vendredi 17 avril 2009

Farväl


La salle de jeux online PokerRoom a fermé ses portes cette semaine, après avoir opéré durant dix ans, une longévité largement suffisante pour lui conférer un statut de dinosaure dans cette industrie. Point de banqueroute ici, juste le point final d'une longue période de transition entamée en 2006 après le rachat de la boîte suédoise par les autrichiens de Bwin. Comme tous les clients du site, j'ai reçu ces derniers jours un email indiquant la marche à suivre pour transférer mon compte sur Bwin, qui sera désormais l'unique salle de poker opérée par la boite du même nom. J'ai envie de verser une petite larme sur cette disparition, car mon parcours dans le monde du poker a beaucoup à voir avec cette compagnie. J'y ai fait des rencontres décisives, et noué de fortes amitiés.

C'est en jouant sur PokerRoom que j'ai gagné mes premiers dollars en ligne, il a une éternité de cela, mais surtout, c'est avec eux que j'ai découvert l'industrie de l'intérieur pour la première fois. En 2004, quand Thomas Fougeron m'a invité à l'accompagner à Las Vegas pour le soutenir dans le WPT du Bellagio, c'est sur PokerRoom qu'il s'était qualifié. Fougan était l'un des premiers joueurs français à s'être qualifié online pour un tournoi majeur du circuit. Sur place, j'ai fait connaissance avec deux des employés de la boîte, Thomas Falkenstrom et Lotta Benbom, qui étaient là pour s'occuper de chacun des 17 qualifiés. Et ils ont ma foi réalisé un travail excellent, car nous avons passé une semaine fantastique. On allait dans les meilleurs restos, les meilleures boîtes. On a pris l'hélico pour aller au Gran Canyon, aux frais de la princesse. J'avais à peine 21 ans, je vivais un rêve. J'ai réalisé mon premier reportage, en amateur, fasciné à la vue de tous les champions que je n'avais vus jusque là que sur les DVD du WPT. Je me suis bien entendu avec Thomas Falkenstrom. Un mec brillant. Il bossait pour PokerRoom et OnGame depuis le début, ou presque,depuis leur création par deux étudiants suédois. Thomas faisait partie du petit groupes d'acharnés qui avaient bossé dur pour faire de PokerRoom l'une des salles de poker en ligne les plus importantes du marché. C'était une autre époque, bien avant la domination de Full Tilt et PokerStars.

Trois mois après Vegas, j'étais invité avec Fougan au siège de la boîte, à Stockholm. PokerRoom avait organisé une sorte de mélange entre conférence de presse et journée porte ouvertes pour les médias. J'ai rencontré des dizaines de gens passionnants, ça grouillait d'idées novatrices de partout. J'étais encore à la fac, à ce moment là. Je découvrais un autre monde, excitant, plein de promesses, et peu à peu, je me disais que j'aimerais bien en faire partie. J'ai gardé le contact avec Thomas Falkenstrom, le croisant de temps à autre sur les premiers tournois que je couvrais pour le ClubPoker, toujours en amateur. Avec le temps, il allait devenir une sorte de mentor pour moi, me conseillant quand j'avais des décisions difficiles à prendre, m'empêchant de commettre des erreurs, me guidant dans mon parcours dans l'industrie.

Quelques mois plus tard, Thomas m'appelait pour couvrir les WSOP 2006. La vague du poker battait son plein, le Rio était plein à craquer, toute l'industrie était présente, en pleine forme. C'est là que j'ai rencontré toute l'équipe marketing de la boîte, des types formidables comme Kim Lund, Scott Adams, Lee Richards, ou Dany Willis. Je suivais les championnats du monde pour la première fois, et j'y ai vécu tout un tas d'expériences mémorables, un mélange de dur labeur et de fun extraordinaire. On suivait les joueurs qualifiés de midi à quatre heures du matin dans l'Amazon Room, et l'on partait faire la fête après. Après une semaine, les qualifiés avaient tous sauté, et on ne faisait plus que la fête. Ce fut mon premier reportage payé. En rentrant à la maison, je savais que j'étais prêt à me consacrer au poker entièrement. Parce que j'aimais ce que je faisais, et parce que j'avais noué des tas d'amitiés en cours de chemins. Je me disais que cela valait coup de poursuivre dans cette voie, au moins pour l'aspect humain de la chose.

La sauce a commencé à prendre pour moi, j'ai commencé à voyager plus souvent. Je ne perdais pas de vue les gens de PokerRoom. De temps en temps, je retournais à Stockholm pour rendre visite, ou à Uppsala, au nord, où quelques uns de mes amis habitaient. C'est encore pour PokerRoom que j'ai couvert le WPT de Niagara Falls en octobre 2006. On était en train de contempler les fameuses chutes quand Kim et Lee ont reçu la nouvelle du vote de l'UEGIA, la fameuse loi américaine visant à contrer les sites de jeux en ligne. C'était un moment bizarre. Ils se demandaient à quelle sauce ils allaient être mangés en rentrant en Suède. Finalement, OnGame et PokerRoom ont du, comme tant d'autres, se retirer du marché américain, un coup dévastateur pour leur activité. Couplé au rachat par Bwin, cela faisait beaucoup de remue ménage dans une boîte qui avait grossi tellement vite, et certains ne s'y retrouvaient plus. Kim et Lee ont choisi de conserver leur job, faisant face à de nombreux changements de management à l'étage du dessus. Le turn-over a été très important : pas mal d'autres de mes amis ont préféré changer d'air, partant travailler pour d'autres salles online, ou changeant complètement de secteur, à l'image de Thomas, parti travailler dans le jeu vidéo chez Electronic Arts après un passage chez Svenska Spel, les casinos de l'Etat suédois.

En 2007, j'ai continué de collaborer de temps à autre pour PokerRoom, rédigeant quelques compte rendus de tournois, me rendant deux fois à Stockholm pour discuter de projets futurs avec Kim et un nouveau venu, Tobias. Des projets qui n'ont pas abouti. Ils voulaient me confier de grosses responsabilités, et je ne me sentais pas à la hauteur du challenge. La boîte avait changé, et j'avais tellement de choses à faire par ailleurs. Depuis, je reste régulièrement en contact avec OnGame, le réseau dont Winamax fait partie. On se croise encore par ci par là, au gré de nos voyages respectifs.

Alors, PokerRoom s'éteint aujourd'hui, et avec eux s'en vont une certaine conception du business. Un esprit pionner, fun, en dehors des marges. A tous les gens que j'ai croisé durant cette aventure, je dois une fière chandelle, et je suis fier d'avoir apporté ma modeste contribution à leur travail.

2 commentaires:

Stefal a dit…

Superbe article.
J'aime sa nostalgie mêlée de reconnaissance.

Pedro Pok a dit…

Un vrai "chic type" ce FOUGAN !!!

Bel article en effet.