mardi 16 juin 2009

The 36-hour shift

Day 19 et Day 20

Projet B = complété

C'est fait. J'avoue que je n'aurais pas cru y arriver. Après plus de trente heures de travail presque non-stop, j'ai complété mon projet parallèle réalisé en marge de mon reportage pour Winamax. Lundi à 21h29, heure de Vegas, j'ai appuyé sur la touche « envoyer ». Dans mon email à destination de Lance Bradley et Matthiew Parvis, un article de 3,000 mots qui aura occupé la majeure partie de mes nuits depuis dix jours. Dix minutes plus tard, Bradley venait à ma rencontre avec un grand sourire et m'offrait sa main tendue : « Well done, it fucking rocks. » Ouf. Je n'avais pas foiré. Jusqu'au dernier moment j'avais eu un doute.

Bradley et Parvis sont les rédacteurs en chef de Bluff Magazine, la plus importante publication pokérienne du continent américain. Je connais bien le premier depuis les WSOP 2007. A l'époque, il dirigeait un site de news assez éclairé. On s'est donné de nombreux coup de mains mutuels, et l'on se respecte. Je n'avais jamais rencontré le second avant cette année. Quand ils m'ont approché en m'offrant de rédiger l'article principal du prochain numéro, je n'ai hésité qu'une minute avant d'accepter. J'ai eu ensuite le temps de regretter cette décision, puis carrément de me maudire, tandis que l'horloge tournait et que je me demandais si j'allais réussir à finir. Mais je n'avais pas vraiment le choix. Parvis avait décidé de mettre ElkY en couverture des éditions américaines et européennes de son magazine, et on m'avait recommandé à lui. Il pensait qu'en tant que français, j'aurai plus de facilité à écrire sur mon compatriote qu'un de leurs auteurs locaux, qui somme toute ne connaissent que superficiellement ElkY. Et comme Parvis ne me donnait que dix jours pour rendre ma copie finale, il m'a offert le tarif maximum...

Ainsi, dans quinze jours tous les casinos d'Europe et d'Amérique seront envahis de copies du magazine avec la tronche d'ElkY en couverture. Et c'est bibi qui a écrit l'article. La classe, non ? Je suis pas peu fier d'être le premier étranger à réaliser la « cover story » du meilleur magazine de poker américain. « Même moi je n'ai jamais eu l'occasion de la faire », à grogné Pauly.

Je pense que je n'oublierai pas de sitôt les deux journées qui viennent de s'écouler, deux journées qui n'en ont formé qu'une, pas encore terminée au moment où je tape ces lignes. Dimanche, j'étais au Rio en début d'après-midi. Je n'avais qu'une chose en tête : il ne me restait plus que 24 heures pour rendre mon article à Bluff, et je n'avais pas écrit une seule ligne. Mais selon la bonne vieille loi de Murphy, c'est pile ce jour-là que survenait la première table finale Winamax des WSOP 2009. Antony Lellouche possédait le second tapis, et ses chances semblaient excellentes.

Ce serait un mensonge de dire que j'ai été soulagé quand Antony a été éliminé le premier après deux heures de partie, garantissant que je n'aurai aucun article d'importance à écrire sur sa prestation en finale. Mais par contre, il est vrai que s'il avait gagné, je n'aurais jamais été en mesure de rendre à l'heure mon article pour Bluff. Parce que je me souvenais bien que l'année dernière, quand Benyamine et Davidi avaient pris leurs bracelets lors de deux soirées consécutives, j'avais bossé jusque cinq heures du matin à chaque fois. Mais rien de tout ça ici : comme à Londres en 2007 et 2008, mon poto a déçu, prenant un risque qui n'en valait pas la peine, engageant son tapis contre le seul joueur qui le couvrait.

Ma seule consolation, donc : j'étais libre de me consacrer à mon histoire. J'ai retrouvé Al, Gene et Jen au Hooker Bar le temps de quelques verres, histoire de se donner du courage. En début de soirée, j'ai commencé à écrire. J'avais accumulé plus de deux heures de conversation avec les divers intervenants de l'histoire, dont une heure entière avec le personnage principal. J'avais une bonne idée de la trame générale de mon article, mais la rédaction en elle-même est une autre histoire.

J'ai tapé sur mon clavier, et au bout de quelques heures, je sentais que je tenais le bon bout.Je me suis arrêté un peu, le temps d'aller assister à la victoire d'un de mes joueurs préférés dans l'épreuve de Pot-Limit Omaha High-Low. S'il y a un joueur que je voulais voir gagner après l'élimination d'Anto, c'était bien Roland de Wolfe. Il n'y a pas un gars sur le circuit avec autant d'auto dérision que lui. Pendant le tête à tête final, j'ai laissé tourner mon dictaphone à côté des joueurs anglais présents derrière la barrière pour le supporter : Neil Channing, Keith Hawkins, Nick Persaud... Hilarant. Quelques extraits : « C'est la troisième fois de sa vie qu'il joue à ce jeu. Une heure avant la finale, il m'a appelé pour me demander des conseils. » « Qu'est-ce qu'il va faire avec l'argent ? Le jouer au casino, bien sur... C'est un très, très bon client du Wynn... Ils l'adorent, là bas. » « Il a été broke des dizaines de fois, et il le sera encore bien d'autres fois. »



Car s'il y a bien un joueur qui n'en a vraiment rien à foutre de l'argent, c'est bien Roland de Wolfe. Et un modeste, avec ça. Comme il l'admettra durant la conférence de presse d'après victoire, de Wolfe était loin d'être le meilleur joueur de la table. Allez voir l'interview sur mon reportage Winamax, elle vaut le coup d'oeil. Ais-je mentionné que Roland de Wolfe est seulement le second joueur de l'histoire du poker moderne à remporter à la fois un titre du World Poker Tour, un titre de l'European Poker Tour, et un bracelet des World Series of Poker ?

Après, je me suis remis au clavier, et vers minuit, j'étais plutôt claqué. Mais je ne voulais pas m'arrêter tout de suite. Il fallait que j'aie terminé pour le lendemain, et j'étais loin d'avoir fini. Je me suis donné encore trois heures. J'avais repéré sur les présentoirs de la boutique de cadeaux des petits flacons avec une étiquette disant « 5 heures de boost – pour lutter contre la fatigue ». A 4,95$ la fiole, je ne perdais pas grand chose à essayer. J'ai bu le liquide orangé d'un trait, et j'ai poursuivi ma rédaction, m'arrêtant à la moitié environ. A quatre heures du matin, j'étais de retour à la villa, ayant réglé mon réveil pour cinq heures de sommeil. Deux heures plus tard, il faisait déjà jour et j'avais encore les yeux grands ouverts. Diable, me suis-je dit, ils ne plaisantaient pas avec leur machin. Si une petite fiole de merde à cinq dollars peut me tenir éveillé, je me demande ce que ressentent les mecs qui carburent au speed et aux amphés. Rien à faire, je n'allais pas dormir. J'ai rallumé l'ordinateur, tapé un peu, et pris une douche.

A huit heures, j'étais sur l'autoroute 15. Il faisait beau soleil et la vue sur les montagnes était dégagée. On pouvait voir les pierres du Red Rock Canyon au loin. J'ai pris le petit déjeuner au Bellagio en lisant le journal. Peu à peu, l'affaire des millions saisis chez Full Tilt et PS se répand dans la presse généraliste, et d'après mon ami Dan de Pokerati, il y a des chances qu'un torrent d'emmerdes se répande au Rio aux alentours du Main Event, ciblant les deux plus gros sites servant les joueurs américains. Bah, au moins il se passerait quelque chose d'intéressant.

Six heures trente après avoir quitté le Rio, et j'étais déjà de retour sur le banc de presse, à 9 heures 30, sans avoir dormi une minute. Il y avait seulement sept tables de cash-game ouvertes. Je me suis repayé une tranche de cinq heures de boost – j'étais bien obligé, au point où j'en étais : pas question de m'écrouler avant d'avoir fini mon article.

J'ai bossé dans le calme, surveillant du coin de l'oeil l'arrivée progressive des donkeys de l'épreuve à 2,000$ - je ne comprendrai jamais pourquoi certains joueurs se pointent UNE heure avant le début du tournoi. Bon Dieu, une minute est largement suffisante, et en plus, à cette heure-ci, les agents de sécurité ne laissent même pas encore rentrer ces pauvres hères dans la salle.

Pendant que Yuestud me remplaçait au reportage, j'ai continué à écrire. Hier, quand j'avais commencé, je me demandais comment j'allais atteindre les 2,400 mots qu'on m'avait demandés. Et voilà que maintenant, je me demandais comment j'allais faire pour réduire mon histoire à 2,400 mots. Chez LivePoker, je n'ai jamais su respecter le quota de signes qui m'était alloué. J'ai supplié Parvis de me laisser pousser jusqu'à 3,000 mots, et il n'a pas été difficile à convaincre.

A 18 heures, j'envoyais mon brouillon final à Jennifer, mon amie et collègue californienne de PokerWorks. Commençait la dernière partie du travail, avec son aide : reprendre chaque phrase, chaque mot, chaque point et virgule pour transformer ma copie pleine de petites erreurs d'anglais en un article irréprochable. Et faire passer ma copie de 3,300 à 3,000 mots. Un processus qui a duré trois longues heures, mais que j'ai beaucoup apprécié. C'est enrichissant de se disputer sur telle tournure de phrase, l'emploi de tel mot, se mettre d'acord ou pas sur tel accord, ou tel emploi de verbe. Sans Jen, je n'aurais jamais réussir à faire rétrecir mon article jusqu'au nombre de mots souhaités. Ça se jouait à chaque fois sur des tout petits détails. Moi qui est habitué à publier des articles sur Internet, je ne suis pas trop aux fait de l'une des règles de base de la presse écrite : « shoot it down », en français : enlève le gras jusqu'à ce qu'il ne reste plus que l'essentiel. Je devrais m'y mettre. Je vais peut-être commencer maintenant, car il est quatre heures du matin, j'ai encore trouvé le temps d'aller au bar avec le temps après avoir quitté le Rio à minuit, et cela fait maintenant 40 heures que je suis éveillé. Le pire, c'est que je n'ai pas vraiment sommeil. Peut-être que j'ai pris sans le faire exprès la formule "50 heures de boost".

Le Day 19 et le Day 20 sur Winamax

16 commentaires:

shok a dit…

imo, vas vite faire une prise de sang pour savoir ce qu'il y avait dans la petite fiole ^^

et bon gros dodo :D

Olivier B. a dit…

Salut,

Merci à toi de nous faire partager tout cela, c'est vraiment agréable à lire, que l'on aime ou as le poker d'ailleurs.
J'attends avec impatience de lire ton article : on peut trouver le magazine en kiosque sur Paris, tu crois ?

Et sinon, faudra que tu ramènes des petites fioles, ça a l'air pas mal, comme truc !

Merci et bravo à toi,
Olivier

Patlegrec a dit…

Félicitations pour l'article, merci pour le boulot, mais il faut vraiment que tu dormes, il y a encore un mois à tenir !

Julien a dit…

Un grand bravo pour ce projet B! Une belle reconnaissance pour tout ton boulot et toute ton implication dans ce que tu fais...Congrats!

sgilmion a dit…

enorme ca benjo ! tu connais la date de publication?
je pense qu'en matière de journalisme sur le poker, il te sera difficile de faire mieux !! :)
bon courage pour la fin des world series !!

Stefal a dit…

Bravo Benjo.
Ta progression professionnelle fait rêver.
stefal

PS: si tu as besoin d'un nègre pour de petits articulets ....
;o)

Frédéric "LCF" Dupont a dit…

excellent ce post ,

je me suis marré comme un con devant mon pc au bureau...
hate de lire ce fameux article.

Cheers
Fred D

easyyyy a dit…

La grande classe.
Mais maintenant, il vas quand même falloir aller dormir un peu imo. les WSOP sont encore long.

merci pour t'es couvrage.

Bergi a dit…

Le voilà, ce fameux projet "B"!

Hé ben, après un magnifique article (en anglais, s'il vous plaît!) à propos de Eric Drache, voilà que tu manies la langue de Sheakspeare pour écrire pour Bluff Magazine, respect absolu! Tellement dur de pondre quelque chose qui "rocks" pour un non-anglophone...

Récupère tes heures de sommeil, elles sont méritées :-) On ne citera pas le "à" et le "moi qui est" dans ton article ;-)

Chapeau l'artiste et good luck pour la fin de ton reportage WSOP qui dépasse largement tout ce que tu avais pu produire jusqu'ici en terme de qualité!

MR4B a dit…

félicitation ! je suis moi même assez fan de ce magazine! j'espère que l'on pourra le trouver pour te lire. Sais tu ou ce le procurer ou meme s'abonner.

Bravo pr ton travail sur les tournois. toujours un plaisir de te lire

Mr4B

morgan a dit…

bravo content que tu ais reussi à mener les 2 projets de front. Je serais a vegas samedi, peut etre qu'on se croisera au rio ou ailleurs

romain a dit…

Bravo benjo, tu le mérite, vraiment.

J'ai hate de recevoir le bluff magazine, et de le lire, et relire.

Djrom

Anonyme a dit…

you rock amigo !

cartermd a dit…

j'ai adore ton article tres bien ficele et un grand chapeau pour ton article pour bluff magazine ce n'est pas donne à tout le monde d'ecrire pour les meilleurs.

Tu fais partie de l'elite maintenant et j'en suis tres content pour toi

Et j'ai adore les flacons des 5 heures de boots maintenant il faut verifier la composition LOL

A plus

Node a dit…

Un bravo de plus...
et j'adore tes ptites phrases comme:
Diable, me suis-je dit, ils ne plaisantaient pas avec leur machin

Merci

Patlegrec a dit…

Dans le cadre de mon projet JCVD de chasse aux anglicismes, je me permet de te rappeler qu'en français on ne dit pas compléter pour dire terminer, achever, en tout cas pas pour un projet.
(Tu n'es pas obligé de publier le commentaire, qui n'est pas intéressant en soi)