mercredi 6 mai 2009

Wir fahr'n fahr'n fahr'n auf der Autobahn

Tiens, un petit road-trip, cela faisait longtemps. J'étais en train de manger durant la pause-dîner de la finale de l'European Poker Tour quand Benjamin Kang m'a interpellé depuis la table d'à côté. « Benjo, tu couvres l'étape World Poker Tour de Venise ? » Bien sur, que je réponds. A l'exception de Vikash, tout le Team Winamax a répondu présent pour cette toute nouvelle étape du circuit européen, intelligemment programmée trois jours après la conclusion de la Grande Finale monégasque de l'EPT. Le problème, c'est que, noyé par le travail à Monte-Carlo, j'ai un peu laissé trainer le côté organisationnel de la chose, et n'ai toujours pas réservé de billet d'avion. Les prix ont flambé, et ma dernière solution semble être un interminable périple en train. « Non ! Viens avec nous ! Je pars demain avec deux potes, et il reste une place dans la voiture. » Typiquement le genre d'offre désintéressée qui a fait de l'allemand l'un des joueurs les plus appréciés sur le circuit.

Bien entendu, j'ai accepté immédiatement, et le lendemain après-midi, je chargeais mes bagages dans son gros 4x4 BMW. Les autres passagers sont deux joueurs pros allemands : Marco, et Doron, que je mettrai quelques heures à reconnaître comme étant le malheureux ayant sauté en table télé à San Remo avec QQ contre la paire de 4 de Constant Rijkenberg. « Mec, je suis pas mécontent de me casser de Monte-Carlo », soupire Kang en s'engageant sur les corniches sinueuses qui surplombent la Principauté. J'approuve chaudement, et souffle un grand coup en regardant l'affreuse tâche de béton ocre disparaitre au loin. On est pas les seuls. J'ai entendu dire que les organisateurs de l'EPT recherchaient une autre destination pour organiser leur finale. Les retours négatifs s'accumulent. Même les riches joueurs de poker disputant des épreuves à 10,000 euros l'entrée rechignent devant les tarifs pratiqués par le Bay Hôtel. Il y a des limites à l'escroquerie. Seize euros le cocktail, vingt euros le hamburger, et même quatre euros pour une malheureuse bouteille d'eau, de qui se moque t-on ? Et je ne parle même pas des centaines de qualifiés online américains à la bankroll plus modeste. D'autant que, sentiment des joueurs mis à part, la Société des Bains de Mer (propriétaire de l'hôtel) a récemment pris des parts dans la société qui gère la salle de poker en ligne BetClick, ce qui crée un conflit d'intérêt direct avec PokerStars.

Avec un grand sourire, je songe que c'était peut-être la dernière fois que je mettais les pieds à Monte-Carlo. Kang conduit à toute vitesse, probablement par habitude des autobahns no-limit de sa chère patrie, et très vite je commence à dodeliner du chef, écoutant de loin la conversation. Three-bet, pot-commited, Ruthenberg, donkey, Flop, Ace, Queen, Strassman, Vegas, broke, strip-club... Je suis rassuré : je ne comprends pas un mot de la langue, mais je sais de quoi l'on parle. J'ai déjà eu ce genre de conversation des centaines de fois.

On s'arrête dans une ville portuaire pour manger un morceau. On est en plein milieu de l'après-midi et il n'y a pas un restaurant d'ouvert. Après moult recherches, on finit par trouver un cafetier acceptant de nous faire des sandwiches au prosciutto. C'est tellement délicieux qu'on commande une seconde tournée aussi sec. On parle de la scène poker germanique. Je félicite l'équipe dont fait partie Benjamin, les Shooting Stars. Avec des joueurs tels que Sebastien Ruthenberg, Johanness Strassman, Florian Langmann, Sandra Naujoks et Georges Danzer, PokerStars a réussi en Allemagne ce que Winamax a réussi en France : monter une équipe de joueurs pros crédibles et « marketables », au talent réel et avec des résultats derrière. Kang nous raconte une anecdote hilarante sur Boris Becker, légende du tennis teuton lui aussi sous contrat avec PokerStars, et un type très sympa au demeurant, semble t-il. Lors de la Coupe du Monde de foot en 2006, Boom-Boom, commentateur pour la télé allemande, a mis sur les nerfs toute l'équipe de production avec ses retards de diva. « Il faut absolument que je reprenne une douche, je me sens pas en forme. ». « -Euh, le match commence dans trois quarts d'heure, Boris, on y sera jamais dans les temps, et tu es le commentateur principal du match. » « - Vous inquiétez pas. » Trente minutes plus tard, Boris descend dans le lobby de l'hôtel, proprement douché, donc, et assure à l'équipe qu'ils seront dans les temps. Il y a une demi-heure de trajet, et le chauffeur de taxi est bien sur plus que prêt à appuyer sur le champignon et griller quelques feu rouges pour que la célébrité arrive dans les temps. Problème, les flics sont sur la route, et stoppent le taxi. Boris abaisse sa vitre : « Bonjour, je suis Boris Becker, et je suis en retard pour aller commenter le match. » « - Pas de problème, monsieur Becker. On va vous escorter. » Et les motards de la polizei d'encadrer le taxi fonçant en trombe vers le stade. Arrivé sur place, Boris a bien sur oublié ses papiers d'identité et son badge de presse. La sécurité est draconienne, mais Boris n'est pas du genre à s'arrêter sur ce genre de détails. « Bonjour, je suis Boris Becker. Je n'ai pas d'accréditation, mais je dois commenter le match. » « - Pas de problème, monsieur Becker, entrez donc. » Pour la petite histoire, Boris a quand même manqué le coup d'envoi.

Pas encore inscrits pour le tournoi, Benjamin et ses potes étaient un peu inquiets, ayant entendu que le WPT Vénitien était complet. J'envoie un SMS à mon contact sur place, mon vieil ami Kim Lund de Bwin (partenaire principal de l'épreuve), qui m'assure qu'il ne s'agit que d'une rumeur malicieuse visant à nuire au tournoi. Cela ne m'aurait pas étonné, cependant, après avoir été témoin du raz de marée de l'EPT San Remo.

Il fait déjà nuit quand on arrive au abords de Venise. La cité est reliée à la terre ferme par le Pont de la Liberté, long de quatre kilomètres. Au bout, la Place de Rome et ses garages, point de chute de tous les véhicules automobiles. Le reste du trajet jusqu'à l'hôtel se fera en bateau-taxi, une lente plongée dans le cœur de la ville, à travers les canaux. Dans la pénombre des lampadaires, et le calme uniquement troublé par les moteurs des embarcations. Une arrivée surréaliste, dans un décor de cinéma. Je viens à peine d'arriver, et tout est comme je l'avais imaginé. Des images de vieux films et de BD d'aventures me reviennent en tête.



Après avoir pris un dernier virage dans un canal étroit, le conducteur s'arrête à un petit embarcadère, dépose mes bagages, et me pointe du doigt le bout de la rue. A l'acceuil, Yuestud vient d'arriver avec Arnaud. Ils sont arrivés avec un jour d'avance sur leur programme : je les prend en refuge pour la nuit. L'hôtel Giorgione est majestueux. Des tapisseries aux toiles sur les murs, de la moquette aux stores, c'est un voyage dans le temps vers le 17ème siècle. Comme j'ai réservé pour huit jours, le réceptionniste nous donne une suite, en fait un studio-mezzanine. Vue sur la cour de l'hôtel. J'ouvre la fenêtre pour admirer la fontaine. Je sors une vieille pièce de 20 pence qui traînait dans mon portefeuille, et la lance vers le bassin avec un voeu : « pour une meilleure semaine que la précédente. » Yuestud fait de même : « pour qu'un de nos gars arrive en finale. On va pas mettre tous nos voeux... » Je termine la phrase : « ... dans le même panier ! »

4 commentaires:

Anonyme a dit…

coucou benjo

j'espere que tu ne paieras pas ta bouteille d'eau 5 € sinon revient vite en france ....

allez courage je le sens tres bien cet WPT de venise avec nos francais

bonne semaine :)

jerome

JOYsoon a dit…

Le moral est revenu à ce que je vois , j'espère que ton séjour sera meilleur que le précédent , en tout cas je n'ai pas du tout envie de me rendre à Monte Carlo d'après ce que tu relates , nan nan et puis j'ai pas encore les moyens d'assumer de tels prix exorbitants donc la question ne se pose même pas , mouarfff .
Z'ont l'air bien sympas ces Allemands , bonne chance à tous !

Node a dit…

Salut Benjo.
Bravo et merci pour avoir traversé ce calvaire qu'était Monaco tout en donnant tes articles sur Wam...
Bon courage.
ps: le passage sur le cadre "Monaco" dans ton article précedent est juste... waow

Dethier Eric aka Hysteric a dit…

Belle plume comme à l'accoutumée.

Venise c'est tout un voyage, et sans doute un voyage dans le temps.
Ceci dit Monte Carlos pour ceux qui n'ent sont pas blazé ce doit être tout de même sympathique à visiter.
Les prix augmentent au passage de l'EPT ou est ce sans doute le standing même de Monte Carlos qui crée cet état de chose toute l'année.
Je prendrais également l'exemple des payages Français lors des vacances d'été ou "bizarrement" les tarifs ont tendance à subir également la même montée que le mercure à cette période.
Tout le monde essaye de traire le même mouton. Et comme c'est un mouton et pas une brebis, il est un instant ou la bête n'est évidemment pas d'accord. :D
Au fait rescent t'on la crise au niveau du poker également?
Pourquoi toujours une augmentation de Buy-in dans tout les tournois internationnaux? Pourquoi n'y a t'il plus de tournois petits buy-in? Peut être pour laisser les pros entre eux. Quand arrêter cette ascension? L'avenir nous le dira.

Signé: Dethier Eric aka Hysteric