lundi 8 juin 2009

Journée de la femme

Day 12

Des femmes, une star échouant à la seconde place, un joueur du Team qui cash à nouveau, et un inquiétante perspective pour le Main Event le mois prochain

Ce n'est qu'en roulant à travers les rues désertes de Vegas que j'ai réalisé que l'on était dimanche... Après onze journées consécutives passées à travailler jour et nuit à l'intérieur de l'Amazon Room, le fait de savoir quel jour perd quelque peu de son importance. Toutes les journées se ressemblent, et nous autres guerriers journalistiques des WSOP ne définissons pas les jours suivant le calendrier lunaire, mais par des numéros : j'ai commencé à travailler à Day 2. Dimanche, nous étions Day 12, et mon marathon se terminera aux alentours de Day 50. Bref, pas de trêve dominicale en vue hier : des tonnes d'histoires m'attendaient au Rio.

D'abord le traditionnel tournoi réservé aux femmes, une épreuve qui fait depuis longtemps débat. Loin de moi l'idée de prendre partie sur un sujet compliqué (est-ce une idée sexiste que de vouloir ranger un sexe dans une catégorie à part, ou est-ce un bon moyen de promouvoir notre jeu favori auprès d'une moitié de la population qui s'y intéresse beaucoup moins que l'autre ?), je vous inviterai donc à lire l'article qu'à écrit mon excellent collègue Mean Gene sur la question – Annie Duke, opposante histoire à ce genre d'épreuve, ne s'est pas privée pour poster en commentaire son avis sur la question.



Liv Boeree : un argument tangible en faveur des tournois féminins

Moi qui suis habitué à parcourir des salles remplies à 99% de mâles à l'hygiène pas toujours irréprochable, je trouve cela rafraichissant de voir l'Amazon Room remplie de femmes de tous âges et de tous milieux. La proportion de joueuses pros ne devant pas dépasser les 5%, l'atmosphère est cordiale : il s'agit avant tout d'un jeu. Les conversations vont bon train. On rit beaucoup, sans se prendre la tête. Parmi les joueuses au départ, mon excellente collègue de MadeInPoker, Claire Renaut, qui va se constituer un gros tapis avant de finalement sauter après sept heures de jeu.

Un épisode marrant : en parcourant les allées à la recherche des joueuses que je connais, une femme d'une quarantaine d'années se retourne sur mon passage. « Hey ! Comment ça va ? » En voyant mon air intrigué, la dame se rend compte que je ne la reconnais pas, et dit : « Vous aviez été si gentil avec moi lors de cette épreuve il y a deux ans. Vous ne vous souvenez pas ? » Réellement peiné de n'avoir aucun souvenir de cette rencontre, je m'excuse et avoue que non. De deux choses : je souffre de troubles de la mémoire, et cela est préoccupant. Ou alors, cette dame m'a pris pour quelqu'un d'autre, ce qui est tout de même plus plausible. Je lui souhaite tout de même bonne chance et poursuis mon chemin.



Les fans de poker ne sont pas tous de sexe masculin, je m'en rends compte en voyant Daniel Negreanu déclencher une émeute en se baladant entre les années. Sans doute l'un des joueurs les plus populaires du circuit, le canadien est assailli par ses demoiselles. « Daniel ! Je peux prendre une photo avec toi ? » Toujours de bonne humeur, il s'exécute avec le sourire, prenant la pose une dizaine de fois avant de rejoindre la table finale de l'épreuve de Limit qui l'attend sur le podium ESPN.

La partie est rapide, et Negreanu se retrouve rapidement en tête à tête contre un joueur que je ne reconnais. Brock Parker : le nom me dit quelque chose, mais sans plus. Depuis le banc de presse, je soutiens Negreanu, bien sur, car cela ferait une bonne histoire à raconter au vu de tous les paris que le canadien a en cours avec Phil Ivey, qui vient juste de remporter le sien. Et puis, il me semble de toute façon impossible que Negreanu échoue après avoir fait tout ce chemin.


Jusqu'à ce qu'un reporter de PokerNews me révèle le pseudo internet de son adversaire : « t soprano ». Mais bien sur, que je connais ce joueur ! Sans doute LE plus ancien régulier de la table à 100/200$ Limit de PokerStars, qui fut pendant bien des années la plus grosse table du site – je me rappelle qu'à l'époque, il fallait envoyer un e-mail au support client pour demander l'autorisation de s'y asseoir, car PS se souciait des risques de banqueroute de ses joueurs... Et puis, la plus grosse déception de ma carrière de joueur de poker amateur est liée à « t soprano ». En mai 2007, je m'étais retrouvé par miracle en finale d'un satellite pour le Main Event des WSOP. Il ne restait plus que trois joueurs : un inconnu, moi, et Brock Parker. Je connaissais déjà la réputation de Parker, et avait été positivement impressionné par son jeu. Ce qui ne m'a pas empêché de le battre, et de me retrouver en tête à tête, où, malgré mon chip-lead, j'ai perdu le match, et donc l'unique siège pour le Main Event mis en jeu. Jamais je n'ai été aussi dévasté par une défaite au poker. Il était sept heures du matin, je jouais depuis minuit. Je me rappelle être descendu dans le salon : mes parents se levaient pour partir au boulot. Je leur ai raconté ma déception. Je crois que ma mère a dit un truc du genre : « c'est pas des idées de rester debout aussi tard ! » Il m'a néanmoins fallu plusieurs heures avant de trouver le sommeil, et je n'ai plus jamais joué aucun satellite online par la suite. Bien entendu, quand j'ai raconté l'histoire à Brock Parker tandis qu'il posait pour la photo de fin, il n'en avait strictement rien à foutre.

Dans l'épreuve de Stud, Fabrice Soulier a réalisé son troisième cash en deux semaines : record français jusqu'à présent (et au classement général, ils ne sont que peu d'autres joueurs à y être arrivés). Je le sens bien, cette année, le Fabsoul, et je ne suis pas le seul à le penser... « C'est marrant, » a observé un autre joueur français. « L'année dernière Fabrice avait la tête de quelqu'un qui n'allait pas faire un bon WSOP, et il n'a effectivement rien fait de notable. Cette année, il a la tête de quelqu'un qui faire des perfs. » Dans la même épreuve, Jason Mercier a manqué de peu la table finale : il disputait là le premier tournoi de Stud de sa vie. Comme quoi, quand on a le génie des cartes, l'expérience est secondaire.

Grosse boulette d'Harrah's lors de la cérémonie de remise des bracelets, qui se tient quotidiennement au centre de l'Amazon Room : l'un des premiers vainqueurs non-américains des WSOP s'est vu attribuer le mauvais hymne national. « Euh, c'est pas l'hymne de la Finlande, a soufflé Ville Wahlbeck » à Pollack. « Ca serait plutôt la Suède ». Pollack a reconnu plus tard son erreur, mais a quand même laissé la chanson se terminer, tandis que les finlandais dans le public hésitaient entre l'hilarité et la consternation.

Après il y a eu le Day 1 de l'épreuve d'Omaha High-Low à 10,000 dollars, où David Benyamine défendait son titre. Mais je suis passé complètement à côté du tournoi, trop occupé par ce qu'il se passait ailleurs pour suivre les progrès de Michel Abécassis et Antony Lellouche.



Ludovic s'enquiert des progrès d'Antony dans le High-Low à 10,000$

Ludovic Lacay joue bien ces temps-ci, et l'a encore prouvé dans l'épreuve de No-Limit à 5,000 dollars. Malheureusement, mon ami Cuts souffre d'un incapacité chronique à «run-good » lors des phases finales des tournois où il arrive à accumuler des jetons, et a comme souvent du se contenter d'une élimination aux alentours de la 30ème place. Serviable, Ludo a pris le temps de s'assoir avec moi en salle de presse, me racontant en détail pendant une heure l'un des coups clés qu'il avait perdu, revenant avec lucidité sur les erreurs qu'il avait commises.

Le Day 12 sur Winamax

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Une nouvelle inquiétante à un mois du Main Event : la justice américaine, par le biais du District Sud de l'état de New York, vient de lancer une méchante attaque sur les sites de poker en ligne servant les clients US. Pour résumer, il est depuis quelques jours impossible pour la majorité des joueurs du territoire de retirer leurs gains par le biais des services les plus populaires (Instant eCheck, en particulier). Des lettres ont été envoyées à toutes les banques majeures, leur ordonnant de bloquer les fonds de plusieurs milliers de joueurs, pour une somme totale s'élevant à trente millions de dollars. Neteller étant sorti du marché ricain depuis deux ans, les deux dernières solutions disponibles – mais jusqu'à quand ? - restent le chèque et le virement bancaire. Une nouvelle qui pourrait bien faire chuter la participation au Main Event. En effet, les joueurs se qualifiant sur les trois plus gros sites servant les américains (PokerStars, Full Tilt Poker, et Ultimate Bet) ne sont pas automatiquement inscrits pour le tournoi, mais doivent s'en charger eux-mêmes : la somme correspondant à l'inscription est déposée sur leur compte online. Dans ce contexte, si les joueurs US n'arrivent plus à retirer leurs gains, comment pourront-ils se pointer au Rio pour s'incrire au Main Event ?

Pour plus d'infos, lisez les excellents articles de mon ami Dan Michalski sur Pokerati - l'histoire n'est pas terminée, et de nouveaux développements sont attendus dans les jours qui viennent :

Première partie
Deuxième partie
Troisième partie
Quatrième partie
Cinquième partie

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Mes collègues Tom et Gloria de PokerNews ont réalisé un excellent documentaire sur l'histoire des WSOP. Moi qui suis fan de la grande époque, nostalgique en diable que je suis (nostalgique d'une époque que je n'ai pas connue, en voilà un concept intéressant), j'adore :

3 commentaires:

Anonyme a dit…

"l'article qu'à écrit mon excellent collègue Mean Gene sur la question – Annie Duke, opposante histoire à ce genre d'épreuve, ne s'est pas privée pour poster en commentaire son avis sur la question."
Pas trouvé cet article, lien ? :p

Pedro Pok a dit…

Marrante ton histoire de satellite WSOP raté d'un rien.

Il m'est arrivé sensiblement la même chose fin décembre 2006 (3éme pour 2 tickets EPT). J'ai tout comme toi reçu un gros coup sur la tête ce soir là...

Mais, je m' y suis remis et 15 jours aprés je décrochais la timbale.

Ca m'a d'ailleurs permis de faire ta connaissance, ainsi que celle de Julien lors de l'EPT de Dortmund 2007.

Mais comme le vainqueur de Daniel Negreanu, tu ne t'en souvient surement pas. What else (lol) !!!

Bonne contiunation à toi @ +.

MR4B a dit…

et que dire du mec qui fait une finale FPT sur deux jours à 3000 joueurs qui donne droit a un seul et unique ticket pour l'EPT deauville.. et qui finit ... 3eme ... roooh le naz... ah mince c'était moi.
Quel coup de massue. Je n'ai pas quitté mon canap de tout le week end, comme après une cuite... et contrairement à pedro, je n'ai jamais choppé la qualif :(