dimanche 17 mai 2009

Magnificent City

Y'a un truc que je comprendrai jamais dans les aéroports... Faudra qu'on m'explique un jour pourquoi, aussitôt que l'hôtesse annonce au micro que tel vol est prêt pour l'embarquement, une file d'attente rectiligne de 150 personnes se forme aussitôt devant les portes ? Pourquoi sont-ils aussi pressés de vouloir rentrer dans l'avion ? J'veux dire, c'est pas si il allait partir sans eux, non ? Relax, les gars, restez assis tranquillement dans le terminal, lisez votre journal, mangez votre sandwich, attendez que le passage se libère, quoi qu'il arrive vous avez une place numérotée à votre nom qui vous attend à l'intérieur. OK, il doit surement avoir des voyageurs inexpérimentés dans le lot de ces gens qui se précipitent devant les portes d'embarquement, se condamnant à une attente de vingt minutes minimum en position debout derrière les autres pigeons, mais on ne va pas dire que tous en sont à leur premier voyage en avion. Il m'a fallu deux vols grand max pour comprendre la manœuvre. Ce qui est encore plus drôle, c'est quand on approche de l'heure théorique du décollage, celle écrite sur le ticket (les avions ne décollent JAMAIS à l'heure écrite sur le ticket), il reste encore une bonne centaine de gens dans la file d'attente, et on peut observer les gens paniquer physiquement. « Merde, bobonne, c'est l'heure du décollage et on est pas encore entré dans l'avion, pousse les gens, il faut qu'on passe devant. » Et là, je mens pas, la meute affolée commence à littéralement s'agglutiner dans la porte d'embarquement, et la file d'attente se mue en magma compact et désordonné, poussant et huant pour se faire une place avant les autres. Comme si qu'à midi pile, les employés de la compagnie aérienne allaient fermer les portes en hurlant « trop tard, rentrez chez vous bande de nazes» avec un rire sardonique de savant fou. Bon, je dis pas que ça se passe comme ça systématiquement, mais on en est pas loin.

« Mais pourquoi est-ce que j'irais visiter Venise ? J'ai déjà visité Las Vegas ! » C'est le genre de remarque ironique que je me plais à lancer de temps en temps dans les rassemblements mondains. Une blague qui marche aussi quand on évoque les pyramides d'Egypte, le Colisée ou la Tour Eiffel. Mais maintenant que j'ai vu de mes yeux la Cité des Doges, je peux comprendre pourquoi elle est a été reconstruite en version carton-pâte dans la ville du vice. Venise est un parc d'attractions géants, une ville-musée entièrement dédiée au tourisme. Le jour, ruelles et terrasses de restaurants sont envahies de vacanciers. La nuit, les rues et canaux sont déserts, mis à part de rares poches d'agitation à proximité des quelques bars et boîtes ouvertes tard. Une promenade nocturne dans Venise fait l'effet surréaliste d'une ballade dans un Disneyland après la fermeture. Complètement seul, on s'arrête au détour d'une église pour écouter le silence et contempler une place, en se demandant si l'on est pas dans une ville fantôme. Seules quelques rares lumières allumées à l'étage des maisons, quelques fenêtres ouvertes viennent nous rappeler que Venise est habitée.



Le tourisme, et seulement le tourisme fait vivre Venise, et miracle, cela ne compromet en rien l'expérience fantastique que représente sa visite. Là ou l'on pestera en présence d'un afflux massif de touristes devant les monuments parisiens, où dans les allées des casinos de Vegas, ici il n'en est rien. Venise est pleine à ras de bord de visiteurs, mais est paradoxalement l'une des villes les plus paisibles qu'il m'ait été donné de parcourir. Je m'y suis perdu le jour, je m'y suis perdu la nuit, tournant en rond dans le labyrinthe, marchant inlassablement à la recherche d'une nouvelle église, d'un nouveau bâtiment célèbre, d'un nouveau pont insolite. Une vie ne suffirait sans doute pas pour en découvrir tous les recoins, et en tout cas certainement pas une semaine. Pas étonnant que Venise ait inspiré tant d'artistes, peintres, écrivains et musiciens. Pas une maison, pas une rue ne ressemble à l'autre. Une ville à la fois féérique, comme tout droit sortie d'un conte, mais aussi authentique.



Je ne sais pas si j'ai passé une si bonne semaine parce que le tournoi était si agréable à couvrir, ou si j'ai trouvé le tournoi facile parce qu'il se déroulait dans une ville si extraordinaire. Surement un mélange des deux. Toujours est-il que l'étape World Poker Tour de Venise restera comme l'un de mes meilleurs souvenirs de reportage, arrivant aussitôt après les pénibles marathons de San Remo et Monte Carlo, où les éléments s'acharnaient contre nous. A Venise, seulement 400 joueurs à couvrir, très peu de médias présents, une connexion internet qui fonctionne, et une liberté totale d'accès aux tables. Le côté relativement intime et confidentiel de cette épreuve moins suivie qu'un EPT nous a liberés de la pression habituelle, et on s'est franchement amusés. Régis a tourné quelques vidéos assez hilarantes avec Davidi, Cuts, Tallix et un Patrick Bruel toujours en grande forme devant la caméra. Malgré la contre-performance collective du Team Winamax (Une seule place dans l'argent pour 13 joueurs), tout le monde était de bonne humeur, restaurants magnifiques et soirées mémorables aidant. L'organisation de Bwin était au top. J'ai pu me rendre compte de visu de la nature des nouveaux deals signés par le WPT avec les salles de jeu en ligne. En fait, le WPT ne s'occupe de rien, se contentant de recevoir un gros chèque en échange du droit d'utilisation de leur marque et logo. C'est Bwin qui a tout fait : trouver et louer le casino (un palazzo du 16ème sièce, incroyable, tout en luxe, lustres, tableaux, tapisseries dorée, un endroit unique pour disputer une parties de cartes - et pour la touche insolite, Wagner a vécu ses dernière semaines), embaucher les croupiers, fournir cartes et jetons, etc. Il n'y avait en tout et pour tout qu'une seule employée du WPT présente durant le tournoi (la délicieuse attachée de presse Lindsay) pour vérifier que sa marque était correctement utilisée. Cela me semble être un bon filon pour une entreprise qui perd chaque année plus d'argent depuis sa fondation. Après avoir tourné le dos aux salles online pendant des années tandis qu'ils tentaient vainement de lancer la leur, le WPT a complètement changé son fusil d'épaule, et a signé en un rien de temps des partenariats juteux avec Chili, Bwin, Full Tilt et PokerStars. Une bonne stratégie car, avec un minimum d'effort, cela va leur faire plein de rentrées d'argent, et des beaux tournois faciles à organiser (normal, ils laissent les salles s'occuper de tout). Et surtout, cela leur laisse l'espoir de devenir un jour comme l'EPT, avec le grand retour des qualifiés online. Forcément, quand le WPT fermait sa porte aux salles en ligne, ils n'avaient aucun qualifié internet. Et il est bien connu que la bonne santé d'un tournoi live se mesure au nombre de ses qualifiés online. A Venise, il y en avait presque 150 sur les 400 joueurs inscrits. De bonne augure pour la suite.

Les mecs de Bwin avaient mis en place quelques innovations assez marrantes. Comme l'affichage en temps réel d'infos à propos du tournoi sur les écrans disposés un partout dans la salle du tournoi et la salle de presse : hauteur des tapis, dernières éliminations, mains cruciales... Les reporters de Bwin slalomaient entre les tables toute la journée pour collecter les infos. Autre idée sympa : les récompenses en cash données aux joueurs accomplissant certains exploits (éliminer le premier joueur, faire sauter la bulle, atteindre le premier 100,000 de tapis, etc). La finale était retransmise en direct sur internet, une première pour le WPT il me semble, et le résultat fut une belle réussite technique de la part de Bwin (là encore le WPT ne s'est occupé de rien) La partie a commencé à six : au bout de quarante-huit minutes, on était déjà tombé à deux, explosant le record détenu par l'EPT San Remo 2008. Le tête à tête final allait par contre durer deux fois plus longtemps, se soldant par la victoire d'un scandinave random de chez random.

Bref : beau tournoi bien ficelé, ville géniale, j'espère qu'on aura l'occasion d'y retourner.

4 commentaires:

Côme FERTE a dit…

c'est toujours un plaisir de te lire. bon courage pour LasVegas :-)

Anonyme a dit…

Merci Benjo,

toujours aussi bon !

Lolo

FDX a dit…

ça t'a changé de Monaco! mais maintenant objectif Vegas! Bon courage!

Lilou a dit…

Tu n'es pas obligé d'attendre une nouvelle étape Poker pour retourner à Venise...

En tout cas Merci grâce à toi j'ai un nouvel objectif voyage en rentrant de mon mois américain. Venise sera surement un bon moyen pour retrouver une certaine sérénité :-)

Bon courage pour Vegas Mr !!!