dimanche 31 mai 2009

Watchamacallit

Day 4

Mon endroit préféré à Las Vegas, la boucherie du week-end, une finale de rêve... Courte journée au Rio, soirée avec le Team Winamax

Le décalage horaire qui m'avait permis de faire des nuits très courtes sans ressentir de fatigue a fini par s'estomper, quatre jours après mon arrivée à Vegas. Je suis désormais accoutumé aux huit heures d'écart avec Londres, et ai eu pour la première fois du mal à me lever vendredi matin, après tout de même sept heures de sommeil. Qu'importe. Pas question de gaspiller une précieuse matinée de temps libre. J'ai traîné ma carcasse hors du lit, et à neuf heures et demie, je parcourais le Strip et son trafic relativement calme du matin. Arrivé au Tropicana, je tourne à gauche vers l'est, roule deux kilomètres, et atteins mon endroit favori de Las Vegas : le musée du flipper et de la machine d'arcade. Oui, comme chaque année, je prévois de passer beaucoup de temps dans ce paradis, parfait échappatoire à l'agitation quotidienne du Rio.

Bad-beat : le musée n'ouvre pas avant onze heures. Comme je n'ai encore rien mangé, je tue le temps en prenant le petit dej' dans le premier restaurant que je trouve : IHOP – International House of Pancakes. 95% des clients assis aux tables sont obèses. Des couples obèses. Des célibataires obèses. Des familles obèses. Cela me coupe un peu l'appétit, mais je commande tout de même le truc standard américain : oeufs, saucisses, bacon, pancakes, toasts, « hash-browns », le tout noyé dans une tasse de café et un verre de jus d'orange. Pas génial, et surement la diète la plus appropriée pour finir comme mes voisins de table.



Je suis le premier client à l'ouverture du musée, qui fonctionne comme une œuvre de charité : l'entrée est gratuite, et tous l'argent versé dans les machines est ensuite remis à l'Armée du Salut du Nevada. Toutes les dernièrs flippers sont là, mais je ne suis guère intéressé par Batman, 24 heures Chrono et la Roue de la Fortune (!), préférant me défouler sur les classiques modernes, en particulier la Famille Adams. Le proprio du musée est en train de réparer une machine voisine, ce qui m'empêche de bourinner le flip autant que je le voudrais (saviez-vous que vous pouvez faire remonter une bille tombée dans les gouttières latérales en tapant très fort sur la caisse de la machine ?)

Je pénètre dans l'Amazon Room à midi, à la seconde près où le légendaire Jack Binion, organisateur des WSOP pendant une bonne trentaine d'années (et désormais plus ou moins à la retraite), donne le départ du gigantesque tournoi à 1,000 dollars. Pour la première fois depuis des années, les pouvoirs en place ont abaissé le prix plancher des épreuves, d'ordinaire fixé à 1,500 dollars. Évidemment, le tournoi affiche complet, avec 6,000 inscrits. Le plus gros tournoi de poker jamais organisé en live, hors Main Event. Une loterie occupant toute l'Amazon Room, une salle annexe, et même quelques tables dans le couloir près du restaurant de fruits de mer du Rio.



Des milliers de donkeys dans l'épreuve discount à 1,000$

Mais pour moi, c'est juste la routine des années précédentes qui revient. Les journées « donkament » des WSOP (caractérisées par 1/ un tournoi pas cher en No Limit, 2/ une salle pleine à craquer et 3/ un niveau de jeu très faible) ne sont pas mes favorites, et celle-ci, la première d'une longue série, n'a pas fait exception. Les milliers de fishes, pigeons et donkeys envahissent l'Amazon Room, remplissant les tables à perte de vue. « J'ai voulu acheter un spray anti-donkey, mais ils n'en avaient plus en stock », a rigolé Pauly. « Tu sais où on peu trouver des masques anti grippe-aviaire ? », j'ai répondu. « J'ai peur de la contagion. » Le bruit des jetons dans la salle est assourdissant, le flot des éliminations est incessant, et l'on ne peut pas marcher cinq minutes dans le couloir sans croiser au moins trente types en train de raconter une histoire de bad-beat au téléphone « So, I raise with Jacks, and this guy here goes all-in... » Non, les donkaments à 1,000 dollars ne sont pas les tournois les plus passionnants à couvrir des WSOP, et cette année, j'ai décidé de ne pas perdre mon temps dessus, tout du moins pas le premier jour. Trop souvent j'ai gaspillé mon énergie à courir après des joueurs, perdant du temps à raconter des coups sans intérêt dont tout le monde se fout. Cette année, c'est terminé. Je ne m'approche pas des loteries tant qu'il ne reste plus au maximum 200 joueurs.

Il n'y avait pas grand chose à voir au Rio vendredi, pour ceux qui ne goutaient pas cette boucherie. Les demi-finales du tournoi à 40,000 dollars ont tout de même offert quelques grands moments. De 23 joueurs à la reprise, on est passé rapidement à 18. Les superviseurs ont monté l'ultime table arrivé à dix joueurs. Tony G était super short-stack, et a insisté pour partir en pause-dîner à 19 heures, faisant râler tous ses adversaires qui voulaient en finir tout de suite. « Non, j'ai faim, je veux aller manger, boire un peu de vin, ça me détendra », a plaidé l'australien, qui était le candidat principal pour « buller » la table finale, et voulait donc faire durer le plaisir. Mais l'ami Tony est un type sympa, amical et très drôle. Pauly me l'a présenté : nous avons un ami en commun, Ryan Nathan, qui a vendu à Tony sa boîte il y a quelques mois, le site de stacking ChipMeUp. Il n'a d'ailleurs fallu que quinze secondes à Tony pour m'offrir de diriger la version française du site. Je lui ai répondu que j'étais déjà assez occupé comme ça.



La pause-dîner, je l'ai passée en compagnie de Change, Pauly et MeanGene, le blogger d'Ultimate Bet. Ce dernier n'avait jamais mis les pieds au In-N-Out burger. Sacrilège ! Une fois ce pêché absous, nous revenons au Rio juste à temps pour voir la table finale se former dans l'épreuve à 40,000 dollars. Le malheureux « bulle boy » est le sus-nommé Tony G. Le casting de la finale est à la hauteur du prestige de l'épreuve. Un des débats les plus animés avant le départ des WSOP cette année concernait l'affrontement entre les jeunes joueurs online et la vieille garde. A voir le casting de cette finale, on tient un élément de réponse. Isaac Haxton, Alec Torelli, Justin Bonomo, Dani Stern, Lex Veldhuis... Tous ont découvert le poker bien après le début du 21ème siècle, devant l'écran d'un ordinateur. Ted Forrest est l'unique représentant des « old-schoolers », avec un Greg Raymer se placant en porte à faux. Le champion du monde 2004 est un joueur de salle expérimenté, mais ayant pleinement fait la transition vers le poker en ligne dès le début des années 2000.

Une fois les biographies des finalistes mises en ligne, je n'avais plus rien à faire au Rio... Le Omaha High-Low venait de perdre Fabrice Soulier (première place payée française de l'été), et la boucherie à 1,000 dollars continuait de produire son quota de deux cent éliminations par heure. J'étais dehors à 23 heures, deux heures plus tôt que d'habitude. J'ai retrouvé le Team Winamax au Bellagio. Cuts, Nico, David et Arnaud terminaient leur repas au Fix. On est montés voir Eric Koskas dans sa gigantesque suite au septième étage. Vue sur les fameuses fontaines. Moumouth s'était endormi devant son ordinateur après avoir sauté d'un tournoi. On réveille Eric, et on ouvre le mini-bar. Je demande au marseillais combien lui coute son palace (deux salles de bains presque aussi grandes que ma chambre au Trump, et un salon/chambre à coucher avec une vue à tomber par terre). « Rien du tout », répond t-il à moitié endormi. « Il y a quelques années, je suis venu avec un pote flambeur qui a lâché une tonne, et depuis on m'accueille comme un prince. » On mate la vidéo de la finale de l'EPT San Remo, où figurait Eric, et ses collègues du Team ne manquent pas d'insister avec malice sur les erreurs qu'il a pu commettre pendant la partie (« Quand tu as le meilleur jeu, tu n'arrêtes pas de parler, mais quand tu tentes le gros bluff, soudain tu deviens muet comme une carpe ! »

On redescend au casino. Yuestud a sauté de son tournoi au Caesar's, on le retrouve au bar de la salle de poker (sans doute l'un de mes bars favoris de la planète : c'est le centre névralgique de la planète poker) Dans la Bobby's Room, une partie de poker chinois est en cours, j'y reconnais Chau Giang et Patrik Antonius. La salle bouillonne d'agitation : toutes les tables sont pleines, avec des parties allant de 1$/2$ à 100$/200$ No-Limit. Bruno Fitoussi a retrouvé la pêche après sa déception dans le 40,000 dollars, et tape la discute au comptoir entre deux mains de 400$/800$ en Limit Mixed Games. Je mets 20 dollars dans la machine à video poker, histoire de bénéficier des boissons gratuites. J'arrête les frais après avoir perdu cinq dollars, le prix de la Corona, quoi.

Il se fait tard, mais personne n'a vraiment envie de se coucher. Retour au Trump. Affalés sur les canapés, on discute poker, bien entendu, et la discussion prend vite un aspect ludique. Cuts a lancé la base de données HendonMob, et nous pose des colles de plus en plus difficiles sur les vainqueurs WPT, les plus gros gagnants français, et les palmarès de l'Aviation Club de France. Davidi nous mets la honte en trouvant quatre joueurs sur cinq situés entre la 11e et 15e place des gains français, j'en avais trouvé que trois. Les débats fusent sur la qualité des joueurs présents dans le Top 10 WPT. L'expression « Je le fais danser sur ma bite et je l'encule, celui-là » est utilisée à propos de Michael Mizrachi, et je trouve cela tellement hilarant que je la note sur un papier, pour pas l'oublier. En me réveillant, je retrouve le papier. Y sont notées quelques rumeurs diverses, je ne me souviens plus de tout : « Steve Sung, moins 4 millions au craps au Bellagio. » « Mike Matusow, pari avec Mizrachi : 1,2 millions de dollars de gains sur un seul tournoi, côte de 3 contre 1. »

Le day 4 sur Winamax

***
A consulter absolument : l'excellent photo-reportage de mon collègue BJ Nemeth sur PokerRoad. Tous les jours, le résumé de la journée en images. Un excellent moyen de s'immerger dans les WSOP pour ceux qui n'ont pas la chance d'y être.

Je suis de retour sur le Tao of Pokerati, le podcast de Dan et Pauly. A écouter ici et .

***
Bilan au jeu
Non, mes investissements sur Ludo et Nico dans le 40,000 ne comptent pas... C'est pas le même budget !
Vidéo black-jack au Bellagio = moins 5$
Total WSOP : +125$

1 commentaire:

fabooz a dit…

saviez-vous que vous pouvez faire remonter une bille tombée dans les gouttières latérales en tapant très fort sur la caisse de la machine ?

au que oui et la paume de ma main en a souffert pendant très longtemps, et c'est d'ailleurs particulièrement vrai sur la famille adams , le Twislight zone s'y prétait également :)