dimanche 7 juin 2009

Jump around

Day 11


Alors, voilà le truc. Le secret que vous attendiez tant. Restez assis, et écoutez bien. C'est un peu une révélation que je vais vous faire. Vous êtes prêts ? Sûrs ? OK, on y va : les joueurs de poker jouant des tournois de poker... sautent.

Ben si. C'est la vérité. C'est aussi simple que cela. Ils sautent, inlassablement. Non, il ne sautillent pas comme pendant le cours de gym au collège, faites pas vos malins, j'aime pas ça. Ils sortent du tournoi, voilà ce qu'ils font.

Imaginons la scène. Vous êtes un joueur de poker moyen. Vous vous inscrivez au tournoi, plein d'espoirs de gloire et de fortune. La réalité, c'est que 90% du temps, vous allez sauter. Allez, admettons que vous soyez tout de même un joueur au dessus de la moyenne, un bon joueur, voire même un joueur exceptionnel. Allez, pour vous faire plaisir si vous pensez faire partie de cette catégorie, de ce club très select, je vais abaisser ce pourcentage à, mettons, 85%. Ce qui fait quand même beaucoup d'éliminations, sur cent tournois donnés.



Telle est la réalité des joueurs que je suis censé suivre tous les jours aux WSOP l'été, et en Europe le reste de l'année. Ils se pointent au casino, paie l'équivalent d'un, deux ou trois SMIC pour s'assoir à la table, et ils sautent. Le lendemain, ils recommencent le même processus. Et ils sautent à nouveau. Et le lendemain aussi. Et la semaine suivante. Et ainsi de suite. 85% du temps. Mathématique. Le pourcentage peut varier selon le talent de tel ou tel joueur, mais la logique reste la même.

Comment ces mecs là arrivent à supporter de subir une telle torture jour après jour, je ne sais pas, mais toujours est-ils qu'ils en redemandent. Ils reviennent jour après jour pour sauter inlassablement, 85% du temps. Oh, bien sur, je ne suis pas bête, je sais bien que ce qui les fait revenir, c'est la perspective qu'un jour, peut-être, ils ramasseront le gros lot qui rattrapera toutes les pertes de l'année, et bien plus encore (200, 300, 500 mille dollars, voire un million s'ils ont chatté un gros tournoi) Parce que bien sur, cela arrive de temps en temps, ce fameux gros lot, heureusement, mais cela est quand même rare. Quand on ne gagne de l'argent (« rentrer dans les places payées ») que 15% du temps en moyenne, combien de fois va t-on arriver en table finale sur le long terme ? 5% du temps ? Même pas, vous n'y pensez pas, c'est beaucoup moins. Et combien de fois va t-on gagner ce fameux gros lot ? 1% serait une estimation trop généreuse, même pour le meilleur des meilleurs joueurs de la planète.

Ce qui me pose tout de même un gros dilemme quand notre tâche principale est de chroniquer les succès d'une équipe de joueurs. D'abord du point de vue marketing : est-ce que cela vaut bien la peine de se pointer tous les jours pour lister les joueurs du Team Winamax présents au départ d'une épreuve donner, pour ensuite – 85% du temps – revenir quelques heures plus tard en annonçant que, bah désolé, malgré tout son talent, machin a sauté, il a été éliminé, il a super bien joué, je vous jure, mais il repart les mains vides. Est-ce que c'est ce genre de publicité que recherche un site de poker en ligne qui dépense des centaines de milliers de dollars pour envoyer des joueurs représenter leur marque à travers le monde ? Et cela pose aussi un problème au niveau journalistique – ce qui m'importe le plus, je vous le jure la main sur le coeur : tout le monde s'en fout royalement, des joueurs qui sautent. C'est pas bandant, comme news.



Il me reste donc seulement 15% en moyenne de choses positives sur lesquelles écrire. 85% de mauvaises nouvelles, 14% de nouvelles un peu joyeuses, et moins de 1% de vraies bonnes nouvelles. Pas beaucoup, hein ? Va t-en te démerder avec ça, tiens.

Non, parce qu'après, il faut aller voir les réactions des observateurs, sur les forums, dans les chat-rooms et dans la section « commentaires » des blogs. Ah, mais celui là, il est nul, cela fait deux mois qu'il a pas gagné d'argent en tournoi. Et, à l'inverse, oh, celui-ci, quel joueur exceptionnel, deux tables finales à la suite. Vous voyez le genre. Une politique du résultat qui ne s'applique pas vraiment au poker, mais qui reste tout de même la règle pour l'observateur mal informé. Tu gagnes quelques trucs en six mois, et tu es un génie. Un palmarès vierge pendant le même laps de temps (peu importe ce qui a été accompli avant, les performances sont vites oubliées), et on te traîne dans la boue. C'est le problème quand on expose trop certains joueurs : si leurs succès ont une visibilité maximale auprès du public, cela s'applique aussi à leurs échecs aussi. D'où ma nouvelle stratégie pour les WSOP cette année : une news rapide pour une élimination rapide, et des articles plus longs quand cela en vaut la peine... C'est mieux pour tout le monde : les joueurs, le sponsor, le reporter, et les lecteurs.

Bref, je ne sais pas trop où je veux en venir... Si ce n'est que samedi, les deux joueurs du Team Winamax que je suivais ont chacun eu leur part de succès dans leurs tournois respectifs, et que la journée n'a donc pas été trop pénible. Arnaud Mattern a réalise son premier cash dans l'épreuve à 2,000 dollars, tandis que Ludovic Lacay terminait dans le top 10 de celle à 5,000 dollars. Personne n'avait sauté, ou presque. Ouf. L'honneur était sauf.

Le Day 11 sur Winamax

5 commentaires:

badbead21 a dit…

Merci de rappeler que le poker est avant tout un jeu de hasard mais comme disait le grand philosophe des nuits tropéziennes, Edith Barclay :"Il y a des hasards, mais il y a incontestablement aussi des êtres qui savent exploiter le hasard"

Rv a dit…

il est marrant ce post ;-)
c'est vrai que vu comme ça, ça doit paraître bizarre pour les non initiés (d'ailleurs pour les initiés aussi)

bonne continuation

fugit a dit…

Post intéressant.. un peu agressif - c'est ce que je ressens. Mais bon, un bon coup de gueule ça fait du bien

Merci

Benjo a dit…

involontairement agressif alors... je n'ai pas écrit ça comme un coup de gueule. plutot un constat.

Anonyme a dit…

Suis assez d' accord avec tout ce que tu dis.
Il est généralement "accepté" que la crème de la crème des joueurs de poker double son equité, et serait donc en mesure de faire "in the money" environ 20% du temps.
Je pense aussi que certains joueurs de poker jouent un style qui va leur permettre de tres bien se placer dans l echelle des prix quand ils se placent.(alors que d autres ont un style inverse...)
Pour finir, ces chiffres sont aussi a mettre sur le dos des donkaments avec structures en bois; je suis pret a prendre les paris sur la prochaine saison EPT (tu sais, celle avec une nouvelle structure toute neuve...): On va voir si on n'arrive pas a chambouler un peu tous ces chiffres...Qui c est qui va kiffer faire le coverage ?...

-FrenchKiss-