mardi 26 mai 2009

Summer Exile

Clapham Common, trois heures du matin. Le générique de fin de In Bruges défile sur la télé. Cuts n'avait jamais vu ce film génial tourné à cinquante bornes de chez moi. Il était urgent de réparer cet oubli. On s'est bien marrés pendant deux heures, et maintenant, on est tous les deux bien réveillés. Du coup, j'ai lancé Swingers, la comédie parfaite pour faire monter la sauce avant le grand départ. Vegas, baby ! You're so fucking money and you don't even know it. Le taxi va venir nous prendre dans moins de six heures. Il semblerait que l'on va passer une nuit blanche. Pourquoi pas ?

Je suis prêt, où presque. Il reste une lessive en train de sécher dans la machine. Le reste de mes affaires est déjà dans les valises. Dans la Samsonite, une douzaine de t-shirts, deux pantalons, deux shorts, des sous-vêtements pour deux semaines. Dans le sac de sport, mes appareils photos, mes objectifs, carnets et crayons, une paire de chaussures de ville, une paire de tongs, une tripotée de câbles divers, ma trousse de toilette, et une carte de l'ouest américain qui ne me servira qu'en toute fin du séjour. J'ai tiré les leçons de l'année dernière et décidé de voyager léger, vu que je vais de toute façon acheter tout un tas de merdes diverses une fois là-bas : fringues, disques, DVDs, livres, et je ne sais quoi encore qui vont remplir mes valises à ras bord au moment du retour. Un seul livre dans mon sac à dos : ce putain de Tropique du Cancer d'Henri Miller que j'avais déjà pris l'année dernière pour finalement le laisser posé sur la table de nuit. Bah, je sais déjà comment ça va se passer : je vais revenir dans deux mois avec trente livres, et comme d'habitude, d'ici les WSOP 2010 j'en aurai peut-être lu deux ou trois. Aussi dans mes bagages : mon Ipod et les enceintes qui vont avec, pour les soirées au bord de la piscine, le DVD de The Corner, la série HBO tirée du bouquin du même nom de David Simon, le journaliste derrière The Wire, et auteur de Homicide, le meilleur bouquin que j'ai lu l'année dernière. Un seul disque pour l'auto-radio de la voiture de location que j'utiliserai sur place : In the Aeroplane Over the Sea par Neutral Milk Hotel, sans doute la plus belle œuvre musicale que j'ai pu entendre depuis très longtemps, poignante, fragile, brutale et parfaite.

Cela faisait déjà plusieurs semaine que ça me grattait, et je n'étais pas le seul. La démangeaison de Vegas. L'envie pressante qui monte, qui monte, à mesure que les jours nous séparant du départ deviennent de moins en moins nombreux. En plus, cette année, conflit de calendrier oblige, je n'ai pu couvrir la finale du WPT au Bellagio et ainsi me faire un petit fix d'une semaine un mois avant les WSOP.

Je suis gonflé à bloc, prêt pour bosser six semaines consécutive sur la plus grosse série de tournois du monde, qui fête son quarantième anniversaire cette année. C'est la quatrième fois que je couvre les World Series of Poker (six, si l'on compte les éditions londoniennes), mais c'est seulement pour la première fois que j'aurai l'occasion d'assister à l'ouverture du festival. En 2006, je ne m'étais rendu à Vegas qu'à la fin de l'été pour couvrir le Main Event. En 2007, j'étais arrivé cinq jours après le début des Series. Et l'année dernière, j'avais manqué les deux premiers jours. Cette année, deux joueurs du Team Winamax vont participer à l'épreuve inaugurale, le tournoi anniversaire au prix d'entrée extravagant de 40,000 dollars, et je serai déjà au travail quand le coup d'envoi sera donné.

Je suis impatient à l'idée de me replonger dans le cirque, m'immerger dans la folie de Vegas et des WSOP, partir à la chasse aux histoires, travailler jusque tard dans la nuit quand l'un de mes amis ira en table finale, retrouver les collègues américains pas vus depuis un an, faire la fête, me cagouler au black-jack et aux paris sportifs, manger à In-N-Out Burger, boire des coups au Hooker Bar, faire le pélerinage au Red Rock, jouer une partie de cash-game de temps à autre, et j'en passe. C'est à Vegas que tout va se passer cet été, et je n'ai envie d'être nulle part ailleurs durant l'été.

J'ai beaucoup réfléchi à la manière d'aborder les 45 et quelques jours de boulot qui m'attendent. J'ai regardé les archives de l'édition 2008 pour me rappeler quelques uns des meilleurs moments passés à l'intérieur de l'Amazon Room. Bien sur, j'ai envie de faire mieux que les trois années précédentes... L'idéal serait de pouvoir écrire moins, mais écrire bien. Prendre le temps de rédiger de bons textes avec du vrai contenu. Et mettre un peu de côté les articles écrits à la va-vite dans la frénésie du direct. Du genre, les récits d'éliminations dont tout le monde se fout, les compte-rendus de mains archi-usées, déjà vues cent fois. Bref, des articles dont l'intérêt s'évapore en moins de douze heures. Pour ce genre de news « fast food » vite digérées, je compte m'appuyer sur Twitter, dont j'ai ouvert un compte pour le Team Winamax durant le Grand Prix de Paris. L'expérience a plutôt bien fonctionné, et j'ai converti une bonne moitié de l'équipe, en particulier Manuel Bevand qui a passé la semaine à envoyer des centaines de SMS racontant ce qui se passait autour des tables en direct total. Cela m'a permis de consacrer un peu plus de temps à la rédaction d'articles un tantinet plus fouillés. Je compte poursuivre dans cette voie, gaspiller moins de temps sur les moments où il ne se passe rien (les Day 1 des épreuves à petit buy-in, notamment). Il y aura surement quelques râleurs qui se feront entendre sur les forums pour réclamer plus d'infos, mais je resterai sourd. Pour être honnête, je tente l'expérience sans pouvoir garantir à l'avance son succès. C'est une chose d'écrire des articles courts dans les « conditions du direct » (à la PokerNews), c'en est une autre de vouloir s'essayer à quelque chose ressemblant plus à du vrai journalisme (à la PokerStars Blog). Serai-je à la hauteur ? Réponse d'ici quelques jours.

L'année dernière, j'avais bénéficié d'un mois tranquille avant les WSOP, avec des horaires de bureau qui m'avaient permis de me reposer au maximum avant de partir à Vegas. Cette fois, c'est quelque peu différent. Je sors de quatre tournois épuisants enchainés consécutivement. Et les sept petits jours que j'ai passé à la maison depuis n'ont pas été de tout repos. Le lendemain de la finale du Grand Prix de Paris, j'étais de retour aux bureaux de Winamax pour rattraper le travail en retard. J'ai pris quelques journées et demi-journées de repos ensuite, que je n'ai pas passées à dormir... Une amie américaine, rencontrée à Nice le soir du PPT, était de passage à la maison, et la demoiselle voulait voir des choses, comme des musées, des ponts, des églises et des marchés. Le bonheur (sic). Et le soir, il fallait ressortir aussi, bien entendu. Toute cette débauche a culminé samedi. Gab avait organisé un énorme barbecue à la maison. Il avait invité tous ses amis sur Facebook, et j'en ai rajouté une couche en rameutant presque tout le bureau, ainsi que quelques amis de PokerStars et BlondePoker. On s'est tous levé tôt pour préparer les festivités, et vers vingt heures, notre petit jardin était plein à craquer. Environ 80 personnes ont du défiler durant la soirée. Le bordel. Il fallait presque deux minutes de bousculade pour parcourir les trois mètres séparant la table du fond jusqu'au barbecue. Ce n'est que lorsque que l'alcool a commencé a manquer que j'ai consenti à aller me coucher. Réveil douloureux le lendemain, comme de juste. Après avoir passé deux bonnes heures à éponger le chaos, rien de tel qu'une petite partie de tennis sous le soleil pour se remettre d'aplomb. On s'est rendus aux courts du Common, à quinze minutes de marche de la maison. On a joué à cinq (en tournant) avec Gab, Tallix, Johny et Stéphane Matheu, coach/manager d'ElkY, ancien tennisman pro, colloc' honoraire de notre maison et mec absolument génial, de passage à Londres pour la semaine. J'avais questionné en privé l'intérêt pour un joueur de poker pro d'avoir recours à un coach (« et pourquoi pas une baby-sitter ?», furent en gros mes propos teintés de sarcasme) mais après avoir vu Stéphane à l'œuvre, je suis absolument pour quand il s'agit d'une personne aussi sympathique et dévouée que lui. Une bête de travail.

J'ai pratiqué le tennis de manière assez intensive entre cinq et quatorze ans. Depuis, je ne joue que très rarement, peut-être cinq fois en dix ans. Étonnamment, les gestes sont revenus très rapidement, et après une demi-heure, je tapis déjà dans la balle comme un forcené. Quel pied ! Surtout contre un pro comme Stéphane, qui ne renvoie que des balles parfaites, s'adaptant à notre niveau et nous donnant de précieux conseils. Tallix et Johny possèdent un niveau tout à fait correct, et j'espère pouvoir m'échapper du Rio cet été pour pouvoir échanger quelques balles avec eux et les autres membres du Team récemment frappés du virus tennistique (une véritable épidémie en ce moment)

Bon, il est temps d'aller faire les derniers préparatifs. Petit déjeuner au Starbucks. Les chemises au pressing. Un peu de repassage. Et après, en route pour Gatwick avec Cuts et Nicolas, où l'on retrouvera Yuestud. Décollage à 11h15. Mon prochain post sera écrit de Vegas...

6 commentaires:

Lilou a dit…

et voila tu dois déjà être dans
l'avion...bon courage pour cette période WSOP.
Je ne doute pas une seconde de tes capacités à réussir ce que tu comptes entreprendre de nouveau dans ton travail mais j avoue avoir hâte de lire ce que ça va donner.

Philippe850 a dit…

Bon vol à toi et à l'équipe.

On vous suivra avec attention durant tous ce mois.

N'oublie surtout pas de prendre du plaisir ;-)

Au fait GO GO Davidi !

Xyzzy a dit…

"L'idéal serait de pouvoir écrire moins, mais écrire bien".

Entièrement d'accord avec toi.

Les infos sur les coups, les tapis moyens et les dernières éliminations, il y en a partout sur le net. Aucun intérêt à rajouter sur cet aspect là.

Il est beaucoup plus intéressant en revanche d'essayer de faire "vivre" l'ambiance dans la salle et sur quelques tables. Raconter les anecdotes, les petites tensions, les discours à la con de certains joueurs.

C'est ce que je préfère lire, surtout que ton style se prête plutôt bien à ce type d'articles.
Quel régal de lire ton coverage lors du GP de Paris.

Et puis ce doit être plus reposant et gratifiant pour toi. Reposant au sens où tu n'as pas à courir contre le temps pour fournir du contenu. Et gratifiant car plus exigeant et créatif.

Allez, bon boulot, et n'oublie pas de prendre du plaisir partout où tu pourras le trouver.

JEREMIE a dit…

Que du bons, BENJO ON T'AIME !!!

Vivement les articles/coverages plus recherchés,...c'est bon le renouveau ;-)

Et surtout ne te laisse pas emporter par Sin City ;-)

Introl a dit…

"je tapis déjà dans la balle"... On voit que tu as déjà la tête là-bas !

En tout ccas have fun and keep faith whatever happens... Et pour l'after WSOP, si tu as besoin de conseils sur les merveilles de l'ouest américain, n'hésite pas à demander. There are some amazing places in Utah / Arizona...

CU next week !

Pedro Pok a dit…

Les 3éme WSOP de ce blog, ça devient un "classic" !!! J'ai hate aussi de lire tout cela, miam, miam.

Et voila que j'apprends que tu es un "membre" des joueurs de poker de l'obédience "TENNIS"... Un de plus, tout comme bibi !!!

ANTONUIS, HANSEN, BENYAMINE, Emile PETIT, JB BOT sont les plus connus que j'ai répertorié.

Nicolas LEVI aussi, mais avec un niveau beaucoup plus bas (genre 30/3)... lol.

Bon séjour à Vegas à toute la Team W, passe le bonjour à Julien.