lundi 25 mai 2009

Dix souvenirs des WSOP 2008

Nous y sommes ! Les World Series of Poker frappent à la porte, et tandis que j'écris ces lignes, des milliers de joueurs de poker du monde entier sont en train de préparer leur valise. La destination est la même chaque année : Las Vegas ! Histoire de me préparer, je me suis plongé dans mon reportage de l'édition 2008... et ai selectionné quelques uns de mes moments préférés de l'été dernier. Une sélection tout à fait partiale et subjective des quelques journées qui m'ont fait vibrer, parmi les 45 que j'ai passées à l'intérieur du Rio et de l'Amazon Room.

Petit tour sur le Boulevard des Souvenirs, en attendant de nouvelles belles et grandes journées lors de la 40ème édition des World Series of Poker qui débute jeudi à midi (21 heures en France). Ludovic Lacay et Nicolas Levi seront au départ parmi les meilleurs joueurs du circuit pour défendre les chances du Team Winamax lors de l'épreuve inaugurale, un énorme tournoi de No Limit à 40,000 dollars... Soyez au rendez-vous sur Winamax pour suivre l'action en direct, jour par jour !



10/ Nicolas Levi en finale de l'Event #13
Treize jours après le départ des WSOP 2008, on tenait un premier finaliste français dans l'épreuve de No Limit Hold'em à 2,500 dollars en la personne de Nicolas Levi. CrocMonsieur réalisait là la première performance d'importance du Team Winamax à Las Vegas, qui se rendait pour la première fois aux WSOP en tant qu'équipe consituée. L'esprit d'équipe, justement, put être observé durant le Day 2 de l'épreuve : tous les joueurs du Team présents à Vegas ont veillé tard dans la nuit, soutenant Nicolas tandis qu'il accédait à sa première table finale des WSOP. Le lendemain, muni d'un trop petit tapis, Croc allait être éliminé le premier sur le podium de la table télévisé, mais qu'importe : la prochaine table finale du Team Winamax allait être la "bonne"...



9/ Déception pour Tall dans le shoot-out à 1,500 dollars
Au poker comme dans toutes les compétitions, les souvenirs les plus marquants ne sont pas forcément les bons souvenirs. Je ne sais pas pour vous, mais moi, je me rapelle plus volontiers des défaites les plus cruelles que des victoires les plus éclatantes (cas d'école : la finale de la Coupe de Monde de foot 2006, qui a complétement eclipsé dans ma mémoire la victoire de 1998) Ici, ce n'est tant pas l'élimination d'Anthony "xTaLLxx" Roux dans l'épreuve de Shoot-out qui m'a marqué, mais ce qui s'est passé ensuite. A tapis avec KK contre 78 sur un flop 3-5-7, le membre du Team Winamax semblait bien parti pour remporter un pot contenant 60% des jetons de la table, avec quatre joueurs restants. Une situation révée qui lui aurait sans aucun doute permis de dominer le reste de la partie et d'accéder à sa première finale des WSOP. Hélàs, c'était sans compter sur le 8 qui allait tomber sur la rivière, donnant le pot à son adversaire russe et éliminant Tallix de l'épreuve. C'est là que j'ai pu observer, admiratif, comment se comporte un vrai champion : calmement, Tall s'est levé de la table, a souhaité bonne chance à ses adversaires, et a quitté le Rio. Durant la courte marche à travers le parking vers la voiture, aucun regret, aucune protestation, pas de pleurs, de colère ou de cris. J'aurais tout à fait pu comprendre que l'on veuille évacuer sa frustration après avoir subi un si terrible coup du sort à quelques marches d'une finale. Envie de crier un bon coup, de taper sur le mur le plus proche. Bien des fois, j'ai eu l'occasion d'être témoin de ce genre de situations, j'ai l'habitude. Mais non. Rien de tout cela ici : au bout de quelques minutes, la déception était déjà évacuée, et très vite Tall était passé à la suite. Durant le trajet du retour vers la villa, on avait déjà changé de sujet. Il est important de savoir être gracieux dans la victoire. Mais il est peut-être encore plus important de savoir perdre avec dignité. Respect, Tall.



8/ La réssurection de Mike Matusow
L'un des moments d'émotion les plus forts des WSOP 2008 : la victoire de l'une des personnalités les plus flamboyantes et torturées du poker, Mike Matusow, lors de l'épreuve de Deuce to Seven à 5,000 dollars. Une victoire importante à plus d'un titre. Extrait de mon reportage de l'époque :

« Mike « The Mouth » Matusow… Voilà un homme qui est arrivé aux championnats du monde véritablement transformé, physiquement et mentalement, avec trente kilos en moins et une nouvel état d’esprit. Attachant pour beaucoup, énervant pour certains, le Matusow que l’on a appris à connaître lors des retransmissions télévisées des WSOP ne laisse pas indifférent ceux qui croisent son chemin. Un moulin à paroles autour de la table, réservoir d’anecdotes, souvent hilarant, parfois touchant, quelques fois odieux, con et pleurnichard, un humain, quoi. Et aussi un grand joueur, quand son sale caractère et ses instincts impulsifs ne mettent pas son tournoi par terre sur un coup de tête.

J’admire Mike Matusow car il a du livrer un combat sans merci contre son pire ennemi : lui-même. Drogue, prison, surpoids, addiction au jeu, hyperactivité… Ces dernières années, le destin n’a pas été tendre envers Mike.

Mais hier, ce n’était pas le joueur dégénéré, compulsif et colérique qui s’exhibait sur le podium ESPN. Non, c’était une toute autre personne, à la silhouette affinée et à l’état d’esprit assaini. J’admire Mike Matusow car c’est il est profondément humain, un mec à fleur de peau trop souvent victime de ses émotions exacerbées. Je peux m’identifier à lui. C’est ce genre de personne que je veux voir gagner. J’aime les gens qui débordent, qui dérapent, qui sortent de la marge. Qui se montrent tels qu'ils sont, sans retenue.

Ce n’était pas seulement l’argent gagné et le bracelet qui importaient hier à Mike. Ce qui comptait avant tout, c’était de pouvoir se prouver qu’on peut changer, qu’on peut devenir une meilleure personne si on le veut vraiment. Que les choses ne sont pas gravées, que l’histoire peut changer de direction. Une victoire hautement personnelle.

Mike Matusow a, au moins pour un temps, vaincu ses démons et fait la paix avec lui-même. Peut-être un peu naïvement, j’aime à croire que le changement sera définitif. »




7/ Johny 001 dispute un tête à tête épique
Le heads-up reste ma forme de poker préférée. C'est quand deux uniques joueurs s'affrontent face à face que l'on peut selon moi observer le poker le plus pur, dans sa forme la plus primale. C'est là que les personalités se révèlent. C'est là que les affrontements les plus féroces se produisent, et qu'on presque peut sentir l'odeur du sang à la table. Les meilleurs joueurs du monde s'affrontent en tête à tête quotidiennement sur Internet, et le Team Winamax possède un expert dans cette discipline : Guillaume "Johny 001" de la Gorce. Lors de la très grosse épreuve de Heads-Up à 10,000 dollars des WSOP, Johny a passé sans trop de difficulté les deux premiers tours, lui assurant une place payée, avant d'attaquer son troisième tour contre le redoutable américain Alex Jacobs. Ce fut pour moi l'occasion d'observer un match extraordinaire de deux heures, debout à quelques centimètres de la table. J'ai vibré et crié intérieurement lors de chaque gros pot. C'est du poker de classe mondiale qui se déroulait devant mes yeux, bourré de rebondissements, de bluffs et de psychologie. A ce stade de la compétition, et avec deux joueurs de ce calibre, l'issue du match ne tenait qu'à un soupcon de réussite en plus pour l'un des deux joueurs. A ce petit jeu, c'est l'américain qui est sorti vainqueur, admettant plus tard que Johny avait été l'un des adversaires les plus difficiles qu'il avait jamais affronté en tête à tête. Sans doute mon plus beau moment de poker "pur" des WSOP.



6/ La bulle fait "plop" au Main Event
L'éclatement de la bulle est toujours mon moment préféré d'un tournoi majeur, et celle du Main Event des WSOP est la plus belle de toutes. En 2008, pas moins de 666 joueurs sont rentrés dans l'argent du plus gros tournoi de l'année. Un grand moment, et une onde de joie irresistible qui parcourt la salle, tellement contagieuse que même des pros expérimentés en ayant vu d'autres peuvent être observés sautant de joie et embrassant leurs collègues. Le cérémonial entourant la bulle (le "main par main") vaut à lui seul le coup d'oeil : perché sur un podium tel un chef d'orchestre, le directeur du tournoi dirige ses 75 croupiers à la baguette, donnant ses ordres au micro à travers l'immense Amazon Room. Une opération compliquée que seule l'expérience des organisateurs permet de mener sans encombre. Cette année là, trois joueurs Winamax ont passé avec succès l'épreuve de la bulle : le pro Manuel Bevand, et les qualifiés Olivier Decamps et Stephane Hornet. Ce dernier sera le dernier survivant du clan français, éliminé à une très honorable 106ème place.



5/ Phil Ivey joue gros... très gros
Chaque été, durant six semaines, l'Amazon Room regorge en permanence d'histoires, de rumeurs et anecdotes qui circulent à toute vitesse parmi joueurs, médias et superviseurs. En particulier en ce qui concerne les "prob bets", paris extravagants sur tout et n'importe quoi, dont les high-rollers raffolent. L'an passé, durant l'espace d'un après-midi, le temps s'est arrêté dans la salle de tournoi, tandis que l'un des plus gros gamblers du monde risquait gros sur l'issue d'une rencontre de basket... Extrait de mon reportage :

"En fin d’après-midi, j’ai passé une bonne heure à observer l’épreuve de Limit Hold’em qui se déroulait devant le banc de presse. L’un des écrans de contrôle diffusait en direct la troisième manche des NBA Championhips entre les Lakers et les Celtics. Au fur et à mesure de la progression du match, de plus en plus de joueurs délaissaient leur tournoi pour observer la télévision. On n’entendait presque plus le bruit des jetons qui s’entrechoquent.

Comme je l’ai raconté il y a quelques jours, la rumeur du moment dit que Phil Ivey aurait misé une somme d’importance (2 millions étant l’estimation) sur la victoire des Lakers au championnat. L’équipe de Los Angeles avait mal entamé la finale, perdant ses deux premiers matchs contre Boston. Le troisième match d’hier était donc crucial, le vainqueur étant désigné au meilleur des sept rencontres.

Debout, parfaitement immobile face à la télévision, le Tiger Woods du poker ne perdait pas une miette de la rencontre, ne prêtant aucune attention à la partie de poker en cours. Avec deux millions de dollars en jeu, ça peut se comprendre.

Durant tout le dernier quart-temps du match, j’ai observé, fasciné, les différentes émotions de Phil Ivey en fonction de l’évolution du score. Pendant un moment, le temps était comme suspendu. Il n’y avait plus rien autour de moi, juste Ivey et l’écran de télévision.

Chaque rebond, chaque lancer franc provoquait une subtile réaction chez Ivey... Chose incroyable : le meilleur joueur du monde avait perdu sa poker face. D’habitude dur, froid et impassible, son visage trahissait toutes les émotions qui le traversaient.

Inquiétude, quand les Lakers avaient huit point de retard en début de période. Colère, après une décision controversée de l’arbitre. Approbation, quand les Lakers recollaient au score avec deux lancer francs réussis. Impatience, quand les secondes de l’horloge ne voulaient pas défiler assez vite.

Et finalement, soulagement avec un rire franc quand son équipe favorite est sortie vainqueur de la rencontre. Il reste encore quatre matchs dans les NBA Championships : Ivey est loin d’être tiré d’affaire..."






4/ Finale de rêve pour le Pot-Limit Omaha à 5,000$ rebuys
L'édition 2008 des championnats du monde fut rapidement surnommée "L'édition des pros" tant les victoires de joueurs déjà établis de longue date furent nombreuses. On a ainsi vu des joueurs tels que Mike Matusow, Daniel Negreanu, Barry Greenstein ou Erick Lindgren accrocher à leur poignet le bracelet tant convoité. Chaque jour ou presque, on pouvait assister sur le podium ESPN à une finale prestigieuse. L'une des plus belles fut sans conteste celle du tournoi de Pot-Limit Omaha à 5,000 dollars (avec recaves), regroupant quelques uns des joueurs les plus titrés de l'histoire du poker de compétition : Phil Hellmuth, Johnny Chan, Daniel Negreanu, John Juanda, Phil Galfond et David Benyamine. Au final, c'est Phil "OMGClayAiken" Galfond, probablement le meilleur joueur de PLO du monde, qui est sorti vainqueur, remportant le premier bracelet de sa courte mais déjà brilliante carrière.



3/ Patrick Bueno atteint la finale du HORSE à 50,000$
Parmi les pros, ils sont nombreux à considerer l'épreuve de HORSE à 50,000 dollars comme le vrai test, LE tournoi permettant de désigner le meilleur joueur "tout-terrain" du monde. Un tournoi élitiste au buy-in extravagant, ne réunissant qu'un petit field (148 joueurs en 2008), par rapport aux milliers de participants du Main Event. En 2007, c'est Bruno Fitoussi qui avait représenté la France de fort belle manière en se hissant en seconde place, ne chutant que face à son dernier adversaire, son ami Freddy Deeb. En 2008, ce fut au tour de Patrick Bueno de faire rêver le public français. Certes, Bueno (par ailleurs déjà par trois fois finaliste lors d'étapes EPT et WSOP) devra se contenter de la huitième place, éliminé le premier d'une finale de rêve où s'affrontaient notamment Barry Greenstein, Erick Lindgren et le futur vainqueur Scotty N'Guyen. Mais la performance était déjà très belle : ce joueur se décrivant lui-même comme un amateur aura pendant quatre jours tenu tête sans flancher à quelques uns des meilleurs joueurs du monde, raflant des pots énormes à la barbe des Ivey, Brunson et compagnie.



2/ On s'était donnés rendez-vous dans dix ans
"Mais, Benjo, verra t-on une victoire française cette année, la première depuis Bruel il y a 10 ans ? », je vous entends déjà demander, les yeux humides et les sourcils en forme d’accent circonflexe. Mais bien sur que oui, quelle question idiote, t’as vu un peu le niveau qu’on a ? Et pensez bien que je serai aux premières loges pour vous le raconter."

C'était ainsi que commencait mon reportage à l'aurée des 45 jours des derniers WSOP. Trois semaines plus tard, le 21 juin 2008, la prophétie se réalisait, et, comme annoncé, j'étais aux premières loges pour assister au grand moment. Et qui d'autre que David Benyamine pour succéder à Gilbert Gross, Claude Cohen et Patrick Bruel ? Déjà un demi-Dieu des plus gros cash-games du monde, qu'ils soient live ou online, l'expatrié Vegassien avait décidé de se mettre sérieusement en quête d'un bracelet lors des WSOP 2008, après que plusieurs de ses collègues joueurs aient ouvertement questionné son abilité à perfer en tournoi. Malgré un pedigree déjà plus que respectable, comprenant une victoire WPT, David Benyamine les prit au mot. Le résultat, en moins de vingt jours : deux finales et une demi-finale dans trois variantes différentes, puis la consécration lors de l'épreuve de Omaha High-Low à 10,000 dollars. Un été fantastique pour l'un des vrais grands joueurs "tout terrain" du circuit, capables d'exceller à toutes les formes de poker. Benyamine allait prouver juste après les WSOP qu'il n'était pas à mettre de côté en No Limit Hold'em (traditionnellement sa variante la plus faible) en atteignant la deuxième place du WPT du Bellagio, manquant de peu un deuxième titre en perdant un gros coin-flip avec deux Dames contre As-Roi.

Maintenant, la question est : qui pour un bracelet français année ? ElkY ? Le Team Winamax ? Benyamine à nouveau ? Un autre des grands noms tricolores ? Ou un inconnu sorti du bois ? Quoi qu'il arrive, votre serviteur sera, à nouveau, aux premières loges pour tout vous raconter...



1/ Consécration pour Davidi Kitai et le Team Winamax
Je ne pouvais décemment pas attribuer la première place de ce petit classement nostalgique à quelqu'un d'autre que Davidi... Moins de 24 heures après le triomphe de Benyamine, je me retrouvais à nouveau au Rio pour une journée de 18 heures. Mais quelle belle journée : soutenu par tous les membres du Team présents à Vegas ce jour là, le belge a arraché une magnifique victoire, menant un combat épuisant de plus de dix heures, venant à bout de ses adversaires un par un. Parti avec un tapis modeste, Davidi a mené la bataille avec panache, réalisant des bluffs audacieux, quelques calls d'anthologie, et faisant preuve d'une patience à toute épreuve. Au final, le travail de Davidi a payé, faisant de lui le premier champion du monde du Team Winamax, recevant le précieux bracelet sous les acclamations de ses équipiers. Des moments comme ça, j'en veux cette année, encore et encore !

(article publié sur www.team-winamax.com)

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