mercredi 27 mai 2009

Réunion

Day 0

Voyage semé d'embuches, retour en Terre Promise, première visite au In-N-Out, et retrouvailles avec les collègues américains

Trump Tower, 4h30 du matin. Les yeux grands ouverts et le coeur qui bat à toute vitesse : je suis parfaitement éveillé. La première nuit à Vegas est toujours très courte. Peu importe la fatigue accumulée durant le voyage, les neuf heures de décalage horaire se font sentir après quelques heures de sommeil. Il est déjà midi et demie en Europe.

Je suis arrivé à Vegas mardi aux alentours de quatorze heures. Avec Nicolas et Ludovic, on a quitté un Londres gris et pluvieux, pour trouver un Vegas gris et sec. Nuages lourds et bas, zéro pour cent d'humidité, et petit vent sec. Ambiance de fin du monde. L'été n'a pas commencé dans le Nevada.

Je suis arrivé à Vegas, de justesse, j'ai envie de dire, avec pas mal d'obstacles en cours de route. D'abord, on a été un peu justes sur le calcul du temps de trajet en taxi. Il nous fallait arriver à Gatwick avant dix heures, et a neuf heures et quart, on n'avait parcouru que quelques kilomètres, embourbés dans la banlieue londonienne et ses embouteillages du matin. Le chauffeur me dit qu'il reste plus d'une heure de trajet. Je lui promets vingt livres de pourboire s'il parvient à nous faire arriver à temps. A 10h55, après quelques raccourcis, virages un peu serrés et un sprint final sur l'autoroute, le tout en regardant la montre toutes les deux minutes, nous sommes devant les portes de l'aéroport. C'est donc déjà suffisamment nerveux que je me pointe au comptoir. L'enregistrement va bientôt fermer, je passe devant tout le monde, et l'hôtesse commence à tiquer sur mon passeport, dont la photo est un peu décollée sur les bords. Ce qui ne pose généralement pas de problème, sauf quand on tombe sur un employé trop pointilleux, ce qui est le cas aujourd'hui. La nana se casse avec mes papiers et me laisse mariner un bon quart d'heure, pendant lequel je me demande si on ne va tout bonnement pas me refuser d'embarquer. Non, c'est bon, finalement, on me laisser passer, non sans m'avoir chaudement conseillé de me procurer un passeport neuf. Et ma jolie collection de visas, alors ? Snif.

Le vol fut des plus ennuyeux. Je n'avais pas le goût à lire le seul livre que j'ai emporté (voir post précédent), et j'ai rapidement fini de parcourir les dernières éditions de Poker Player et Inside Poker. Les films proposés ne m'ont guère passionné. Je me suis rabattu sur la sieste, après tout je venais de passer une nuit blanche. J'ai dormi cinq heures, pas plus. Un sommeil pâteux, j'étais incapable de garder les yeux fermés trop longtemps. J'ai passé le reste du vol à me faire rudement chier, et ne fus pas mécontent quand le pilote a finalement annoncé que l'avion entamait sa phase d'aterrissage.

La file d'attente au poste frontière n'est guère longue, et j'arrive rapidement devant l'officier chargé de décider si je suis où non éligible à l'entrée sur le territoire américain. Je flippe toujours un peu durant les interrogatoires d'entrée aux USA, car je ne peux guère révéler les vrais motifs de ma visite (les médias étrangers doivent demander un visa, je n'en ai pas, et même si je ne me considère pas comme un journalistes, pas sur que les autorités soient du même avis). Bref, la conversation avec la charmante policière s'est déroulée à peu près comme cela :

« - Quel est le but de votre visite aux USA ?
- Hmmm.... Ben, je visite.
- Et vous visitez qui ?
- Hmmm.... Personne en particulier.
- [bruit du tampon sur le passeport, c'est bon, j'ai passé le test.] »

Après avoir passé l'immigration, un portrait de Barack Obama nous accueille sur un mur. Bienvenue aux Etats-Unis de l'après Bush ! J'entends des conversation en récupérant mes sacs : le président est justement en ville aujourd'hui pour un gala de charité – l'aéroport va bientôt fermer pour préparer son arrivée par avion. Yuestud était dans le même vol que nous, et arrive bon dernier dans la salle des bagages. Il trimballe toute une cargaison de fringues destinées aux joueurs du Team Winamax. On laisse Cuts et Nico partir devant, et on prend la navette pour se rendre au comptoir de location de voiture. Assurance, kilométrage illimité, tous frais payés d'avance : ma secrétaire a bien fait les choses et je me retrouve rapidement en possession d'un modèle compact de chez Nissan, le même que l'année dernière, mais en beige. Couleur de vieux mais je n'ai pas eu le choix. Je m'engage sur le Strip, au sud de l'aéroport, et ai un peu du mal à croire que je suis de retour à Vegas. Le désert au loin, quartiers résidentiels de maison plein pied, les centres commerciaux à perte de vue, les hangars, la poussière et les cailloux rouges. Décor familier, qui sera le mien durant deux mois.

On entre dans Vegas par le sud du Strip, faisant défiler les casinos de part et d'autre de la route. Sourire au lèvres, on dépasse le Mandalay Bay, le Luxor, l'Excalibur, avant de tourner à gauche arrivé au New York New York. Direction le In-N-Out Burger. Impossible de commencer un séjour à Vegas autrement. La mignonne caissière du Drive Thru prend mon billet tout neuf de 100 dollars avec une moue suspicieuse. « Je vais le faire vérifier », dit-elle. Quelques second plus tard, elle revient avec un air désolé. « Il est faux, ce billet. » J'ouvre des yeux gros comme des soucoupes. « Vous êtes sure ? Ils sont tous neufs. » Elle hoche la tête, vraiment désolée. « Arrêtez vos conneries, ils sortent tout droit d'un bureau de change réputé. » Finalement, la fille ne peut plus se contenir et éclate de rire. On vient de se faire level en beauté. Je prend les burgers et lui donne un dollar de pourboire pour l'effort.

La plupart des joueurs du Team Winamax n'arriveront pas à Vegas avant la semaine prochaine. La location de la villa de l'équipe ne commence que le 1er juin. On attendant, on s'est installés dans la tour Trump, construite par le milliardaire du même nom. Chose rare, cet hôtel n'est pas un casino, rendant l'ambiance du rez-de-chaussée beaucoup plus paisible. Yuestud s'est installé avec Cuts, moi avec Nico. On dispose d'une grande chambre avec un lit. Je dors dans le canapé dépliant. Le Trump est un établissement de grand standard, n'offrant que des suites avec cuisine équipée et salle de bain de baller ultime. Tranquille.

J'installe ma carte SIM américaine dans mon téléphone. Aussitôt allumé, une bonne quarantaine de SMS arrivent en cascade, tous en provenance de Twitter, dont j'ai activé les mises à jour téléphonique pour certains de mes contacts. Après un petit détour par la piscine, je reprend la voiture. Direction le Borders. Je ressors avec des calepins neufs et deux biographiess : Motley Crue et la mafia à Vegas durant les années 70. Je n'ai jamais entendu une seule chanson de Motley Crue, mais le récit à l'air haut en couleurs : le bon vieux cliché sexe, drogue et rock'n'roll, avec tous les potentiomètres poussés à 11.

En début de soirée, je me rends au South Point, un casino situé très loin au sud du Strip. Je dois y retrouver Pauly et toute une ribambelle de collègues américains pas croisés depuis longtemps. J'arrive en avance, avec en tête l'envie de jouer au poker. Mais la tentation des tables de Pai Gow sur le chemin est trop forte : je m'assois entre un vieux et un asiatique. Le vieux est un moulin à paroles, et me fait répéter trois fois chaque fois que je dis quelque chose. Je commande une Corona, et allume un Marlboro. Vegas. Cette fois ça y est, je suis installé. Ma toute première session de gambling à Sin City se passe bien : je prends 37$ après pourboires en un peu plus de trente minutes. Je me dirige vers la salle de poker. Je change 200 dollars et m'assois à la table à 1$/2$. Mentalement, j'essaie de me rappeler la dernière fois que j'ai joué en live. Il y a eu le truc médias à San Remo, et le deep-stack à Dublin, mais c'étaient des tournois. C'était à l'ACF, je crois, en décembre dernier.

La partie est facile et je reçois beaucoup de jeu. Un italien s'amuse à relancer douze BB préflop (soit 25 dollars). Je le choppe trois fois : avec une paire d'As, deux paires Valet-9, et une couleur max où il check-raise sur le turn. Quel bonheur. Je perds un gros pot avec deux Valets contre deux Dix : je mise sur un flop hauteur Dame, je suis payé. Check-check la turn. Rivière : 10, je mise, mon adversaire relance, je jette aussitôt mes cartes en annonçant « brelan de Dix », et c'est exactement ce que le mec me montre. Je sors gagnant d'un peu moins de cent dollars, faisant de cette première soirée à Vegas une affaire tout à fait rentable.

A l'étage, je retrouve une assemblée de quelques uns des journalistes poker les plus talentueux outre-atlantique : Pauly, Change100, Jennifer Newell et Dan Michalski de Pokerati, Tim « PokerShrink » Lavalli (co-auteur de la bio de Mike Matusow que je vais m'empresser de lire ce mois-ci), Eric Ramsey de PokerNews, AlCantHang du blog Full Tilt, et Shamus, auteur de l'excellentissime et méconnu blog HardBoiledPoker, à lire absolument. La bière coule à flot et l'on tient le barman occupé en permanence. Après, bowling, je suis un peu rouillé et ne dépasse pas un score de 100.

Avant de rentrer, peu après minuit, Pauly m'emmène dans sa voiture pour m'offrir un bouquin retraçant l'histoire du... In-N-Out Burger. Je lui offre l'album de Neutral Milk Hotel, et il me fait goûter un pétard d'herbe californienne ultra puissante (et ultra légale là bas), fraîchement sortie du magasin. J'ai la tête embrumée durant le trajet du retour vers le Trump, et je loupe la sortie d'autoroute. Je passe un bon quart d'heure à tourner avant de retrouver mon chemin.

Une première journée des plus sympathiques, donc. Aujourd'hui, repos et shopping, poker peut-être, avant le départ officiel des 40èmes World Series of Poker demain.

7 commentaires:

rjoffart a dit…

Merci Benjo, fais-nous bien vibrer encore cette année, et très bon séjour à toi à Vegas !

Rom a dit…

Quel plaisir d'avoir ton blog dans mes favoris, c'est toujours agréable de te suivre dans tes pérégrinations pokeristiques !

Enjoy ur trip in Vegas Benjo !

guntherinho a dit…

Pour ton passport, tu fais une déclaration de perte et tu pourra garder ta collection de visas.

Shura a dit…

Salut Benjo,
Pour ta collection de visa, tu peux toujours faire une déclaration de perte ou de vol de ton passeport.... ;-)

Bon séjour à Vegas !

Anonyme a dit…

Toujours aussi plaisant de te lire vu comme c'est écrit :)
Comme dit precedemment, fais nous vibrer avec tes coverages et bon courage, il va t'en falloir ;)

Nashoudemire

anyflex a dit…

Salut Benjo .
Ces WSOP s'annonce sous les meilleurs hospices !
Vivement le début des coverage , ça promet de longue nuit , entre tes reportages et mes tables !
Bon courage et n'abuse pas trop des drogues douces ! Meme si c'est bon la chronic lol !

Danieldinho a dit…

omelete du fromage.

(sorry, that's the only French I know.)