samedi 25 octobre 2008

benjo cocaine las vegas

Allez, ça faisait longtemps, c'est rigolo et ça remplit le blog pour pas cher : voici un petit best-of des recherches Google les plus débiles. Parmi les 100,000 visiteurs du blog depuis 1 an, certains barjots ont tapé les mots clés suivants pour le trouver :

rencontre sans lendemain las vegas gratuit [y'a moyen de baiser sans payer ?]
joueur de poker français aux cheveux roses [oranges, ça te va ?]
winamax room douteuse [allons, allons]
combien coute une pute à las vegas [entre 25 et 25,000 dollars, selon ce que vous recherchez]
les plus gros culs de norvégiennes [euh... Annette ?]
y'a t-il un site moins pourri que Everest poker
Un forum francophone consacré aux filles de joies, bordels, salons de massage et autres lieux de prostitution, partout dans le monde [j'en connais pour qui ce genre de site pourrait être utile, envoyez les adresses]
comment trouver une prostitué a las vegas [c'est nettement plus facile que de baiser sans payer]
la video de paris hilton se faisant baise par un black dans une chambre d hotel [bientot en vente dans toutes les bonnes cremeries]
je baise des putes a las vegas et ca me coute une tonne [rassure toi, t'es pas le seul]
ma mère couche avec mon pote [sympa, ton pote]
boulangere dénudée [j'en ai trouvé une par là]
claude cohen prison poker
David Benyamine déprime [riche, celèbre et fiancé à un mannequin, c'est vrai qu'il y a de quoi être au fond du trou]
recits cocu ma femme et ses colegues de bureau dans notre maison [on s'amuse bien, chez toi]
visiter la maison de David Benyamine à Las Vegas [en effet, c'était possible quand il était broke, ca arrondissait les fins de mois]
bruno fitoussi énervant
benjo cocaine las vegas [jamais pendant le boulot]
Hansen baise Mercier
je saute toujours avant la finale [Johnny Lodden, est-ce toi ?]
isabelle mercier moi aussi je la baise sans rebuy [hmmm je sais pas si c'est une bonne stratégie de le jouer en freezeout]

mardi 21 octobre 2008

You can't go home again

12h56. Sur l'autoroute quelque part entre Toulouse et Barcelone. C'est la deuxième fois en une semaine que je me retrouve à parcourir un trajet interminable en taxi. On nous a refusé la location d'une voiture à l'aéroport de Toulouse, pour tout un tas de raisons diverses et incompréhensibles : ma MasterCard n'est pas passée quand ils ont essayé de débiter une caution de 1,000€, ils ne voulaient pas de ma Maestro (où repose une somme à cinq chiffres, largement suffisant donc, mais le réseau Maestro, c'est de la merde, personne n'en veut pour régler un achat en dehors de l'Angleterre), on ne peut pas payer avec la CB de Cuts sauf s'il s'inscrit comme conducteur principal, mais il a perdu son permis après quelques soirées arrosées qui se sont terminées au poste, on veut payer la caution en liquide, mais c'est pas possible, etc, etc. En prime, la fille derrière le comptoir était d'une amabilité stupéfiante (sic), on aurait dit que ça lui faisait plaisir de pas pouvoir nous aider.


Toulouse - Barcelone en taxi : qui dit mieux ?

Je retourne donc à Barcelone à peine un mois après y avoir couvert l'étape inaugurale de l'EPT. J'aurais du rentrer à Londres après la conclusion du France Poker Tour toulousain, mais comme deux membres du Team Winamax (Cuts et Johny) se rendaient à Barcelone pour disputer le championnat de Heads-up à 2,500 euros, ça valait le coup d'enchaîner directement, vu que j'étais pas trop loin. En fait, ça m'arrange, car j'ai appris hier soir que j'étais officiellement sans domicile fixe.

Je vous explique : le jour de mon départ de Marrakech, vendredi dernier, mon téléphone sonne. Au bout du fil, un Johny catastrophé : une canalisation vient de péter dans notre collocation londonienne. J'entends des bruits de flotte dans le fond, apparemment c'est la merde, l'eau coule depuis l'étage du haut jusqu'aux étages inférieurs. Je trouve le numéro d'un plombier sur Internet, je l'envoie à la rescousse de Johny, et je n'y pense plus trop jusqu'à hier où je reçois un mail de Gab, le colloc italien : « C'est la merde, mon pote. On a du jeter à la poubelle toutes les moquettes de la maison, elles étaient complètement détrempées. Le plombier a du creuser un trou dans ma chambre pour réparer le tuyau. Le premier étage ressemble à une zone sinistrée. Il n'y a pas de chauffage, de gaz ni d'eau chaude pour le moment. » Etc, etc. Je vous passe les détails, vous voyez le tableau, la conséquence principale, c'est que notre maison sera inhabitable pendant au moins un mois et demi, le temps que la maison sèche, que les dégâts soient réparées, que la peinture soit refaite, que des nouvelles moquettes soient posées, et encore d'autres trucs. Ça me rend malade, on accumule les problèmes de canalisations dans cette maison. Des ouvriers sont régulièrement venus ces derniers mois pour faire des réparations, mais à la lumière des événements récents, je me demande ce qu'ils ont foutu, au juste.

Bref, je n'ai pas super envie de retourner à Londres pour le moment. Ca tombe bien, je vais passer les deux prochaines semaines sur la route, continuer avec le rythme de fou que je m'impose depuis maintenant presque deux mois. Après le tournoi de heads-up, je me rends directement à Bruxelles samedi pour le FPT, puis a Budapest le lundi suivant pour l'EPT. Après, il va bien falloir que je repasse au bureau un peu, j'imagine que je vais squatter chez Jen, Snoopy et Dana à Hampstead, comme au bon vieux temps. Mais je vais vite devoir repartir pour d'autres étapes... Le Master Classics d'Amsterdam... Le France Poker à Genève, Lyon, Paris... L'EPT de Varsovie... Et que sais-je encore. Bientôt, il y aura assez de tournois à couvrir pour ne plus jamais avoir à rentrer chez soi, ca réglera une bonne fois pour toutes les problèmes de canalisations.

Sinon, pas grand chose à raconter sur mon séjour à Marrakech... J'avais pas mal de jours de repos à rattraper, après six semaines passées grosso modo à travailler tous les jours. J'en donc ai profité pour suivre Antony, Cuts et Tallix au Maroc entre les étapes FPT de Marseille et Toulouse. En fait, j'ai plus ou moins passé les quatre jours à dormir toute la journée et toute la nuit, pendant qu'eux passaient la journée et la nuit à disputer une très grosse partie de cash-game contre des pigeons parisiens, corses, marocains, algériens, tunisiens... Les enchères sont montées jusqu'à 100/200 euros avec une option quasi-obligée de 400 euros. Cuts a pris une tonne, Tallix a été malchanceux, et Antony a rattrappé ses pertes en remportant un des tournois organisés en parallèle (pour un premier prix de 50,000 euros) Il y avait des tas de joueurs parisiens, on se serait cru à l'ACF, et je ne dis pas ça en bien, car ils me fatiguent un peu, ces joueurs parigots, avec leur mauvaise foi caractérisée, leur style de jeu généralement atroce et leur fausse bonne humeur, toujours à se plaindre et raconter des bad-beats. J'ai quand même revu quelques visages avec plaisir, comme Gilles Haddad, exilé à Nantes, quasiment retraité du circuit. [Longue parenthèse : Fabrice Soulier a remporté le tournoi à 5,000€ (bravo !!!1) qui s'est tenu après que je sois parti. Au même moment, son image et son nom ont disparu du site Chili Poker. Un nouveau sponsor à l'horizon ? Qui des deux parties a souhaité mettre fin à la relation ? De bonnes questions qu'un mauvais journaliste comme moi n'a pas posées à Fabrice.]

Princier, le manager de la salle de poker Roger Hairabedian nous offrait la chambre d'hôtel 5 étoiles, mais à condition que l'on joue dans le casino, bien sur. Mes collègues du Team ont bien sur largement rempli cette condition, mais pour moi, la partie la moins chère (10€/20€) représentait cinq fois mon tarif maximal. Je n'avais pas le cœur de demander à mes potes de me sponsoriser, malgré les perspectives de gains alléchantes offertes par le niveau ridiculement bas des joueurs présents. En fait, je crois que j'étais saoulé par l'ambiance : j'étais en vacances et j'avais quand même l'impression d'être au boulot, à revoir les mêmes personnes parlant toujours de la même chose, à entendre le même cliquetis des putains de jetons, alors je me suis retranché dans ma chambre et rattrapé des heures de sommeil, c'est toujours ça de gagné. Le dernier jour, je suis quand même sorti histoire de visiter un peu la vieille ville. Les locaux m'ont vu arriver, je devais surement ressembler à un portefeuille sur pattes, j'ai acheté une montagne de saloperies hors de prix dont je n'ai absolument aucune inutilité. Ceci dit, je suis au point niveaux cadeaux de Noël inutiles pour les membres de ma famille que je n'aime pas. Je plaisante. Bon, j'ai quand même eu la chambre gratuite, malgré n'avoir joué que quinze minutes au total au casino (blackjack à 20 euros la main, en plus j'ai gagné) Merci Roger, donc, t'es un bon.

Après, direction Toulouse, pour le second week-end du FPT. Je n'ai jamais mis les pieds dans la Ville Rose, mais Cuts fut un hôte de qualité. Comme à Marseille, l'épreuve fut un vrai bonheur à couvrir. On a beaucoup trop mangé, et gras en plus, dans des restos magnifiques, en compagnie d'Alexia Portal, Régis, Etienne (un de ses potes du coin), et Arnaud (un pote à Cuts). Comme je l'ai écrit plus haut, Cuts ne dispose plus du précieux papier rose, j'ai donc fait office de chauffeur durant le week-end pour le conduire au Stadium où se déroulait le tournoi (le stade du TFC m'a d'ailleurs beaucoup plus impressionné que le Vélodrome, on dirait Wembley, ça à de la gueule) A cette occasion, j'ai pu constater que la fameuse citation de Cuts « Je roule encore en 205! » imprimée par plusieurs sites après sa seconde place au WPT il y a an n'était pas un effet de manche, mais bel et bien la vérité. Ludovic Lacay a beau être riche et célébre, il roule encore en 205 (quand il a le permis). Et par n'importe quelle 205, non non, une 205 complètement pourrie, plus vieille que lui. Le compteur est arrêté, un phare a pété, il n'y a plus de grille à la boite de vitesse (le manche flotte dans le vide), il faut laisser chauffer dix minutes avant de pouvoir embrayer sans caler, etc. Je me suis amusé comme un petit fou à conduire cette poubelle sur la rocade toulousaine.

Bon, là, j'ai plus beaucoup de batterie, on arrive bientôt, çà va être juste pour commencer le reportage à l'heure, comme d'hab, quoi.


Johny me fait la gueule : on parle de la 205 de Cuts, mais pas de la sienne... (mais si, souvenez-vous, le reportage poker de Zone Interdite en 2006. Aaah, cette arrivée mythique à Deauville, un des moments les plus marquants de l'histoire du poker français, assurément)

lundi 20 octobre 2008

You can go your own way

En ouvrant les yeux samedi matin, j'ai aussitôt senti que quelque chose n'allait pas. « J'ai trop dormi », voilà ce que je me suis dit. J'avais programmé mon téléphone pour me réveiller après deux heures de sommeil. J'aurais du logiquement me sentir comme une merde. Or, là, point de sonnerie me vrillant les oreilles, et je me sentais raisonnablement en forme. J'ai regardé ma montre : neuf heures et quart. Bordel de merde. Mon avion pour Marseille avait décollé depuis quinze minutes.

Panique, mec, panique. Le temps de prendre une douche en vitesse, de me rendre à la gare Victoria, sauter dans un train pour Gatwick, trouver par miracle un billet pour le prochain vol, atterrir à Marseille, poser mes affaires à l'hôtel : il est 18 heures quand j'arrive au Vélodrome. Le Day 1 de la première étape du France Poker Tour est presque terminé : une journée de travail gâchée. Moralité : c'était la première fois que je tentais l'option « arriver sur place le jour même au tournoi », on ne m'y reprendra plus.

A part ça, ce séjour express à Marseille fut des plus agréables. Le France Poker Tour est une épreuve très sympa à couvrir, en fait si on me proposait de couvrir des FPT jusqu'à la fin de ma carrière, je signe tout de suite. Les horaires sont parfaits (14h-20h le premier jour, 14h-18h le lendemain), suivre des amateurs change du train-train des pros : j'adore ces passionnés purs et durs qui crient, rient, pleurent, vibrent pour un tournoi freeroll où l'espoir de gain reste super lointain (onze joueurs sur 400 sont qualifiés pour la finale qui ne paierai elle-même qu'une poignée de places) Ça faisait longtemps que j'avais perdu contact avec le monde du poker amateur (où j'ai mariné pendant pas mal d'année du temps des parties lilloises), c'est rafraichissant de s'y replonger. Pas eu trop le temps de visiter Marseille, par contre, à part un resto sur le Vieux Port avec Anto, Eric Koskas, Bernard Boutboul et leurs épouses respectives. Le dernier resto fumeur de France, je m'en suis rendu compte à la fin du repas, Bernard connaît bien le patron, on a pris nos aises. J'adore Bernard Boutboul.

Le lendemain après la conclusion du FPT phocéen, j'étais dans un avion pour Casablanca en compagnie d'Antony. On s'est pointés à l'aéroport sans billet, on a chatté un vol en dernière minute pour pas trop cher. Anto voulait absolument un vol Air France, ne faisant pas confiance aux autres compagnies. Je me suis tué à lui expliqué que Royal Air Maroc revenait au même (les deux compagnies opèrent le même vol) et il a fini par se laisser convaincre. En vol, j'ai eu le temps d'écouter à la suite Sergent Pepper et l'Album Blanc, mais j'ai arrêté avant la fin (de toute façon, qui écoute Revolution 9 en entier ? Personne) en arrivant à la page 141 de mon bouquin de Chuck Klostermann qui disait que Rumours de Fleetwood Mac est son album préféré des années 70, et accessoirement le plus vendu. Hmm, à mon avis, la majeure partie des ventes s'est faite il y a plus de 20 ans, et aux Etats-Unis, car je n'ai jamais rencontré personne aimant Fleetwood Mac. Tout bon amateur de musique possède des albums qu'il n'a jamais écouté, pour une raison X ou Y, et Rumours est l'un de ceux-là. Enfin, le pire, c'est niveau bouquins : pour un livre que je termine, j'en achète dix. Je peux pas m'empêcher, c'est compulsif. Dans les aéroports, dans les gares, au Waterstones en sortant du bureau, dans les brocantes, j'accumule des tonnes de livres que je n'aurai jamais le temps de lire. Au rythme où ça va, bientôt je ne posséderai que 5% de livres que j'ai réellement lus. Top 5 des livres que je n'ai jamais terminés : Voyage au bout de la nuit, Tropique du Cancer, The Rum Diary (Hunter Thompson), Le Dhalia Noir, et un bouquin sur les banlieues écrit par l'auteur du pamphlet contre les écoles de journalisme, que j'avais adoré. Bref, tout ça pour dire qu'arrivé à la cinquième chanson de l'album, j'avais l'air con, en fait je connais Fleetwood Mac depuis toujours.

Et tandis que je m'égare dans mes considérations sans intérêt, on atterrit à Casablanca. C'est la première fois que je mets les pieds sur le sol africain. Anto négocie avec un taxi le trajet jusque Marrakech pour l'équivalent de 100 euros. Pas cher pour une ballade de presque 300 bornes. On meuble le trajet en discutant de tout et rien, mais surtout de poker (j'apprends notamment qu'Anto a un jour défié Benyamine autour d'une table de... restaurant, et qu'il a bien sur perdu, abdiquant après la deuxième côte de boeuf, tandis que DB, je cite « a fini son dessert tranquillement, sans effort »)

On arrive à Marrakech vers 18 heures, c'est le bordel, cette ville grouille de partout, et je vous raconterai la suite plus tard, parce que j'ai faim et il n'y a rien à manger dans le frigo de Cuts, je vais devoir partir à la recherche d'une épicerie dans son bled perdu.

samedi 11 octobre 2008

Et nous on fait la fête

Jeudi dernier, vers 21 heures, il y a eu une coupure de courant dans la maison. Ça arrive de temps en temps, sauf que là, un coup d'oeil à la fenêtre m'a permis de constater que tout le quartier était concerné. L'instant était assez irréel : quand les lumières se sont éteintes, j'étais en train de regarder les nouvelles à la télé. Un expert nous expliquait qu'on était dans la merde et que ce n'était pas prêt de s'arranger. Gab, notre expert à nous (et trader dans une banque de son état), rentre tous les soirs de plus en plus déprimé. Je ne sais pas s'il plaisantait quand il nous a expliqué que si la crise continuait à empirer, le système entier s'écroulerait et l'argent n'aurait bientôt plus aucune valeur : « On va revenir au Moyen-Age : faites place au troc. » Est-ce que ça va finir en Mad Max ? Note : penser à se procurer des bougies, des boîtes de conserve et des planches à clouer sur les porte-fenêtres. Et surtout, un fusil de chasse et plein de munitions.

Rien à faire, ce n'est pas ma pauvre licence de Sciences Économiques qui va m'aider à comprendre quoi que ce soit au merdier ambiant qui s'agite sur BBC News du matin au soir : je n'entrave que dalle à la crise économique. Cliché éculé déjà entendu 1,000 fois : la finance présente de très, très, très grandes similarités avec le poker. Ah bon ? D'accord. Les banquiers « runnent » sacrément « bad », en ce moment, on dirait. Ou alors peut-être qu'ils jouent très mal. C'est vrai que le style « gamble » entraîne beaucoup de variance. Le gouvernement américain n'arrête pas de recaver en faisant marcher la planche à billets, mais bizarrement, cela ne fait pas augmenter le prize-pool, je crois que c'est rigged. Les Européens emboîtent le pas, on est un peu short-stack, si ça continue on va devoir jouer full bankroll. Si au bout de vingt minutes, vous n'avez pas repéré le pigeon de contribuable à la table, c'est que c'est vous. Impuissants, les politiques manquent de présence à la table, ils jouent scared money et se font bluffer à tout va par les banques, ce qui en high-stakes n'est pas une stratégie gagnante. Ils tentent bien quelques relances pour info devant les caméras, mais personne n'est dupe : cela bien fait longtemps que tout le monde sait que ça ne sert à rien. Ça sent le bad-beat à la rivière, tout ça. Non, la finance, c'est pas du poker, en fait on vit dans un casino géant, on a oublié les règles, peut-être qu'il y en a jamais eu d'ailleurs, on lance les dés, et on prie, les enchères grimpent, on a pas d'edge sur le long terme, mais on s'en fout, de toute façon sur le long terme on est tous morts. Après nous le déluge : recaves illimitées jusqu'à la fin du monde !

En attendant que le monde finisse de s'écrouler, quelques observations en vrac sur mes deux dernières semaines :

* John Juanda est en très grande forme, mais pas assez pour gagner deux tournois majeurs de suite après quelques années de vaches maigres. Quand John Juanda paie son tapis, il ne se contente pas d'annoncer « I call », comme tout le monde. Non, John Juanda n'engage ses jetons qu'après un monologue de deux minutes, du genre : « Hé bien, cela fait six fois que tu me sur-relances à tapis depuis la grosse blinde après que j'aie relancé à 130,000, et comme mon stack est de 500,000 et que j'ai un As et un Valet en main, je pense qu'il va falloir que je te paie. I call. » Il a fait ça plusieurs fois durant la finale du High-Rollers. C'est amusant, mais je me demande des fois s'il ne lui manque pas une case, à ce John Juanda. Ceci dit, c'est un joueur extraordinaire, pas de doute.

* Jason Mercier, par contre, n'arrive pas à perdre un coup à tapis avant le flop, quelle que soit la situation. EPT San Remo, High-Roller Londres : deux tournoi majeurs en six mois, plus deux tables finale à Barcelone et aux WSOP-Europe. Et en plus, l'une des employées les plus jolies de PokerStars est folle de lui. Voilà un jeu homme qui est bien parti dans la vie, à seulement 21 ans. Et il accueille ça avec une nonchalance pas possible. Blasé, va. Par contre, il faut que je me renseigne : est-ce que le tournoi High-Roller qui a suivi l'EPT de Londres compte comme une étape EPT officielle ? Moi, j'aurais tendance à dire que non : il s'agit tout au plus d'un hors-série au buy-in extravagant (20,000 livres sterling, bordel !) Je vais demander à John Duthie : s'il répond par l'affirmative, alors Jason Mercier est le premier joueur de l'histoire à remporter deux EPT. Mince.

* Pour la première fois en un an, les chiffres d'audience de la retransmission en direct ont été communiqués aux commentateurs. Pays par pays, j'ai pu prendre connaissance du nombre de connectés, ainsi que du temps moyen qu'ils ont passé devant l'écran. Il ne m'est pas possible de rentrer dans les détails, je me contenterai donc de dire que j'ai été très surpris (et flatté) de constater que la France se hissait en deuxième place en nombre de connections le jour de la finale (la première, celle avec Antony) Merci les mecs, ça fait plaisir. Par contre, j'ai trouvé un forum Québécois où ils parlaient de nous, ils ne sont pas tendres, les salauds (en gros, soit ils zappent sur le flux anglais parce qu'on les saoule, soit ils restent parce qu'on les fait mourir de rire tellement on est nuls) Pourtant, j'ai été sympa avec leur compatriote, Philippe D'Auteuil, qui jouait bien et nous a beaucoup amusés.

* Comme d'hab', le soir avant le départ de l'EPT, la fête organisée par PokerStars : open-bar pour tout le monde jusque trois heures du mat' au Café de Paris, à deux pas de l'Empire. J'avais eu oui-dire que ce serait peut-être la dernière soirée de ce genre : « Ça coûte une tonne à organiser et il n'y a que les employés de PS et les journalistes qui y vont », voilà ce que ce m'a confié un responsable. Alors avec les collègues, on a fait la fête comme s'il n'y avait pas lendemain. A part qu'il y en avait un, bien sur, du genre qui commence à midi, c'est le Day 1A, et j'avais un mal de crâne pas possible.

* Tout le monde adore la délicieuse hôtesse des EPT Kara Scott. C'est vrai qu'elle est belle, intelligente et marrante. Laissez tomber : la Canadienne s'est récemment maquée avec un joueur de poker très célèbre et respecté dans le milieu des parties high-stakes online. Un beau couple ma foi. Non, je vous dirai pas qui c'est.

* Énorme plaisir que d'observer le meilleur joueur français du monde en table télévisée, et ce sur les deux tournois diffusés en direct. Mais déçu quand même, car David Benyamine n'a effectué qu'un court passage dans les deux cas, sautant en demi-finales de l'EPT et se faisant éliminer le premier du tournoi High-Roller sans que l'on aie réellement eu le temps de voir la magie opérer à l'écran. N'empêche, quelle tenue à la table. Durant le Day 2, David a mangé avec le Team Winamax au resto du casino. Il venait de jouer un sale tour à Arnaud Mattern, et les deux discutaient furieusement du mérite de leurs stratégies respectives.

* Le Team Winamax n'a pas manqué sa rentrée, c'est le moins que l'on puisse dire : Michel Abécassis en finale au PPT de Cannes, Davidi Kitai troisième à Barcelone, et Antony Lellouche qui boucle la boucle en atteignant la finale de l'EPT de Londres pour la deuxième année consécutive, un an après la création de l'équipe. Sans oublier Arnaud Mattern, qui se place deux fois en un mois (frustrant, il est vrai, il a pas eu de bol aux moments clés), et Alexia Portal, qui termine à une très belle 22ème place, la meilleure performance réalisée par une joueuse française à l'EPT. Ce qui m'a d'ailleurs permis de commettre une belle gaffe en oubliant complètement qu'Oriane Teysseire avait fait bien mieux aux WSOP 2007 en atteignant la finale de l'épreuve de Stud à 5,000 dollars. D'autant plus impardonnable que j'étais dans les gradins ce jour là, en train de couvrir l'événement.

* Concernant la prestation d'Anto en table finale (troisième tapis au départ, il sort après quinze minutes, il y a de quoi sursauter), les forums se déchirent : a t-il joué comme un fish, ou était-ce juste la faute à pas de chance ? Au micro de l'EPT live le lendemain, le vainqueur final de l'épreuve Michael Martin estimait qu'il n'y avait rien à redire sur la stratégie d'Antony. Intarissable d'éloges sur les joueurs français (Elky, Cuts, Arnaud...), l'Américain a dit d'Anto : « Il est très fort ! Quand il me fixe du regard, je sais qu'il sait tout ce qui se passe dans ma tête.»

* Michael Martin, donc : un vainqueur génial, qui a arraché son titre de la manière la plus rocambolesque jamais observée, passant de 100,000 (une grosse blinde, tout au plus) à 2,6 millions de tapis en quinze minutes alors qu'il ne restait plus que quatre joueurs à la table. Un come-back incroyable. De mémoire de commentateur, je n'ai jamais observé une finale 1/ aussi plaisante à regarder, avec des joueurs d'exception et 2/ aussi remplie en bad-beats mémorables. C'était dingue, j'ai l'impression que chaque coup crucial s'est décidé sur la rivière, et pas avant. Mais du coup, c'était génial à commenter, on arrêtait pas de hurler, comme au foot. J'ai sympathisé avec Michael autour de quelques verres après sa victoire. Un type qui connaît The Wire sur le bout des doigts ne peut pas être quelqu'un de mauvais. Le courant est passé et le lendemain, l'américain était au micro pendant la finale du High Roller. Pendant une trentaine de minutes, on a refait le match (en anglais) et abordé les coups clés de sa finale, ainsi que tout un tas d'autres trucs passionnants. J'adore ce mec. Bon, les auditeurs comprenant pas l'anglais ont râlé, mais j'ai essayé de tout traduire du mieux que je pouvais.


Michael Martin le miraculé (photo : Marty/PokerListings)

* Le soir après la victoire de Michael, discussion intéressante avec Ryan Luchesi, le reporter de CardPlayer. On est tombés d'accord sur le fait que couvrir un tournoi de poker, c'est un peu comme jouer le tournoi lui-même : pour faire un bon reportage comme pour gagner le tournoi, il faut « run good », avoir de la chance, trouver les bonnes situations. Le reporter poker vit pour ces instants, rarissimes, où l'on est « dans la zone » : on est toujours là au pile au bon moment, on est témoin des pots énormes, les bad-beats incroyables, les scandales qui éclatent et dont tout le monde parlera le lendemain. On saisit le scénario, on est là quand les fortunes se montent, quand les chip-leaders tombent, quand les short-stacks se refont et finissent par arriver au bout. En 2007, j'ai « run good » pendant deux mois magiques, à l'EPT de Monte Carlo, au WPT du Bellagio et au Grand Prix de Paris. Ces derniers temps, je trouve que je run plutôt bad. Si vous voulez mon avis, tous les reportages que j'ai écris depuis septembre sont à jeter à la poubelle.

* Concernant les invités de l'EPT live : comme d'habitude, du très bon, avec Nicolas Levi et Arnaud Mattern (excellentes analyses, Nicolas est un moulin à paroles, Arnaud est drôle), Michel Abécassis et Manuel Bevand (très pros, on sent l'expérience derrière un micro), Davidi Kitai (un peu timide pour une première, mais on sent que le gaillard a des choses à dire), Antony Lellouche (un petit coucou rapide après sa sortie), Thomas Fougeron (débat sur les mérites respectifs des dernières saisons de 24 heures Chrono, normal y'avait le sosie de Jack Bauer à la table, il a fini second d'ailleurs), Isabelle Mercier (qui allait atteindre le lendemain la finale du High-Roller, crisse de calice) Et bien sur, mon fidèle collègue Maanu, toujours au poste, je l'ai d'ailleurs réquisissionné pour l'ensemble de la finale du High Rollers, l'analyse était pas toujours au top mais les fous-rires nombreux (« Wouah, relance, surrelance, tapis, payé aussitôt : là on tient deux très grosses mains, les Rois minimum, c'est sur ! Voyons le showdown... paire de six contre As et Neuf ?? On était pas loin ! »)

* Dieu Merci, je n'ai pas eu à couvrir la finale du Main Event des WSOP-E, la plus longue de l'histoire (19 heures sans compter les pauses, le pauvre Owen y était encore à dix heures du matin) L'autre jour, j'étais en ligne avec mon pote Lance, qui a bossé en freelance pour les WSOP. "C'est marrant, ce tournoi", je lui ai dit. "Les joueurs s'en foutent : il ne sont pas venus plus nombreux qu'en 2007, et les chiffres n'étaient déjà pas terribles à la base. Le public s'en fout : j'ai eu dix fois moins de retour que d'habitude sur mon reportage". Réponse du Canadien : "Oh, mais Harrah's s'en fout aussi, de ce tournoi." Les pouvoirs en place ont déjà laissé tomber l'idée d'implanter la marque en Asie et Amérique du Sud : si les joueurs ne prennent même pas la peine de se déplacer à Londres pour décrocher un bracelet, aucune chance qu'ils aillent à l'autre bout de la planète. Et pendant ce temps, PokerStars continue de battre tous les records avec son European Poker Tour...

* Il ne fout rien en tournoi, mais il gagne quand même une méga-tonne en ce moment : Guillaume de la Gorce, alias Johny001. J'ai l'habitude de me moquer gentiment de lui quand il reste enfermé 22 heures sur 24 dans sa chambre, au dernier étage de la maison (son « donjon », comme je l'apelle), ne sortant que pour aller ouvrir au livreur de pizzas et fumer une clope (la promenade, comme en prison) Mais force est de constater que ça rapporte : « je peux pas m'arrêter, y'a trop de fishs en 50/100 » Les chiffres ne mentent pas : depuis son retour, Guillaume est gagnant de... Non, je vous dirai pas non plus, c'est pas vos oignons. Des tas et des tas d'années de salaire, c'est indécent. A suivre tous les jours, toutes les nuits sur Winamax dans la section high-stakes.

* Il est plus de trois heures du matin. Dans moins de quatre heures, je me rends à Gatwick : j'ai un avion pour Marseille. La première étape du France Poker Tour commence dans dix heures, autant dire que je vais être tout à fait frais et reposé pour couvrir le plus gros championnat amateur de France. Argh.

dimanche 5 octobre 2008

I don't wanna hear that talk again

Dimanche, 11h39, Marriot Hotel, à un bloc d'Edgware Road (hé oui, on a beau habiter à Londres, il n'en reste pas moins plus pratique de dormir à l'hôtel en face du casino)

Les demi-finales de l'étape britannique de l'European Poker Tour se sont terminées hier soir. Une fois de plus, un pote à moi est en finale d'un tournoi majeur, et je ne pourrais pas être plus fier et heureux pour lui, c'est l'un des mecs les plus généreux et aimables que je connaisse dans ce milieu. C'est sa troisième table finale en douze mois : il possède le troisième tapis, et si tout se passe bien, il remportera son premier titre cet après-midi, devenant au passage le plus gros gagnant de l'histoire du poker français.

Un peu plus tôt dans l'après-midi, une joueuse non-professionnelle devenait la première française a atteindre les places payées d'un tournoi international, atteignant la 22ème place (sur 596) pour une récompense de 16,313 livres sterling. Et tout ça tandis qu'elle portait son futur nouveau-né de sept mois.

Deux motifs de satisfaction qui viennent sauver de justesse un mois qui n'a duré que trop longtemps. Je ne sais pas quand est-ce que ce job est devenu une corvée, mais force est d'admettre que les quinze derniers jours ne furent pas des plus agréables, voire même carrément merdiques. J'en ai ma claque de bosser dans des casinos plein à craquer, de bousculer les fêtards bourrés du samedi soir pour essayer d'apercevoir quelque chose, de me ruiner le dos sur des canapés dans des bars transformés en salle de presse, de manger n'importe quoi en dix minutes entre deux articles, d'écrire tout le temps la même chose, tout le temps la même élimination avec As-Roi contre deux Dames, tout le temps le même chip-count (on s'en fout, bordel, on s'en contrefout), toujours les mêmes débiles, les mêmes cartes, les mêmes jetons, le même décor.

J'ai regardé les archives de mon blog d'il y a un an, et je me suis surpris tout seul à constater la présence d'une multitude de comptes-rendus détaillés sur les WSOP-Europe et l'EPT Londres 2007, avec opinions en long et en large, infos, photos, anecdotes, etc, etc. Puis je me suis rappelé qu'à l'époque, j'écrivais souvent jusque le lever du soleil, avant de me réveiller quatre ou cinq heures plus tard pour repartir à l'attaque et recommencer la même chose. Motivé, quoi. Ces jours-ci, je n'ai qu'une envie à la fin de la journée, c'est de rentrer dormir le plus vite possible, d'oublier les événements de la journée où de toute façon il ne s'est rien passé que je n'aie déjà vu cent fois.

S'il y a une chose que je n'ai jamais réussi à faire, c'est de me forcer. Dans tout ce que j'ai accompli dans le poker depuis quatre ans, je n'ai jamais été guidé par un plan de carrière ou une ambition personnelle quelconque. Je n'ai jamais réfléchi plus loin que le simple « j'ai envie de le faire, alors je fonce »... Jusqu'à maintenant... L'enchaînement des tournois au mois de septembre (Cannes, Barcelone, WSOP, EPT : sept tournois en cinq semaines) a clairement entamé ma motivation et j'ai de plus en plus de mal à trouver des moyens de renouveler l'intérêt de ce qui ne reste au final qu'un jeu de cartes où le moins malchanceux gagne à la fin. En conséquence, mes reportages des deux dernières semaines sont souvent tombés à côté de la plaque, ça sonne faux, ça sonne pas sincère, c'est pas très bien écrit, c'est bâclé, j'ai de moins en moins de respect pour mon propre travail, et mine de rien, c'est quand même un peu préoccupant.

Je ne suis pas le seul à ressentir la même chose parmi les collègues ayant eux aussi quelques années d'expérience dans le métier, et si je ne risque pas de tout quitter demain matin (je n'ai aucune idée de ce que je pourrais faire d'autre, pour dire la vérité), il est évident que je ne passerai pas le reste de ma vie active à regarder et écrire sur des types tapant le carton et tripotant des jetons.

Je pourrais développer, mais la finale m'attend de l'autre côté de la rue, au Victoria Casino. Et là, pas besoin de se forcer, non non, Dieu merci, il y a un pote en finale, et je serai derrière lui toute la journée. Je suis motivé comme jamais, prêt à commenter en direct à la première victoire d'Antony Lellouche à l'European Poker Tour. Rendez-vous sur www.pokerstars.tv à partir de 14h30 (heure française)