lundi 27 avril 2009

Nice People

Nice. Samedi, 21 heures 18. Le lobby de l'hôtel jouxtant le casino tient lieu de QG pour les joueurs éliminés du tournoi. Y sont installés Davidi et Arnaud. Je viens de les rejoindre...

422 joueurs étaient au départ de cette épreuve au prix d'entrée de 1,075 euros. Pour le top 10%, un ticket pour la finale du Partouche Poker Tour d'une valeur de 8,500 euros, plus des prix en cash. Tapis de départ : 10,000. Blindes : 25/50. Augmentation toutes les 25 minutes.

J'ai été éliminé lors du onzième niveau du tournoi, après quatre heures trente de partie. Les blindes étaient à 800/1,600, ante 100. J'ai poussé 14,000 et tapis au bouton après que tout le monde ait passé. Cela faisait la neuvième ou dixième fois que j'envoyais en une heure, et la première fois où l'on m'a payé fut aussi la dernière : ma paire de Deux ne fut clairement pas de taille contre la paire de Dames du joueur de grosse blinde.

La structure très rapide de l'épreuve ne rend pas nécessaire l'écriture d'un compte-rendu détaillé tel que je l'avais fait pour l'European Deep Stack à Dublin. Non pas que la stratégie n'avait pas place dans ce tournoi... Bien au contraire. C'est juste que la discussion se baserait sur un plan purement mathématique (avec quelles mains faire tapis quand tout le monde a passé ? Avec quelles mains faut-il passer ? Envoyer le tapis quand quelqu'un a déjà relancé ?), et ce que cela ne m'intéresse guère. Il existe une manière optimale de jouer le poker de tournoi en turbo – je ne pense pas que je prendrai jamais la peine de l'apprendre un jour. Je préfère consacrer mon temps libre à des choses plus intéressantes, comme la lecture quotidienne de WickedChops, où un soixantième matage de The Wire, ou des Sopranos.


Peu avant le départ du tournoi - photo : Seb/Clubpoker.net

Quelques anecdotes de bon aloi, tout de même. A ma première table, mon ami Georges Djen, directeur du magazine Live Poker, quelqu'un que j'apprécie et qui me soutient depuis trois ans. A sa droite, le fils de Jacques Zaicik. Un novice qui a trouvé le moyen de remporter un tournoi de bonne taille au Wynn il y a quelques mois. Georges m'a fait bondir de ma chaise durant la première heure, trouvant le moyen de sur-sur-relancer pour 4,600, lui laissant juste 3,000 restant. L'action revient à Mini-Zaicik qui envoie tapis, et Georges, archi-commit, jette, et montre une paire de Rois, persuadé de jouer contre une paire d'As. « Pour un joueur de cercle, c'est normal », commente Ludo. « 99% du temps, tu joues contre les As dans cette configuration. » Évidemment, Mini-Zaicik a montré As-Roi à pique. Un peu plus tard, Mini-Zaicik me met un petit bad-beat avec 7-2, faisant tomber mon tapis à dix blindes (le pot n'était pas relancé, il était de grosse blinde, et bat mon As-Valet, les tapis partent sur le flop A-7-4) Je récupère l'argent un peu plus tard avec Roi-Dame contre sa paire de cinq.

Après, mon ami Ludovic « Cuts » Lacay arrive à la table avec un gros stack. Malgré tout, je suis content. Pendant ce court moment, je peux partager une certaine camaraderie en étant assis à la même table qu'un pro, brisant la barrière journaliste/joueur qui marque habituellement nos rapports. Plutôt que d'écouter patiemment les joueurs durant la pause, je peux raconter les mains que j'ai jouées, et on m'écoutera. Je peux demander un ou deux tuyaux, et on me répondra.

Notre table casse et je me retrouve assis en face de François Tardieu, légendaire joueur de backgammon et meilleur pote d'Arnaud Mattern. Un matheux qui a passé des heures à étudier son poker, les pourcentages, les stats, etc. Un bagage technique primordial pour réussir dans un tournoi à structure rapide. François relance régulièrement, et toujours au bon moment. Il accumule les blindes et ante sans jamais montrer ses cartes, et avant que l'on ait eu le temps de s'en rendre compte, il a doublé son tapis sans jamais aller au flop. J'observe la scène avec frustration, sachant que c'est exactement ce que je devrais faire, mais n'ayant aucune idée des mains et positions à adopter. Bien sur, je ne suis pas complètement paumé non plus, et saisis toutes les occasions évidentes qui se présentent à moi pour envoyer mes dix blindes. C'est dans les moments plus subtils, avec des mains plus casse-gueule, que j'ai clairement manqué des occasions. De toutes petites erreurs de jugement qui coutent cher au final.

Mis à part Tardieu et quelques autres, les participants au tournoi sont catastrophiques. De par leur niveau de jeu, bien entendu, ce qui ne me pose pas de problème, et est tout à fait souhaitable. Mais aussi et surtout par leur comportement, allant de fatiguant à carrément insupportable. Je ne pourrais jamais devenir un joueur régulier de cercle ou de casino en France. Je péterais un plomb et finirais par devenir comme les tristes sires qui hantent ces endroit 24 heures sur 24. Il y a ceux qui commentent chacun des coups qu'ils ont joué, et évidemment ils ont tout le temps joué parfaitement, hein. J'ai vu des centaines d'erreurs de commises en quelques heures à peine, mais aucune n'a été relevée par ces petits génies. Bon, ça c'est pas encore trop grave, je monte le son de l'I-Pod et je suis tranquille. Là où je commence à m'énerver, c'est quand j'observe des cas de collusion, mineure, certes, mais bien réelle (les deux blindes qui s'entendent pour checker jusqu'au showdown parce qu'ils ont une main « pas terrible ») où des connards manquant de respect aux croupiers. Décidément, le milieu du poker français amateur et semi-professionnel (une autre manière de qualifier un joueur perdant) souffre de gangrène. « Moi, je vis ça tous les jours. Ça use. », me confiait hier un de mes amis professionnels parisiens. Quand Benyamine avait expliqué que l'une des raisons qui l'avaient fait quitter Paris pour Vegas était la mauvaise ambiance dans le poker amateur français, beaucoup s'étaient étonnés. Bien entendu, le meilleur joueur français du monde ne faisait pas référence aux passionnés, aux fans, aux animateurs de clubs et aux milliers de participants au France Poker Tour. Non, il avait en tête les zombies qu'il croisait tous les jours dans les cercles de la capitale, les escrocs, les raccrocs et les clochards, jamais de bonne humeur, toujours fâchés avec quelqu'un, coincés à vie dans leur costume sale de joueur de poker perdant. Une situation qui, certes, se retrouve chez d'autres nations majeures du poker, mais à une échelle infiniment plus réduite. Jamais à Vegas je n'ai ressenti cette fatigue qui m'envahit rapidement lors que je m'assois à une table de cash-game low-limit en France. Les joueurs sont peut-être un poil meilleurs, mais c'est le prix à payer pour jouer dans des conditions agréables.

On ne choisit pas ses joueurs, et c'est pour ça que malgré tout cela, je dois tirer un coup de chapeau au groupe Partouche pour l'organisation sans faille du tournoi. La salle accueillant l'épreuve est superbe, le personnel compétent (je ne suis pas peu fier de voir mon petit frère – 22 ans – exercer avec célérité son métier de floor manager appris sur le tas), et nous fumes très bien accueillis par les huiles du groupe, des gens d'une correction exemplaire. On peut critiquer la structure des satellites pour le PPT pour ce qu'elle est : pas terrible du tout. Mais après tout, elle est publiée longtemps à l'avance, et les joueurs ont le choix de ne pas disputer le tournoi si celle-ci ne leur plaît pas.

Lundi : saut de puce vers Monte Carlo. La vraie folie commence avec le plus gros festival de poker jamais organisé en Europe. 1,000 joueurs pour le Main Event à 10,000 euros et douze side-events au prix d'entrée allant jusqu'à 25,000 euros. J'aurai des tas de choses à suivre, et des tas de gens importants à voir.


La vue depuis la chambre du sixième étage que j'ai partagé avec Cuts au Palais de la Méditéranée, excellent hôtel situé sur la Promenade des Anglais

3 commentaires:

JOYsoon a dit…

Et ben super , l'ambiance aux tables de poker en France , c'est donc comme pratiquement dans tous les domaines dans ce pays , sans gêne , égo démesuré et agressivité , ça devient la règle , très pénible tout ça .

Merci pour les photos.

Gugel a dit…

You ranked 54th for the top 100 poker blogs. Congrats :)
http://www.anskypoker.com/2009/04/top-100-poker-blogs-of-2009/

Benjo a dit…

Amazing ! Are there many blogs not primarly written in english included in the list ?