mardi 5 mai 2009

Shit is gonna hit the fan



Hôtel Méridien, Monte-Carlo, 11h30. Junior a quitté la chambre ce matin, en route pour de nouvelles aventures vers un continent lointain et dans un autre milieu. Je m'apprête à faire de même. Quitter ma chambre, je veux dire. Pas changer de milieu, hélas. J'ai un peu mal à la tête après la soirée d'hier, pas terrible je dois dire. Une nouvelle saison de l'European Poker Tour, ma troisième, s'est terminée hier soir. Sans joie ni mélancolie. Des sentiments qui habituellement m'envahissent quand il est temps de dire au revoir aux copains que l'on ne reverra pas avant longtemps, tandis que le générique de fin défile sur une année riche en voyages, rencontres, émotions et moments forts, tout le tralala. Je n'ai salué personne, ou presque. Amer, je suis, comme le champagne que j'ai bu sans en avoir le goût.

Parce que c'est une semaine épuisante qui vient de s'achever. Épuisante physiquement, avec 80 heures de travail en sept jours. La routine. J'ai l'habitude. Je peux m'en accomoder. Mais épuisante mentalement, surtout. Trop de monde. Trop d'agitation humaine. J'ai la cerveille en bouillie. J'ai passé la semaine à fuir comme la peste certaines personnes qui me débectent, à rester patient avec les gens qui m'ennuient gentiment, et à tenter de ne pas me brouiller avec le peu de gens auxquels je tiens vraiment. Et au final, je me suis presque totalement emmuré, ne maintenant un réel contact qu'avec une poignée de personnes en qui j'ai confiance. Décidément, ce milieu me plaît de moins en moins, et ce n'est pas l'ouverture du marché en France qui risque d'améliorer la situation, bien au contraire. Les requins sont là, dans les starting blocks, attirés par le parfum de l'argent. L'ère des professionnels va débuter. Les amateurs comme moi n'y auront pas leur place.

Et puis il y a le cadre, qui, finalement, convenait parfaitement à la situation. Monaco est un endroit oppressant dont on se lasse vite. J'étais déjà fatigué avant d'y débarquer, lassé avant l'heure du clinquant, des voitures de sport, des fils à papa au nez poudré des samedi soirs, des hôtels de luxe, des sandwichs à trente euros, des coulées de béton à même la mer, toute cette merde, derniers avatars d'une civilisation sur le déclin, ignorant consciemment la fin du monde qui nous attend dans pas si longtemps. Dans la minuscule principauté monégasque, il n'y a pas de refuge, pas d'échappatoire. On est coincé, la vulgarité dans la figure en permanence. L'humanité n'y a pas sa place.



La seule chose qui pouvait sauver cette semaine d'un désastre rétrospectivement inévitable ne s'est pas produite. Ce n'était pas écrit. Les astres n'étaient pas calés dans le bon ordre. Les Dieux du poker avaient d'autres plans en tête. Promis à un brillant finish durant la seconde partie du tournoi, mon pote Ludovic Lacay a finalement s'arrêter en 21ème place. Si proche, et si loin du but. On oubliera vite sa performance, alors qu'il méritait tellement mieux. Un manque de réussite aux moments clés. Une grosse erreur de timing lors d'un coup de bluff perdu d'avance. Cela a suffi pour réduire à néant quatre jours d'efforts, et une chance d'atteindre la table finale de l'un des plus gros tournoi du monde. J'étais tellement dégouté, peinant à cacher ma déception au micro de l'EPT Live. La semaine dernière encore, on partageait une chambre d'hôtel à Nice, et je souffrais avec Ludo en le voyant subir bad-beat après bad-beat lors d'un gros tournoi sur Winamax. Je pensais que son heure était venue. Je voulais qu'il gagne, j'étais prêt à vibrer avec lui. Tel est mon rôle quotidien d'observateur : se réjouir des succès des gens que je suis payé pour suivre, et m'approprier une part de leur infortune.

Passons. Inutile de s'étaler, de gaspiller de l'encre virtuelle sur des moments qui ne le méritent pas. Oublions cette pénible semaine. Appuyons sur la touche « effacer ». Un bon lavage de cerveau s'impose. Voire même une lobotomie, pourquoi pas.

4 commentaires:

Carlit a dit…

Une solution, Benjo, le break nature, par exemple l'écrin splendide des lacs du… Carlit, dans "mes" pyrénées, que Ludovic le toulousain connait d'ailleurs peut-être… Une morille en mai, un cèpe en octobre, un cristivomer…

Anonyme a dit…

Salut benjo ,

Autre solution : tu peux aller faire de la paperasse 35h/semaine dans un bureau de la tour montparnasse et te taper les 2h de trajet aller/retour ... de quoi te donner le temps de reflechir a tes futurs vacances.

Anonyme a dit…

LOL énorme !!!

Ca va toi sinon ? un des papiers les plus noirs que j'ai pu lire sur ce blog, vivement les WSOP ! lol

je plaisante bien sur, un mars et ca repart ! good luck !
Par contre je comprends pas pourquoi tu te considère comme un amateur puisque ce n'est pas le cas, non ?
POKER--COACH

Benjo a dit…

Ca va très bien je trouve. Pour une fois le problème est extérieur et non personnel. J'ai retrouvé un grand sourire en quittant Monte Carlo :-)