mardi 10 mars 2009

No Way Down

Dortmund. 00h25. J'avais oublié à quel point les chambres du NH Hotel étaient spacieuses. Je suis installé dans un suite, en fait. Une chambre d'un côté, une large salle de bain, et de l'autre côté, un salon, avec deux canapés, une table, un bureau, un bar, et même une cuisine. J'écoute les Fleet Foxes en regardant le dernier High Stakes Poker. A l'étage du dessus, Yuestud a défié un mec du ClubPoker en « HU4ROLZ » sur Winamax (2,000$ en 10/20 NL), mais il semblerait que le mec en question se soit dégonflé. Pffrt. Junior est dans son lit en train de regarder un épisode de Mad Men sur son Mac. Il est devenu accro à cette série suite à mes recommandations. Je suis très exigeant en matière de séries, la plupart me passent au dessus de la tête, en gros si c'est pas parfait en tous points (genre The Wire, encore et toujours), j'aime pas et je lâche l'affaire rapidement. Et Mad Men, j'aime bien. C'est un auteur des Sopranos qui est derrière la série, ceci expliquant cela (mon intérêt, et la qualité du machin).

Un bus, un taxi, un train, un avion, un monorail, encore un train : j'ai passé ma journée en transit, épuisant pratiquement l'intégralité des moyens de transports mis à la disposition de l'être humain moderne, tout ça pour me retrouver au milieu de nulle part en Allemagne. Bad beat. Enfin, au milieu de nulle part, pas tant que ça, quand même. Je commence à connaître le coin. C'est la troisième fois en trois ans que je brave les à priori pour me terrer au fin fond de la Ruhr, au cœur de la forêt Hohensyburg de Westphalie (des appellations qui font rêver, hein ?) Hé bien, que l'on ne se fie pas à l'emballage : c'est à Dortmund que j'ai vécu quelques uns des meilleurs moments de ma carrière dans le monde du poker. C'est l'étape EPT la moins sexy du circuit, mais pas celle où l'on s'amuse le moins.

Les étapes EPT... Ça été le sujet de discussion durant le trajet en train entre Dusseldorf et Dortmund, avec Kirsty, l'assistante de John Duthie. D'après ce que j'ai compris, l'expansion sera de mise à l'European Poker Tour pour la saison 2009/2010 : il devrait avoir plus de douze étapes au programme. Moscou est confirmée pour ouvrir la saison en août (j'en salive déjà). Des pourparlers sont en cours avec des casinos portugais (Estoril, entre autres). Çà cherche du côté du Maroc, et en Suisse aussi. Vienne va peut-être revenir au programme, mais pas Budapest (l'entente n'a pas été parfaite entre le casino et l'EPT) Une étape en Croatie pourrait être crée pour compenser la perte de la Hongrie. Et il n'y a pas de raison de penser que Deauville ne sera pas au rendez-vous. Le programme officiel sera publié dans un peu plus d'un mois, durant la Grande Finale à Monte Carlo. Ceci dit, je ne pense pas qu'il sera définitif, vu que des dates nouvelles sont toujours rajoutées en cours de route. Quoi qu'il en soit, je me réjouis d'avance du futur visage du circuit pro européen, avec un EPT qui cherche à se renouveler tout en continuant de s'étendre, et un WPT sur le rebond qui va s'installer à Venise et à Marrakech. Des nouvelles destinations, je ne demande rien de mieux pour renouveler l'intérêt des confrontations à tapis préflop entre As-Roi et une paire de Dames.

Diantre, il s'en est passé des choses dans le monde du poker, ces quatre dernières semaines... Tom « Durrr » Dwan a démarré son titanesque combat contre Patrick Antonius, et c'est le truc le plus intéressant qui s'est produit dans l'univers du poker en ligne depuis des lustres. 50,000 mains sont prévues, jouées simultanément sur quatre tables de Pot Limit Omaha à 200/400. Les forums ne parlent que de ça, les discussions sont enflammées, les sites de news couvrent jour après jour les pots à 300,000 dollars entre les deux monstres sacrés : la sauce a pris de manière phénoménale, sans que Full Tilt ne fasse aucun effort de marketing derrière. Parce qu'il n'y en avait pas besoin : pour une fois, on est en face de quelque chose de vraiment passionnant, infiniment plus accrocheur que les sempiternels tournois hebdomadaires du dimanche à l'intérêt usé jusqu'à la corde. Ici, tous les ingrédients sont réunis : on a deux joueurs exceptionnels, qui s'affrontent pour des sommes inimaginables, avec une issue loin d'être fixée à l'avance. Du pur poker.

A l'opposé de ce duel basé entièrement sur le talent et la technique se déroulait la semaine dernière le gros tournoi de heads-up à Las Vegas, un tournoi sur invitation réunissant les meilleurs joueurs du monde et/ou les joueurs les plus médiatiques du circuit. Une compétition crapshoot à la structure très rapide, où la chance et la capacité à gagner des coups de pile ou face comptaient plus que le talent pur. J'aurais aimé y être quand même. D'habitude, je ne suis pas fan des tournois sur invitation : le casting qu'on y réunit fait la part belle a des personnalités surestimées, des bons clients pour la télé, éclipsant des joueurs bien meilleurs mais pas aussi doués pour se « vendre » et occuper le devant de la scène. Je préfère les tournois « open » où chacun à sa chance, quitte à ce qu'on se retrouve parfois (souvent) avec des tables finales composées de joueurs inconnus et/ou moyens. Mais là, force est de constater que l'ensemble avait de la gueule. Le tournoi fut rempli de dramaturgie et de suspense. Michael Craig, assurément l'un des écrivains les plus talentueux à s'être jamais intéressé au poker était sur place. L'auteur de The Banker, The Professor and The Suicide King possède un vrai œil pour ce qui se passe autour de lui, et son reportage au Caesar's est l'un des meilleurs que j'ai eu l'occasion de lire ces derniers temps. Quand je serai grand, je veux écrire comme Michael Craig. Ça se passe sur le blog de Full Tilt Poker, et c'est une lecture chaudement conseillée, donc.

En France, les pouvoirs publics ont rendu public le projet de loi concernant l'ouverture à la concurrence du marché des jeux en ligne, et je n'ai absolument aucune envie de m'étendre là dessus. C'est une de ces situations où, comme je n'ai rien à dire de gentil, je préfère me taire. Une ouverture contrôlée... Le mot le plus important étant bien sur « contrôlée », car en bien des aspects, c'est plutôt d'une fermeture que l'on voit poindre à l'horizon pour notre univers du poker virtuel. Ah, mais j'ai dit que j'allais me taire, alors allez plutôt lire les dizaines d'articles qui ont été consacrés au sujet ces derniers jours, que ce soit dans la presse poker ou généraliste. Et en particulier celui de Cyril Fievet sur MadeInPoker, dont je partage la plupart des points de vue (soit dit en passant, je suis assez fan de la nouvelle version de MIP, qui à tout le potentiel de devenir la plate-forme numéro 1 d'informations poker en français)

Il y a eu aussi, encore et toujours, Winamax, dont l'équipe pro a continué de faire parler d'elle, en particulier le week-end dernier : Michel a gagné un tournoi en ligne, Ludo a fait de même à Toulouse au casino Barrière, tandis que Manub et Nico se retrouvaient tous les deux en finale du Paris Open of Poker à l'Aviation Club de France. Avec six pros au départ de l'étape allemande de l'EPT cette semaine, j'espère que l'on aura encore de nouvelles occasions de vibrer.

Je fais une petite apparition dans un reportage consacré au poker... Loic, le journaliste, m'avait intérrogé durant l'étape parisienne du France Poker Tour en décembre dernier. Je n'ai pas encore eu le temps de le regarder, (ma connection Internet à Londres est minable ces temps-ci, il y a un problème sur la ligne, je crois), donc je n'ai aucune idée de l'interet du truc mais les réactions sur les forums sont positives. C'est par ici.

Très vite, le mois de février a fait place à mars, sans que l'on ait eu trop le temps de s'en rendre compte. L'année a été chargée jusqu'à présent. Là, tout de suite, avec un seul tournoi au programme pour le mois, on est dans un creux, une mini-pause, avant que la machine ne se remette en marche à toute vitesse : les mois d'avril et de mai vont être absolument frénétiques, avec la dernière ligne droite de l'EPT (San Remo, Monte Carlo), l'Irish Open, le WPT de Venise, le Grand Prix de Paris... Et ça, ce n'est rien à côté que ce qui nous attend tous dès la fin du mois de mai : le grand pèlerinage annuel à Vegas pour les World Series of Poker, qui fêtent leur quarantième anniversaire. Je ne sais pas si cette perspective doit me réjouir au plus haut point, ou me déprimer profondément. On s'en fout. J'ai été de bonne humeur, ces derniers temps.

1 commentaire:

maxime a dit…

Ton blog est juste génial, je l'ai découvert il y a 2 jours et j'ai passé mon après midi à le lire.
Merci BENJOOOOO pour ce blog et pour les ept live que je ne rate jamais