samedi 23 mai 2009

Un mois de tournois pros

Entre le 18 avril et le 17 mai 2009, la plupart de mes journées et de mes nuits ont été consacrées à observer des types jouer aux cartes dans des casinos, et à publier le résultat de ces observations sur le site pour lequel je travaille. C'est mon job, que j'exerce depuis maintenant quelques années. Quelquefois, je fais bien mon job, d'autres fois moins bien. Il est difficile de garder un niveau constant de qualité dans ce genre de profession à vocation "artistique" (les guillemets sont là pour indiquer que j'utilise le mot de manière extrêmement légère, faute d'en avoir un plus approprié sous la main) Certains jours, tout se passe bien, on observe des choses intéressantes, les acteurs de la partie sortent des phrases qui se transformeront en citation cultes, et j'écris des articles de bonne qualité. D'autres jours, c'est comme si les élements se liguaient contre moi, les obstacles sont nombreux, je suis fatigué de la journée de la veille, je n'ai pas envie de bosser, etc, etc. Petit récapitulatif, avec extraits.

EPT San Remo




Un cauchemar, j'ai déjà eu l'occasion de m'étaler dessus dans un post précédent. Trop encombré, connexion internet pourrie... Un tilt permanent, et un reportage à jeter à la poubelle, si ce n'est pour deux ou trois posts marrants, et les vidéos de Junior (dont une interview du jovial Kool Shen)

Day 1A

"Une petite anecdote pour que vous réalisiez à quel point le manager du Team Winamax est un homme consciencieux et professionnel. Répondant à une demande express d'Arnaud Mattern, Yuestud sort du casino et part en ville à la recherche de bananes, fruit ô combien nutritif chéri par FrenchKiss. De retour au casino, un sac de deux kilos de bananes sous le bras, Yu se fait promptement arrêter par la sécurité du casino, qui refuse catégoriquement l'entrée de fruits prohibés à l'intérieur de ses murs. Yu râle, pleure, tape du pied, mais rien n'y fait. « Au vestiaire », lui dit le vigile. Yuestud ne se démonte pas, et, s'il part donner ses bananes au vestiaire, ce n'est pas sans avoir auparavant glissé deux des fruits sous sa veste. Le retour de Yuestud devant l'agent de sécurité gardant l'entrée du tournoi entraîne un moment comique au timing parfait, que n'aurait pas renié Louis de Funès : juste au moment où notre Team Manager passe devant le molosse, les bananes tombent au sol avec un bruit sourd. Oops. Le fin mot de l'histoire ? Epaté par tant de persévérance, le vigile à laissé passer Yu avec les précieux fruits !"

Day 1B

"Difficile de manquer Patrik Antonius, même quand il se trouve au beau milieu d'une salle remplie de 600 joueurs de poker. Le finlandais dégage une sorte d'aura à laquelle il est difficile de rester insensible. Ses adversaires du jour, sans doute intimidés par sa présence, tentent de donner le change en affichant leur plus belle poker face. Malheureusement, cela se traduit en pratique par un usage exagéré de l'acting. J'ai pu par exemple observer un coup où, aux blindes à 50/100, il a fallu 25 bonnes secondes de réflexion au joueur UTG avant de se décider à limper. Trois autres joueurs sont rentrés dans le coup, chacun prenant un temps tout aussi long avant de prendre leur décision. La grosse blinde a poursuivi le mimétisme, prenant un air contrit derrière ses lunettes noires, secouant la tête avant de tapoter la table avec un air théâtral. Sans doute le « check » le plus hollywoodien que j'ai jamais pu observer. On avait pas encore vu le flop que la durée du coup avait déjà dépassé les deux minutes. Incapable de poursuivre l'observation de la table, j'ai préféré poursuivre mon chemin."

Day 2

"J'observe des batailles d'italiens. Vous savez, le genre de mains où un joueur mise la moitié de son tapis au flop pour 15,000, puis jette ses cartes après que son adversaire envoie le sien pour 15,000 de plus."

Day 3 et fin

"Ce soir à San Remo, un jeune joueur néerlandais a poussé d'un cran l'agression, lui faisant atteindre des niveaux jamais observés depuis le règle de Stu Ungar dans les années 80. Constant Rijkenberg, 20 ans, a entraîné la table finale de l'European Poker Tour italien dans un tourbillon de relances, sur-relances, bluffs audacieux et moves insensés."

EPT Monte Carlo



Un peu pareil que San Remo, mais en pire, au vu de l'environnement detestable lequel on a du évoluer. Junior a mis le paquet pour sortir quelques vidéos assez géniales, dont un tour de table marathon de 22 minutes avec Michel Abécassis. A voir absolument.

Day 1A

"Et quelle autre destination que Monte-Carlo pouvait accueillir le point final du plus prestigieux des circuits européens ? La patrie surpeuplée du luxe, du clinquant, des voitures de course et des milliardaires en exil fiscal servira pour la cinquième année consécutive de coda à l'European Poker Tour. Plus de 700 joueurs sont attendus pour disputer l'ultime étape de l'EPT. A 10,000 euros l'entrée par personne, on aura affaire à l'un des plus gros prize-pool de la saison."

Day 1B

"Girl on Girl Action
Derrière ce titre racoleur se cache une confrontation entre deux joueuses ayant comme principal mérite d'avoir un physique agréable, ce qui, dans notre industrie comme dans d'autres, est une raison nécessaire et suffisante pour qu'elles fassent parler d'elles. Moi, sexiste ? Mais non, lucide."

Day 2

"Incroyablement, malgré les milliards de Outs disponibles (les coeurs, les valets, les dix, les as, les rois, les jokers, les cartes Orange, les cartes « caisse de communauté » du Monopoly), la paire de Ludovic reste en tête jusqu'à la rivière."

Day 3

"Rivière : 3 de coeur. Amicha mise 81,000. Ludo réfléchit à peine, juste le temps de compter seize jetons jaunes de 5,000, et un jeton rouge de 1,000. Les jetons sont poussés au milieu. « I've got nothing », gémit Amicha. Incertain, Ludovic retourne... Roi-Dame de carreau, pour... hauteur Roi. Même pas une paire. Amicha montre Valet-10 de trèfle, et est obligé de concéder sa défaite. Silence à la table. Seul la mâchoire d'Annette produit un bruit sec en tombant sur le tapis. Ludovic Lacay est sur une autre planète."

Day 4 & Finale

"Une belle saison à l'European Poker Tour pour le Team W, qui s'est placé dans les points sur chacune des étapes de l'année 2008/2009. Mis à part Copenhague, où seulement deux membres du Team étaient au départ. Si personne n'a réussi à rééditer l'exploit d'Arnaud Mattern lors de la saison 4, on a tout de même vu nos joueurs en finale de trois de ces onze étapes..."

WPT Venise



Le bonheur, après toute la merde qu'on avait du manger les deux semaines précédentes. Presque comme des vacances. En tout cas, je n'ai pas eu l'impression de bosser, même si on a tout de même abbatu cinquantes heures de présence (un peu moins que d'habitude) à l'intérieur du magnifique casino. Le staff de Bwin nous a accueillis de manière divine, le cadre était exceptionnel, et le tournoi pas bien difficile à suivre, avec "seulement" 400 joueurs. Régis a publié quelques unes de ses meilleures vidéos avec des acteurs tels que Patrick Bruel, Davidi Kitai, Ludovic Lacay ou Anthony Roux. Je vous les recommande toutes chaudement.

Day 1A

"Si l'on cherche de belles salles de poker sur le circuit, il faut avouer que l'on est gâté, entre la Fontana Room du Bellagio, la Salle des Ambassadeurs de Deauville, ou la Salle des Etoiles de Monte Carlo. Mais je peux l'affirmer maintenant : aucun de ces beaux écrins n'arrive à la cheville du Casino Di Venizia ! Car ici, point de factice à la sauce Vegas, nous sommes à la source... Si les historiens considèrent que Venise fut la ville ou fut établi le tout premier casino, durant la première moitié du 17ème siècle, ce n'est qu'en 1959 que le Palazzo Vendramin Calergi commença à être utilisé comme un établissement de jeu. Bâtie il y a très exactement 500 ans, cette battisse de trois étages au style Renaissance a eu de nombreux propriétaires aux cours des siècles, avant d'être rachetée par la ville durant les années 50. C'est ici-même, dans la pièce tapissée de rouge où les journalistes sont installés que le compositeur Wagner a vécu ses dernières semaines."

Day 1B

"Cet air rigolard qu'affichent Benjamin Kang et José Barbero (le plus français des argentins), il est la preuve que c'est avant tout la taille qui compte, au poker, et peut-être dans d'autres domaines aussi, comme se plaisait à le répéter mon ex Cindy, hôtesse de caisse à l'hypermarché Franprix de Brive la Gaillarde. Parce que les deux joueurs possèdent actuellement un tapis de fort belle importance, trois heures après le début du Day 1B. "

"Alors que vient de commencer l'avant dernier niveau de la journée (blindes 300/600, ante 75), la partie, désormais confinée à deux salles seulement, continue dans une sérénité auquel le circuit italien ne nous avait guère habitués. Où sont les gueulards, les clowns et les show-men ? Clairement, il s'agit de l'un des tournois les plus civilisés auxquels j'ai eu l'occasion d'assister. De cordiales conversations se déroulent autour des tables, résonant sous les hauts plafonds. On s'échange les jetons dans la bonne humeur, on fait de la monnaie pour le voisin. Vanessa Rousso se fait de nouveaux amis italiens. Les éliminés se lèvent avec le sourire, et souhaitent bonne chances à leurs désormais ex-adversaires. Au loin, on peut entendre un guitariste et une chanteuse égrener quelques doux airs pop depuis la cour : Simon & Garfunkel, les Beatles... Tout cela est très léger, très rafraichissant. Cette réjouissante atmosphère aurait-elle avoir avec le cadre somptueux dans lequel se déroule le tournoi ? Clairement, les lambris, les lustres, les tableaux et tapisseries ont un effet apaisant sur les joueurs, les invitant tacitement à se comporter en respectant l'étiquette, par respect pour les lieux. C'est une partie noble qui se déroule à l'intérieur du palazzo du 16 ème siècle, peuplée de gentilshommes et de quelques précieuses. Un combat raffiné et sophistiqué."

Day 2

"...attaquons nous au sujet brûlant du moment, celui qui déchaîne les passions et monopolise les conversations autour des machines à café de toutes les salles de pause de toutes les PME de France : la bulle du World Poker Tour Vénitien."

Day 3

"Etant donné que la journée s'annonce longue, et que notre nuit fut courte, je retourne me coucher un peu. En toute honneteté, et au cas où mes employeurs passeraient par cette page, je dois préciser que c'est entièrement la faute du Team Winamax. A plus tard, les amis."

"On a commandé des pizzas en se remémorant les moments croustillants de la soirée. Certains avaient tout oublié, et nous ne sommes pas fait prier pour leur rafraichir la mémoire, retraçant dans le détail leurs exploits - inracontables ici. J'ai moi-même été surpris d'apprendre que, dans la confusion générale et malgré tous nos efforts, nous n'avons pas réussi à payer les verres avant de partir, et ce même après avoir tranquillement discuté devant la porte de l'établissement pendant une vingtaine de minutes en attendant le taxi."

Finale

"On tient le tête à tête final du World Poker Tour de Venise alors que le premier niveau de la journée n'est même pas terminé !"

Grand Prix de Paris



C'est à l'Aviation Club de France que j'ai couvert mon premier tournoi en juillet 2005, pour ClubPoker.net. J'y suis retourné avec plaisir les deux années suivantes, et après avoir manqué l'édition 2008 à cause d'un emploi du temps chargé, j'étais content d'y revenir, mais déjà crevé avec trois semaines de tournois dans les pattes. Au final, les horaires du Grand Prix de Paris se sont révelés être encore pire que ceux des trois épreuves précédentes : avec Yuestud, on a enchainé entre quinze et dix-huit heures de boulot quotidiens les trois premiers jours. On terminait nos journées vers cinq heures du mat, pour s'y replonger dès midi. Mais, grâce à l'accueil de tout le staff de l'ACF (les superviseurs Nicolas et Sylvain en particulier, qui s'occupaient directement du Grand Prix, et aux côtés desquels nous avons travaillé toute la semaine), le tournoi fut un bonheur à couvrir, avec un accès total aux tables, peu de médias présents (après minuit, on était généralement plus que deux survivants), et un casting de joueurs sympathiques et colorés. Je suis pas mécontent de mon premier article retracant l'histoire du Grand Prix (même Bruno Fitoussi m'a dit qu'il y avait lu des choses qu'il avaient oubliées), et celui écrit juste avant la table finale. J'étais un peu embêté de m'enfuir comme un voleur le dimanche soir, retournant à Londres alors que mes amis Vikash et Nicolas étaient assis en table finale. Mais j'étais sur les genoux, et le dernier jour s'est déroulé plus ou moins à huis clos, m'empêchant de regarder ce qu'il se passe comme bon me semble. . Je me suis lâché à plusieurs reprises durant ces quatre jours, et quelques personnes de mon entourage m'ont sérieusement demandé si je prenais des drogues pendant mes heures de travail. La réponse est bien entendu négative : en général, je n'ai pas besoin de produits chimiques pour passer pour un fou.

Day 1A

"Un « mec avec une tête de fish » (c'est pas moi qui le dit, c'est le rapporteur de la main, bon, Yuestud, va falloir arrêter la discrimination un jour, hein ?) limpe pour 200, en position UTG (pour ceux qui savent pas ce que ça veut dire, ça signifie « sous le pistolet », vous êtes vachement aidés maintenant) Johny 001 aime bien punir les limpers en les relançant systématiquement au bouton. C'est ce que fait le membre du Team Winamax – à ce moment, Yuestud interrompt son récit pour m'annoncer « bon, je te préviens Benjo, la chute de ce coup est pourrie » Je réponds « sympa, t'auras pu me prévenir avant que je m'embête à taper le coup ». Bon, tant pis, maintenant qu'on a commencé, finissons, sinon demain on y est encore. Bref, le mec paie – à ce moment, Claude Cohen vient nous interrompre, et on commence à taper la discute, parce que c'est un mec sympa, le Claude. Cinq minutes de conversation amicale plus tard, Yuestud reprend le récit, et si vous avez compris quoi que ce soit à cette main jusqu'à présent, bravo, vous êtes probablement autiste. BREF, le mec paie (si vous n'arrivez pas à suivre, reprenez depuis le début en enlevant les parenthèses et les guillemets, vous verrez, c'est plus facile (oui, parce qu'il m'arrive aussi de mettre des parenthèses dans les parenthèses, histoire de compliquer votre ingrate tâche de lecteur)) et le flop tombe..."

Day 1B

"Sur une tablette à côté de David Tavernier est posé un curieux objet en plastique, sorte de grosse lampe torche ronde et plate. Je m'enquiers auprès du français, légende des cercles parisiens, finaliste EPT de son état (Dublin, 2006), et par ailleurs anesthésiste réputé sur la place de Paris : « Je pratique la luminothérapie », m'explique t-il avec sérieux. « C'est une discipline reconnue par la science. Je passe beaucoup de temps dans les cercles, des endroits sombres par excellence. Alors, une heure par jour, j'expose mon visage aux rayons lumineux de la lampe (non dangereux pour la peau et les yeux) Cela aide à bloquer la sécrétion de mélatonine, l'hormone du sommeil. Ainsi, je suis plus en forme, mon horloge biologique est mieux réglée. Cela a un effet positif sur mon humeur. » David joint le geste à la parole, et braque le rayon bleuté en direction de ses yeux. A la table, les rires fusent. « On est obligé de jouer avec Dracula ? », demande Sami Torbay à un superviseur."

Day 2

"La Dame de pique sur la turn rajoute des outs au joueur du Team Winamax. Mais la rivière est un innofensif 5. Zerbib hurle : « MAIS OUI QUAND MEME !!! C'EST MOI LE CHAMPION ICI, C'EST MOI !! » Dans le fond, aux tables de cash-game, des voix lasses s'élèvent : « Mais oui, on sait, on sait ». Les regulars de l'ACF ont apparemment l'habitude des explosions enjouées de Monsieur Zerbib. Il est désormais chip-leader avec plus de 650,000."

Finale

"L'installation des joueurs se termine petit à petit. Tout le monde est prêt. Cinq caméras vont filmer les moindres gestes des joueurs. Après avoir signé un formulaire m'interdisant de dévoiler le déroulement de la partie avant six heures trente du matin, je suis autorisé à rentrer dans la pièce. La croupière s'assoit. Nicolas Fraioli, le directeur du tournoi, se tient debout derrière la table. Le réalisateur fait le silence. Les joueurs ne se font pas prier : une boule dans la gorge collective les empêche déjà de parler. « On tourne ! » Seul le bruit des machines perturbe le calme olympien qui a envahi la salle. La chaleur des projecteurs est étouffante. Intimidée, la croupière se rate sur la première main. On recommence. Cette fois-ci, c'est la bonne. Jerôme Zerbib relance en première position. Nicolas Levi le paie depuis la petite blinde, et..."

2 commentaires:

CelticTouch a dit…

je viens de passer un très bon moment. Merci ;-)

Moustak a dit…

Une compil du grand Benjo, j'en mangerais 2h par jour si je pouvais !