vendredi 26 septembre 2008

And it goes on and on and on

Il est minuit passé, les demi-finales de l'épreuve de Omaha sont en cours, et comme il n'y a plus grand chose à voir à l'intérieur du casino, je me suis dit que c'était le bon moment pour écrire un truc ici. Le bal des tarés continue sur Leicester Square, nuit après nuit. Nicky de PokerNews vient d'entrer dans la salle de presse en secouant la tête avec consternation : un type a tourné en cercle autour d'autour d'elle, la bite à l'air, semble t-il pour gagner un pari.

Les quatre dernières journées sont passées à toute vitesse. Deux vainqueurs ont été couronnés (Jesper Hougaard en No Limit et Sherkhan Farood en HORSE), dans l'indifférence quasi-générale. Les tournois préliminaires des WSOP Europe n'ont pas l'air d'interesser grand monde. J'ai moins de retours que d'habitude sur WAM-Poker. Sur ClubPoker, même topo, personne ou presque ne parle du tournoi.

Lundi, j'ai suivi de loin la finale de la première épreuve tout en essayant tant bien que mal de m'intéresser au HORSE. Le field était d'une qualité rare (110 joueurs parmi les meilleurs du monde, et presque autant de bracelets) mais en réalité il ne s'est strictement rien passé d'intéressant. Le HORSE, c'est lent, c'est dur à suivre, le pot est partagé deux fois sur trois, bref, ca n'avance pas, j'aime pas.

Comme Bruno Fitoussi était le seul survivant au terme du Day 1 et qu'il avait un tapis minuscule, j'ai décidé de prendre congé mardi. Bien entendu, c'est pendant que j'étais chez moi en train de dormir qu'il s'est finalement passé quelque chose, à savoir le pétage de plomb de Phil Hellmuth au beau milieu de la nuit, allant même jusqu'à pousser à bout une malheureuse croupière, la forçant à quitter le casino les larmes aux yeux. Tout comme à Vegas cet été, Hellmuth, semble t-il muni de passe droits le séparant du commun des mortels, n'a écopé d'aucune pénalité d'aucune sorte : on peut donc s'attendre à ce qu'il endosse à nouveau son costume d'infect mauvais perdant dès qu'il en aura l'occasion.

J'ai profité de ma journée de repos pour dormir jusque très tard, faire la vaisselle, le repassage, les courses, etc, et le lendemain, mercredi, j'étais de retour à l'Empire pour assister au départ de l'épreuve de Omaha ainsi qu'à la finale du HORSE.

A nouveau, il n'y avait que peu de français au départ du tournoi de Omaha, et à nouveau, seul Bruno Fitoussi a survécu, cette fois-ci avec un gros tapis. J'ai vu quelques mains jouées de manière assez ridicule : pas mal de joueurs spécialisés en Hold'em avaient décidé de tenter leur chance, pour des résultats parfois comiques (j'ai constaté la même chose dans les épreuves de HORSE)

J'ai suivi la finale du HORSE d'un seul oeil, m'éclipsant vers trois heures du mat' alors qu'il restait encore trois joueurs. Une fois de plus, j'ai loupé le meilleur : un bizarre incident impliquant Sherkhan Farnood, le banquier milliardaire de Dubai, et une spectatrice de sa connaissance (apparemment) qui l'aurait harcelé toute la journée. Les journalistes présents n'ont pas tout compris à l'histoire, toujours est-il que la dame en question a déboulé à la table comme une furie en balancant à la figure une poignée de billets déchirés, qu'apparemment Sherkhan lui aurait donnés pour qu'elle s'en aille. Une ancienne flamme qui se rappelle au bon souvenir de Farnood ? Il paraît que la dame avait l'air enceinte, cela laisse envisageables tout un tas de scénarios rigolos.

J'ai mangé deux soirées de suite dans le même resto Italien sur Leicester Square. La première fois avec Johny et des collègues de Winamax, où je n'ai pas été convaincu par les penne au poulet avec sauce tomate (j'ai pas trouvé la tomate) Du coup, je suis retourné ce soir avec Chris de BlondePoker, j'ai pris des spaghetti avec des boulettes de viande de boeuf et de porc, là par contre c'était top.

Neil, mon pote photographe, m'a indiqué un magasin de DVD que je ne connaissais pas, au nord de Leicester Square pas loin de Charing Cross. J'y suis allé tout à l'heure pour acheter tout un tas de trucs que j'avais déjà vus : la première saison de Twin Peaks (pour une raison qui m'échappe, la seconde n'est jamais sortie en Angleterre), la première saison de Deadwood qui me manquait (cocksucker), My So Called Life (mais comme je l'ai vu qu'une fois y'a 10 ans, c'est comme si je l'avais jamais vu) et No Country for Old Men, le livre, parce que j'ai vu le film hier et j'ai adoré, voilà un film qui a bien mérité ses Oscars. L'autre jour, j'ai aussi maté Forgetting Sarah Marshall, très drôle, je vous le conseille (mais je suis extrêmement partial en ce qui concerne Kristen Bell)

J'ai travaillé huit des neuf journées qui viennent de s'écouler, et je vais faire de même durant les dix suivantes, avec, en succession, la finale du tournoi de Omaha, le Main Event, et l'EPT au Victoria Casino. Et après, je vais dormir une semaine, et recommencer la même chose, et ainsi de suite. Youpi.

lundi 22 septembre 2008

A domicile



Leicester Square parait bien calme ce soir. Tout à l’heure, il y a bien un type qui est monté sur un tabouret pour gueuler des incantations religieuses incompréhensibles, mais à part ça, rien à signaler sur la place la plus fréquentée de Londres. Les touristes prennent des photos, les couples prennent une pinte en terrasse en sortant du cinéma, les lycéens commandent un Burger King, la routine, quoi.

Hier, c’était une autre histoire. Tous les fêtards du samedi soir étaient de sortie, les bandes de voyous, les blondasses bourrées en mini-jupe, les petits minets bien sapés… Une procession Hare Krishna a débarqué au beau milieu de tout ça, complète avec un ensemble de crânes rasés en toge dansant en cercle. Ils ont fait le tour du pâté de maison, et quand ils sont revenus, y’avait une bonne centaine de gens qui les suivaient en dansant et en se tordant de rire. Gary de PokerNews a passé une bonne partie de la pause-dîner à prendre en photo les minettes qui passaient avec son télé-objectif.

Il est 22h42. Je suis installé en salle de presse, à l’étage de l’Empire Casino. Le bar qui me sert de QG s’ouvre sur une terrasse me permettant d’observer à loisir la faune qui peuple Leicester, provenant de Picadilly pour se déverser dans Soho. Ils ne sont plus que 18 joueurs dans l’épreuve inaugurale des World Series of Poker Europe, mais cela fait un moment que je n’ai pas mis les pieds dans le casino : on a perdu le dernier français il y a déjà quelques heures de cela. Xavier Laszcz, un joueur que je connais depuis mes premières visites en cercle il y a cinq ans de cela, fut le seul à se glisser dans l’argent. Chou blanc pour le Team Winamax (quatre membres plus Guignol, tous éliminés le premier jour), les cinq qualifiés (pareil), et Rémy Biechel, détruit sur un coup inévitable à cinq places des payés.

Après avoir habité presque trois mois de l’autre côté de l’Atlantique pour couvrir les championnats du monde à Vegas, ce sont les WSOP qui font le déplacement et viennent s’installer chez moi. Ca fait bizarre de couvrir un tournoi « à la maison », de retrouver son lit le soir après le boulot au lieu d’une chambre d’hôtel impersonnelle. Je me rappelle l’an dernier, quand je débarquais pour la première fois à Londres (hé oui) pour couvrir la première édition des WSOP Europe. Ca me paraît loin. J’avais fait le touriste à Picadilly, Westminster, Buckingham Palace. Cette année, c’est en résident, en local que je me rends à Leicester et que je peste contre les touristes comme un vieil habitué des lieux.

Je ne savais pas trop à quoi m’attendre concernant la seconde édition des World Series of Poker, version européenne. En 2007, je couvrais la première tentative d’exportation à l’étranger par Harrah’s pour poker.fr. Un semi-échec plombé par une organisation multi-casinos à dormir debout, et un accès média ridicule. Je suis content de pouvoir dire que cette année, le tir a été corrigé : pour le moment, tout se passe comme sur des roulettes. L’Empire Casino est désormais l’unique lieu où se déroulent les épreuves, et les journalistes n’ont plus besoin de traverser Leicester Square pour se rendre en salle de presse. Bon, c’est vrai qu’il n’y a guère que cinq ou six sièges disponibles dans le bar de l’Empire, mais pour l’instant ce n’est pas trop grave : exceptés les journaleux et photographes de la presse écrite (qui n’ont pas besoin de la salle de presse), nous ne sommes que deux sites à publier des comptes-rendus en direct sur le web : moi pour Winamax et le tandem Owen/Rod pour PokerListings (en plus, bien sur, des coyotes de PokerNews qui bénéficient de l’exclu et sont donc installés directement à côté des tables) La semaine prochaine, j’imagine que ce sera un peu le bordel en salle média avec l’arrivée d’autres sites venus couvrir le Main Event. Mais pour le moment, tout baigne. On rigole dans notre coin, on écoute de la musique kitsch des années 80 en tapant nos articles, tout va bien. On a même le droit de déambuler entre les tables, ce qui n’était pas le cas l’an passé.

Hier soir, après le Day 1B, j’ai retrouvé Louise, une chouette employée de PokerStars, elle était venue avec une copine qui bosse comme hôtesse de l’air pour British Airways. Hassan de SikTilt nous a rejoints, on a bu du champagne en se racontant nos vies, c’était très cordial, très civil, avec beaucoup de verres quand même, enfin british quoi, je comprenais pas tout à ce qui se disait à certains moments. Louise fut surprise d’apprendre que je n’avais que 24 ans, moi j’étais tout aussi surpris d’apprendre qu’elle n’en avait que 26, vu qu’elle mariée, avec un poste à responsabilité, qu’elle achète chaque année une maison plus grosse que la précédente. Bon, moi, je suis célibataire, j’ai quitté mes parents il y a six mois habiter en colocation avec des dégénérés, je gagne ma vie en observant des débiles jouer aux cartes, bref c’est pas la loose totale mais presque, je me demande si je peux me rattraper en deux ans ? Vers deux heures du mat, on est sortis du casino pour aller boire ailleurs, mais tout était déjà fermé, y’avait plus que les boîtes d’ouvertes, et encore, pour trois quarts d’heure seulement. Du coup on est retournés au casino pour un dernier verre.

Après le départ des filles, Hassan a prononcé le mot magique : « gambling ». L’affaire fut vite réglée : Hassan a perdu 120 livres avant même que je sois revenu du distributeur. Arrive mon tour : Je mets 2 livres sur le 21, 2 livres sur le 31, et 8 livres sur le rouge. Bim, premier coup , ça tombe 21 rouge. J’ai retiré mes billes cinq minutes plus tard après deux petits coups perdus. Cela faisait bien un an que je n’avais pas joué à la roulette, et trois mois que je n’avais pas approché une table de casino. Mais je n’ai pas plus envie que ça d’y retourner.

En sortant, évidemment, c’était le bordel absolu dans les rues, à quatre heures du matin un samedi soir on ne trouve absolument plus personne de sobre dehors à Londres, c’est un fait, et il nous a fallu une bonne demi-heure de marche pour trouver un taxi.

Lundi, rebelote avec la finale de l’Event #1, et le coup d’envoi de la seconde épreuve. Je n’aurai virtuellement aucune journée de repos avant le 6 octobre, mais en fait, je compte bien sauter un ou deux jours cette semaine, surtout s’il n’y a pas de français au départ de l’épreuve de HORSE.

vendredi 19 septembre 2008

All in the game, yo

Et hop, le premier European Poker Tour de la saison est dans la boîte. Un excellent cru pour commencer, avec des stars en pagaille, un record d’affluence une fois de plus atomisé, et des phases finales de bon niveau. Bon, mes potes de Wicked Chops ont enterré la finale avant même qu’elle ait commencé, la qualifiant de « chiante à mourir ». Je sais pas ce qu’il faut pour leur plaire : on trouvait quand même autour de l’ultime table de l’EPT Barcelonais un champion EPT Américain (Jason Mercier) et deux joueurs couronnés aux WSOP cet été : Sébastian Ruthenberg et le décidément in-stoppable membre du Team Winamax Davidi Kitai.

Au micro de l’EPT Live, je me suis surpris à reprendre mes marques en un rien de temps, six mois après la Grande Finale monégasque. J’ai retrouvé avec grand plaisir les équipes de Sunset & Vine, les réalisateurs, producteurs, assistantes, caméramans, etc. Tout le monde était au petit soin pour les cinq commentateurs représentant cinq langages différents. Et pour cause : c’est sur nos épaules que repose en grande partie la qualité du produit final. Si les voix que l’on entend à l’écran lors de la diffusion sont mauvaises, cela suffit à ruiner le dur labeur en amont d’une bonne centaine de personnes.

Le truc que j’avais oublié, par contre, c’est à quel point l’exercice peut-être long et éprouvant. Corrigez-moi si je me trompe, mais il me semble qu’il n’existe aucune retransmission en direct aussi longue qu’un tournoi de poker. De temps en temps, la finale de Roland-Garros va s’étaler jusqu’à cinq sets, et certaines étapes de montagne du Tour de France sont interminables, mais on reste très loin de ce que nous réservent habituellement les phases finales d’un EPT. Samedi, pour les demi-finales, nous avons tenu l’antenne de quinze heures l’après-midi jusque trois heures du matin, avec un arrêt d’une heure au milieu, et une pause de dix minutes toutes les deux heures. Le lendemain, rebelote, de seize heures jusqu’à un horaire déjà plus civilisé d’une heure du matin. Est-ce que les 24 heures du Mans sont couvertes par un seul commentateur ?


Cette feignasse d'ElkY n'est restée que 30 minutes... (photo : Jommanix)

Du coup, une retransmission typique de l’EPT peut-être divisée en deux phases bien distinctes. Durant la première partie, on est frais, en forme, concentré et alerte. On réagit avec vélocité à ce qui se passe à l’écran, on aborde des sujets variés, on débat avec Michel Abécassis du report de la table finale du Main Event des WSOP, on discute avec Fabrice Soulier du comportement de Scotty N’Guyen lors de la finale du HORSE à 50,000$, on répond aux questions pertinentes des téléspecateurs, bref, tout va bien.

Après minuit, par contre, c’est une autre histoire. Après presque neuf heures à parler sans s’arrêter, la fatigue mentale s’est installée, j’ai l’impression d’avoir le cerveau en bouillie, je fixe l'écran comme un zombie et je ne sais plus trop quoi dire, d’autant que souvent, les joueurs à l’écran sont crevés aussi, et la partie manque sérieusement d’imagination. Cette deuxième phase de la retransmission ressemble alors plus à un talk-show de deuxième partie de soirée : on a bu une ou deux bières, et un dérapage n’est pas à exclure avec un Arnaud Mattern ou Ludovic Lacay en roue libre au micro. Les blagues pour ou moins douteuses fusent, les commentaires de bon goût sur les nanas dans les gradins viennent combler le manque d’analyse technique de la partie, bref, du grand n’importe quoi. Mais il paraît que les gens aiment bien aussi, les réactions ont été plutôt positives sur les forums. Moi, je suis pas trop sûr, je préfererais rester sérieux et performant jusqu'au bout, mais il est évident qu’il y a des limites physiques au nombre d’heures que l’on peut enchaîner devant assis dans l’espace restreint de la régie devant l’écran de contrôle, avec le casque sur les oreilles qui te débite en permanence le bruit des jetons, la voix du directeur du tournoi annonçant l’action à la table, les instructions du réalisateur, etc, etc.

La solution pour éviter de se retrouver en manque d’inspiration après neuf heures de direct, ce serait d’avoir un second commentateur en rotation, histoire de garder la forme et pouvoir tenir le rythme. C’est ce qui se passe avec les commentateurs Allemands et Anglais, tandis que les autres (Espagnols, Italiens, Hollandais et Français) doivent rester en solo. Alberto, l'Italien, est clairement une star, il arrive à rester au top jusqu'au bout, débitant ses tirades à un débit hallucinant, il me fait rêver.

Enfin, malgré les contraintes techniques, cela reste une expérience extraordinaire, à laquelle je me sens extremement chanceux d'avoir pu participer. Prochaine étape EPT : à la maison, à Londres, le 1er octobre, mais en attendant, un gros morceau débarque dans la capitale britannique : les World Series of Poker, rien que ça. Coup d'envoi là, tout de suite, dans une demi-heure, je viens de m'installer en salle de presse, on va voir si l'organisation est meilleure qu'en 2007. Ca ne devrait pas être très difficile.

samedi 13 septembre 2008

Un peu pénible

J’entends dire ça et là qu’il n’y a pas assez des mises à jour sur ce blog. Les gens se plaignent, les gens sont pas contents, et ils le font savoir bruyamment. Soit. Allons-y. Hop.

J’aime Barcelone. C’est une ville parfaite. Jolie, ensoleillée, débordante d’activité, riche culturellement, où l’on mange divinement et l’on fait des rencontres intéressantes. En revanche, je déteste couvrir des tournois de poker à Barcelone.

Je viens d’enchaîner trois journées de travail consécutives de douze heures chacune au Gran Casino qui m’ont laissées dans un état de frustration maximal. Ce casino, à l’atmosphère au demeurant fort sympathique, n’est clairement plus adapté à la tenue d’un tournoi qui grossit d’année en année, que ce soit par le nombre de joueurs présents, ou par le nombre de journalistes venus les couvrir.

Ils étaient 619 joueurs au départ pour le tournoi inaugural de la saison 5 de l’European Poker Tour, soit 86 de plus qu’en 2007. Alors que de l’autre côté de l’Atlantique, la participation aux tournois majeurs ne cesse de baisser (cf l’épreuve du WPT au Bike à LA), ici c’est l’inverse, et l’on ne s’en plaindra pas.

Les organisateurs ont tassé tant bien que mal une trentaine de tables dans la zone restreinte réservée au poker, espacées entre elles par seulement quelques centimètres, rendant la circulation difficile. En salle de presse, c’était pire : plein de journalistes représentant des sites dont je n’ai jamais entendu parler ont débarqué en masse. On se marchait dessus. Forcément, la connexion Internet n’a pas tenu, et les pannes furent légion durant les trois derniers jours, rendant plus que difficile le suivi du tournoi et la publication des infos. C’est super frustrant, j’ai l’impression de passer à côté du tournoi, de ne rien comprendre au scénario. Le reportage s’en ressent : les articles sont désordonnés. Ca manque de liant. C’est un peu mou. Mais j’imagine qu’il va falloir s’y habituer, et s’adapter : la popularité du poker ne faiblit pas en Europe (une bonne nouvelle en soi), et les médias présents seront toujours plus nombreux, et les salles de presses de plus en plus bondées.


Le trop plein ?

Le problème, c’est que les nouveaux arrivants ne sont parfois pas tout à fait au courant des règlements et usages en vigueur sur le circuit. Témoins cette bande d’Italiens qui n’hésitent pas à te bousculer pour se précipiter à une table dès qu’un gros coup est en train de se produire. Pire encore, quand un de leurs compatriotes gagne un gros coup, ils se mettent à célébrer bruyamment, taper dans les mains du joueur en question, etc… Inadmissible. Perso, je suis toujours content quand je suis témoin d’un gros coup gagné par Arnaud Mattern ou ElkY, mais j’essaie de contenir ma joie. Il y a des limites à respecter en tant que journaliste : nous nous devons de garder autant que possible une position passive d’observateurs, et avoir la courtoisie de se rappeler qu’en face d’un ami qui remporte un gros pot, il y a un joueur qui vient d’en perdre un. Je n’ai pas été le seul à m’étonner de ce comportement, et des mesures vont être prises pour éviter que cela se reproduise.

En revanche, j’ai beaucoup aimé le travail effectué par Harper de ClubPoker.net et le mec de Neopoker.fr (dont le nom m’échappe sur le moment) C'est vivant, intéressant, parfois rigolo, bref du bon boulot. Coup de chapeau à eux, ils ont bossé dur, en solo, et je suis bien placé pour savoir que ce n’est pas une tâche facile.

Côté poker, la troisième journée du tournoi va commencer dans deux heures. Ils ne sont plus que 36 et il ne reste plus aucun français en course : c’est la grosse déception de la semaine. Ils étaient 68 au départ, soit plus de 10% des inscrits, et aucun d’entre eux n’a atteint le top 50, malgré la qualité des joueurs présents (Benyamine, ElkY, Biéchel, le Team Winamax, etc) Tout au plus a-t-on vu deux joueurs amateurs se glisser de justesse dans les places payées. Par contre, carton plein pour le cousin Belge Davidi Kitai, qui entamera la partie en position d’énorme chip-leader. En route vers le doublé, trois mois après sa victoire aux WSOP ? En tout cas, Davidi est bien parti pour atteindre la table finale…



Il est 13h23, il faut que je me depêche de terminer ce post, j’ai un briefing avec l’équipe télé de Sunset & Vine. L’EPT Live et de retour, et j’ai la chance d’être à nouveau aux commandes pour la commenter retransmission en direct en français. Je suis un peu rouillé, cela fait six mois que je n’ai pas pratiqué. J’ai le trac ! Rendez vous sur http://www.eptlive.com/ dès 15 heures… Souhaitez-moi bonne chance !

mardi 9 septembre 2008

Barcelone

15h21. Dans un Airbus A320 à 10,000 mètres d’altitude, quelque part au dessus du Massif Central. Le rasta assis devant moi vient d’abaisser le dossier de son siège au maximum, m’obligeant à me contorsionner pour taper ce post dans l’espace déjà restreint qui m’est alloué. L’écran de mon portable repose sur mes genoux, le clavier sur la poitrine, et mes mains forment un angle douloureux pour atteindre les touches. A côté de moi, Erica Shoenberg et David Benyamine. Le meilleur joueur français du monde regarde un film sur son Iphone (un navet avec Cameron Diaz, il me semble). Erica a posé son romain de Lauren Weisbrger et fait un somme sur l’épaule de son compagnon.

Après une courte escapade à Cannes, pas de temps à perdre, on enchaîne directement avec Barcelone pour le début de la cinquième saison de l’European Poker Tour. Pour des raisons que les nordistes comprendront, je suis rentré à Lille entre les deux épreuves, le week-end dernier, délaissant la fin du Partouche Poker Tour sur la Croisette.

Même si je n’ai couvert que les deux premières journées du plus gros tournoi jamais organisé sur le sol Français, ce fut largement suffisant pour constater le grand succès de l’épreuve. Pour une première, on peut dire que Partouche n’a pas loupé son coup. Le sérieux du tournoi fut assuré par une équipe d’organisation hautement qualifiée (comprenant entre autres, Jeremy du casino de St-Pamand, ami de longue date du club Poker à Lille, ainsi que mon petit frère Aurélien, floor manager de son état, je suis pas peu fier)

Le prestige était au rendez-vous avec la présence de nombreuses stars du circuit international : Phil Ivey, Gus Hansen, Scotty N’Guyen, et tout un tas d’Américains siglés au couleur d’un nouveau site, « Poker Battle ». C’est le français (expatrié aux US) Philippe Rouas qui a mis au point le concept, et après l’avoir écouté en parler en long et en large, je ne peux pas me vanter d’avoir compris ce que c’est.

Le Team Winamax était venu quasiment au complet, et a comme d’habitude fait bonne figure avec un Arnaud Mattern dans les payés (victime d’un cruel coup du sort, il aurait pu aller beaucoup plus loin) et un Michel Abécassis en finale (où il était le visage le plus connu parmi des français relativement anonymes mais pour la plupart talentueux) Sans compter l’excellent Guignol, mon collègue du staff Winamax, qui a atteint les places payées lui aussi. Le premier jour du tournoi, il avait trouvé une table très intéressante en compagnie d’Evelyn Ng, Guillaume Darcourt, Rémy Biechel, Erica Shoenberg et Nicolas Levi. Erica me confiait d’ailleurs tout à l’heure qu’elle fut impressionnée par l’homme au chapeau : « Nicolas était le meilleur joueur de la table. »

Bref, une réussite, si l’on excepte le rake anormalement élevé (mais l’on me dit que le tir sera rectifié l’année prochaine) et le format des cartes qui a un peu foutu le bordel en début d’épreuve (des cartes françaises avaient été utilisées, semant la confusion chez les joueurs étrangers pas habitués aux « R », « D » et « V » - il fallait voir la tronche de Phil Ivey quand il a joué sa première main)

De manière générale, c’est toujours un bonheur de couvrir un tournoi en France. L’incapacité de mes compatriotes à savoir lâcher une main ou à réussir un bluff produit en général des coups cultissimmes par leur haute teneur comique. Ajoutez à cela une mauvaise foi légendaire, et l’on obtient un mélange détonnant. Les confrontations entre les amateurs (qualifiés tout au long de la saison lors des satellites organisés dans les casinos Partouche) et les pros n’a pas déçu. Autre chose très agréable, le fait que tous les médias poker français étaient au rendez-vous. Tous les collègues pas vus depuis les WSOP étaient là, plus plein de nouveaux qui couvraient leur premier gros tournoi. L’ambiance était excellente. Il y avait aussi l’équipe de PokerNews US, avec Gary et Marc. Bon, l’avion entame sa phase de desecente.



19h48, appartement Joan d’Austria 51, Barcelone. Enfin installé avec Régis et Julien (le nouveau Team manager de Winamax) On a eu quelques galères pour trouver l’agence de location, le taxi nous a baladés dans toute la ville avant de trouver. A l’aéroport, j’ai cherché un distributeur pour retirer de l’argent, mais Benyamine a insisté pour me prêter 150 euros.

On a eu une discussion intéressante sur les joueurs pros, les mecs qui y arrivent, les mecs qui échouent, les qualités nécessaires pour y arriver, les pièges à éviter. Il m’a posé la même question que tout les gens que je rencontre me posent : si je joue au poker, et si j'ai jamais eu moi aussi l'envie de devenir pro. Je lui ai fait part de mes doutes sur la viabilité de cette profession. « Je côtoie les pros tous les jours, j’en ai assez vu pour me faire passer l’idée d’en faire mon métier », que je lui ai dit. « Il y a beaucoup d’appelés mais très peu d’élus, beaucoup de mecs qui galèrent à mort pour seulement quelques uns qui ont la belle vie » Il n’était pas trop d’accord. Selon lui, il ne faut pas hésiter à se lancer, surtout quand on à un job à côté en sécurité.

« Moi, je suis un cas à part : j’ai toujours foncé droit devant. Je ne dis pas qu’il faut forcément faire comme moi, mais si on à la volonté, on peut y arriver. » Benyamine s’est fait l’avocat des tournois satellites, un bon moyen de transformer un petit investissement en plusieurs centaines de milliers de dollars. C’est bien gentil, mais je suis désespérément nul en tournoi, et en ce moment je n’ai vraiment pas le temps de jouer. De manière générale, je n'ai pas le tempérament pour ça. Le talent, ca se travaille jour après jour, mais je pense que je n'aurai jamais le mental et les nerfs pour encaisser de grosses variations de gains ou de chance.

Bon, j’ai encore plein de trucs à raconter, mais on va être en retard à la soirée d’inauguration de l’European Poker Tour sur le port. Ambiance rentrée des classes, ça va être chouette ! Rendez-vous demain mercredi à 15 heures aux adresses habituelles pour le coup d’envoi de la cinquième saison de l’EPT.