lundi 2 février 2009

Tournament Reporting 101

La vache, c'est quelque chose, ces pilules anti-douleur. Je n'étais pas trop sur de leur effet réel hier soir en rentrant de chez Jennifer, après un détour de trois heures par le Chelsea & Westminster Hospital... Mais aujourd'hui, je sais. J'ai dormi comme un bébé pendant plus de dix heures. Au réveil, petit dej', une autre pilule, et retour au lit pour cinq heures supplémentaires, complètement sonné. Je m'extirpe péniblement du lit vers vingt heures, encore comateux. Gab est en train de s'exciter devant ses six tables de cash-game, je regarde par la fenêtre de sa chambre : il neige sans interruption depuis le milieu de l'après-midi, et la rue déserte est recouverte d'une épaisse couverture blanche. Je souris comme un gamin, c'est Noël après l'heure. Johny débarque, il est excité et saute partout en criant « yahou ». Comme un con, je crois que c'est à cause de la neige : non non, il vient juste de gagner 40,000 dollars en 50/100 sur Winamax contre, je cite, « un débile », comme d'habitude, quoi.



J'ai retrouvé une certaine liberté de mouvements depuis hier. Je dois faire attention, j'ai encore assez mal, mais pas assez pour m'empêcher d'aller bosser demain, je le crains. Les toubibs ont été assez amusés (et effrayés) par cette étonnante faculté que j'ai de pouvoir disloquer à loisir mon épaule droite – en gros, quand je lève le coude, j'arrive à déplacer mon épaule vers mon dos à un angle humainement impossible (je ne sais pas d'où ce super-pouvoir est venu, et je ne m'étais jamais vraiment rendu compte que cela sort de l'ordinaire jusqu'à ce que j'étire en public – expressions horrifiées garanties). Ils m'ont conseillé d'éviter de le faire trop souvent, car cette petite fantaisie a surement à voir avec mes troubles actuels. Bref, Il faut que j'aille voir un spécialiste le plus rapidement possible.

Bon, où en étais-je, avant que le train de me pensées ne soit brutalement interrompu hier ? Ah oui, Deauville... Poursuivons. En gros, il y a deux manières d'aborder la couverture d'un tournoi de poker :

1/ « Tout à fond » : c'est l'approche du sprinter. On enfile des chaussures de course, et on fonce toute la journée. A toute vitesse, on essaie de choper et publier le maximum d'infos. On rédige des news courtes avant de retourner aussitôt dans la salle du tournoi, et on recommence. C'est plus ou moins la méthode que j'ai suivi à Deauville. J'étais bien obligé, avec la présence presque au complet du Team Winamax et de nombreuses têtes de séries françaises. C'est la méthode généralement suivie par des sites tels que PokerNews ou CardPlayer. Avantage de cette méthode : on publie beaucoup de contenu, et on garde le public rassasié en permanence. Les lecteurs sont tenus au courant des progrès des joueurs stars heure par heure. Inconvénient : on publie du contenu de mauvaise qualité. On ne comprend pas bien ce qui se passe, trop occupé qu'on est à collecter un maximum de coin-flip AK contre QQ et autres interminables listes de chip-counts. Aussi, on déplore une certaine impression de vacuité, comme au sortir d'un McDo.

2/ Autre approche : « sit back, relax and observe ». Ici, on adopte plus la posture du marathonien. On sait que le tournoi va durer plusieurs jours (trois, quatre, cinq, voire plus). Rien ne sert de courir, il faut partir à point. Au lieu de foncer partout, on prend le temps d'observer, de se glisser dans l'ambiance d'une table. On recherche la qualité au lieu de la quantité. On recherche quelques coups clés plus intéressants que la moyenne. Une fois revenu en salle de presse, on prend son temps pour rédiger, et essayer de tirer la moelle substantielle de ce qu'on vient de voir. On publie des tranches de vie pokériennes, plutôt que des résumés bruts de mains. C'est l'approche que suivent les bloggeurs de PokerStars durant les premiers jours du tournoi (avant de passer à une couverture plus « live » durant la finale ). Le marathonien ne va pas publier autant que le sprinteur, mais ses écrits seront de meilleure qualité. Le marathonien ne sera pas au plus près de l'info en permanence, mais est-ce vraiment possible, après tout ? Avantage de cette méthode : le reportage ainsi produit ne sera pas périmé trois jours plus tard, et l'on pourra encore le consulter plusieurs mois après la conclusion de l'épreuve. (il m'arrive encore de relire les incroyables coverages de feu-Gutshot réalisés aux WSOP). Inconvénient : si je ne publie rien pendant plus de vingt minutes, les lecteurs commencent à râler et à me soupçonner d'être parti me rincer la glotte au bar.

Inutile de dire que je préfère la seconde approche... Mais qu'il ne m'est pas possible de la suivre lors de chaque tournoi. Et il ne faut pas pour autant mettre au rencart l'approche du sprinteur. Là, à Deauville, cela me paraissait difficile de travailler autrement qu'à toute vitesse : il y avait beaucoup trop de joueurs à suivre et les développements étaient nombreux et constants tout au long de la journée. Par contre, lors d'un tournoi où peu de joueurs français sont en lice, j'ai déjà plus de place pour m'exprimer. Le mieux, c'est lors des tournois se déroulant sur le continent américain : là, je sais que la plupart de mes lecteurs sont couchés à l'heure où je poste, quand il est 20 heures aux USA, et trois heures du matin en France. Je peux donc me permettre de faire moins d'aller et retours entre la salle de tournoi et mon ordinateur, et prendre le temps de rédiger des articles de meilleure qualité. C'est ce que j'ai pu faire aux Bahamas le mois dernier. C'est pour ça que j'ai hâte de repartir à Vegas pour couvrir les WSOP : loin de me desservir, la règle du « un article par heure » imposée par Harrah's et Bluff Magazine au Rio me permet d'oublier un peu les contraintes liées au direct, et me concentrer plus sur la qualité de l'écriture.

Quand je relate ce problème aux joueurs ou lecteurs, on m'objecte souvent qu'il me suffirait d'embaucher un second reporter qui s'occuperait de courir à ma place pour collecter les chip-counts et surveiller les éliminations, tandis que je me concentrerais sur des articles axés « ambiance ». Le gros problème, me vois-je obligé de rétorquer, l'oeil triste et la mine navrée, c'est qu'il y a une limite au nombre de badges de presse que l'on peut obtenir sur un tournoi donné. Nous sommes déjà au moins trois sur chaque épreuve (moi, le caméraman – Régis, Junior ou Paco – et Yuestud, le Team Manager, dont l'aide m'est d'ailleurs indispensable, avec les textos qu'il m'envoie en flux tendu toute la journée) Difficile de caser un quatrième reporter dans ce tableau. Lors de la plupart des EPT, nous ne disposons que de deux sièges en salle de presse, et aux WSOP, il faut se battre pour recevoir plus de deux accréditations.

Pour l'heure, en attendant l'idée de génie qui mettra fin au dilemme, on en restera donc sur le modèle existant. Et je continuerai d'alterner entre l'approche du sprinteur et du marathonien, selon les exigences de l'actualité...

C'est marrant, mais la question qui est revenue le plus souvent à Deauville, de la part d'amis ou d'inconnus rencontrés par hasard, c'est « tu en es où avec tes problèmes domestiques londoniens ? » Parbleu ! Il est vrai que j'avais oublié de vous raconter l'épilogue du feuilleton. J'ai finalement pour réaménager pour de bon, juste avant Noêl, en rentrant de la finale du France Poker Tour. L'intérieur de mes placards était couvert d'une fine couche de poussière, malgré les adhésifs appliqués sur les contours par les ouvriers : j'ai du passé l'intégralité de ma garde-robe au lave-linge. Mais à part ça, tout est rentré dans l'ordre. Moquette toute neuve au premier étage... Peinture fraîche sur les murs tout neufs... Et une tuyauterie remise à niveau. Pour tout nos tracas subis pendant presque trois mois, le proprio ne nous a accordé que deux semaines de loyer, et 4% de réduction sur l'année 2009 en guise de compensation. Assez scandaleux, mais on n'en espérait pas beaucoup plus. On a tous signé le bail pour une année de plus, sauf Arnaud, parti pour une nouvelle colloc' avec Yuestud et des collègues de Winamax. On a donc une chambre de disponible, si cela intéresse quelqu'un... Contactez moi par mail.

Les deux prochains mois vont être assez calmes, niveau voyages. Seulement deux étapes EPT sont au programme en février et mars, et je ne suis même pas certain de les couvrir. Cela dépendra essentiellement de la motivation du Team Winamax à s'en rendre. Pour l'instant, il n'y a que peu de candidats pour participer à Copenhague, et Dortmund ne risque pas d'attirer les foules non plus. On verra bien. En attendant mon tournoi à moi, ce week-end à Dublin, je me replonge dans la vie Londonienne. J'ai fait faire le tour de la ville à un pote de passage la semaine dernière. On a remonté la Tamise depuis le pont de Chelsea, où se trouve la fameuse Battersea Power Station qui a servi de pochette à un album des Pink Floyd (j'habite à cinq minutes de là) On est passé par par le Tate Museum, puis on est arrvé à l'abbaye de Westminster. On a pris un ticket pour le London Eye, histoire d'admirer la vue de la capitale à 135 mètres d'altitude. Et après, des restos, plein, un détour obligé par le marché de Camden Town, et la librairie Waterstones sur Picadilly (sept étages de bonheur), et voilà. J'ai envie de sortir un peu de Londres et voir le reste du Royaume-Uni... J'ai des amis un peu partout. Rod à Brighton, Chris à Leeds, les écossais de SikTilt à Edinburgh... Mais pour l'heure, il est temps de s'affaler sur le canapé pour regarder l'interminable grand-messe du Superbowl. Malgré les efforts de Pauly à m'expliquer les rudiments de la discipline dans les bars de New York durant les play-offs, je ne comprends rien au football américain. Mais on s'en fout : on a six litres de bières au frigo, des pizzas qui devraient arriver dans une demi-heure, et Bruce Springsteen à la mi-temps. Game is on !

3 commentaires:

Node a dit…

Excellent Benjo, merci et bon rétablissement... J'espère qu'on aura sur wam un coverage à Dublin... de ta table finale, fait par Michel Abecassis... GL

Moustak a dit…

Toujours hyper addicted à tes écrits cher Benjo !

Ce fameux superbowl, où il y a des fautes que je pige pas du tout, nous a offert un beau suspense, alors avec tes bières dans le nez l'ambiance devait être bonne !

Keep going Benjo !

Thomas-Louis a dit…

J'espère que tu vas te remettre vite, ne te démembres pas, on a besoin de toi !
Je viens de m'enfiler ton blog depuis le début et c'est super intéressant et plutôt bien écrit je trouve (si si !) et surtout bien marrant (C'est pas du grand journalisme c'est sûr mais les recherches google avec tes petits commentaires c'est hilarant !)

J'espère que j'aurais encore l'occasion de beaucoup te lire.

Bon repos!