lundi 14 juillet 2008

Liquidation avant fermeture

Day 45

C’est pénible d’écrire sur des trucs qui se sont passés il y a déjà quatre jours, alors je vais accélérer un peu le rythme. Règle d’or : un bon post est un post écrit 24 heures maximum après que les événements se soient produits. Après l’heure, c’est plus heure, et je n’ai malheureusement pas réussi à tenir jusqu’au bout ma promesse d’écrire un article par jour pour ce blog. « Life got in the way », comme ils disent. Dommage, j’avais tenu le rythme pendant 40 joueurs, et j’ai fini par craquer sur la dernière ligne droite.

La deuxième partie du Day 2 fut grosso modo une exacte réplique du premier, excepté qu’il y avait plus de joueurs. J’ai écrit un long article à propos de cette journée, j’ai tout jeté à la poubelle, c'était pas intéressant.

Le Day 3 du Main Event est généralement mon préféré, pour plusieurs raisons. Déjà parce que pour la première fois en huit jours d’épreuve, tous les joueurs restants sont réunis sous le même toit le même jour. Les médias jubilent : le nombre de joueurs en course finit enfin par baisser, mettant fin au feeling « Groundhog Day » qui a prévalu pendant une semaine. J’aime aussi le Day 3 car c’est celui où les joueurs entrent enfin dans les places payées. L’éclatement de la bulle est toujours le meilleur moment du Main Event : voir une salle pleine exploser de joie collectivement ne finit pas de me donner des frissons, année après année. L’euphorie est contagieuse : même des vétérans qui en on vu d’autres comme Mike Matusow et Phil Hellmuth participent à la liesse générale.


Le "main par main" : le moment le plus excitant du Main Event

Seulement une douzaine de français sont rentrés dans les places payées. Ils étaient plus de 25 au départ du Day 3, mais la période avant la bulle fut meurtrière pour les tricolores. Michel Abécassis, Thomas Fougeron, Arnaud Mattern, Nicolas Levi, Anthony Roux, Eric Larchevêque, Elie Marciano… Tous ont sauté pas loin de l’argent. Michel Leibgorin s’est glissé de justesse dans les points, non sans avoir perdu avec brelan contre brelan durant le « main par main ». Du Team Winamax, ne restait plus que Manuel Bevand, pour son premier money finish aux couleurs de l’équipe, ainsi que deux sympathiques qualifiés, Stéphane et Olivier.

La confusion régnait parmi les médias quant à l’heure à laquelle les places payées seraient atteintes. Certains, comme mon ami Otis du blog PokerStars, pensaient même que la bulle n’éclaterait pas lors du Day 3 mais le lendemain. J’ai immédiatement parié 20 dollars qu’il se trompait. En début de journée, j’écrivais dans mon reportage que le moment fatidique se produirait vers minuit. La bulle a éclaté à 23h30 très exactement. Durant tout le Main Event, j’ai été très fort à ce petit jeu des prédictions. A partir du Day 2A, j’ai calculé avec 5% de marge d’erreur maximum le nombre de joueurs restants pour chaque journée qui a suivi. Si j’avais su, j’aurai parié gros.

Je vais vous faire une confidence : une fois que les places payées sont atteintes, je n’en ai plus rien à foutre de ce qui se passe au Main Event jusqu’à la table finale. Et comme cette année, la finale a été décalée au mois de Novembre, mon été aux World Series s’est plus ou moins terminé quand la bulle a éclaté. Bien sur, il restait pas mal de travail à faire durant le Day 4, avec six français en course, dont deux joueurs de Winamax, mais oserais-je le dire ? Le cœur n’y était plus… Les hommes d’entretien empilent les tables et les chaises, la salle se vide, la cantine ferme ses portes, les touristes se font moins nombreux, les cash-games disparaissent, les stands dans les allées plient bagage : le buzz incessant qui a agité l’Amazon Room durant six semaines s’éteint peu à peu, laissant place à une atmosphère de fin de règne, teintée de mélancolie. Tous les journalistes ayant couvert l’événement depuis le début se voient déjà rentrer à la maison : la libération est proche.


On ferme

Le Day 4 s’est terminé plus tôt que prévu : les éliminations étaient allées bon train, et le superviseurs n’ont pas jugé utile de continuer une fois 189 joueurs atteints. Avec Lucille et Joel, on a rejoint Régis et Manuel au Bellagio. On a bu des coups devant la poker room en jouant au video poker. David Benyamine était installé dans la Bobby’s Room. On avait envie de jouer aussi, alors on a traversé la rue jusqu’au Flamingo. Pour fêter son élimination du Main Event, Manub a décidé de jouer tout bourré sans regarder ses cartes en 1/2 No Limit. Il a bien chauffé la table et pris plus de 1,000 dollars, avant de tout reperdre de la même manière. Régis s’est pris un bad-beat contre un débile, mais a tout repris avec les As peu après. Moi, j’ai eu plein de jeu mais je n’ai pas gagné grand-chose.


Day 5 : circulez, y'a plus rien à voir

Le lendemain, je me suis pointé tout seul au Rio pour suivre les progrès des deux derniers français en course. Sans surprise, le périmètre du tournoi était bouclé, et je ne pouvais plus observer l’action qu’à quatre mètres de distance. Cette fois-ci, mon travail était fini pour de bon. A ce stade de l’épreuve, il est de toute façon normal que l’accès des médias soit restreint : il y a moins de 200 joueurs encore en course, et nous sommes autant à couvrir le tournoi. Dans ces conditions, difficile de laisser tous les journalsites se ballader entre les tables. Il ne restait plus grand-chose à faire, à part suivre le décompte des éliminations égrené par le superviseur au micro, et à prendre des nouvelles des deux français pendant les pauses. A 19 heures, Stéphane Hornet était éliminé en 106ème position : c’en était fini des français aux WSOP 2008.


Stéphane Hornet, premier français au Main Event 2008 : l'amateur empoche 41,000 dollars

Avec Régis, on a emmené le qualifié Winamax au Wynn pour filmer une interview. Il y a un bar en terrasse, dont les cascades offrent une belle vue pour tourner des images. Ensuite, on a rejoint le reste de la troupe dans un resto japonais au Caesar’s Palace. Le cuistot faisait griller le poisson et la viande juste devant notre table, c’était chouette. Après, direction le pit pour un peu de black-jack et de craps. J’ai perdu 150 dollars en moins de dix minutes, je n’avais pas envie de me cagouler plus, j’ai laissé Tall et Michel gagner une tonne et suis rentré avec Johny à la villa. On a joué au billard jusqu’au lever du soleil avec des deux boss. Les enchères ont progressivement monté, mais à la fin, tout le monde était à jeu. On a failli se faire mal quand même, c'était tendu jusqu'au dernier moment.

Aujourd’hui, tandis que je tape ces lignes, la villa est presque vide. Michel, Guignol, Alexia, Arnaud et mes boss sont retournés en France. Ne restent plus qu’une poignée de membres du Team Winamax, et moi et Régis. Je n’irai pas au Rio pour le Day 6… Je vais faire un peu de shopping avec Régis, aller dans un bon restaurant, et jouer au poker. Demain, je me rendrai à l’Amazon Room pour la dernière fois de l’été : les neufs finalistes du Main Event seront connus. Je dirai au revoir aux collègues autour d’un dernier verre, et mes 45 jours aux World Series of Poker seront enfin terminés. Il me restera deux jours avant de reprendre l’avion pour Londres : avec Tall et Johny, nous allons faire un bout de route en direction du nord ouest, histoire de regarder un peu le paysage. J'ai hâte de rentrer à Londres et dormir une semaine sans allumer mon ordinateur. Mon marathon vit ses derniers jours...

Mes compte-rendus en direct avec Lucille et Joel :

Day 2B
Day 3
Day 4
Day 5

jeudi 10 juillet 2008

Dr Pauly’s Killing Fields

Day 40

« Tiens toi prêt : ça va être un massacre aujourd’hui.», ai-je mentionné à Pauly dès mon arrivée dans l’Amazon Room mardi midi.

Les Day 2 du Main Event sont traditionnellement les plus sanglants. D’entrée de jeu, l’augmentation des blindes rattrape les centaines de petits tapis qui avaient sérré les fesses en fin de Day 1, et les éliminations éclatent aux quatre coins de la salle à une vitesse qui défie l’imagination.

Pour me rafraîchir la mémoire, je m’étais replongé dans mes archives de 2006 et 2007. En comparant les nombre de joueurs au départ et à l’arrivée lors des deux derniers Main Events, j’avais prédit un chiffre de 100 éliminations par heure pour la première partie du Day 2.

Je savais que la statistique intéresserait Pauly. Depuis que le Big One a commencé, le roi des bloggeurs poker est hanté par la « tristesse, la misère, et l’agonie » que lui inspirent le bain de sang du Main Event. Les métaphores guerrières pullulent : les images de mort, de destruction et de chaos sont partout. C'est Apocalypse Now en direct du Rio. Bienvenue aux champs meurtriers du docteur Pauly, correspondant de guerre à Las Vegas.

« Tous les jours, les bus PokerStars, arrivent au Rio en provenance du camp de base du Palms, remplis de chair à canon toute fraîche. Au milieu de la nuit, ils ne transportent plus que des carcasses blessées et traumatisées. »

Midi : 1,254 joueurs restants font leur entrée dans la salle.

« Après le troisième jour, on devient insensible à l’odeur du sang des pigeons, et l’on ne fait plus attention aux tâches rouges qui jonchent le bas du pantalon. Le sang coule à flots, et la marée provoquée par l’hémorragie divise l’Amazon Room en deux. Les médias français appellent ça « la rivière remplie du sang des ânes. »

14h15 : 1,063 joueurs restants. All-in and a call !

« Le main Event, c’est comme la guerre : vous pouvez l’observer à la télévision, mais il est impossible de se faire une idée de ce qu’est réellement la boucherie avant de l’avoir vue de vos yeux. »

16h22 : 847 joueurs restants. Seat Open !

« Toutes les nuits, mes yeux restent ouverts, hanté que je suis par les cris des âmes torturées et laissées pour mortes dans les champs meurtriers. »

20h55 : 665 joueurs restants. Le compteur s’affole.

« Les ânes émettent un son distinct au moment où leurs gorges sont tranchées. Lorsque j’entends ce bruit terrifiant, la mélodie de la Chevauchée des Walkyries me revient en mémoire, tandis que ma vision s’obscurcit et que je m’évanouis, pour aussitôt me réveiller baignant dans la mare épaisse du sang des perdants. »

01h10 : 469 joueurs restants. Trêve provisoire.

« Peu importe vos efforts pour les chasser de votre mémoire, les horribles souvenirs de l’angoisse des champs meurtriers remontent toujours à la surface. »

J’avais plus de 25 soldats de l’armée française à suivre au milieu du champ de bataille. Quand la fumée s’est dissipée, vers une heure du matin, plus de la moitié d’entre eux avaient péri au combat : Alexia Portal, Jean-Claude Perrot, Gilles Smadja, Jerôme Zerbib… Une petite poignée avait accumulé assez de munitions pour avancer jusqu’à la prochaine bataille, dont mes frères d’armes Manuel Bevand et Anthony « Tallix » Roux. Un bon résultat, si l’on considère que presque 70% des joueurs au départ 14 heures plus tôt avaient rendu les armes.

En tant que reporters de guerre, nous ne participons pas aux combats. Ce qui ne nous empêche pas d’être directement exposés au feu des missiles lâchés en permanence dans l’Amazon Room. Ni de pleurer pour tous nos frères portés disparus.

Le Day 2A sur Winamax

Un grand merci à Pauly qui m’a autorisé à recopier des passages entiers de son blog, comme ça je n’ai pas eu trop à me tracasser pour trouver quelque chose d’intéressant à écrire, surtout qu’en ce moment j’ai vraiment pas le temps. Pour la version originale (bien meilleure que mes traductions bancales), cliquez ici.

mercredi 9 juillet 2008

Lucky Star

Day 39

Las Vegas est pleine de rêves et de promesses. Chaque jour, ils sont par milliers à y débarquer des espoirs plein les yeux et des fortunes plein la tête. Tous les matins, en me rendant au Rio, je peux observer le ballet des avions passant au dessus de ma tête sur l’Interstate 15, pour atterrir à McCarran. De gros Boeing en provenance de New York, Los Angeles, Seattle, Washington, Francfort, Londres, remplis de touristes et de dollars prêts à se déverser sur le Strip. J’en sais quelque chose, ces espoirs ne sont là que pour être brisés, hachés menus par la brutalité avec laquelle les casinos s’emploient à vous tondre jusqu’à votre dernier centime.

Las Vegas est plein de rêves déçus et de promesses non tenues. Ce qui ne nous empêche pas d’y revenir, encore et encore. Après tout, peu importe qu’on gagne où qu’on perde, tant qu’on peut jouer, tenter, risquer, se mettre en péril, frôler de près la mort au bord du précipice, bref, en un mot : se sentir vivant.

Las Vegas est une ville cruelle, injuste et ingrate, mais qui sait laisser un peu de répit à ses visiteurs, en leur donnant l’espoir qu’ils ont une chance de gagner. Sinon, pourquoi y reviendrait-on ?

C’est le sentiment que j’avais en quittant le Mandalay Bay en début de soirée, les poches remplies et l’esprit libéré. Un petit miracle venait de se produire : j’étais revenu à jeu. Pour la première fois en sept séjours à Vegas, une bonne étoile avait brillé dans ma direction.

Ce splendide Lundi avait commencé tranquillement. Avec Régis, on a profité d’une rare journée de pause entre les deux premiers tours du Main Event. Après une nuit complète de sommeil, la première depuis bien longtemps, on était passé à l’Apple Store situé à quelques centaines de mètres de la villa. Régis a acheté un MacBook Pro tout neuf, 30% moins cher qu’en France à côté de la faiblesse du dollar. Moi, j’ai craqué pour les nouveaux écouteurs anti-bruit intra auriculaires d’Audio Technica (j’avais déjà le casque, ma collection est désormais complète) On a mangé une pizza dans un resto californien, et après, j’ai emmené Régis au musée du flipper. On a éclaté le Joker’z, l’Indiana Jones et le Theatre of Magic, on s’est fait défoncer au Black Hole et au Haunted House. On criait comme des débiles à chaque multiball, c’était super. Après, Régis avait besoin d’un trépied pour sa caméra, on trouvé une boutique photo sur la route, puis on s’est rendus au Mandalay Bay dont je n’avais jamais essayé la salle de poker. Il y a avait de la place en No Limit, blindes 1 et 2 dollars. C’était la première partie de Régis depuis son arrivée, moi la seconde seulement. On a très vite compris où on était tombés. Il n’y avait que deux types de joueurs : ceux qui sont nuls parce qu’ils ne jouent pas assez de mains, et ceux qui sont nuls parce qu’ils en jouent trop. Dans les 10 premières minutes, une fille complètement à l’ouest a grassement payé la quinte de Régis, pour ensuite lâcher une tonne contre mon full (tellement évident, As-Valet sur As-2-2-2-x, j’ai pas compris pourquoi elle m’a payé à la rivière sans l’As) Avec Régis, on s’est regardé en hochant la tête : yes mon pote, on a trouvé une bonne partie, ouais)

Arrive alors la plus belle embellie jamais arrivée depuis ma première visite à Vegas en 2004. Je paie une relance depuis le petit blind avec une paire de Valets. On est trois à voir le flop As-Valet-3, avec deux piques. Déjà, là je suis bien. Je check/raise le relanceur initial, il me paie dans la foulée. La croupière retourne la quatrième carte : un Valet qui me donne carré. J’essaie tant bien que mal de garder mon calme. Je mise : c’est payé en une seconde. Rivière : un autre 3. Je mise une dernière fois : je n’ai pas grand espoir d’être payé, et je me prépare à ne pas montrer mes cartes en cas de passe probable de mon adversaire. A ma grande surprise, ce dernier paie : je lui retourne mon carré à la figure, si bien que les cartes arrivent à quelques centimètres de lui. Je viens de gagner environ 200 dollars dans cette main, mais ce n’est pas fini : la croupière arrête la partie et appelle un superviseur. Je ne comprends pas trop ce qui se passe, jusqu’à que je réalise que mon carré vient de me faire gagner 350 dollars de plus, offerts par le casino pour récompenser les grosses mains. Tout le monde ne regarde. Un employé du casino me demande mon nom et me fait signer un reçu. Un type en costard dépose un rack de jetons rouges de 5 dollars sur la table. Je suis euphorique : j’ai plus de 750 dollars de tapis, moins d’une heure après m’être assis avec 200 dollars. C’est le plus gros pot que j’ai jamais gagné au poker. Je plane tellement que je ne tique même pas quand, vingt minutes plus tard, un touriste débile me slowroll avec une paire d’As, défoncant ma paire de Rois et me prenant 220 dollars au passage. Avec Régis, on a quitté aussitôt la table, hilares. Il avait chatté aussi : il a pris un peu plus de 100 dollars à la table, et la floor manager lui a rendu 100 dollars de trop à la caisse. Quelle embellie, mes amis. Toutes mes pertes de l’été (black-jack, Euro, Pai Gow, poker…)

On est rentrés à la villa se faire beaux pour la soirée PokerStars au Palms. C’était la première fois que je mettais les pieds dans une boîte cet été. Dès mon arrivée, je croise un Pauly tout excité : « depêche toi d’aller au bar, ca fait une demi-heure que Dario Mineri n’a pas décollé sa bouche de celle d’Isabelle Mercier » Je me précipite à l’intérieur, mais ne trouve pas les deux tourtereaux. Dommage, le jeune Italien et la superstar Canadienne auront été l’attraction de la soirée, éclipsant à moitié l’invitée spéciale de la fête, la célèbre strip-teaseuse (et ex de Marylin Manson, il me semble) Ditta Van Teese. Privé du spectacle de roulage de pelles entre les deux pros de l’équipe PokerStars, je me suis rabattu sur Ditta, qui s’est désapée avec classe et bon goût (à l’image de PokerStars, quoi) dans un style années 50 assez irrésistible. La boîte était pleine à craquer, j’ai croisé plein de collègues et d’amis joueurs. On a bu des vodka tonic et des rhum coca. Le DJ a passé « Don’t Stop Believing », bref c’était super.



En rentrant à la villa, j’apprends que Manub a remporté 500$ en misant 1$ dans une machine à sous, et qu’à la Bobby’s Room du Bellagio, Patrick Bruel a trouvé une quinte flush à la turn, juste au moment où son adversaire a décidé d’envoyer tapis pour 100,000 dollars (pour la petite histoire, ce dernier a demandé à Patrick s’il voulait retourner deux rivières – Brubru a accepté en rigolant, vu que même en retournant 40 rivières il n’aurait jamais pu perdre ce pot)

Bref, tout ça pour vous dire qu’en ce magique Lundi 7 juillet 2008, tout le monde a gagné à Las Vegas. Un miracle qui ne risque pas de se reproduire avant longtemps. Ce qui ne m’empêchera pas de revenir au plus vite dans la ville des rêves brisés.

mardi 8 juillet 2008

Groundhog days

Day 38

Dimanche, comme tous les matins, je me suis réveillé à 10 heures, et comme d’habitude, j’ai regretté de ne pas avoir pu dormir trois ou quatre heures de plus. Une demi-heure plus tard, je sortais de la villa, douché et habillé, prêt pour une nouvelle journée de travail de 14 heures (cela fait bien longtemps que j’ai laissé tomber le petit déjeuner, pas le temps)

Je démarre la Nissan, descends l’allée et commence à rouler… Hum, quelque chose ne va pas. La voiture penche vers la gauche, et le pneu avant émet un son inhabituel, qu’on pourrait retranscrire à l’écrit par « flopflopflopflopflop ». Bordel de merde, le pneu est à plat. Je sors du véhicule, et constate les dégâts. Bien sur, je commence immédiatement à paniquer : je dois aller chercher mes reporters dans les quinze minutes au Bally’s, puis me rendre au Rio pour arriver en avance et ainsi choper une bonne place sur le banc de presse dans l’Amazon Room.

J’envoie immédiatement un texto pour leur dire de partir sans moi et commencer à travailler. Coup de chance, mon boss sort de la villa d’en face au même moment, et m’installe la roue de secours en dix minutes chrono. Il est trop fort, mon boss. Nous constatons que la jante est aplatie : je ne m’en étais pas rendu compte, mais le pneu était déjà crevé quand je suis rentré du Rio la veille. Tout au plus avais-je remarqué que la voiture virait légèrement à gauche quand je lâchais les mains du volant, et je ne m’en étais pas inquiété. Coup de chance, je n’avais pas emprunté l’autoroute, préférant passer tranquillement par Industrial Road, la route parallèle à l’Interstate 15.

Je me rends à l’agence, située à 500 mètres de la villa. Après deux heures de paperasse à remplir, j’échange la Nissan contre un PT Cruiser tout neuf. Une amélioration significative au niveau du standing. Je pensais que j’aurais quelque chose à payer, mais non. Peut-être me présenteront-ils la note quand je rendrai la voiture la semaine prochaine.

J’arrive au Rio avec 90 minutes de retard pour la dernière et la plus grosse des quatre journées de départ. 2,461 joueurs se sont inscrits : tous les retardataires et les étourdis sont au rendez-vous, ainsi qu’un bon paquet de pros ayant opté pour une entrée tardive. Heureusement pour nous, la plupart des français ont déjà joué lors des trois journées précédentes, et ils ne sont plus qu’une poignée au départ pour l’ultime Day 1 : Pascal Perrault, Fabrice Soulier, le jovial Michel Cohen (débarqué en dernière minute à Vegas), Jean-Pierre Petroli (de PokerNews), Gabriel Nassif… Patrick Bruel et Almira Skripchenko ont malheureusement sauté rapidement. Notre Brubru national a été très malchanceux.

Avec la clotûre des inscriptions en milieu d’après-midi, les superviseurs ont pu enfin publier les chiffres officiels de la participation au plus gros tournoi du monde. Après six semaines de spéculation et de rumeurs contradictoires, on tenait enfin la réponse à la grande question. Certains avaient estimé que le Main Event 2008 battrait tous les records, d’autres, au contraire, prédisaient une baisse drastique de la participation, prophétisant la fin de la « mode poker » et un retour à la préhistoire pré-2003. Moi, je suis resté prudent. Je savais que le record de 2006 ne serait pas battu (tant que PokerStars et FullTilt ne pourront inscrire directement leurs qualifiés, ce sera impossible), mais aussi que la participation serait plus forte qu’en 2007, période de transition de l’industrie après le vote de l’UEIGA aux Etats-Unis.

J’avais vu juste dans mes prédictions : ce sont finalement 6,844 joueurs qui ont pris part au Main Event 2008, une légère hausse par rapport à l’année dernière. 666 joueurs seront payés, un chiffre calculé automatiquement par les ordinateurs d’Harrah’s : j’ai été étonné que ce chiffre tendancieux n’ai pas été modifié par les organisateurs. Les premiers payés recevront 21,000 dollars, tandis que le vainqueur final sera récompensé du plus gros gain de l’année : 9 millions de dollars. Mais ça, ce ne sera pas avant trois mois.

A la fin de la journée, la plupart des tricolores avaient sauté, ne me laissant que quelques tapis à compter avant de repartir à la villa : Jean-Pierre Petroli, Michel Cohen, Germain Gillard et William Cabre. Cependant, une poignée de français avaient échappé à mon radar, comem j’allais m’en rendre compte en consultant les listes officielles le lendemain matin. Des joueurs amateurs, la plupart qualifiés sur Internet, dont je n’avais jamais entendu parler auparavant.

La fin du Day 1D marquait la conclusion de la première partie du Main Event. La moitié des 6,844 inscrits ont déjà pris la porte de sortie. Après quatre journées de départ en tout point similaires qui n’ont pas été sans rappeler « Un Jour sans Fin » avec Bill Murray, l’introduction est enfin terminée. Il reste encore de nombreux chapitres à écrire dans cette histoire qui ne trouvera pas de conclusion avant le 10 Novembre.

Day 1D : reportage en direct

lundi 7 juillet 2008

Getting mighty crowded

Day 37

Après deux journées inugurales en demi-teinte, le Main Event a finalement décollé avec la troisième journée de départ. Le hall du convention du Rio était plein à craquer avec presque 2,000 joueurs répartis aux quatre coins du bâtiment : dans l’Amazon Room, dans la Brazilia Room, dans la Tropical Room (d’ordinaire réservée aux satellites), et à plusieurs centaines de mètres de là, dans les couloirs près du casino et dans la poker room.

Bien entendu, c’est lors de cette journée blindée que la majorité des joueurs français ont choisi de faire leur entrée. Une bonne partie du Team Winamax, quatre qualifiés, un Paul Testud, un Eric Larchevêque, un Rémy Biechel, et des tas et des tas d’autres joueurs, dont une bonne moitié d’inconnus : qu alifiés PokerStars, qualifiés Everest et compagnie. Au total, plus de trente joueurs à suivre dans trois salles différentes, sans compter la zone du casino dans laquelle nous ne sommes pas aventurés.

Avec Joel et Lucille, on s’est reparti la liste des joueurs connus, et on s’est jetés dans la bataille. Ce fut une journée brutale et épuisante. On a couru toute la journée après l’info, rapportant les coups, tenant le décompte des éliminations, et trouvant constamment de nouveaux joueurs français au passage. Il y avait tellement de choses à voir que je suis complètement passé à côté de Roger Hairabedian, le vainqueur du récent Grand Prix de Paris, pourtant difficile à manquer vu sa stature imposante. Je ne l’ai remarqué qu’en toute fin de journée, sur les indications de Maanu.

Pendant la pause-dîner, direction au… In ‘n Out Burger. J’ai arrêté de compter combien de fois je m’y suis rendu cet été. Mais il fallait bien que je fasse découvrir les meilleurs burgers du monde à Joel et Lucille.

J’ai laissé partir mes deux reporters vers 23 heures, me chargeant du dernier niveau en solo. Ma tradition en fin de journée est de relever les hauteurs des tapis de tous les français restants. Samedi, cela m’a pris plus de trente minutes. Plus de vingt français ont survécu, parmi lesquels ElkY, Eric Larchevêque, Guillaume Darcourt, Rui « Gohanounet » Cao, Nicolas Levi, Régis « Forceps » Burlot, et bien sur Arnaud Mattern, le grand gagnant de la journée avec un tapis de 157,650, suffisant pour le propulser dans le top dix. Les quatre qualifiés Winamax se sont tous qualifiés pour le second tour, certains avec un gros tapis : bravo !


Arnaud Mattern, chip-leader français à l'issue du Day 1C : la fin du bad-run ?

De retour à la villa à deux heures du matin, je découvre le gros du clan Winamax en train de festoyer joyeusement. Billard, Wii, barbecue, poker en terrasse, les sortants doivent se foutre à l’eau : j’ai toujours un pincement au cœur quand je débarque après 14 heures de taf et que je vois tout le monde s’amuser. Tant que je suis au Rio, ca va, je suis dans un environnement de travail, en compagnie de collègues qui bossent aussi dur que moi jour après jour. Tous les soirs en rentrant, je réalise tout ce dont je suis passé à côté cet été.

J’ai traversé la rue pour me rendre l’autre villa, celle où je dors. Ludovic et Johny m’ont rejoint. On s’est installé en terrasse avec des bières et des cigarettes qui font rire. L’heure était à l’introspection. Pour eux, et tant d’autres, les World Series of Poker se sont terminées avec leur élimination du Main Event. La valise de Cuts était prête, son billet d’avion reservé pour le lendemain : il n’avait plus rien à foutre à Vegas, après cinq semaines d’enfer sans aucun résultat, ni même un seul Day 2. Un échec cuisant que je ressens, parce que Ludo est l’un des membres de la Team dont je me sens le plus proche : j’aurais tant aimé qu’il fasse un beau résultat. La variance, inhérente aux tournois de poker, en a décidé autrement, et il faudra attendre le début de la saison prochaine pour voir Cuts briller à nouveau.

Bon, j’ai l’air un peu triste en vous racontant ça, mais je me suis quand même roulé par terre en me tenants les côtes en écoutant mes amis résumer leur expérience dans le plus gros tournoi du monde :

« - Le Main Event, c’est pire qu’une pute. J’ai payé 10,000 dollars, ça a duré seulement quatre heures, et j’ai rien fait au final.

- Ah, tu t’es fait avoir, moi pour le même prix j’ai eu droit à six heures. »

Day 1C : reportage en direct

Day 1C, aussi appelé "journée des bonnasses" :


Tiffany Michelle


Lacey Jones


Evelyn Ng

dimanche 6 juillet 2008

Flag waivers

Day 36

Je suis le premier à le déplorer : la charge de travail qui m’incombe actuellement m’empêche de me consacrer pleinement à ce blog. J’aimerais pouvoir passer plus de temps à développer les sentiments et réflexions que m’inspirent le Main Event, tout les trucs qui se passent en parallèle mais le fait est que je n’ai absolument pas le temps, trop occupé que je suis à couvrir l’épreuve en direct du Rio, et ce durant 14 heures par jour. Il y a tellement de choses à écrire, de joueurs à suivre… Je dispose d’une heure à peine par jour pour me pencher sur mon blog, durant la pause dîner du soir, et ce n’est pas suffisant pour produire quelque chose qui tienne la route. Soyons réalistes : mon travail pour Winamax me fait gagner beaucoup d’argent, en tout cas beaucoup plus que lorsque j’étais un freelancer sans le sou. Mon travail sur ce blog me fait gagner… pas un centime. Mes obligations envers Winamax doivent donc rester prioritaires. Traduction : à nouveau, comme souvent cet été, voici un post sans queue ni tête écrit à la va-vite, où l’on apprendra rien d’intéressant.

Vendredi marquait l’anniversaire de l’indépendance des Etats-Unis. C’est la seconde fois que j’ai l’occasion de passer un 4 juillet en territoire Américain. En 2007, j’avais fêté ça en allant allumer quelques pétards dans le désert avec Ryan, Ed, et les gars de PokerListings. On avait bu de la Corona chaude en regardant les feux artifices briller dans le ciel. Cette année, la fête nationale tombait au beau milieu du Main Event. J’ai donc passé la journée enfermée dans l’Amazon Room pour suivre le Day 1B, sortant de temps pour fumer une cigarette dans la cour. Les hauts murs de cette cour de prison m’empêchaient de voir les feux d’artifice, tout au plus je les entendais éclater de temps à autre.



Plus que tout autre nation, les américains aiment leur drapeau… Sur le toit des casinos, à l’arrière des voitures, devant les McDonald’s, les stations service, les banques, les jardins publics, à la télévision : impossible de faire cent mètres sans tomber sur la bannière étoilée. Un attachement aux symboles quasiment inexistant en France (sauf pendant les finales de coupe du monde bien sur), où le bleu blanc rouge semble être tombé en désuétude, ringardisé par l'extrême droite et les fachos. A Londres, je vois un peu plus de drapeaux, mais finalement pas tant que ça. Et dans le reste de l’Europe, je ne me rappelle pas avoir visité de pays où l’on idolâtre autant son emblème national. Alors qu'aux Etats-Unis, il n’y a pas de honte d’être un fier patriote, personne ne cherchera à s’en excuser. J’écris cela sans la moindre once d’ironie. J’ai une position assez neutre envers le patriotisme, et n’ai jamais succombé à la mode de l’anti-américanisme, très en vogue dans nos contrées européennes.


Jean-Claude Perrot et Patrick Bueno en faveur de l'amitié franco-américaine

Tout cela pour dire que je ne fus pas le moins du monde étonné que le Day 1B du Main Event ait démarré par un chanteur country du cru interprètent l’hymne national acapella, devant un millier de joueurs debout, beaucoup avant enlevé leur casquette et mis la main sur le cœur. Un moment solennel pris au sérieux par tous les américains présents, sous le regard incrédule de tous les autres joueurs venus du monde entier. Harrah’s avait distribué des petits drapeaux américains à l’entrée de l’Amazon Room, mais n’avait pas oublié les canadiens, suédois, allemands, suisses… Par contre, je n’ai pu m’empêcher de sourire quand Jeffrey Pollack a pris le micro pour célébrer l’Amérique, « pays de toutes les libertés », ce qui est assez ironique quand on songe que des sites comme PokerStars ou FullTilt n’ont pas droit de cité au Rio sous prétexte qu’ils laissent jouer les américains.



Il y avait encore moins de joueurs au départ du Day 1B que la veille… La fête nationale n’étant sans doute pas étrangère à cette désaffection. Les français, eux, n’avaient rien à célébrer et étaient donc présents en masse. Mon pote Thomas Fougeron a terminé la journée avec un gros stack, ce qui fait toujours plaisir. Du Team Winamax, on a perdu Eric Koskas, mais on a gardé Tallix, Manub, Michel Abécassis (assis toute la journée en table télé – surveillez ESPN dans les mois à venir !) et les trois qualifiés du jour. Pas mal du tout, cette journée. Aussi, mon cogneur de Varsovie préféré Jean-Claude Perrot a monté un gros tapis, et plein de joueurs que je ne connaissais pas avant ont survécu : Gilles Smedja, Eric Bremond, Bruno Martin… Sans oublier l’excellent Elie Marciano. Parmi les sortants, Patrick Bueno, Nicolas Atlan (meilleur français au Main Event en 2007), Bruno Fitoussi, Nicolas Ragot... Bref, encore une journée bien chargée, ou moi et mes reporters n’avons pas eu le temps de souffler. Et encore, ce n’est que le début.

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Allez faire un tour sur le blog du cougar sexy de WickedChops, Michelle Lewis, en cliquant ici.

samedi 5 juillet 2008

Save the last dance

Day 35

Mes trente-deux premières journées à Vegas se sont écoulées à toute vitesse, et pour la majeure partie sans encombre. Tous les marathons, les longues soirées que j’ai enchaînées durant un mois ne sont finalement rien en comparaison de ce qui m’attend avec le Main Event, le plus gros et le plus convoité tournoi de l’année.

C’est comme si quelqu’un appuyait sur un interrupteur invisible. Durant la transition entre les épreuves préliminaires et le tournoi final des WSOP, l’atmosphère change radicalement. Un flot de journalistes démarque en masse, la plupart dont je n’ai jamais entendu parler, envahissant le banc de presse et rendant difficile la tâche de trouver une place pour s’asseoir.

Dans l’Amazon Room et les couloir du Rio flotte une ambiance de fin de règne : pour tous les joueurs, le Main Event est la dernière épreuve d’un long été, mais aussi la plus importante, celle que tout le monde rêve de remporter, et en même temps celle qui arrive au moment où le noyau dur des joueurs pur et purs sont sur les rotules après avoir enchaîné épreuve après épreuve. A la veille du Main Event, ces joueurs sont surclassés en nombre par le flot de qualifiés Internet débarquant à Vegas, la plupart pour la première fois, et pour leur tout premier tournoi. L’excitation est à son comble, et le Rio, déjà bondé pendant un mois entier, semble se remplir encore plus durant les deux dernières semaines.

Pour moi, le Main Event est surtout l’épreuve la plus difficile à couvrir de toutes, celle où l’on retrouve le plus de joueurs français, plus que dans n’importe quel autre tournoi. Plus de la moitié d’entre eux sont des qualifiés Internet dont j’ignore tout : l’une de mes tâches principales est de les retrouver au milieu des 230 tables des deux salles de tournoi. La pression est énorme : il s’agit de ne pas rater la dernière ligne droite des championnats du monde, la plus suivie par le public.

J’étais donc très nerveux en débarquant au Rio jeudi, en grosse partie parce que je n’avais pas réussi à obtenir de badges médias pour mes deux aides de camp, Lucille et Joel. Ce problème qui me torturait l’estomac depuis quatre semaines s’est très vite résolu après une rapide conversation avec le responsable communication d’Harrah’s, Seth Palansky, qui m’a remis les précieux sésames sans poser la moindre question.

Soulagé d’un poids, nous nous sommes installés sur le banc de presse, déjà presque plein : heureusement que nous avions pris nos précautions en arrivant avec une heure d’avance. Croupiers, superviseurs, hommes d’entretien : tout le monde se préparait avec application pour le départ du plus gros tournoi de l’année. Nous avons profité de notre avance pour rédiger un post d’introduction chacun. A midi pile, Wayne Newton (un interprète légendaire de Vegas) a déboulé dans la salle, suivi par une troupe de majorettes et une fanfare, pour lancer le départ et entonner le traditionnel « Shuffle up and deal » Une bonne entrée en matière, enjouée et bruyante.

Je n’ai pas été surpris tant que ça du faible nombre d’entrées en cette première journée de départ (sur quatre au total) Ils étaient 1,297 joueurs inscrits au Day 1A… C’est peu, mais cela représente en réalité 10 de plus qu’en 2007, une année qui a vu le nombre total d’inscrits pointer à 6,300. Pas de déception, donc. En général, la plupart des joueurs (surtout les Californiens, la « nation » la plus représentée aux WSOP) préfèrent commencer leur tournoi le plus tard possible, pour éviter de se retrouver avec trois ou quatre jours de trou entre leur premier et leur second jour.

Il y avait pas mal de français à suivre durant le Day 1A. Mes deux aides n’ont pas été de trop pour tous les suivre. Au final, nous avons surtout rapporté des éliminations, plutôt que des gros pots gagnés, les tricolores ayant été semble t-il en panne de bonne fortune en cette première journée. Benyamine, Johny, Cohen, Fhal, Otto, Guignol… tous sont passés à la trappe plus ou moins rapidement. Le plus gros tapis français à l’issue de cette journée, Michel Leibgorin, n’atteignait « que » 63,000, soit trois fois le tapis de départ, alors que d’autres pointaient déjà à 190,000. Parmi les survivants, on retrouve une petite dizaine de joueurs, comme Jerôme Zerbib, Stéphane Gérin, le nordiste François Kolusniewski ou encore Alexia Portal.


Michel Leibgorin, meilleur français classé à l'issue du Day 1A

Les effets positifs de l’aide apportée par Joel et Lucille se sont rapidement fait sentir. C’est la première fois (mis à part quelques rares exceptions dans le passé, comme lorsque je collaborais avec mon pote photographe Arnaud pour la Team770) que je peux déléguer les tâches de recherche et d’écriture, et cela m’a libéré d’un poids considérable. Après toutes ces années, j’avais pris l’habitude de travailler tout seul. Ce renfort a multiplié par dix la qualité du reportage, et avec le recul, je me rends compte que je n’aurais pas pu m’en sortir autrement. Il y avait beaucoup plus de mains racontées, plus de photos, plus d’anecdotes, plus d’ambiance... Quasiment aucun joueur français n’a été oublié, et chacun a eu droit à sa petite histoire. J’ai confié à mes reporters la tâche de suivre les joueurs les plus connus, dont le Team Winamax, et ainsi, j’ai pu me concentrer sur les joueurs un peu plus obscurs, et sur l’ambiance générale à l’intérieur de l’Amazon Room. A ce petit jeu, Joel et Lucille se sont excellement bien débrouillés, malgré leur inexpérience. Ils ont bossé dur et n'ont pas été avares d'efforts pour aller chercher les infos. Au final, cela a donné une couverture solide des français en course, avec un gros post riche en informations une fois par heure, comme l’exigent les règles médias en vigueur aux WSOP.

Toutes choses considérées, cette première journée fut assez pauvre en événements fracassants, une bonne chose car cela nous a laissé le temps de nous roder et de rentrer dans le rythme. Les « Day 1 » des gros tournois sont habituellement calmes, et celui-ci n’a pas fait exception. Et c’est tant mieux. Hors de question de brûler les batteries dès le début de ce marathon : nous sommes partis pour au moins huit jours de reportage intensif, voire plus encore si un ou plusieurs joueurs français vont loin.
Day 35 : le reportage en direct

vendredi 4 juillet 2008

How many roads must a man walk down

Day 34

Le jour précédant le Main Event est traditionnellement réservé aux satellites. C’est la dernière chance de qualification au « Big One » pour les joueurs n’ayant pas réussi à réunir les 10,000 dollars nécessaires à l’inscription. Pas grand-chose à voir pour les journalistes, mis à part deux finales auxquelles je n’ai prêté aucune attention. Signalons quand même la victoire (dans l’ultime épreuve préliminaire de l’été) de Matthew Graham, un excellent joueur online dont j’avais fait la connaissance lors des WSOP 2006, que j’avais couverts pour PokerRoom. Un pro accompli qui était déjà millionnaire il y a deux ans, et qui avait réinvesti ses gains dans l’immobilier. Tiens, faudrait que je le demande si ses investissements ont bien prospéré depuis le temps. Hum, en fait non, ce n'est peut-être pas une bonne idée.

J'aurai pu passer la journée dans la piscine, ou dans mon lit, histoire d'être bien reposé et prêt pour onze journée (quasi) consécutives de travail intensif, mais je me suis quand même pointé au Rio mercredi. Deux événements à moitié importants se déroulent chaque année la veille du Main Event : la conférence de presse des organisateurs, et le tournoi des journalistes. Manque de pot, n’avaient lieu ce jour là ni l’un, ni l’autre : tout a été décalé à lundi. J’avais été prévenu par email, mais je l’ai lu trop vite.

Ainsi m’étais-je donc levé à neuf heures pour rien. J’en ai profité pour faire appeler Joel et Lucille, les gagnants du concours « Reporter in Vegas » organisé par Winamax il y a trois mois. Ils sont arrivés à Vegas deux jours plus tôt. Plus de trente membres des forums ClubPoker et Wam-Poker avaient participé au concours : ces deux gagnants ont été choisis pour leur motivation, leurs compétences à l’écrit et le soutien qu’ils ont eu de la part des autres membres. Joel et Lucille vont suivre avec moi leur tout premier tournoi, le plus difficile de tous à couvrir : le Main Event. J’avais donc une tonne de choses à leur apprendre : les différentes phases d’un tournoi, la « grammaire » d’un reportage en direct, la façon de raconter un coup, l’envoi de photos sur le serveur, les règles en vigueur, et plein d’autres choses. Mais je sais que leur motivation compensera aisément leur inexpérience. Et de la motivation, il en faudra pour mener à bien le reportage : de longues journées les attendent, pas toujours passionnantes, pas toujours valorisantes. Ils constateront de visu la réalité du métier de « tournament reporter » : on verra bien si l’expérience leur donne envie de continuer dans cette voie.

Avant de quitter le Rio, on a jeté un coup d’œil au tournoi de charité organisé par Annie Duke et l’acteur Don Cheadle, au profit des victimes de la crise du Darfour. Une initiative on ne plus louable, dans une ville dominée par l’avarice et l’appât du gain. Beaucoup de célébrités avaient répondu à l’appel, comme Ben Affleck, Matt Damon, Charles Barkley ou Adam Sandler. Bien entendu, les pros les plus médiatiques du circuit étaient présents aussi, se mélangeant joyeusement avec les cadors d’Hollywood. En conséquence, la Brazilian Room était pleine à ras-bord de touristes venus tenter d’apercevoir leurs stars préférées. Nous ne sommes pas restés longtemps : les superviseurs ont jeté dehors tous les médias poker au bout de 15 minutes, pour laisser le champ libre à la presse généraliste, qui ne daigne se déplacer que lorsque des people sont présents. De toute façon, je n’avais aucune envie de rester, j’avais bien mieux à faire : une petite sortie au Red Rock Canyon avec le Team Winamax.



Oui, je sais, c’est la troisième fois que je m’y rends en mois. Que voulez-vous, je ne m’en lasse pas. J’avais très envie d’y emmener mes amis du Team, histoire de les ressourcer avant le Main Event. On a fait d’une pierre deux coups : des journalistes sont en ville pour suivre l’équipe, cela leur a permis de faire de chouettes clichés sous le soleil couchant. Je pense que la sortie a plu au Team, en tout cas je suis convaincu qu’un peu de dépaysement ne peut pas leur faire de mal après un mois de tilt (quasi) général à Las Vegas, même si dans le cas présent, ils ont du obéir aux ordres du photographe pendant deux heures, ce qui devait être un peu relou vers la fin. Régis a tourné une magnifique vidéo de la sortie, j’adore :


(cliquez pour agrandir)

En revenant du Red Rock, on s’est rendu au casino du même nom histoire de se restaurer dans une steak-house. Tout le monde était bien crevé après deux heures d’acrobaties en plein soleil. Comme j’avais déjà eu mon quota de viande rouge la veille, j’ai pris un poulet rôti avec un gratin de pomme de terre. Trop bon mais je n’ai pas réussi à finir. Vers minuit, on a repris l’autoroute, direction Vegas. J’ai déposé Arnaud au Rio, Davidi au Wynn, Joel et Lucille au Bally’s (ouf !), puis suis rentré à la villa. Il m’a fallu un bout de temps avant de réussir à m’endormir. J’étais nerveux comme jamais à la veille du plus gros tournoi de l’année.

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Ludovic Lacay s’est remis à écrire. En voilà une nouvelle qu’elle est bonne. Visitez le tout nouveau blog de Sir Cuts en cliquant içi.


Je ne m'en lasse pas...

jeudi 3 juillet 2008

Day off

Day 33

Bon, pas de temps à perdre, je me suis donné 20 minutes grand maximum pour écrire ce post, étant donné que là, maintenant je suis très occupé avec le premier jour du Main Event.

Mardi marquait ma troisième journée de pause du mois. J’ai emmené Tall et Gohanounet (un joueur de high-stakes online français) au musée du flipper et de la machine d’arcade, mon endroit favori de Las Vegas, et le meilleur moyen de passer une journée de congé tranquille. J’ai explosé le Simpsons, tandis que Tall et Goha se frittaient sur une antique version de Pong datant des années 70. On a essayé des tas de machines pendant deux heures : à la fin, je dégoulinais de sueur, en particulier après une partie de Track n’Field endiablée. C’est physique, le jeu d’arcade.



Je n’avais jamais grimpé au sommet de la Stratosphère, la tour la plus haute de Las Vegas. Voilà qui est chose faite : les vues sont spectaculaires. Trois manèges à sensations ont été installés sur le toit de la tour. Il y en a qui était fermé, un autre pas génial mais qui m’a quand même foutu les boules pendant une minute (un wagon qui descend sur un bras mécanique monté sur le bord de la tour, te donnant l’impression de tomber dans le vide), et le dernier, un grand classique assez terrifiant : une nacelle propulsée verticalement à tout vitesse le long d’un pylône. Quand on arrive au sommet et que les forces s’inversent, le corps décolle du siège pendant trois secondes qui paraissent interminables. Le tout avec une vue imprenable sur le Strip à des kilomètres.



Après, on a conduit jusqu’au vieux Vegas, je crois que Tall ne l’avait jamais visité. On a mangé un morceau de barbaque énorme à la steak-house au dernier étage du Binion’s en regardant le soleil se coucher. A côté, deux vieux de la vieille se racontaient des bad-beats datant des WSOP 1972, enfin c’est ce que j’ai cru comprendre. En sortant, on s’est arrêté au black-jack pour se rembourser le repas, même que Tall a pris une tonne.



Plutôt que de prendre l’autoroute, on est rentré en empruntant le Strip de bout en bout vers le sud, se laissant porter par le flot des voitures en écoutant une radio classic-rock. Le vent était frais, la circulation légère, c’était bien. En vingt minutes, on avait atteint Robindale Road, où une bonne partie du Team Winamax nous attendait pour un bon gros barbecue des familles. Plusieurs membres du staff sont arrivés, et la soirée s’est terminée en Sit’n’Go avec les jetons Winamax tout neufs (la mallette va faire un carton dans la boutique du site, c’est obligé) Les deux premiers sortants ont du sauter dans la piscine tout habillé, honneur qui est revenu à Juliette et à mon boss. J’ai été éliminé par Régis (le second caméraman de Winamax venu prendre le relais de Paco), qui a fini par remporter le tournoi. Bref, une chouette journée de pause comme on les aime.

mercredi 2 juillet 2008

Slacking

Day 32

Lundi, il faisait trop chaud pour travailler. Les températures ont monté à un niveau jamais atteint cet été. Ceci dit, rien à voir avec la canicule de l’année dernière, où le thermomètre pointait régulièrement à 52 degrés, fait rarissime même dans le désert, cela faisait la une des journaux.

Histoire de se changer les idées, je suis retourné au Red Rock Canyon que je voulais montrer à Paco, on a conduit les 20 kilomètres de parcours en écoutant Dylan et en s’arrêtant de temps à autre pour admirer le paysage. Paco saluait tous les touristes qu’on croisait en leur disant : « Hello, we’re French ». Le temps était agréable. Loin du Strip, des embouteillages et de la pollution, la canicule de Vegas était absente. Il semble que le canyon soit protégé par un micro climat.

Bref, une petite ballade sympathique. Je n’ai qu’une hâte : y retourner le plus vite possible. Tout cette nature m’a donné quelques idées pour l’après Main Event, j’aurai deux jours de libres avant de retourner à Londres : hors de question de les passer à jouer au black-jack.

Même si j’étais présent à l’intérieur de l’Amazon Room durant lundi, je n’y ai pas fait grand-chose. Il n’y avait que quatre épreuves au programme, et je n’avais absolument pas le courage de couvrir une énième loterie à 1,500 dollars. J’ai suivi un peu la deuxième journée du Omaha à 10,000 dollars, mais Marciano et Leibgorin ont sauté assez vite.

Sur le podium ESPN, JC Tran a remporté son premier bracelet : plus que jamais, les WSOP 2008 restent l’année des pros. Va-t-on voir un jouer établi remporter le Main Event pour la première fois depuis 2001 ?

Il n’y avait plus grand-chose à faire au Rio... La plupart des journalistes étaient absents. Il y a comme une atmosphère de calme avant la tempête durant ces ultimes journées avant le départ du Main Event. J’ai glandouillé gentiment sur le banc de presse jusqu’à l’arrivée de Fred Le Roux, dont c’était la dernière soirée à Vegas. J’ai joué online pour la première fois en un mois, j’ai pris quatre caves en une demi-heure. Chouette. On a mangé au In n’Out Burger qu’il ne connaissait pas, avant de se rendre au Bellagio vers minuit. Nous n’avons pas manqué de remarquer qu’aucun joueur français n’était présent dans la salle de cash-games. L’ambiance générale était plutôt morose. Les championnats du monde se terminent, et en ont laissé plus d’un sur le carreau. Même Jennifer Harman, habituée des plus grosses parties, avait délaissé la Bobby’s Room pour disputer une « petite » 800/1600 dans la salle générale, au milieu des touristes. C’est la même rengaine chaque année pour 90% des joueurs participant aux WSOP : on arrive avec plein d’argent, on joue des parties chères, puis, progressivement, on commence à perdre, les buy-ins perdus s’accumulent, on est obligé de descendre de limite, et invariablement, on rentre à la maison les poches vides. Ne reste plus à la majorité des joueurs l’espoir de faire une grosse perf’ au Main Event, qui leur permettra de « break even », et terminer à jeu.

Compte-rendu du Day 32 des WSOP

mardi 1 juillet 2008

All the young dudes

Day 31

Avec le report de la table finale du Main Event en novembre, la finale du HORSE représentait notre dernière occasion de l’été d’assister à une grosse finale télévisée sur le podium ESPN, complète avec joueurs de qualité, public en délire, énorme prize-pool, etc, etc.



A quinze heures, les hostilités étaient lancées. Un par un, chacun des finalistes fut appelé à monter sur scène tandis que Jack Effel (tournament director en chef des WSOP) énoncait leur biographie avec une voix de chauffeur de stade. La fille de Chip Reese est montée sur l’estrade pour présenter le tout nouveau trophée commémoratif crée en l’honneur de son père disparu. La statuette prend la forme d’une main de poker de cinq cartes, celle qui a permis à Chip de remporter la première édition de l’épreuve en 2006. Le nom du vainqueur de l’épreuve sera gravé chaque année sur le socle du trophée, comme à Roland Garros. Puis, Doyle Brunson a pris le micro, donnant le coup d’envoi de la finale d’une voix émue.

En 2007, j’étais resté jusqu’au bout de l’épreuve pour suivre le fantastique parcours de Bruno Fitoussi, pour le voir finalement trébucher sur l’ultime marche contre Freddy Deeb. Rien de tout cela cette année : après vingt minutes de finale, j’avais déjà terminé mon travail. Patrick Bueno fut le premier éliminé, perdant d’entrée un gros coup contre Lyle Berman. Aucun regret chez le débonnaire français : il avait entamé la finale avec le plus petit tapis, et repart avec des souvenirs inouabliables, au terme d’une partie de cinq jours contre les meilleurs joueurs du monde : Doyle, Ivey, Greenstein…



Une tonne de français était au départ de l’épreuve de Pot-Limit Omaha à 10,000 dollars, dont Antony Lellouche, Elie Marciano et Jonathan Fhal, ces deux derniers étant tout juste arrivés à Vegas. Pendant la pause dîner, on s’est tous rendus au Fix, la cantine branchée du Bellagio. C’est la première fois que je vois des mecs se battre pour payer l’addition, normalement c’est l’inverse.

De retour de pause, tout ce petit monde a sauté assez rapidement (à l’exception d’Elie et Michel Leibgorin), et il ne me restait plus rien à couvrir. A minuit, j’avais quitté l’Amazon Room, laissant Lindgren, DeMichele et N’Guyen se disputer le titre dans le HORSE. J’étais loin de me douter que cette partie à trois durerait encore cinq heures, pour se terminer par la victoire méritée de Scotty N’Guyen. Il y a un an, le Vietnamien terminait à une très décevante onzième place dans le Main Event, après avoir occupé la place de chip-lead un long moment. Il y a une histoire que m’a raconté Pauly l'année dernière que je n’oublierai jamais… Quand Scotty N’Guyen a remporté le Main Event en 1998, son frère, fou de joie en apprenant la nouvelle, a enfourché sa mobylette pour faire le tour de son petit village Sud-Vietnamien et annoncer la nouvelle à tout le monde. Cruelle ironie du destin : une voiture l’a renversé, le tuant sur le coup. Ce qui aurait du être l’un des plus beaux moments de la vie de Scotty s’est soudainement transformé en un immense sentiment de culpabilité avec lequel il n’a jamais cessé de vivre depuis dix ans. Pour cette victoire, je ne peux que tirer mon chapeau à ce joueur exceptionnel assurément le plus charismatique du circuit. Aucune autre personnalité du poker ne transporte une attitude aussi aimable que Scotty, qui, peu importe le moment, prend toujours le temps de poser ou de signer des autographes pour ses fans.



A minuit, j’avais donc quitté le Rio pour me rendre au Rhino, répondant à l’invitation d’Arnaud Mattern, Cuts, et quelques autres personnalités du poker français, comme Alexia Portal, qui à ma grande déception, est restée très sage. C’est la première fois depuis mon arrivée que je me rends au strip-club le plus célebre de Las Vegas. A l’inverse, Arnaud et ElkY y passent tellement de temps que je les soupçonne d’y travailler. Ils ont en tout cas déjà adopté comme tenue réglementaire l’austère costume noir qui sert d’uniforme aux vigiles pas commodes qui pullulent en ces lieux. Un jour, je vais débarquer là bas et je les verrai tous les deux escorter les VIP vers la salle privée, en murmurant des instructions dans leur oreillette. Une possible reconversion après le poker ? Je me demande combien d’EPT il faudrait gagner pour racheter le Rhino.



Puisqu’on parle de célèbres joueurs français, une source anonyme m’a racontée une anecdote à propos d’un joueur qui restera lui aussi anonyme. Apparemment, une soirée récente au Rhino a mal tourné pour l’un de nos illustres champions : la vodka a coulé à flots, si bien qu’on a du escorter l’éméché jeune homme après que celui-ci ait vomi sur les chaussures d’un videur. Dehors, le groupe essaie de trouver un taxi : le chauffeur refuse. « Il va me dégeulasser mon taxi, ce pochtron. » Un joueur propose : « Et si je vous file 100 dollars, ca ira ? » Le taxi accepte. Une fois arrivé au Wynn, la note finale est de 15 dollars. Le mec tend un billet de 20 en disant « Gardez la monnaie, j’insiste », avant de se barrer en rigolant. Là, j’ai envie de dire, quel putain de rat, quand même.