samedi 30 mai 2009

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Day 3

Où est l'histoire ? une excellente idée d'Harrah's, des fantômes du passé, une biographie, et mon remède au mal du pays

Nous étions aux alentours de 23 heures vendredi soir, quand j'ai eu un petit moment de panique assez fâcheux. Assis sur le banc de presse à moitié déserté de l'Amazon Room, je me suis soudain rendu compte que je n'avais aucune idée de ce qu'il se passait aux World Series of Poker. Oh, bien entendu, je pouvais parfaitement voir que deux tournois étaient en cours devant mois. Je pouvais voir que les parties battaient leur plein, que régnait l'agitation habituelle des championnats du monde. Les joueurs aux tables, les spectateurs massés dans les allées derrière les cordons de sécurité. Le ballet incessant des superviseurs, hommes de ménage et agents de sécurité. Mais que pouvait-on tirer de tout cela ? Quelle était l'histoire du jour ? Quelle moelle substantielle pouvait-on tirer du Day 3 des WSOP 2009 ? Sur mon ordinateur, la page blanche. Dans ma tête, du vide.

Certes, il s'agissait d'une journée calme, avec seulement deux tournois au programme. J'avais un semblant d'excuse. Mais tout de même, commencer à sécher de cette manière alors que nous n'en sommes qu'au deuxième jour d'un marathon qui va en durer cinquante, ce n'était décidément pas bon signe. J'avais déjà rayé de mon carnet Chris Moneymaker, qui aurait pu constituer une sacré belle histoire. Le champion du monde 2003 n'a pas tenu la distance dans l'épreuve à 40,000 dollars, provoquant quelques moqueries parmi la presse et le public. Je ne comprends pas. D'accord, Moneymaker n'a fait aucun résultat ou presque depuis son titre il y a six ans. Et alors ? On devrait tout remercier, voire même vénérer ce type sympa grâce à qui des centaines de milliers, voire même des millions, se sont mis à jouer au poker. Comme Chris, Bruno Fitoussi a lui aussi effectué une spectaculaire dégringolade. Chip-leader au départ du Day 2, le français s'est arrêté en 45e place, loin des places payées. La faute à pas mal de rencontres malchanceuses. Pour voir la première performance française, il faudra attendre encore un peu.

Que pouvais-je bien raconter ? Le Day 1 de l'épreuve #3 ne m'intéressait pas. J'ai pris la décision réfléchie de ne pas gaspiller mon et mon énergie sur les premières journées des tournois « petit buy-in/gros field », et je n'allais pas changer d'avis pour une épreuve de Omaha High/Low à 1,500 dollars, où ne figuraient d'ailleurs que peu de français. J'ai songé un moment à écrire sur l'organisation générale des WSOP, mais il n'y a plus rien à dire. C'est la cinquième édition consécutive organisée par Harrah's depuis leur rachat de la marque : ils sont maintenant rôdés, et les couacs, défauts et autres plantages sont désormais l'exception plutôt que la règle la règle. Un long chemin a été parcouru depuis 2005, et l'on peut désormais que les WSOP sont une affaire qui roule, que ce soit au niveau des inscriptions, des paiements, de la direction des tournois (les superviseurs sont exemplaires), où de l'accueil réservé aux médias. Affaire classée.

Désespéré à l'idée de ne rien trouver à raconter, je me suis levé et ai marché jusqu'au poste occupé par Pauly sur le banc de presse. Lui saurait me tirer d'affaire. Pauly a pointé le doigt en direction du coin nord-est de la salle. « Regarde les cash-games, » m'a t-il soufflé. « Ils sont plein à craquer. Cinquante tables. Du jamais vu. Pourquoi ? » Puis, regardant vers le coin opposé : « Et le tournoi à 40,000 dollars ? Il ne reste plus que cinq tables. Tu fais le parallèle ? »



Elle était là, l'histoire. D'un côté, un tournoi à 40,000 dollars l'entrée, où ne restaient plus qu'une poignée des meilleurs joueurs du monde. De l'autre, des centaines d'amateurs, donkeys, pigeons, fishs, déversant leur argent sur les tables de cash-game à la veille de l'épreuve à 1,000 dollars, où 6,000 joueurs étaient attendus. Deux mondes bien différents, séparés sur le moment, mais qui s'entremêlent en permanence, se nourrissent l'un de l'autre. A ma gauche, l'élite, la gloire, la starification, les sponsors et les gros sous. A ma droite, les fans, les amateurs, venus toucher du doigt le rêve, et disputer le tournoi le plus abordable des WSOP. Si les seconds sont en ville ce week-end, c'est pour la plupart parce qu'un jour, ils ont vu les premiers à la télévision. La boucle est bouclée. Et l'argent va, pour la majeure partie, rester au sommet de la pyramide économique du poker.

Le Day 3 sur Winamax

En vrac

- Excellente initiative de la part d'Harrah's : tous les jours à 14 heures, une cérémonie sera organisée pour célébrer les vainqueurs de bracelets, complète avec présentation du trophée, et hymne national. Trop souvent les années précédentes, on voyait des tournois se terminer tard dans la nuit, devant une poignée de spectateurs. Les vainqueurs anonymes restaient dans l'anonymat, alors qu'il venaient d'accomplir l'exploit dont rêve tout joueur de poker. Désormais, avec cette cérémonie, tous les vainqueurs, pros et amateurs, monteront sur le podium au milieu de l'Amazon Room, généralement pleine en début d'après-midi, et recevront une ovation bien méritée de leurs pairs.



Adam Cohen, le premier vainqueur de l'été (tournoi des employés de casino)

- Un fantôme a surgi de nulle part durant la soirée : Vinny Vihn, surveillant les progrès de son ami David Pham dans le tournoi à 40,000 dollars. Cheveux mi-longs, chemise proprette, quelques kilos en plus : le vietnamien ne ressemblait en rien au squelette émacié et défoncé qui avait tant défrayé la chronique lors des éditions 2007 et 2008. Vinny a retrouvé son look normal des grandes années. Il a tellement changé que j'ai du appeler Pauly pour me confirmer que c'était bien lui. Curieux, on l'a suivi à travers l'Amazon Room pour le voir s'asseoir à une table de PLO 2/5 dollars. Vinny avait un gros tas de jetons devant lui, et semblait très calme. Un radical changement. Peut-être a t-il arrêté les drogues dures pour de bon ? En tout cas, comme je l'ai dit à Pauly, les WSOP ne sont pas encore vraiment commencer tant que l'on a pas encore croisé Vinny Vihn et Eskimo Clark; les deux « canards noirs » de Las Vegas, publicités ambulante contre l'addiction sous toutes ses formes. Voilà qui est chose faite – dans le cas de Clark, il est facile à repérer, vu qu'il passe presque tout son temps à traîner dans les couloirs, en quête d'une cigarette, un truc à manger, ou un sponsor pour un tournoi. Effrayant.

- Le tournoi à 40,000 dollars : quel tournoi extraordinaire. J'espère chaudement qu'on le retrouvera au programme des WSOP 2010, tant le poker qu'on a pu y observer fut de qualité.



- Après quatre jours passés à Vegas, j'ai déjà accumulé quatre bouquins sur ma table de chevet. Dernier en date : l'auto-biographie de Mike Matusow, que m'a offerte l'un des co-autors, le très sympa Tim « PokerShrink » Lavalli. Si vous me lisez régulièrement, vous savez que j'ai de la tendresse pour Mike... Et s'il y a un joueur pro qui méritait un bio, c'est bien Matusow, dont le parcours en forme de montagnes russes est digne d'un film hollywoodien : pauvreté, addiction au jeu, addiction aux drogues, prison, entrecoupé de succès extraordinaires au poker (une tripotée de bracelets WSOP et deux tables finales du Main Event) Vous pouvez commander le livre sur Amazon.

- Acheté à l'Urban Outfitters (mon magasin préféré de Las Vegas, au Mandalay Bay), ce t-shirt terriblement d'actualité, que je porterai pour couvrir l'épreuve « stimulus » à 1,000 dollars :



- Au restaurant, pendant la pause-dîner, le match des Lakers était diffusé sur les écrans de télé accrochés aux murs. Au milieu du troisième quart-temps, le proprio du club Jerry Buss passe devant nous sans prêter la moindre attention au match. Surréaliste.

- Quand j'ai le mal du pays, je me rend au casino ayant pour thème Paris et la France. Pas pour contempler la fausse Tour Eiffel ou l'Arc de Triomphe en plastique (je ne suis pas un grand fan de Paname), mais pour manger une crêpe au Nutella et descendre un Orangina. Un délicieux petit déjeuner qui me fait sentir furieusement patriotique.

5 commentaires:

DrJubal a dit…

Merci Benjo - vous allez aimer le Matusow...

lenyne a dit…

Salut benjo,
j aime bien le ton que tu emploi pour parler de Vegas, car au delà de l'aspect ennivrant, j'ai toujours trouvé que cette ville respirait la despression...
..quant au tee-shirt il m'en faut un également!! où en toruve -t-on...??? :)

courage pour la suite..

Forrest Gun a dit…

Ce qui est amusant, c'est que tu as dit que cette année tu ferais moins de posts sur le coverage winamax mais augmenterais leur qualité.

Alors oui, on a une news toutes les 3 heures mais la qualité est toujours similaire.

La transmission d'infos est correcte mais les parties où tu veux faire un peu de réflexion/recul est tout bonnement pathétique et de qualité médiocre.

On comprend pourquoi tu n'es jamais rentré en école de journalisme.

Benjo a dit…

Merci pour ton avis, Forrest Gun. En effet j'ai dit que j'essaierais de faire mieux, sans promettre de réussir.

Anonyme a dit…

Eskimo Clark, 'tain ça c'est un sacré blaze ! Ca fait film d'Audiard ou Soprano, j'adore !