mardi 21 avril 2009

Anger Management

San Remo, 12h08. Pour une raison inexplicable, notre hôtel s'appelle « Grand Hotel & Des Anglais », ce qui ne veut absolument rien dire, que ce soit en français, en anglais ou en italien. C'est comme si ils n'avaient pas su choisir entre deux noms, alors ils ont opté pour les deux en même temps. Comme tous les hôtels de la station balnéaire, l'établissement est classe mais vétuste. La dernière rénovation doit dater des années 70. La cabine de douche est plus petite que le placard, le matelas grince et pour le petit déjeuner, mieux vaut ne pas être affamé. Mais qu'importe : j'ai une vue imprenable sur la méditerranée.

Vendredi matin, je retrouvais Yuestud à l'aéroport de London City. J'avais passé la journée de la veille à préparer mon voyage de quatre semaines. Coiffeur, pressing, lessive, repassage, détour chez l'épicier. J'ai emporté le strict minimum, soit un tas de fringues et mes outils de travail, et ma valise est quand même pleine à craquer.

A la porte d'embarquement, des visages familiers : Marc et Megan de PokerStars, Neil le photographe, et mes deux bloggeurs favoris Howard et Stephen. Le champion du monde en titre Peter Eastage nous rejoint – il s'est installé à Londres après sa victoire, histoire d'éviter une facture d'impôts douloureuses avec le gouvernement danois. Le vol passe en coup de vent, à l'exception de cinq minutes de turbulences où l'avion est secoué dans tous les sens. Chacun des passages est livide, pétri d'horreur, à l'exception de deux gamines hilares sur la rangée devant nous. Elles sautent presque de joie : « Encore ! Encore ! »

Roquebrune, Menton, Vintimille... Les gares défilent, et après deux trains et environ une heure de trajet, nous arrivons à San Remo. Je m'installe à l'hôtel. J'ouvre la fenêtre. Le temps est superbe, et je me dis, ce séjour commence bien : j'ai été épargné des bad-beats habituels qui me tombent dessus à presque chaque voyage, et j'ai encore toute la soirée devant moi. Soirée qui sera consacrée à la fête d'avant-tournoi, où je retrouve tout le beau monde habituel. Les boissons sont gratuites, et j'ai à ma disposition quantité de breuvages divers et variés pour me mettre à l'envers proprement. Cependant, je m'abstiens, car ce n'est pas une chose convenable à faire à la veille d'un tournoi qui va durer six jours. Je m'éclipse peu avant une heure du matin, encore relativement sobre, escortant l'équipe de bloggeurs d'un célèbre site leader du marché – eux ont clairement dépassé la dose prescrite, et quelques scènes cocasses surviennent durant le trajet à pied jusqu'à l'hôtel.

Le lendemain, je me réveille en pleine forme. Cela fait un mois que je n'ai pas couvert de tournoi, depuis Dortmund, : je suis prêt. Après une marche le long de la digue – où apparemment, le sport local pour les vieux riches est de s'y balader avec une fille de vingt ans au bras - j'arrive au casino avec deux heures d'avance, et c'est à peu près à ce moment que ma bonne humeur s'éteint. Les nuages se pointent à l'horizon. D'ici peut, il pleuvra des cordes. Tout le reste de la journée ne sera qu'une longue et douloureuse souffrance de tous les instants.

A l'accueil, l'incompétence des employés italiens de PokerStars, débordés devant une file d'attente d'une dizaine de journalistes, me fait attendre une bonne vingtaine de minutes sans aucun résultat, jusqu'à ce que je croise Hilda, qui me sauve la vie en me donnant immédiatement mon badge. La salle de presse est petite et encombrée : la promiscuité est de mise autour des petites tables en bois installée pour les 70 et quelques représentants des médias. Comme j'allais rapidement m'en rendre compte, à ma grande frustration, PokerStars est loin d'avoir effectué le ménage que j'espérais. Tandis que mon pote Maanu de Poker770 s'est fait refuser son accréditation pour des raisons qui restent floues, la ribambelle de pseudo-journalistes est toujours là en nombre, incompétents et pour la plupart ignorants des règles élémentaires de comportement durant un tournoi (et vas-y que je prends des photos avec flash à la tronche des joueurs, que je crie et tape dans les mains quand mon pote a gagné un pot, que je bouscule sans ménagement les collègues pour accourir à une table, etc) Et tout ça pour au final publier un travail d'une insondable pauvreté, avec un vocabulaire ne dépassant pas les 50 mots.

On se rend compte très vite que ce n'est pas la connection internet de la salle de presse qui va sauver la journée. Ce n'est pas tant la lenteur de la connection qui pose problème, mais surtout qu'elle ne fonctionne que par intermittence. Je dois rafraîchir les pages 50 fois en moyenne pour arriver à quelque chose. Et comme je suis du genre à poster une cinquantaine de news par jour, vous imaginez la frustration. En plus, un bug bizarre fait que j'ai des difficultés à accéder au serveur Winamax pour télécharger les photos et publier les articles. Je crois que c'est du à la loi italienne concernant les jeux en ligne, mise en application il y a quelques mois (et auxquelles la loi française va beaucoup ressembler). Tous les sites de jeux n'ayant pas demandé de licence en Italie – dont Winamax - sont bloqués (Bizarrement, si le logiciel est DEJA installé, tout marche sans problème : j'ai testé Winamax, Full Tilt et PokerStars, et ai pu lancer des tables en toute tranquillité)

Bref, je perds un temps précieux avec toutes ces difficultés techniques, ce qui ne pouvait arriver à un pire moment car à l'intérieur de la salle du tournoi, c'est l'effervescence. Le poker italien est en plein boom (peut-être que l'ouverture du marché en France aura du bon, après tout), et ce sont pas moins de 444 joueurs du cru qui vont prendre le départ de l'épreuve, un départ comme d'habitude étalé sur deux jours. Au total, 1,178 joueurs se sont inscrits, formant le plus gros EPT jamais organisé, si l'on excepte celui des Bahamas en janvier. Presque 600 joueurs sont au départ de chaque journée, dont une cinquantaine de joueurs français. Trois salles remplies à craquer, ne laissant que peu d'espace entre les tables, provoquant d'innombrables bousculades entre collègues, croupiers, superviseurs, joueurs, touristes qui passent par là. Le casino, bien qu'il soit relativement vaste, est clairement trop petit pour accueillir un tournoi de cette envergure. Un problème de plus en plus préoccupant, surtout en Europe (cf les casinos de Londres, Barcelone, Varsovie...) Le futur des tournois de poker de grande envergure réside dans les salles de conventions et spectacles.

En résumé : ce périple de quatre semaines commence bien. Trois jours de pétage de plomb permanent. J'ai l'impression d'être là depuis une éternité. Et ce n'est pas fini. La quatrième journée du tournoi va commencer aujourd'hui mardi. Ils ne sont plus que 125, et l'on va bientôt entrer dans l'argent. Parmi les français, Arnaud Mattern et Alexia Portal représentent le Team Winamax. Arnaud est au top-niveau, et je croise les doigts pour qu'il puisse continuer son parcours jusqu'en table télévisée (ce serait la première de sa carrière) Une vraie star est encore en course parmi les tricolores : Bruno Lopes, plus connu sous le pseudonyme de Kool Shen, joviale moitié du duo NTM et vrai fan de poker. J'aimerais bien l'avoir au micro de l'EPT live cette semaine où à Monte Carlo.

Pendant ce temps, à Las Vegas, la finale du World Poker Tour bat son plein au Bellagio. Pour la deuxième année consécutive, les chiffres de la participation sont en baisse. Si, de notre côté de l'Atlantique, on a pas de mal à trouver 1,000 pékins pour disputer un tournoi à 5,000 euros, là bas ils ont peiné pour arriver à 350 joueurs. Il faut dire que c'est l'un des tournois les plus chers du circuit, à 25,000 dollars l'entrée. Les joueurs récréatifs ont réduit leur budget, les satellites ont tourné à un rythme plus lent que les années précédentes, les side-events n'ont pas attiré grand monde. Résultat, seuls les joueurs avec les plus grosses bankrolls sont présents, donnant un field extraordinaire. J'ai couvert la finale du WPT en 2007 et 2008, et c'est un crève coeur que de ne pouvoir y être cette année. Je me console en lisant le magnifique reportage de mes amis Ed et Marty sur PokerListings.

Un chouette type qui s'en va, frappé sans crier gare par la maladie à 28 ans : repose en paix, Justin Shronk. Ton humour pince sans rire va nous manquer aux WSOP.

3 commentaires:

Eiffel a dit…

Excellente news !

je me permettrai une petite remarque, car il semble que tu sois quelqu'un qui attache de l'importance à l'écriture : en français, il faut écrire "connexion"

Node a dit…

Je me permettrai aussi une petite remarque: Pinaise il en faut du courage pour bosser dans ces conditions. Merci pour tout, autant sur WAM qu'ici, je me réjouis de t'écouter cet après-midi.

JOYsoon a dit…

Et ben , c'était un véritable chemin de croix cet EPT !

J'ai regardé en direct et le comportement de la faune autour des joueurs m'a super énervée , du grand n'importe quoi !