mardi 17 février 2009

Copenhague

Bon, assez des posts en anglais que personne ne comprend, on reprend dans la langue maternelle pour un de ces articles vite torchés, bien baclés rédigés en vitesse le matin du tournoi. Je suis arrivé en capitale danoise. Copenhague... une ville que j'avais pas trop aimé l'année dernière. Je n'étais pas sorti de l'hôtel et avais passé la semaine à couvrir l'EPT le plus chiant de tous les temps. Voyons s'il va en être autrement cette fois-ci.

J'ai quitté Clapham à l'aube lundi pour me rendre à l'aéroport de London City, un aéroport très facile d'accès puisque, comme son nom l'indique, il est situé au beau milieu de la ville, sur les rives de la Tamise à l'est de Londres. Un changement de métro et quarante-cinq minutes me suffisent pour arriver au bâtiment. Ah, si tous mes voyages en avion pouvaient se dérouler de manière aussi fluide... Il n'y a pas plus pratique, comme aéroport. Le comptoir d'enregistrement se trouve à deux minutes de marche de la sortie du métro (avec un Starbucks entre les deux, parfait), le passage à la fouille est expédié en cinq minutes, et la porte d'embarquement vous attend juste derrière, au bout d'un petit couloir. Dans le sas, je retrouve une partie du gang londonien de PokerStars : Simon, l'ex-journaliste du tabloid The Sun devenu responsable des bloggeurs PS, Neil le photographe, et Marc, l'assistant de Madeleine. Je ne suis pas trop rassuré en voyant l'engin censé nous emmener jusqu'au Danemark : un coucou à hélice, comme dans le bon vieux temps, pouvant contenir à peine cinquante passagers. Mais les deux heures de vol se passent sans problème et l'on atterrit à bon (aéro)port en début d'après-midi.

Arrivé à Copenhague, il neige. On partage un court trajet en taxi jusqu'à l'hôtel, le Radisson SAS Scandinavia. Il y a trois hôtels Radisson à Copenhague, et contrairement à l'année dernière, j'ai réservé le bon. A part que le mec derrière le comptoir d'accueil ne trouve pas ma réservation,et je suis obligé d'attendre deux heures dans le couloir pour l'arrivée de Yuestud. J'en profite pour manger un club sandwich avec Neil, observant depuis le bar le débarquement des joueurs scandinaves : Annette, Johnny Lodden, Thor Hansen, William Thorson... Je croise aussi Rémy Biéchel et Alain Roy, quelques un des rares français ayant fait le déplacement pour oser s'afrronter à ce qui sera l'un des tournois les plus difficile de l'année.

Yuestud arrive enfin, et l'on s'installe au onzième étage... L'étage fumeur, bien sur, et à en croire l'odeur exotique qui flotte dans le couloir, Snoop Dog et son entourage ont investi les chambres qui jouxtent la notre. Ou alors, il s'agissait de William Thorsson, option plus crédible. A peine le temps de poser les bagages que mon compagnon de chambre, émoustillé par les vapeurs ambiantes, me demande si je veux aller à Cristiana.

On retrouve Junior en bas, et il fait déjà nuit quand le taxi nous dépose devant ce quartier mythique, partiellement indépendant du gouvernement danois depuis 1971, date à laquelle une communauté de hippies ont pris possession des trente-quatre hectares de terrain de terrain militaire abandonné, proclamant la zone libre pour protester contre le prix des loyers. Un endroit comme il n'en existe peu au monde. Une fois entré dans Cristiana, on quitte le monde civilisé pour plonger dans un mélange post-apocalyptique de Mad Max et Fallout. Les rares voitures sont pour la plupart des carcasses abandonnées sur les trottoirs, et des groupes d'autochtones sont rassemblés autour de feux entretenus dans des bidons. Environ 600 habitants vivent encore le rêve hippie à Cristiana, artistes, marginaux, chômeurs, écolos et partisans de l'auto-gestion en tout genre, comme va me l'expliquer un habitant au comptoir d'une des tavernes de la communauté, un baraquement en bois servant de repaire à la faune locale. Je paie une bière (locale, la Cristiana, bière bio comme il se doit) à mon interlocuteur, un baba-cool de la première heure, un vrai de vrai, un rescapé, barbe et longs cheveux roux tombant sur les épaules, habitant à Cristiana depuis sa fondation, officiant aux poste de masseur expert en yoga. Il parle un français excellent : « J'ai travaillé dans une coopérative agricole bretonne dans les années 70 » On s'en serait douté. Apparemment, le rêve hippie a vécu auprès du gouvernement danois, qui cherche coute que coute à se rapproprier les terres accordées aux anars : « c'est juste une histoire d'argent... Copenhague est une grande ville, maintenant, et il y aurait beaucoup de blé à se faire en construisant des appartements ici pour les jeunes bourgeois de la capitale. » Autre motivation des pouvoirs publics à jeter dehors les babas : la drogue. Jusqu'en 2004, la consommation et la vente de cannabis était tolérée par les autorités. Depuis, la politique du gouvernement s'est durcie, les stands en plein air ont disparu, et le pouvoir aimerait mettre définitivement fin à la présence de drogue au sein des murs de la cité. Les flics, auparavant persona non grata dans Cristiana, font désormais des patrouilles régulières dans les rues, au grand chagrin des anciens, qui reconnaissent quand même que les poulets sont utiles pour chasser les dealers de drogues dures. Enfin, tout ça, c'est en théorie, car le soir de notre visite, les fumeurs de pétards étaient légion, à tous les coins de rue, en fait. J'ai vu un vieux baba de 70 ans allumer un joint gros comme le micro de la caméra de Junior. Et ça n'a pris que cinq minutes à Yuestud pour dégotter du shit grâce aux tuyaux de Momo, un tunisien sympa rencontré par hasard. Momo, il habite pas à l'intérieur de Cristiana, mais il bosse pour la chaine de télé officielle de la cité, il connait tout le monde, il nous fait faire le tour du propriétaire. Momo, c'est un moulin à paroles, et pendant deux heures on va pas réussir à décrocher un mot, tellement qu'il parle à toute vitesse, racontant ce qui m'a semblé être mille et une anecdotes à propos de ses voyages aux quatre coins du monde.

Le puissant haschich de Momo a déjà plus que fait effet quand je débarque à la sauterie d'avant tournoi en compagnie de Mad, Marc, Rod et Marty. Au programme : open-bar et cérémonie de remise des trophées du poker scandinave – les boissons gratuites étant une condition sine qua non pour que quiconque ait envie d'assister à cette barbante séance d'auto-congratulations corporatistes. J'ai la tête qui tourne. Je picole gentiment en disant bonjour aux gens que je n'ai pas vu depuis le dernier tournoi (c'était il y a pas très longtemps donc on a pas grand chose à se dire, mais de toute façon je n'ai jamais grand chose à dire quand j'ai trop fumé), puis Kara Scott monte sur scène et la remise des statuettes peut commencer. La cérémonie sera vite expédiée. D'abord, un type qui n'est pas Patrik Antonius monte sur le podium pour recevoir le trophée du joueur live de l'année à la place de Patrik Antonius, le finlandais n'ayant pu se rendre à la cérémonie, trop occupé qu'il est à s'occuper de sa jeune famille. Ensuite, Johnny Lodden remet à Ilari Sahamies la récompense de joueur online de l'année. Le fameux « Zigmund » accepte le prix en expliquant qu'il ne comprend rien au poker. Une fille avec des seins énormes dont je n'ai jamais entendu parler se casse la gueule en montant sur le podium, avant de recevoir des mains de Gus Hansen le trophée de joueuse scandinave de l'année. Gus Hansen revient sur scène deux minutes après pour préciser qu'il « attend Zigmund sur Full Tilt d'ici une heure et demie. » Le champion du monde Peter Eastgate reçoit non pas un, mais deux trophées : révélation de l'année, et meilleure performance de l'année. Pour lui remettre le second prix, Annette déchire l'enveloppe sans même l'ouvrir, en disant un truc du genre « toute façon, on sait très bien qui ça va être. » On demande à Eastgate comment il compte faire mieux qu'en 2008 cette année. Réponse du tac au tac : « Je vais faire comme Johnny Lodden, et commencer à perdre. » Rires jaunes dans l'assistance, mi-amusée, mi-gênée. C'est fini.

J'ai eu ma dose de sociabilité pour la soirée, alors je rentre à l'hôtel avec Madeleine, et elle passe les deux heures suivantes à essayer de m'apprendre à prononcer correctement le mot « beginner ». Rien à faire, je suis trop défoncé et je n'y arrive pas. Mais après, qu'est-ce que j'ai bien dormi.

Départ de l'étape scandinave de l'European Poker Tour aujourd'hui mardi à 14 heures. Après les très chargées étapes de Deauville (300 joueurs français) et Dublin (30 qualifiés Winamax), ce tournoi s'annonce comme une promenade de santé, avec seulement six joueurs W à suivre (deux pros du Team, trois qualifiés et un gagnant du France Poker Tour) et une poignée d'autres français de renoms. J'aime bien quand le rythme se ralentit un peu. On va pouvoir prendre le temps de regarder ce qu'il se passe, essayer de faire de la belle ouvrage, travailler doucement, bref, tout comme j'aime.

5 commentaires:

romain a dit…

Benjo,

comme d'habitude, je me suis regalé.

allez profite un peu, pose tes écrits, délecte nous !

Bret a dit…

Bravo, cher disciple.
Tout y est ou presque: argent, sexe, drogue...il ne manque que le rock'n roll !
Keep up the good run

ManuB a dit…

Best. Blog. Ever.

Je relis tout ce que j'ai raté, c'est du bonheur en barre, merci Benjo.

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ManuB

Anonyme a dit…

" Une fille avec des seins énormes dont je n'ai jamais entendu parler se casse la gueule en montant sur le podium, avant de recevoir des mains de Gus Hansen le trophée de joueuse scandinave de l'année."

Quel talent de narrateur, on s'y croirait (lol)!!!

Pedro Pok

Anonyme a dit…

le message Remarquable ejaculation precoce