samedi 25 avril 2009

Sun It Rises

San Remo, 2 heures 30. Tout en haut de la colline, surplombant la méditerranée, le Grand Hotel & Des Anglais (quel nom ridicule) est complètement déserté. Pas un bruit à cent mètres à la ronde, juste le bruissement du ressac au loin. Je crois que je suis le dernier client de l'hôtel. J'erre à travers les couloirs haut de plafond au style Renaissance en me demandant si l'unique employé qui m'a remis les clés, assis derrière le comptoir de l'accueil, n'était pas un fantôme.

L'European Poker Tour italien est terminé. Joueurs, organisateurs, médias : presque tous les membres de notre petite famille ont quitté la ville. Je suis resté... Pour une fois, je n'ai pas été obligé de m'enfuir à l'aube dès le lendemain de la conclusion du tournoi, titubant et encore à moitié endormi à la poursuite d'un avion qui me ramène à la maison. Avec la Grande Finale de l'EPT qui démarre dans trois jours à Monte Carlo, à cinquante kilomètres de San Remo, aucun intérêt à rentrer à Londres.

C'est tellement agréable de pouvoir traîner un peu, prendre le temps de ne rien faire, se reposer après six journées de boulot pour le moins stressantes. Aujourd'hui, je n'ai pas mis le réveil, et ai émergé bien après midi, la tête encore dans les vapes après la soirée de la veille. J'ai rejoint la petite troupe de collègues encore en ville au très classe hôtel Royal, où logeaient la plupart des qualifiés et employés de PokerStars. Au programme : neuf trous sur un parcours de mini-golf des plus vétustes. Howard et Owen ont réalisé le meilleur score. Après un départ catastrophique, j'ai réussi à rattrapper mon retard sur les derniers trous pour prendre la troisième place devant Lina, Mad et Marc. C'était du grand n'importe quoi, la balle partait dans tous les sens, rebondissant sur le bitume défoncé pour aller se coincer dans des touffes de mauvaises herbes.



Après, on a squatté la terrasse devant la mer pendant ce qui m'a semblé être des heures. Les sujets de conversations furent variés, allant de la meilleure attitude à adopter sur un champ de bataille (faire le mort), au style de jeu de Madeleine lors du tournois médias (l'Omaha High-Low serait sans doute plus adapté si elle persiste à vouloir jouer les As faibles) Tous les restaurants sont fermés l'après-midi, mais Thierry Van Den Berg et Danny Ryan nous ont conseillé une adresse ouverte 24 heures sur 24. Il fait beau, on mange bien (moules marinières et penne carbonara en ce qui me concerne), et le reste de l'après-midi s'éclipse sans que l'on ait le temps de s'en rendre compte. De retour à l'hôtel, on s'installe autour d'une table du lobby pour quelques Sit n'Go. Une journée paisible.

L'EPT italien s'est mieux terminé qu'il n'avait commencé, tout du moins pour moi. Les deux dernières journées du tournoi étaient couvertes par les équipes télé de l'EPT Live, et j'étais comme d'habitude au poste pour assurer les commentaires en français. Soulagement : finies les batailles avec la connexion internet défaillante et le bordel général dans la salle, tout ce que j'ai à faire, c'est m'assoir en régie devant les écrans de contrôle et parler dans un micro. Ce fut l'une des meilleures fin de tournoi auxquelles j'ai eu l'occasion d'assister depuis longtemps : pas un temps mort, pas un moment d'ennui, juste de l'action dans tous les sens, et des personnalités intéressantes autour de la table télévisée. J'ai accueilli au micro quelques uns de mes invités préférés : Guillaume Cescut, Cuts, Antony, Davidi Kitai... Il y a aussi eu David Poulenard de MadeInPoker, venu s'essayer à l'exercice pour la première fois (verdict : favorable, merci d'être venu, David !), ainsi qu'Isabelle Mercier et Benjamin « MagicDeal » Pollack. J'avais plus de soutien que je n'en avais besoin, rien à voir avec la solitude de Dortmund il y a un mois.

La régie était installée dans le théâtre du casino, avec les huit postes correspondant aux huit langues de l'EPT Live placés en arc de cercle sur la scène. Une installation assez esthétique, et bien plus confortable que ce à quoi nous avons été habitués dans le passé. En finale, aucun joueur médiatique, aucun grand professionnel, mais cela n'a pas nui au spectacle, bien au contraire. Constant Rijkenberg, jeune néerlandais de 20 ans, est sans doute le champion EPT le plus énigmatique à avoir été couronné lors de la saison. Là où les précédents tournois nous avaient offert des vainqueurs excellents mais conventionnels dans leur style de jeu, je veux dire par là d'une solidité à toute épreuve (Seb Ruthenberg, Michael Martin, Moritz Kranisch, etc), Constant Rijkenberg a étonné par son agression sans limites, qui a donné lieu à quelques éclairs de génie de sa part, mais aussi à de mémorables plantages. Une sorte de Stu Ungar, que je n'ai jamais eu l'occasion d'observer de son vivant, mais dont Doyle Brunson avait commenté la première victoire aux championnats du monde en 1980 avec ses mots : « Si Stu avait jamais eu une top paire battue druant le tournoi, il aurait sauté aussi sec ». Ici, ce fut un peu la même chose : Rijkenberg a écrasé la table en remportant tous ses coups avec parfois beaucoup de réussite, certes, mais il a écrasé la table quand même, avec brio, et ça, tout le monde n'a pas les couilles de le faire quand il y a autant d'argent en jeu.



Des rumeurs bizarres ont circulé sur le vainqueur durant les deux derniers jours de l'épreuve... Untel disait qu'il avait vendu plus de 100% de son action – ce qui signifierait qu'il n'aurait pu réaliser un profit qu'en étant éliminé AVANT de rentrer dans les places payées, et donc qu'il s'est mis dans une belle merde en remportant les 1,5 millions d'euros de la première place. Un joueur qui reverse 25, 50, voire 75% de ses gains à des investisseurs, c'est courant. Se faire sponsoriser à plus de 100%, c'est déjà plus rare, et réservé à une certaine catégorie d'escrocs – la légende dit que TJ Cloutier est un grand coutumier du fait. Si vous voulez mon avis, cette histoire, c'est du bidon – Rijkenberg n'a vendu que 50% de son action, comme la plupart des joueurs se faisant sponsoriser par des investisseurs privés. Mais cette rumeur trouve peut-être sa source dans une autre, qui dit que le hollandais aurait trouvé des sponsors pour jouer Dortmund le mois dernier, mais aurait décidé à la dernière minute de ne pas jouer le tournoi, empochant l'argent au passage. Des bruits de couloirs étranges qui font gonfler le mystère de ce jeune joueur – encore broke il y a six mois - qui n'a jamais joué sur internet, préférant pourchasser les parties privées high-stakes à travers le monde. Etoile filante destinée à s'éclipser rapidement, ou futur grand au talent encore brut ? Le temps sera le meilleur juge de Constant Rijkenbeg, comme l'a très justement dit Greg Raymer au micro de l'EPT live : on verra s'il est encore là dans un, deux ou cinq ans.

L'action furieuse observée durant la seconde moitié du tournoi a donné lieu a des journées courtes, libérant les joueurs et médias en début de soirée. Un changement bienvenu par rapport à certaines épreuves récentes qui se sont prolongées tard dans la nuit. Il y a eu quelques soirées mémorables. Certaines tout à fait normales, comme ces charmants moments passés en terrasse en face du casino avec Jason Mercier et ses potes américains, des types adorables avec qui le courant est très bien passé une fois dissipées leurs premières inquiétudes (ces ricains, ils s'imaginent toujours que les français les détestent) Il y a aussi eu des soirées franchement bizarres, comme celle où le hasard m'a amené en terrasse d'un strip-club en compagnie de deux collègues de sexe féminin et une quinzaine d'italiens braillards ne parlant pas un mot d'anglais – si vous savez additionner un et un, vous devinerez que l'on y a pas fait de vieux os, mais je demande encore ce qui a poussé l'une des deux collègues en question à vouloir s'asseoir pour « un dernier verre » avec ce tas de viande saoule. Une scène hilarante mais absolument dégoutante s'est produite quand je me suis aventuré à l'intérieur de l'établissement pour pisser un coup. Pauly aurait adoré. Les strip-clubs, on s'en est rendu compte, sont les seuls établissements de la ville à rester ouverts après deux heures du matin. Ce qui limite considérablement les options quand tout ce qu'on cherche, c'est passer un bon moment et boire quelques verres avec ses amis, et non se faire attraper l'entrejambe toutes les deux secondes par des cocaïnomanes siliconées de 21 ans.

Rideau sur San Remo... La deuxième partie de mon périple commence mardi à Monte Carlo, où se tient la dernière étape EPT de la saison. J'aurais pu faire des tas de trucs durant les quatre jours de temps libre entre San Remo et Monte Carlo : parcourir le nord de l'Italie en voiture, prendre le train jusqu'à Rome ou Florence, passer quelques jours à Menton où Roquebrune, là ou j'ai passé la plupart de mes étés d'enfance. Mais non. Entre toutes les choses que j'aurais pu faire après avoir vécu dans un casino durant six jours, et avant de recommencer exactement la même chose dans un autre, j'ai choisi de... jouer un tournoi de poker. A Nice, pour un satellite à 1,000 euros qualificatif pour le Partouche Poker Tour. Avec Davidi, Cuts et Pollack, on s'est mutuellement motivés le dernier soir, n'ayant rien de prévu de particulier avant d'aller à Monte Carlo. Je n'ai pas eu de mal à trouver de généreux sponsors, et je disputerai le tournoi en quasi-freeroll, finançant le reste de l'entrée avec mes gains du tournoi médias remporté en milieu de semaine (ben oui, qu'est-ce que vous croyez, çà m'arrive de chatter aussi) Un train pour Nice m'attend dans quelques heures : j'arriverai au casino juste à temps pour m'assoir à la table. Un reportage est prévu sur ClubPoker.net : peut-être qu'on y donnera de mes nouvelles de temps à autre. Sinon, je reviendrai bien sur ici pour raconter mon expérience. Niveau structure, on est loin de mes chers deep-stack irlandais, mais les joueurs seront en principe très faibles pour la plupart, en espérant que je ne me retrouve pas à jouer contre un Cuts ou un Mattern. Quoique, quand on y songe, cela ne me déplairait pas non plus. Après tout, quitte à jouer un tournoi tous les six mois, autant que l'expérience sorte de l'ordinaire en affrontant des bons joueurs.

2 commentaires:

Pedro Pok a dit…

Salut Benjo,

Bonne chance pour le Super sat du PPT a Nice.

J'ai fait celui de Saint Amand avec 10 000 chips, c'est mieux qu'avant mais les rounds de 25 minutes sont encore un peu courts pour que ce soit "confortable" comme structure.

Je te souhaite de "chopper les livraisons" au début du MTT (elles sont nombreuses) et de chip le ticket.

Bon séjour sur la "riviera", have fun !!!

Anonyme a dit…

salut benjo,

une structure tres rapide, on peut jouer vraiment que les 2 premiers heures au poker apres il faut bien jouer et avoir un peu de reussite dans les coin flips pour pourvoir se qualifier, car faire du all in pendant plus de 5 heures, on apprends pas grand chose.

J'espere qu'on va vivre un excellent moment à Monte Carlo en lisant ton coverage.

jérome