mercredi 3 juin 2009

The Daily Grind

Day 7

Journal d'un fou



J'ai atteint le point où mes doigts me font tellement mal que j'ai du mal à taper. C'est vrai, je vous jure. Je suis littéralement à bout de forces, incapable de terminer mon article, mais pourtant, il faut que je le termine. Pourquoi, je n'en sais rien. Sans doute parce que je l'ai commencé, et qu'il me semble logique d'aller au bout, après tout, peu importent les signaux que m'envoient mon corps. Je veux dire, le monde ne va pas s'arrêter de tourner si je rentre me coucher sans avoir terminé mon histoire. Il est six heures et demi du matin, nom d'un chien, et je suis à mon poste depuis midi. Merde, le monde du poker ne remarquerait même pas si je coupais court dès maintenant. Et pourtant, je continue. Je ne pourrai me coucher qu'une fois ce putain d'article terminé.

On peut dire que la routine s'est installée aux WSOP, sept jours après ma première journée de travail. Parce que je viens d'enchaîner trois journées de quinze à dix-huit heures sans même m'en rendre compte. Plus le temps de batifoler, de passer un moment agréable ou deux le matin avant de commencer à bosser. C'est boulot à 100%. Le modus operandi est toujours le même : rentrer à quatre heures du matin à la villa, épuisée après avoir passé la majeure partie de la journée enfermé dans l'Amazon Room. Rallumer l'ordinateur pour écrire une bafouille fatiguée sur le blog que vous êtes en train de consulter. Se réveiller à onze heures trente, pisser, et sauter dans la douche. Se brosser les dents, puis se diriger directement vers la voiture. Parcourir les dix minutes de trajet me séparant du Rio. Garer la voiture, marcher jusqu'à l'entrée de service, et rentrer directement dans l'Amazon Room que j'ai quittée huit heures plus tôt. Allumer l'ordinateur, et commencer à écrire. Prendre une salade de fruits à la cantine, et la manger en lisant un bouquin – le moment calme de la journée. Regarder et parler à des joueurs de poker, prendre des photos, et écrire encore. Prendre une pause-dîner vers vingt heures, mais pas systématiquement – des fois, il faut écrire encore. Regarder les parties tard dans la nuit, et écrire encore. Fumer une clope toutes les heures avec les collègues, mais parfois seul. Boire un verre d'eau de temps en temps, des fois une bière si l'on a vraiment la gorge sèche. Et puis rentrer tard, retrouver son lit, et ainsi de suite. Same player shoot again.

Je ne veux pas que l'on me plaigne. Je veux dire, on ne me force pas à faire ça. Mon patron n'est pas venu me voir en me disant d'y aller tous les jours et toutes les nuits. Si je voudrais arrêter un peu, je pourrais. Pas de problème. Mais il y a quelque chose qui me pousse à continuer. Je dois avoir un problème psychologique enfoui, je sais pas trop. J'ai peur de manquer quelque chose d'extraordinaire en mon absence. Ou peut-être j'ai peur de m'ennuyer si je reste au bord de la piscine le temps de quelques heures.

Je ne veux pas que l'on me plaigne, et je ne veux pas non plus qu'on me couvre d'éloges en me disant que je fais un boulot super. Des fois, c'est pas terrible. Souvent, même. La plupart du temps, c'est passable. Une fois, rarement, c'est génial, et je suis fier. Si, une fois par jour, je peux être content d'un paragraphe ou deux que j'ai écris, d'une photo réussie, je suis content.

Par contre, il y a un truc que je veux que l'on remarque. Il y a un truc pour lequel je veux être salué, vaniteux que je suis - hé, il y a toujours une part de vanité dans ce métier où le fruit de notre travail est délivré en public. Il y a un truc que je veux que l'on dise à propos de moi, c'est, que putain, je travaille dur. Je fais mes heures. Encore et encore.

Mais le pire, c'est que je ne sais même pas pourquoi. Il est sept heures du matin, dans dix minutes je vais sortir, aveuglé par la lumière du jour, et je vais de demander pourquoi je suis encore resté si tard. Je dois vraiment être dérangé.

Le Day 7 sur Winamax

12 commentaires:

Anonyme a dit…

Depuis que je te suis, j'ai envie d'une seule chose : faire comme toi. Et aussi bien. Ce qui veut dire qu'il y a du boulot. Tu suscites des vocations !

Keep up the good work.

malouito a dit…

Good job !

J'arrête ici l'anglais car je n'ai certainement pas ton niveau et encore bravo pour le post (article devrais-je dire) sur Tao of Poker !

Et merci de travailler aussi dire pour nous faire vivre ces moments que seul ce jeu peut procurer.

2gan.

morgan a dit…

Gros Gros Boulot VGG

Anonyme a dit…

tu n'es pas dérangé. tu es un artiste génial.

Novaudou a dit…

Cette entame du big bazard est le meilleur de toi depuis des lustres.

Tu sembles avoir trouvé la distance, la posture, ni trop près ni trop loin, ni trop investi ni pas assez. Tu fais des choix clairs, c'est plus fluide, tu transmets les infos même lorsque la mélancolie ressort.Pas dupe.

En tant que lecteur assidu, respect. Et bon réveil dans cette satanée baraque de ouf!

Youlo a dit…

GREAT Benjo

Best article ever!!!!!

:)

Youlo a dit…

GREAT BENJO!!!

Best article ever! Continue comme ca ;) On aime

Kev50 a dit…

Non t'es pas dérangé Benjo, peut-être une forme d'hyper-activité ou de routine que tu veux maintenir parce que sans ça tu te ferais chier, ou alors t'aurais l'impression de pas mériter ton salaire, que sais-je encore ?

Un truc est sûr, j'avais pas pu lire ton blog depuis ton arrivée à Vegas et un truc s'impose, comme le dit le premier comm de ce post : j'ai envie de faire pareil, sans doute pas dans le poker, mais tout de même.

Et je me demande encore où tu trouves la force d'écrire ce blog alors que tu dois en avoir ras le cul d'écrire sur ton pc.

Le pire c'est que c'est très prenant à lire. Congrats et bon courage pour la suite.

Lilou a dit…

Lool bien sûr que tu es dingue, nous le sommes tous un peu. Nous en tant que lecteurs acharnés et toi en tant que "écrivain, journaliste, reporter, blogueur..." (je ne sais plus vraiment quelle casquette te donner ?)
L'amalgame de ta procrastination ;-) et de tes excès WSOP équilibre ton année. :-)

Mais écoutes toi un peu quand même, be careful...

Je ne dirais rien de l'article sur le blog de Pauly mais il semble génial, c'est cool.

zob a dit…

Je ne vais pas faire de compliments sur ton boulot, à part peut-être à propos de l'article sur Eric Drache, qui est probablement l'un des meilleurs que tu as écrit pour Winamax.

Je vais juste te dire un grand MERCI pour tout.

biniou14 a dit…

non, tu n'es pas dérangé. Mais en bon journaliste, tu as la trouille de rater quelquechose. Cette angoisse de ne pas être là quand CA se passe est une forme de TOC non ??

sgilmion a dit…

si être dérangé, c'est être passionné , alors je suis fou :)
merci benjo pour nous faire vivre ces wsop de chez nous, en attendant j'espère avoir le plaisir de nous même y gouter..