente.

Si il n'y avait pas assez d'action comme cela dans l'Amazon Room, la deuxième journée de départ du donkament à 1,000 dollars avait comme la première rassemblé 3,000 joueurs. Ce qui signifie qu'il y eu un public nombreux pour assister au défilé des légendes organisé par Harrah's. L'ensemble des vainqueurs du Main Event des WSOP (moins, évidemment, ceux qui nous ont quitté, et quelques indésirables et perdus de vue) depuis sa création en 1970 était présents pour disputer un freeroll commémoratif des 40 ans du festival. Mon collègue Mean Gene a pris une photo chargée d'histoire et d'émotion, rassemblant vingt vainqueurs répartis sur trois générations :


Trente ans d'histoire réunis sur la même photo (MeanGene)

Il n'y avait rien à gagner dans cette partie amicale entre vingt joueurs partageant tous l'immortalité pokérienne, si ce n'est une Corvette rouge modèle 1970 mise en jeu, et un trophée nommé après Jack Binion, organisateur du tournoi pendant plus de vingt ans. Mais l'ambiance était au rendez-vous. Même les champions un peu oubliés ont eu droit à leur salve d'applaudissement, et chacun a signé des dizaines d'autographes avec le sourire. Une réunion d'anciens élèves bon enfant : certains n'avaient pas mis les pieds dans le monde du poker depuis des années. Je me sens chanceux d'avoir pu assister à ce grand moment, ayant réussi à mettre de côté mon cynisme habituel pour regarder, un grand sourire aux lèvres, Amarillo Slim, le champion 1972, bluffer avec gourmandise le champion en titre Peter Eastgate, qui n'était pas né quand Slim a mis autour de son poignet le bracelet de champion du monde.

Bref, dimanche était le genre de journée qui vous occupe une bonne quizaine d'heures jusque tard dans la nuit, mais surtout le genre de journée tout fan de poker aura apprécié durant chaque minute.

Le Day 5 sur Winamax

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