samedi 11 avril 2009

Tiny Dancer

Vendredi 3 avril, 13h25. Dans un train, quelque part au beau milieu de l'Angleterre. Côté fenêtre, je regarde le paysage défiler à vitesse grand V. A côté de moi, Tallix rattrape sa nuit blanche. Sur la rangée de devant, Johny consulte les cours de la bourse sur son Iphone. On a été faire un tour au wagon restaurant. Sur le chemin, on a croisé une faune de fêtards divers dans les autres voitures. Cannettes de 50 centilitres un peu partout. Jeux à boire variés. On a même observé un sit'n'go fortement alcoolisé entre des écossais à l'accent d'une autre planète. Les trains de la British National Rail sont équipés de prises électriques et d'une connection WiFi gratuite. Génial. Cependant, j'ai eu toutes les peines du monde à réussir à me connecter, et dix minutes plus tard, je perdais le signal tandis que je misais le pot avec une paire de neuf sur le flop 5-3-2. Tant pis. A la place, je vais bloguer un peu. J'ai eu quelques difficultés à écrire, ces derniers temps. Une combinaison bien connue de procrastination (« je m'y mets demain, juré ») et d'angoisse de la page blanche (« merde, je bloque après une phrase »). Mais comme le dit Pauly, « l'angoisse de la page blanche, ca n'existe pas, c'est l'excuse des feignasses. » Alors, au boulot, bordel.

J'ai la bougeotte, en ce moment. J'ai envie de voir du pays, profiter au maximum de mes week-ends libres, car ils vont se faire rares dans les mois qui suivent. Aucune envie de moisir à la maison le samedi et dimanche, pour revenir tout morose au bureau le lundi. Étrange, me direz-vous, qu'un voyageur expérimenté comme moi aie encore envie de s'échapper entre deux reportages. Et c'est vrai que durant les quatre semaines qui arrivent, je vais me rendre en succession à San Remo, Monte Carlo, Venise et Paris pour couvrir les derniers tournois européens majeurs de la saison. Beaucoup de voyages, d'aéroports, de trains, de taxis, de valises à traîner et de destinations ensoleillées... Mais très peu de temps libre en prévision, en fait. Boulot, boulot, boulot. Si je veux profiter, c'est maintenant, ou pas avant août, puisqu'après avoir couvert tous ces tournois, il sera déjà temps de partir pour Vegas. Nous ne sommes qu'à cinquante jours du départ des WSOP.

La semaine dernière, je passais le week-end en Espagne, à Sitges, chez Madeleine, mon amie de longue date chez PokerStars. Trois journées calmes, où je n'ai rien fait à part boire des coups dans des bars, manger de la charcuterie catalane, prendre des drogues, regarder la télé, et dormir sur la plage. Et j'ai aussi battu tous les amis de Mad au poker, si bien qu'ils m'ont supplié de quitter la table pour pouvoir jouer tranquille. Il a fait beau une journée, il a plu le lendemain, et gris le jour d'après. Pas terrible, mais j'ai su m'en contenter.

Et cette semaine, me voilà en route vers l'Écosse. La Grande-Bretagne est une petite île, quand on y pense. Depuis Londres, nous ne sommes qu'à quatre heures de train d'Edinburgh. Je n'ai jamais visité l'Ecosse. J'ai proposé à mes colocataires de m'accompagner. Ils n'ont pas été difficiles à convaincre, leur emploi du temps de chômeurs joueurs professionnels leur offrant pas mal de liberté. Moi, je me suis contenté de prendre une journée de congé, histoire de prolonger un peu le séjour. J'ai reservé un hôtel en centre-ville, et contacté des amis du coin, les barjots de SikTilt, on devrait les retrouver un soir pour boire un verre.

*****

Déjà trois semaines que l'EPT de Dortmund s'est achevé, et c'est à peu près le temps qu'il a fallu pour m'en remettre. Quelle teuf', les amis. Le denier jour, j'étais encore bourré en me levant, la tête cabossée et les yeux tout collés. J'étais encore bourré au petit dej', et dans le taxi vers l'aéroport. J'étais encore bourré au décollage de l'avion depuis Dusseldorf et à l'atterrissage à Londres. Et bien entendu, j'étais encore bourré en arrivant à la maison. Oui, on s'est bien amusé, ça faisait longtemps. Ça s'est passé comme à chaque fois : l'étape la moins sexy du circuit européen s'est révélée de loin la plus fun. Chaque année depuis trois ans, on se rend tous à Dortmund en trainant des pieds, et au final, on est tous très content d'y avoir été. Je sais pas à quoi c'est du.

La semaine avait commencé de manière tout à fait classique, pourtant. Une salle remplie de joueurs, dont quelques français, et le Team Winamax en petit comité. Comme d'habitude. Des journées de douze heures, faites d'aller et retour entre la salle de presse et les tables. Comme d'habitude. Photos, récits de coups plus ou moins intéressants, des vannes débiles. Comme d'habitude. Le soir, vingt minutes de taxi entre le casino et l'hôtel. Debriefing avec Yuestud et Junior. Et ainsi de suite. Avance rapide jusqu'au quatrième jour de l'épreuve : il ne reste plus que 32 joueurs et la retransmission en direct démarre. Tous les français ont sauté (Almira réalisant le meilleur résultat tricolore, et son premier cash à l'EPT), et je n'ai absolument personne pour commenter l'action avec moi. D'ordinaire, je n'ai jamais de mal à trouver un partenaire pour m'accompagner, mais c'est de Dortmund qu'il s'agit ici, et tous mes réguliers ont quitté la ville depuis longtemps, pour retrouver des cieux plus accueillants. Le pire bad-beat possible pour une retransmission : je suis tout seul au micro, en train de parler à moi-même. Un monologue. C'est donc les yeux embués de larmes de gratitude que je vois Nicolas Levi entrer dans la régie. L'homme au chapeau est venu en sauveur, trainant ses bagages derrière lui : son avion ne décolle que tard dans l'après-midi. Nico va rester au micro jusqu'à la dernière minute, prenant le risque de rater son vol. Nico, je t'aime. Plus tard, ElkY prend sa place pour deux heures et après son départ, je me retrouve seul à nouveau, mais pas pour très longtemps : à minuit, on tient la table finale, après seulement neuf heures de retransmission. Tout va bien.

Le soir, je me retrouve, je ne sais trop comment, dans une chambre d'hôtel du Hilton remplie de joueurs de poker. Je crois que c'est Madeleine qui m'a emmené, ou Hilda de PokerStars, je ne sais plus. Le mini-bar est bien entamé, des cigarettes au goût bizarre circulent, et la chambre est trop petite pour accueillir tout ce beau monde : mon pote de longue date Ramzi Jelassi, Michael Tureniec, Danny Ryan, Lina, et un des finalistes.... L'excellent William Thorson. Je n'avais jamais eu l'occasion de faire la connaissance du suédois, découvert en 2006 aux WSOP. Mais il n'aura fallu que cinq minutes pour que l'on devienne amis pour la vie, quand William a titubé vers l'ordinateur en annonçant : « Fermez vos gueules, je vais mettre ma chanson préférée », et que, forcément, c'était ma chanson préférée aussi. Don't... stop... believing. Hang on to that feeling !

On a terminé tard, et je commence le direct de la finale avec la voix enrouée. Cette fois-ci, je suis tout seul. An army of one. D'autant plus dommage que la finale est d'excellente facture, avec Luca Pagano, le Thorson suscité, l'allemande Sandra Naujoks, le champion en titre Mike McDonald et le vétéran Johan Strorakers. En milieu d'après-mid, Kara Scott me sauve en prenant l'antenne en anglais pour dix minutes qui en ont valu cent. Et à vingt heures, mon pote de longue date Ramzi honore sa promesse alcoolisée de la veille et vient prendre place deux heures. Pour une fois, je ne reçois pas de mails d'insultes pour avoir invité des invités non francophones. De toute façon, c'était ça ou rien du tout.

A 22 heures, on tient un gagnant. Une gagnante, plutôt : Sandra Naujoks, une joueuse relativement nouvelle sur le circuit, que j'avais aperçue pour la première fois en septembre dernier à Londres, et dont le niveau de jeu m'avait jusque là moins impressionné que la plastique. L'allemande devient la première nana à remporter un EPT depuis Vicky Coren en 2006. Un accomplissement de taille confirmant l'excellente santé du poker teuton, avec trois titres EPT depuis le début de la saison.

Le meilleur était à venir, après le tournoi : le casino avait organisé une fête pour tous le staff. Je n'étais pas sur la liste, mais suis rentré sans problème en passant par la terrasse réservée aux fumeurs, située à trois mètres de la porte d'entrée. Les vigiles étaient fermes dans leur tenue de l'entrée, mais n'avaient aucun problème à voir tous les refoulés s'incruster par derrière. Amusant. A l'intérieur, tout le monde enchaînait les cocktails comme s'il n'y aurait pas de lendemain : après une semaine de boulot, la pression pouvait retomber.. Sur le podium, un groupe jouait des reprises métal des années 70 et 80. Poison, Kiss, Motley Crue, ce genre de trucs. Le thème de la soirée, c'était "Dusk Till Dawn", le film de Tarantino. Cracheurs de feu et danseuses à serpent sur le podium. Quand les premières notes de « Rock n'Roll » ont retenti, j'étais déjà parti très loin, et si c'eût été Jimmy Page et Robert Plant en face de moi sur la scène, je n'aurais pas fait la différence. La suite se déroule en accéléré : à nouveau, je me retrouve au Hilton très tard, dans une chambre non identifiée. Thorson a déjà oublié son élimination en septième place. Moi, je tombe malade. Je cours dans ma chambre à l'étage du dessus... Je redescens... Je recommence le manège deux fois... Trois fois.... Je jette l'éponge. Je flotte encore quand je me réveille le lendemain.

La galère pour sortir de Dortmund... surtout dans cet état. Avec Hilda, on prend un taxi vers un autre hôtel, en plein milieu de la forêt, ou une navette est censée amener le staff de l'EPT vers l'aéroport de Dusseldorf, à soixante kilomètres de là. Quand on arrive, la navette est déjà partie, et Madeleine s'est pointée à un autre hôtel portant le même nom. On refait tout le chemin en sens inverse, on attrape Mad et on revient en ville pour attraper Madeleine au vol. Pendant les soixante minutes de trajet, on évoque Almost Famous. L'un de mes films préférés. Hilda dit qu'on devrait le réécrire pour l'adapter à notre univers. Pas une mauvaise idée. Je n'écris pas pour Rolling Stone Magazine, et je n'accompagne pas Led Zeppelin en tournée, mais cela ne m'empêche pas de me reconnaître dans ce film et son personnage central déraciné, embarqué dans une folle aventure, d'hôtels en avions, d'avions en taxi, vivant comme une rock star mais se demandant toujours s'il va arriver à écrire son histoire... A l'aéroport, tout le monde est déjà là. Visages fatigués, mais souriants. On est une bonne cinquantaine à prendre le même avions. Techniciens, journalistes, joueurs, organisateurs... La grande famille du cirque itinérant du poker européen. On se dit au revoir...«- I have to go home. - You are home. »



Ouep, je l'ai déjà vu dix fois, et je suis prêt à le revoir encore cent fois. Plouf, plouf. J'ai reçu beaucoup d'emails intéressants ces dernières semaines. Beaucoup concernant des sujets dont il est encore trop tôt pour discuter, et deux en particulier qui m'ont fait pousser un soupir de soulagement, bouclant mon agenda jusqu'au mois de juillet. Extraits :

Hi,
Your application for media accreditation at PokerStars.it EPT San Remo has been approved.

Traduction en français : ma demande d'accréditation presse pour le prochain EPT (San Remo) a été validée par PokerStars. Le genre de nouvelle qui, habituellement, ne mériterait pas plus d'attention que cela, puisque l'on ne m'a jamais refusé l'entrée à un EPT en trois ans et 23 épreuves. Mais ici, le contexte est différent. Le nombre de journalistes présents aux EPT n'a jamais cessé d'augmenter ces deux dernières années, encombrant les salles de presse et bouchant les allées entre les tables, créant au passage quelques situations assez tendues. Si bien qu'au cours des derniers mois, des joueurs ont été se plaindre de la situation auprès du gourou de l'EPT, John Duthie, qui à son tour s'est adressé à PokerStars, qui, après Dortmund, a envoyé à toute la presse un email assez préoccupant. Ce message stipulait que, à partir de la prochaine étape, le nombre d'accréditations délivrées sur les EPT serait drastiquement réduit. Le message se poursuivait en indiquant que désormais, les badges seraient délivrés suivant trois critères : la qualité du travail fourni lors des précédents EPT, le respect des règles établies par PokerStars (comme, par exemple, le fait d'écrire en titre de chaque page internet « EPT sponsored by PokerStars »), et enfin, la place disponible pour accueillir la presse sur chaque tournoi. Pour ce dernier critère, pas grand chose à faire, mais je pense que pour les deux premiers (qualité du reportage et respect du règlement), je ne m'en suis pas trop mal tiré.

Alors, est-ce l'heure du nettoyage de printemps dans les salles de presse de l'EPT ? Honnêtement, ce ne serait pas une mauvaise chose, car j'en connais deux ou trois qui prennent de la place pour rien. Pas de noms, pas de noms, de toute façon vous ne les connaissez pas.

Ceci dit, le coup des joueurs qui vont râler auprès de John Duthie, c'est la version officielle. Moi, je n'ai jamais entendu les dizaines et dizaines de joueurs que je croise à chaque tournoi reprocher quelque chose à la presse. Bien au contraire. Et pourtant, c'est bien connu, les joueurs de poker adorent se plaindre - de la structure, de la bouffe, des décisions des arbitres, du mauvais temps, et du physique des croupières.

Dear Benjamin,
I am pleased to inform you that your request for press credentials to cover the 2009 World Series of Poker has been approved.

Quelle surprise. Ma demande d'accréditation pour le plus gros festival de poker de l'année, été acceptée sans broncher par les services d'Harrah's, après trois jours d'attente à peine. Un sacré changement d'ambiance par rapport aux précédentes éditions. En 2007, Loic de Poker.fr (pour qui je couvrais l'épreuve cette année là) avait du échanger plusieurs emails avec Harrah's pour qu'ils consentent à me donner un badge. En 2008, c'était encore pire : on avait refusé ma demande sans explications. Plusieurs emails (accompagnés de liens vers l'intégralité de mon travail aux WSOP lors des deux années précédentes) étaient restés sans réponses et je n'aurai sans doute pas pu couvrir le tournoi si il n'y avait eu l'intervention de Yuestud, qui travaillait à l'époque pour Everest Poker, l'un des sponsors officiels des WSOP. Joie et bonheur, on dirait que cette année, Harrah's considère que je fais partie du club.

8 commentaires:

Anonyme a dit…

Putain, j' adore ta vie Benjo !!!!!!!!!!
Le kiffff ...

UNIK11 a dit…

J' adore te lire Benjo, et c' est pourtant là mon premier commentaire posté !!!
Ta life c' est le pied !!!

Xerxes a dit…

Difficile de penser que PS ne donnerait pas d'accreditation au commentateur historique en langue française...

Lilou a dit…

"bougeotte" quand tu nous tiens... ;-)

toujours aussi agréable de te lire, Merci !!!

MigJ a dit…

Ta vie est peu sembler un rêve, mais pour moi ce serait le cauchemar... Comment peux tu fréquenter autant de star du poker, de gens plusieurs fois millionnaire, et continuer a couvrir tout ça, plutôt que de te lancer également, ça me dépasse. En même temps , tant mieux pour nous, on n'aurais pas le plaisir de te lire si tu faisais partie de tes fréquentations qui préfères gagner des millions que de divertir le peuple. Encore merci et comme toujours, chapeau pour l'écriture...

toto a dit…

Ah Edimbourg. Je ne l'a connais qu'à travers les bouquins d'Irvine Welsh. J'espère que tu nous raconteras tout ca.
Enjoy.

Corti a dit…

En 5 lettres?.............MERCI ;-)

maxime a dit…

ahhhhhhh don't stop believing la chanson dans la derniere scène des sopranos j'ai les larmes yeux