lundi 30 juin 2008

C'est l'embellie

Day 30

C’est avec un immense soulagement et les yeux remplis de larmes que j’exprime mon entière gratitude à l’équipe d’Espagne, qui a remporté ce matin les championnats d’Europe face à l’Allemagne. Je me suis levé juste à temps pour assister à l’ouverture du score par les spaniards. Score qui a tenu jusqu’à la fin du temps réglementaire : les Allemands ont été à la rue tout du long, c'était tellement facile.

Avec cette victoire à six contre un, je sors la tête de l’eau en effaçant d’un coup la moitié de mes pertes accumulées depuis mon arrivée à Vegas. Certes, il reste encore l'autre moitié à remonter, mais après s’être pris des claques de tous les côtés pendant quatre semaines, j’apprécie l’embellie à sa juste valeur. Vraiment, merci les espagnols. Il faut que j’aille collecter mes gains au Sports Book du Rio. J’ai le ticket dans la poche depuis le 6 juin, date où j’ai effectué le pari. Pour cela, il me faut traverser le casino. Il va falloir que je me retienne de m’asseoir à la table de Pai Gow.

Bon, sinon, journée longue mais finalement calme samedi. Après l’élimination très rapide de Davidi dans l’épreuve de Short-Handed, je me suis contenté de couvrir les trois dernières tables du HORSE. Il était quasiment impossible de suivre l’action, mais Patrick Bueno venait régulièrement me voir sur le banc de presse pour me raconter les coups les plus intéressants. La partie s’est terminée à trois heures du matin : pour la seconde année consécutive, un français atteint la table finale, avec un tapis minuscule cependant. Peu importe, l’histoire est belle.

Concernant mon pari avec Pauly, deux de nos cinq poulains choisis en début d’épreuve ont atteint les places payées. Doyle Brunon et Barry Greenstein pour moi, Andy Bloch et Daniel Negreanu pour Pauly. Nous étions donc à égalité : la table finale allait nous départager. A ce petit jeu, c’est moi qui ait gagné : Bloch, Brunson et Negreanu ont sauté durant les demis, laissant Greenstein seul en finale. Selon le résultat de la finale aujourd’hui, je collecterai donc soit 15, soit 100 dollars.

Mon collègue et ami Paco est enfin arrivé à Vegas avec sa caméra. Les vidéos vont faire leur grand retour pour agrémenter le reportage. Paco va rester une petite seulement, mais je suis content d’avoir un non-joueur de poker à la maison, on va pouvoir sortir un peu de la maison le matin, pour retourner au Red Rock Canyon par exemple. Parce que jusqu’à présent, je n’ai pas réussi à décoller les membres du Team de leur lit ou de leur ordinateur, cette bande de sales geeks.

Compte-rendu du Day 30 des WSOP

dimanche 29 juin 2008

All-Nighter

Day 29

Record explosé vendredi : ce ne sont pas moins de seize heures que j’ai passées à l’intérieur de l’Amazon Room. J’étais pourtant arrivé avec deux heures de retard au Rio, mettant de côté l’épreuve de midi (un donkament à 2,000 dollars) pour me concentrer sur le HORSE et les phases finales du tournoi de Short-Handed. Ce magnifique tournoi disposait d’une excellente structure : il a fallu un temps interminable pour déterminer la table finale.

Au beau milieu de la nuit, nous n’étions plus que deux journalistes encore en train de s’affairer sur le banc de presse : moi et Stephen Bartley. Tous les autres collègues avaient déserté le Rio.

Nous avions chacun un poulain à couvrir dans cette épreuve… D’un côté, Davidi Kitai du Team Winamax. De l’autre, ElkY du Team PokerStars.

Interdiction de rentrer se coucher tant que nos joueurs étaient toujours en course. Assis côte à côte, nous étions tous les deux en train d’écrire frénétiquement nos comptes-rendus, quand soudain, Stephen s’est arrêté de taper, levant la tête et énoncent d’une voix lente : « J’ai vraiment honte de l’avouer, mais j’aimerais tellement qu’ElkY saute pour que je puisse aller dormir. »

Mon ami anglais exprimait là le dilemme cornélien bien connu du journaliste poker : pour autant que l’on souhaite aux joueurs que l’on suit d’aller le plus loin possible dans les tournois qu’ils disputent, on se sent toujours coupable de ressentir du soulagement quand ils sautent à une heure raisonnable.

ElkY fut éliminé avant trois heures du matin, libérant Stephen et me laissant seul pour encourager Davidi. A ce stade, j’étais moins là pour écrire un article que pour servir de soutien moral à Davidi. J’aurais très pu rentrer à la villa et attendre son coup de fil m’annonçant, ou pas, son accession en table finale. L’article aurait très bien pu s’écrire tout seul depuis la maison. Mais je tenais à être présent devant la table. Pour que Davidi ne se sente pas seul. Pour assister à un nouveau chapitre de sa belle histoire aux World Series.

Le spectacle était des plus incongrus dans la Brazilian Room. Ne restait qu’une seule table encore active, la « finale avant la finale » : sept joueurs étaient assis autour de la table, et il fallait encore obtenir une élimination pour conclure (provisoirement) la partie. Le silence était total parmi les joueurs, spectateurs, superviseurs et médias. Ne subsistait que le cliquetis des jetons, lui-même au ralenti. La partie était maintenant en cours depuis quinze longues heures. Derrière le cordon, quelques-uns dormaient, et à la table, ils étaient une bonne majorité à vouloir faire de même. Steve, le superviseur, seul capitaine encore sur le pont à cette heure tardive, s’est fait livrer son petit déjeuner directement à la table, le veinard.

Finalement, la situation s’est débloquée d’un coup : tout le monde savait que ce serait l’un des deux petits tapis qui serait éliminé en septième place, manquant la finale d’un cheveu. Davidi était en difficulté, mais c’est finalement l’autre short-stack qui a mordu la poussière. Soulagement : je ne suis pas resté pour rien, et Davidi accède à sa seconde table finale des World Series of Poker, avec un tapis minuscule cependant. Pas grave, quoi qu’il arrive il sera assuré de remporter au moins 120,000, pour devenir le plus gros gagnant du poker Belge.

Plus tôt, dans l’après-midi, je croisais dehors mon ami Ramzi Jelassi, un jeune pro Suédois un peu en galère après avoir perdu son contrat de sponsoring en fin de saison dernière. Ramzi possède un grand sens de l’humour, et c’est avec le sourire qu’il me fait quelques confessions désabusées. « J’aurais mieux fait de finir mes études. J’ai commencé à jouer au poker pour devenir riche, par pour faire la connaissance de criminels. Avant de jouer, je n’en connaissais aucun. Maintenant, j’en connais plus de vingt. Putain de milieu niqué. Quand tu gagnes dans un casino, t’a les boules qu’on vienne te faire les poches. Quand tu gagnes sur Internet, tu flippes qu’on te pirate ton compte. »

Le poker est un milieu rempli de pourris, d’enculés et de fils de putes et bien souvent, c’est dissimulés sous un costard qu’ils poursuivent leurs sombres manigances. Depuis le début du HORSE à 50,000$, j’assiste malgré moi au triste spectacle de ces « agents de joueurs » qui gravitent autour des tables, excités à la perspective de signer un nouveau contrat juteux. Je n’éprouve rien que du mépris pour ces vautours assoiffés de pognon. Ils n’y connaissent rien en poker, ils ne peuvent même pas se targuer d’éprouver un quelconque intérêt pour ce jeu. Des requins en provenance de la NBA, de la NFL, d’Hollywood, parachutés dans le circuit pro, prêts à en sucer le sang jusqu’à la dernière goutte. La seule chose qu’ils ne pourront pas acheter, hélas, c’est la dignité.

Tandis que l’épreuve de HORSE atteint petit à petit ses phases finales, ils sont là, à papillonner autour des tables (démunis de badge de presse, ils doivent graisser la patte des superviseurs pour pouvoir passer), à la recherche d’un joueur ne portant pas de logo à la chemise. Dans leur sac à dos, des liasses de billets, prêtes à être dégainées en échange d’un logo qui sera bien visible lors de la retransmission télé.

Si je hais les maquereaux du poker, je déteste tout autant leurs putes. Et hier, j’en avais une belle sous le nez, en train de s’exhiber à quelques mètres du banc de presse. Une blondasse Italienne, je connais pas son nom, probablement dépourvue du moindre talent aux cartes, mais en revanche équipée d’un gros cul et de gros nichons bien visibles et bien mis en valeur. Il fallait la voir étaler sa marchandise devant l’un de ces agents vampires. Toutes les trente secondes, elle se passait la main dans les cheveux en rajustant son soutien gorge, faisant rebondir ses deux ballons gigantesques. Dans sa main, un exemplaire d’un magazine de poker Italien : elle a posé nue pour la couverture. Une opération publicitaire qui lui a coûté la peau des (jolies) fesses. Cela fait trois semaines que je la vois courir après les Johnny Chan, les Todd Brunson, tous les pros connus, tendant désespérément de s’introduire dans le milieu. Quand elle a appris que Yuestud travaillait pour Everest, elle ne l’a plus quitté d’une semelle, dans l’espoir vain de se voir offrir des entrées de tournois. Quelle bassesse, quelle vulgarité. Ce triste spectacle représente tout ce que je déteste dans le poker. Je préférerais me couper un bras que de donner de l’exposition médiatique à ces gens tristes, tellement tristes à mourir à force de se prendre trop au sérieux. Jusqu’à quel point les gens sont capables de descendre pour se faire un nom ?

Mais passons. Après cette nuit agitée, il est plus de six heures du matin quand je sors du casino : le soleil me pique les yeux. L’autoroute 15 est deserte. J’arrive à la villa en moins de huit minutes. Tout le monde dort. Je programme le réveil pour me donner six heures de sommeil. Un marathon de plus dans la boîte, en attendant le prochain. Il me reste moins de vingt jours à tenir : je peux maintenant apercevoir le bout du tunnel.

Compte-rendu du Day 29 des WSOP

samedi 28 juin 2008

Harder, Faster, Better, Stronger

Day 28

Journée résolument frénétique jeudi au Rio… Sans doute la plus chargée depuis le début des WSOP. J’ai couru dans tous les sens pendant quatorze heures. Il y a eu d’abord l’une des épreuves maîtresses du festival, le Short-Handed à 5,000 dollars. Il y avait plus de vingt français à suivre, dont le plus gros du Team Winamax, et six qualifiés dont j’ai du retrouver la trace parmi les 800 participants.

A côté de cela, il y avait le 1,000$ rebuys avec Jamel Maistriaux, Jean-Claude et Nicolas Levi, tous dans l’argent et en quête d’une table finale. A quinze heures, j’ai du ensuite porter mon attention sur le HORSE à 50,000 dollars, où figuraient trois français. Tandis que sur le podium ESPN, Erik Seidel était en contention pour un huitième bracelet. Enfin, à 17 heures commencait une épreuve de Stud High-Low, où l’on retrouvait entre autres David Miara, Bensouss’ et Antony, tous trois assis côte à côte, car ils s’étaient inscrits en dernière minute. Bonne ambiance.

Bon, avec toutes ces épreuves, il fallait faire le tri. Déjà, j’ai zappé la finale de Seidel, ne prévoyant qu’une photo finale s’il remportait l’épreuve. Cela n’a pas été le cas. Exit aussi l’épreuve de Stud High-Low à 1,500$, faut pas charrier quand même.

Restaient donc trois tournois avec une tonne d’action à couvrir de partout. J’ai passé la journée à faire des aller et retour entre l’Amazon Room, la Brazilia Room et mon ordinateur. Je n’avais que très peu de temps pour rédiger mes posts, en permanence il se passait quelque chose. C’est stressant, d’autant que l’on vient m’interrompre en permanence quand je suis sur le banc de presse. Quand un joueur passe pour me dire bonjour et me poser la rituelle question « où en sont les français ? », je réponds avec plaisir. Au bout du vingtième qui pose la même question, je dois faire des efforts pour dissimuler mon agacement. Je sais que ça part d’une bonne intention, mais j’ai parfois l’impression de faire office de bureau d’information, alors que je suis censé être en train d’écrire, traiter des photos, etc… A l’inverse, je suis conscient que si mes reportages sont de qualité, c’est parce que j’ai su nouer de bonnes relations avec des tas et des tas de joueurs français. Le temps que je perds à blablater avec les joueurs, je le récupère au centuple avec toutes les informations intéressantes que j’obtiens en échange : détails de coups, anecdotes, stratégies… Ce métier, c’est à 50% du relationnel.

J’ai pu observer pas mal de coups intéressants dans le Six-Handed, joués notamment par Manub, Guignol et Tallix. Arnaud Mattern a sauté au bout de 18 minutes (un record, malheureusement) Ludovic Lacay était bien parti pour subir le même sort, perdant la majeure partie de son tapis sur un bad-beat (comme d’hab) Patient, Cuts a remonté pour finalement sortir après le dinner-break. Je me sens un peu mal pour lui car ses WSOP se sont déroulés de la pire manière qui soit, avec zéro places payées en 20 tournois, ni même un seul Day 2.

Dans le 1,000$, Nicolas a chuté vers la trentième place. Il réalise un bon profit car il n’avait pas recavé une seule fois. Jamel Maistriaux a explosé son chip-lead très tôt au cours d’un gros pot contre Mark Seif, et ce n’est que de justesse qu’il s’est glissé dans les places payées. Jean-Claude Perrot a joué de malchance durant les demi-finales, perdant un coup énorme avec les Rois contre les Dames. Il sort en 19ème place.

Dans le HORSE, c’est Patrick Bueno qui endossait le rôle du « français qui déchire tout ». Bruno Fitoussi n’a pas trouvé les cartes qu’il fallait pour se monter un tapis, tout comme David Benyamine. Ils sont tous les deux sortis en milieu d’après-midi. Surprise, Isabelle Mercier s’est emparé du chip-lead en début de partie, pour finalement terminer la journée en milieu de mêlée. Plus Isabelle est présente, mieux tout le monde se porte.

A part ça, pas beaucoup d’anecdotes à raconter, car je n’ai fait que bosser jeudi. J’ai quelques trucs intéressants en stock pour demain. A suivre…

Compte-rendu du Day 28 des WSOP


Thomas Fougeron est arrivé...


...tandis que Patrick Bruel fait son grand retour


Anto, Bensouss' et David à la même table dans l'épreuve de Stud High-Low

vendredi 27 juin 2008

Sortez les boxes

Day 27

Je vous préviens, ça va encore être un post à moitié fini, tapé à la va-vite entre deux frénétiques tours de l’Amazon Room. Il y a un taf monstre en ce moment, et le rythme ne risque pas de ralentir : le Main Event commence dans une semaine.

Hier matin, je me suis réveillé dans une suite de 70 mètres carrés, dans l’un des plus prestigieux hôtels de Las Vegas. Mon pote Kim, qui travaille pour le réseau OnGame, avait une chambre au Palazzo (petit frère du Venitian, récemment inauguré) sur les bras après le désistement de l’un de ses qualifiés online. Il n’était plus possible d’annuler la réservation, alors il m’a filé les clés pour la semaine. Je peux profiter de la piscine (au même étage), m’allonger sur un transat dans le jardin privé adjacent à la suite, plus tout le reste des aménités luxueuses mises à ma disposition : télé géante, lecteur DVD, room service 24/24… Elle est pas belle la vie ? Non pas que je me suis lassé de la compagnie du Team Winamax à la villa... Mais disons qu’après s’être fait réveiller une fois ou deux à six heures du matin par un colocataire éméché surgissant dans la chambre en beuglant des paroles incompréhensibles, on est en mesure d’apprécier à sa juste valeur un peu de tranquillité.

Certains ont coutume de dire que les World Series ne commencent vraiment qu’avec l’arrivée de l’épreuve la plus chère du festival : le H.O.R.S.E à 50,000 dollars. Il y a sans doute du vrai là dedans, à en juger pas le spectaculaire accroissement du nombre de spectateurs et médias présents dans l’Amazon Room mercredi à 17 heures, quelques minutes avant le départ.

Le banc de presse était plein à craquer, comme il ne l’a jamais été depuis le début des WSOP. J’avais pris mes précautions en arrivant en avance. Des tonnes de journalistes dont je n’ai jamais entendu parler étaient là. De vieux amis aussi, comme Howard, Steven et Otis du blog PokerStars.

Appareil photo en main, les touristes s’étaient massés derrière les barrières pour admirer le spectacle, comme au zoo. Il n’y a pas de meilleure opportunité pour les fans d’observer une telle congrégation de stars réunies au même endroit. Les meilleurs joueurs du monde étaient là, bien entendu, tous prêts à donner le meilleur d’eux-mêmes pour accéder à l’immortalité pokérienne que procure le titre de champion du monde du pentathlon du poker, le H.O.R.S.E.

Beaucoup de joueurs célèbres qui avaient participé l’année dernière n’étaient pas là. Je pense notamment à des gens comme Cindy Violette, Sam Grizzle, Tom Franklin ou Jani Sointula. On dirait que les temps sont durs pour la bankroll de certains. Durant la semaine qui a précédé l’épreuve, on pouvait apercevoir beaucoup de grands noms au départ des satellites quotidiens, essayant désespérément de se qualifier. 50,000 dollars, c’est une somme, même pour un pro connu et reconnu. D’autres joueurs ont finalement reconnu qu’ils n’avaient rien à foutre dans une épreuve de Limit mélangeant cinq variantes différentes, et ont passé leur tour. Je pense bien sur à des mecs qui n’ont jamais eu de succès au poker en dehors du No Limit, comme Phil Laak. Autre facteur qui a fait que le casting était moins "fishy" : Harrah's avait sandwiché l'épreuve entre deux gros tournois de No Limit (le 1,000$ rebuys et le Short Handed 5,000$). Les spécialistes du Hold'em ont donc pu jouer mercredi à une variante qu'ils connaissaient bien, au lieu de gaspiller 50,000$ dans un tournoi où ils n'avaient aucune chance.

Malgré ces nombreux désistements, le nombre d’inscrits fut exactement le même qu’en 2007 : 148. Ce sont les jeunes joueurs d’Internet qui ont pris le relais pour composer l’absence des vieux, comme par exemple Tom « Durrr » Dwan, Phil « OMGClayAiken » Galflond, ou James « mig.com » Mackey. J’ai aussi repéré beaucoup de têtes que je ne connaissais pas. Sûrement des gros joueurs de cash-games anonymes d'Internet, Vegas, Los Angeles ou New York.

Bien sur, le plus grand de tous manquait à l’appel, et pour cause: il nous a quittés en décembre dernier. Sa mémoire était présente dans toutes les têtes. Dans son discours inaugural, Freddy Deeb, le vainqueur de l’édition 2007 a eu quelques mots pour le regretté vainqueur de l’édition 2006 : « En l’honneur de Chip, nous allons jouer aux jeux qu’il a aimés tout au long de sa vie. Shuffle up and deal ! »

Quatre français étaient au départ : David Benyamine, Bruno Fitoussi et Patrick Bueno (tous déjà présents l’an passé), Philippe Rouas venant s’ajouter au casting.


Patrick Bueno

Harrah’s avait bien fait les choses (cela devient une habitude cette année, il convient de le souligner) en installant la vingtaine de tables devant le banc de presse, donnant aux médias un poste d’observation idéal. La zone Orange était entièrement dédiée au tournoi, ce qui nous a donné beaucoup d’espace pour se balader entre les tables.

L’aspect « réunion de famille » qui a caractérisé le début de l’épreuve a rapidement laissé place à un calme studieux autour des tables. Peu à peu, les rires et conversations se sont tus, remplacées par le silence et la concentration.

En parralèlle, j'ai suivi l'épreuve de No Limit avec rebuys, où plusieurs français étaient en course, parmi lesquels Paul Testud et Jerôme Zerbib, récemment arrivés à Vegas. Nicolas Levi a terminé la journée avec un bon tapis, et ce, sans se recaver une seule fois. C'est sa troisième place payée des WSOP.

Histoire d’épicer un peu l’épreuve de HORSE, Pauly et moi avons choisi chacun cinq joueurs parmi les 148. Les termes du pari sont les suivants : 100$ si l’un d’entre eux gagne le tournoi, 20$ pour une place en finale, 5$ pour une place payée, les trois propositions étant mutuellement exclusives.

J’ai choisi David Singer (finaliste des deux précédentes éditions), Barry Greenstein (compétent à tous les jeux), Mike Matusow (en forme cette année), Doyle Brunson (il a promis de se donner à fond en l’honneur de son meilleur ami Chip Reese) et David Chiu (c’est complètement au pif que j’ai choisi le récent vainqueur du WPT du Bellagio).

Pauly a choisi Daniel Negreanu, Rob Hollink, Marcel Luske, Andy Bloch et Mike Sexton.

J’ai reçu quelques mails d’amis critiquant mes choix. Il est vrai que j’aurais pu mettre mes sous sur quelques jeunes prodiges du genre Galfond, Bonomo ou Durr, mais j’ai finalement fait un choix conservateur (avec 20% de hasard concernant Chiu : il y a toujours des surprises en table finale. Qui aurait parié sur Fitoussi, Hanson et Filippi en 2007 ?)

Au terme de la première journée, tous nos poulains sont encore en course. En fait, seulement huit joueurs ont sauté, parmi lesquels Philippe Rouas, et Phil Hellmuth, qui n’a décidement rien fait de bon aux WSOP cette année.


Isabelle Mercier a fait un retour spectaculaire au Rio avec ce décolleté ne laissant que peu de place à l'imagination. On dit que la Québécoise a procédé à une petite augmentation mammaire : je crie à l'intox !

Compte-rendu du Day 27 des WSOP

jeudi 26 juin 2008

Before the storm

Day 26

Journée calme mardi, la plus calme des World Series jusqu’à présent. Il ne s’est absolument rien passé d’intéressant. Seules quatre épreuves étaient au programme, et une seule a suscité mon intérêt. Exit les finales du Deuce to Seven (où John Phan a tout de même gagné son second bracelet de l’été) et d’un énième 1500$ No Limit. Exit aussi le Day 2 du tournoi réservé au Seniors.

Ne restait donc que le tournoi de midi, une épreuve de Pot-Limit Omaha High-Low (la seule du festival) où une tonne de français étaient au départ. Hélas, au terme des dix niveaux du Day 1, ils avaient tous sauté, à l’exception de Laurent Lefrancq. Le plus malheureux des éliminés fut mon collègue de Winamax, Aurélien, qui est tombé à la place du con : la bulle.


Aurélien Guiglini

Cette absence d’actu brûlante était de bon aloi, avant le marathon d’une semaine qui s’annonce : je sens que le HORSE à 50,000$ et le Short-Handed à 5,000$ vont me tenir éveillé tard le soir.

Dans la soirée, je me suis rendu au Gold Coast (un petit casino sympa à côté du Rio) pour rejoindre une large assemblée de journalistes venus célébrer l’anniversaire de Change100 (la petite amie de Pauly) C’était génial. Les Heinekhen étaient à deux dollars, je n’ai pas perdu au BlackJack, et j’ai gagné tous mes paris au Bowling, tournant autour de 130 points de moyenne.

Compte-rendu du Day 26 des WSOP

mercredi 25 juin 2008

Blowin' in the pit

Day 25

Comme le faisait très justement remarquer Snoopy dans son blog, un seul jour de repos après plusieurs journées de travail consécutives n’est pas suffisant. Etant donné qu’on s’est couché très tard la veille, on n’émerge pas avant quatre ou cinq heures de l’après-midi, et la journée est déjà à moitié fichue. Du coup, on arrive pas à s’endormir avant quatre heures du matin, alors qu’il faut être de retour à l’Amazon Room pour midi.

Bref, tout ça pour vous dire que ma deuxième journée de pause ne fut pas la plus excitante qui soit. Au lieu de faire un truc constructif du genre retourner au Red Rock Canyon, aller me perdre dans le désert, faire du shopping, parler aux oiseaux où je ne sais quoi d’autre, je me suis contenté d’aller au Planet Hollywood pour jouer ma première partie de poker de l’été.

Bien m’en a pris (sic) : ce fut une torture abominable. Je ne me rappelle plus la dernière fois que j’ai gagné au poker à Vegas. J’ai attendu deux heures, jetant patiemment Valet-6 et Roi-2 pour finalement flopper le brelan max et perdre ma cave contre une couleur. Bien entendu, l’étape suivante est venue logiquement : la table de black-jack, où j’ai perdu la même somme en moins de quinze minutes. Tilt, tilt, tilt grmblfrpsdklmjwq

Une journée de merde rattrapée de justesse par un excellent dîner entre collègues dans une steack-house du New York New York. Il y avait Arthur, Jason et sa femme de PokerListings, Mark de PokerNews, toute l’équipe de Blonde Poker : Rod, Chris, et aussi Jennifer, qui vient d’arriver à Vegas, mais pas pour bosser : elle a trouvé un sponsor pour jouer quelques tournois des Series. Snoopy et Dana s’en vont demain : ils vont me manquer, les bougres.

mardi 24 juin 2008

Place des Grands Hommes

Day 23 & 24 (suite)

Loi de Murphy de ce métier : plus l’histoire est énorme, moins le journaliste dispose de temps pour la raconter.

Cette loi trouve deux corollaires indiscutables, et toujours vérifiés :

1/ La plus grosse histoire se produira toujours au moment où le journaliste est le moins reposé, le plus généralement handicapé par une sortie en boite la veille.

2/ Une grosse histoire en cache généralement une autre, qui se produira forcément moins de 24 heures plus tard.

Lors des WSOP 2007, c’est Bruno Fitoussi et Antony Lellouche qui m’avaient tenu éveillé durant une semaine, disputant deux tables finales à deux jours d’intervalle lors des épreuves de HORSE et de Deuce to Seven.

Cette année, la loi se vérifie à nouveau : le lendemain de la première victoire française aux WSOP depuis dix ans, le Team Winamax trouvait son premier champion du monde.

Que dire de plus sur les fantastiques performances de David Benyamine et Davidi Kitai ?

Je n’oublierai probablement pas de sitôt ces deux journées… Samedi, je m’étais suis éclipsé du Rio très tôt pour assister au Palms à la projection d’un excellent documentaire consacré à la vie d’une de mes idoles littéraires, Hunter S. Thompson. Je suis retourné à l’Amazon Room pile au moment où débutait la finale de l’épreuve de Omaha High-Low.



Dès le début, on pouvait sentir dans l’air que quelque chose se passait. David Benyamine avait un gros tapis. Il gagnait la plupart des pots qu’il jouait. Il touchait beaucoup de jeu, et savait s’écarter du chemin quand il le fallait. Tout l’après-midi, j’ai suivi anxieusement ses progrès, le regardant accumuler des jetons en priant pour que le rush continue.

Dans le même temps, je faisais des aller et retour fréquents entre l’Amazon Room et la Brazilian Room pour m’enquérir de la progression de Davidi Kitai dans l’épreuve de Pot-Limit Hold’em. Au fur et à mesure que le décompte des éliminations augmentait, les chances d’une seconde table finale pour le Team Winamax devenaient de plus en plus réelles.

A minuit quatorze très exactement, Mike Matusow était éliminé par Toto Leonidas. Ils n’étaient plus que quatre à la table, et Benyamine possédait plus de la moitié des jetons. C’était fini. J’en étais sur, rien ne pourrait désormais empêcher David de capturer le titre. Intérieurement, je bouillonnais. Enfin, un français allait remporter un bracelet, dix ans après Patrick Bruel. Et j’étais là pour assister au triomphe. J’ai mis des batteries neuves dans l’appareil photo, sorti le dictaphone du sac, et me suis rendu au pied du podium ESPN où se déroulait la finale, hors du champ des caméras.

Tout s’est passé très vite. David avait déjà gagné le tournoi avant même d’arriver en tête à tête, éliminant Toto Leonidas et Jason Gray en moins de dix minutes, ne laissant qu’une poignée de jetons à Greg Jamison pour tenter un come-back miracle.

Ce qui m’a frappé, c’est le décalage énorme entre la portée de l’événement et la façon si discrète dont il s’est déroulé. J’étais le seul journaliste français présent pour assister au triomphe de Benyamine, tous les autres étaient partis. Dans le public, Stéphane Malhuret et Fred Le Roux étaient scotchés à la barrière, ne loupant pas une miette du spectacle. Fabrice Soulier s’est réveillé en catastrophe, conduisant à toute vitesse sur Flamingo Road pour arriver à la dernière minute avec son appareil photo en bandoulière. Un passionné, un vrai, sans aucun doute. Il était aussi heureux que moi de la victoire de David. Personnellement, j’en avais des frissons.

Il n’y avait pas de caméras de télévision, pas de foule en délire, pas de cérémonie de remise des prix. Le moment le plus important de l'histoire du poker de compétition français s’est déroulé de manière définitivement « low-key », a des années lumières du sacre d’ElkY aux Bahamas, en direct sur Internet devant des dizaines de milliers de spectateurs.

Et finalement, le caractère intime et humble de cette finale convenait parfaitement à la personnalité du vainqueur. Pour David Benyamine, il s’agissait tout simplement d’une journée de poker comme les autres. Au terme du dernier coup de la partie, il n’a pas laissé échappé de cri, il n’a pas brandi le poing. La gloriole et le bracelet, c’est pas trop son truc. L’argent ? C’te blague, le premier prix n’était « que » de 550,000 dollars : David peut gagner ou perdre trois fois cette somme en une seule session de cash-game. Non, la satisfaction principale qu’a tiré Benyamine de cette victoire, c’est de s’être prouvé à lui-même qu’il pouvait être aussi bon en tournoi qu’en cash-game. Pour la première fois, il avait décidé cette année de se consacrer pleinement aux World Series, après s’être fait moquer par ses amis du Big Game qui le trouvaient nul en tournoi. On me l’a déjà dit à de nombreuses reprises : quand David Benyamine se consacre à quelque chose, il y va à fond, entièrement, jusqu’à ce qu’il réussisse. C’est exactement ce qui est en train de se produire cette année : il reste encore trois semaines de festival et David a déjà capturé un titre, atteint deux autres tables finales, plus une demi-finale, et ce dans quatre variantes différentes. Je ne suis pas peu fier d’avoir prédit ce succès durant la première semaine des WSOP, quand Pauly m’avait demandé qui était le meilleur joueur français. J’avais répondu sans hésiter, tellement la réponse me paraissait évidente.

Après la finale, j’ai eu l’immense plaisir de pouvoir poser quelques questions à David. C’est désormais un fait connu : il déteste les interviews. Mais cette fois, il n’avait guère le choix : on était cinq ou six à lui tendre le dictaphone sous le nez. David a répondu humblement et modestement durant une dizaine de minutes, avant de s’éclpiser avec ces mots : « Il est temps d’aller jouer online. » En fait, c’est au Bellagio que David s’est rendu. Moins d’une heure après avoir être venu à bout d’une longue finale de dix heures, Benyamine était déjà assis avec Gus Hansen et les autres dans la Bobby’s Room. Quelques heures plus tard, dimanche midi, on pouvait le voir au départ de l’épreuve de Deuce to Seven à 2,500 dollars. Incroyable. Je ne connais aucun autre joueur qui serait capable de faire ça.

Loi de Murphy de ce métier : plus l’histoire est énorme, moins vous disposez de temps pour la raconter. Après avoir interviewé et pris en photo le vainqueur, il était déjà deux heures du matin. Pourtant, mon travail commençait à peine. Traiter et télécharger les photos, écrire deux compte-rendus, mettre en forme, publier : la victoire de Benyamine et l’accession de Davidi Kitai en table finale de l’épreuve de Pot-Limit m’ont tenu en éveil jusque cinq heures. J’étais en méga-tilt après que mon dictaphone contenant l’interview de Benyamine soit tombé en panne. Ce n’est que le lendemain que j’ai pu récupérer l’enregistrement par un collègue. Mais en rentrant à la maison, j’étais fier et heureux d’avoir eu la chance d’assister à ce moment historique.

Corollaire : Une grosse histoire en cache généralement une autre, qui se produira forcément moins de 24 heures plus tard. Dimanche, pas le temps de souffler après la longue journée de la veille. Il me fallait être sur le pont pour couvrir la seconde finale WSOP du Team Winamax.

Je pense que Davidi ne m’en voudra pas d’avoir pensé cela : je ne croyais pas beaucoup en ses chances au départ de la finale. Les blindes étaient élevées, et son stack petit. A chaque élimination, je constatais la progression de Davidi dans l’échelle des prix, en me disant, « c’est toujours ça de gagné. »

C’est après son double-up contre Lee Watkinson que j’ai commencé à y croire. Le Belge a ensuite lancé une campagne d’agression, relançant deux coups sur trois et éliminant Jan Von Halle sur un gros pot. Chris Bell s’est chargé d’une grosse partie du travail en sortant cinq des neuf finalistes : après trois heures à peine de match, les deux joueurs étaient en tête à tête.

L’instant était crucial : le Team Winamax était à deux doigts de décrocher son premier bracelet WSOP, au terme d’une saison exceptionnelle où ses treize membres ont dominé le circuit européen, capturant un titre et deux finales EPT, et une seconde place WPT.



Une bonne moitié de l’équipe était dans les tribunes pour encourager bruyamment son champion. Beaucoup de supporters belges étaient là aussi. Dans le camp adversaire se tenaient assis une brochette de pros médiatiques : Layne Flack, Erick Lindren (son backer), Gavin Smith… Ils ne prêtaient pas attention au duel, préférant jouer au poker chinois. En milieu de match, Nicolas Levi a parié 1,000 dollars contre Gavin que Davidi allait l’emporter.

L’ambiance était électrique. Au centre de la scène, aucun des deux compétiteurs ne voulait lâcher prise. C’est une bataille avant tout psychologique qui se menait. Davidi, en difficulté au départ, a complètement renversé la vapeur après un call extraordinaire avec hauteur Roi. Chris Bell ne s’en est jamais remis, et à minuit pile, Kitai était déclaré vainqueur après quatre heures de tête à tête.



Explosion dans les tribunes. Grand moment d’émotion. Davidi se précipite pour embrasser son père, ses potes. Il vient de rentrer dans l’histoire : jamais avant lui un joueur belge n’avait capturé de titre WSOP. Le Team Winamax exulte. Après l’EPT, c’est les WSOP qu’un de ses membres décroche. Un succès de plus. Il y en aura d’autres, c’est sur.

Tout le monde était bien crevé au terme de cette longue journée. Plutôt que d’aller se saouler inutilement en boîte ou en strip-club, tout le monde est tombé d’accord pour se retrouver à la villa autour d’un barbecue. Davidi est arrivé après tout le monde, accueilli en héros par ses coéquipiers. Ses traits étaient tirés après la bataille qu’il venait de mener. Il commençait tout juste à réaliser la portée de son exploit.

Moi, je ne suis toujours pas descendu de mon nuage. C’est pour des moments comme ça que je fais ce métier. Durant ces deux jours, j’ai eu tout ce que je voulais de la part des World Series, et même plus.



Liens :

David Benyamine : on s’était donné rendez-vous dans dix ans
Interview de David Benyamine après sa victoire
Davidi Kitai, premier champion WSOP Belge
Compte-rendu du Day 23 des WSOP
Compte-rendu du Day 24 des WSOP

dimanche 22 juin 2008

Overdose de bonheur

Day 23 & 24



Wow. Après trois semaines en demi-teinte, les World Series of Poker m’ont offert coup sur coup deux journées extraordinaires. En 48 heures, le meilleur joueur du monde est devenu le premier français à remporter un bracelet depuis dix ans, et le Team Winamax a frappé un grand coup avec la victoire de sa dernière recrue, le Belge Davidi Kitai. Wow.

Je l’ai déjà dit, et je le dirai encore : c’est pour des moments comme ça que je fais ce métier. Mes impressions sur ces deux fantastiques performances viendront plus tard. En attendant, il est temps de faire la fête, et de se reposer un peu. Je travaille quasiment non-stop depuis deux jours : je ne mettrai pas les pieds au Rio lundi.

Hangover

Day 22

Pas le courage d’écrire un long post… Là, tout de suite, David Benyamine est en train de disputer sa troisième table finale des WSOP 2008, et il se pourrait bien qu’il la gagne, tandis que Davidi Kitai du Team Winamax bataille pour atteindre sa première. Je vais donc être occupé à rédiger des compte-rendus une bonne partie de la nuit. Et surtout, j’ai encore mal au crâne après la soirée d’hier. Je n’ai presque pas dormi cette nuit : j’ai travaillé à un rythme de tortue toute la journée.

C’était ma première sortie nocturne depuis mon arrivée à Vegas, et comme par hasard, c’est dans un strip-club que j’ai atterri. Au terme d’une journée assez chargée où j’ai couru dans tous les sens pour suivre les français dans trois épreuves différentes, j’ai suivi mon collègue Dan Michalski (qui, en dehors du poker, rédige des articles sur la vie nocturne à Vegas) à l’inauguration d’un nouvel établissement juste en face du Rio, sur Dean Martin Drive. C’est en fait un bar qui existait depuis longtemps et vivait hier soir sa première nuit en temps que bar à strip-tease. La transformation n’est sans doute pas encore tout à fait achevé : je n’ai pas vu beaucoup de clients en compagnie de strippeuses et on a eu le temps de papoter une bonne heure avant qu’une fille ne nous accoste. Un truc inimaginable au Rhino. Mais quand même, nous avons passé un bon moment dans cet établissement un peu plus relax que ses concurrents plus prestigieux. Le patron est une sorte d’ancien rocker, si j’ai bien compris, il est monté sur scène avec sa guitare pour reprendre quelques classiques de Led Zeppelin. Dan s’est fait surprendre en train de prendre en photo les strippeuses, elles n’étaient pas contentes. Il leur a menti en jurant qu’il ne publierait aucun cliché.

Ce qui est bien dans ce genre de strip-club, c’est que comme les filles sont un peu plus âgées (j’ose pas dire « fatiguées » pas peur de passer pour un goujat) que la moyenne, elles doivent faire plus d’efforts pour attirer le client : elles sont un peu plus volontaires et ont tendance à t’en donner plus pour ton argent. Au Rhino, elles sont en général un peu plus radines, les salopes. Ah zut, maintenant je passe vraiment pour un goujat.

Après une bonne demi-douzaine de coronas et quelques centaines de dollars en moins dans la poche (elle s’appelait Stéphanie, si je me souviens bien, j’ai trouvé son numéro dans mon repertoire en me levant ce matin, étrange) je ne voyais plus très clair quand je suis revenu au Rio vers quatre heures du matin pour taper ma dernière update de la journée. Toutes les parties étaient finies. Dans l’épreuve de Omaha, Bruno Fitoussi et Antony Lellouche étaient dehors, le premier dans l’argent, le second non, laissant Benyamine seul pour, à nouveau, porter les couleurs françaises en tables finales. Antony m’a confié qu’il n’avait que rarement été autant déçu d’avoir sauté d’un tournoi. Davidi Kitai a effectué une journée phénoménale pour terminer en seconde place au terme de la première journée de l’épreuve de Pot-Limit Hold’em. Nadim Shabou a décroché sa quatrième place payée des WSOP 2008, faisant de lui l’un des joueurs français les plus consistants de l’été.



Dans notre série « The Year of the (TV) pro » : Layne Flack a complètement ecrasé la table finale de l’épreuve de Pot-Limit Omaha avec rebuys pour décrocher son sixième bracelet. C’est un come-back à la Mike Matusow, mais en mieux : cela faisait bien quatre ou cinq ans que Layne n’avait rien gagné, préférant faire la fête avec des putes en s’enfilant de larges quantité de poudre dans chaque narine. Il semble que cette période de la vie de Layne soit derrière lui. Il risque de devenir très chiant, du coup.

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samedi 21 juin 2008

Halfway point

Day 21

Déjà dix-neuf jours passés à Vegas, dont dix-sept à travailler à l’intérieur de l’Amazon Room, et je ne ressens pas le moindre signe d’épuisement physique ou mental. Tout se passe de manière fluide, routinière, voire même chiante, on pourrait presque dire. Je me lève le matin en forme, après avoir dormi entre cinq et sept heures. Je me rends au Rio à midi, et repars en général vers minuit, parfois un peu plus tôt ou un peu plus tard. Chaque jour, j’ai quelques heures pour lire, regarder la télé et passer des moments agréables avec mes collocataires. Fort de l’expérience acquise l’an passé, j’ai enfin trouvé mon équilibre.

Les jours ont défilé de cette manière sans que je n’aie eu le temps de m’en rendre compte. Si l’on est largement entré dans la seconde moitié des World Series au niveau du nombre d’épreuves (34 bracelets ont été déjà décernés, sur 54 au total), ce n’est que maintenant que l’on célèbre la fin de la première partie des WSOP en termes de journées écoulées.

J’ai passé le cap des trois premières semaines sans perdre de ma bonne humeur ni péter un plomb, et franchement, j’en suis le premier étonné. En 2007, j’avais commencé à dérailler au bout de deux semaines… Le changement principal qui s’est produit en 2008 tient à la charge de travail, qui s’est un peu allégée. L’an passé, je rédigeais le compte-rendu en direct pour poker.fr toute la journée, avant d’écrire un compte-rendu quotidien pour MadeInPoker, en enchaînais avec la rédaction de ce blog. Cela représentait un peu trop de travail pour une seule personne, et quand je m’en suis rendu compte, il était trop tard pour faire faire machine arrière. D’où de nombreuses journées et nuits de frustrations, commencées trop tôt et finies trop tard, levé de mauvais poil et couché énervé. Cette année, je n’ai pas à écrire de résumé chaque matin : cela fait deux heures de gagnées chaque jour, que je consacre en général à mon sommeil. Autre facteur important : je ne perds plus 90 minutes par jour en transit, à faire la queue pour un taxi, qui immanquablement se retrouvera coincé dans les embouteillages du Strip. Ici, je me contente d’aller chercher ma voiture au parking, près de l’entrée de service du Rio, et je conduis dix minutes, pas une de plus, pour retourner à la maison.

L’entrée dans la seconde moitié des World Series est toujours un point crucial… C’est là qu’on constate les dégâts du manque de sommeil chez les collègues, qui commencent à fatiguer après trois semaines non stop. C’est aussi là qu’on voit les entrées dans les tournois décliner quelque peu : les joueurs les moins en veine ont cramé tout leur budget, et tentent désespérément de glaner quelques dollars dans les tournois satellites. C’est aussi durant aux alentours de la troisième semaine que l’excitation et l’enthousiasme commencent à baisser : après une trentaine de tournois, chaque vainqueur ressemble de plus en plus au précédent. Les médias attendent avec impatience le rebond que provoquera l’arrivée des épreuves maîtresses des WSOP : le HORSE à 50,000 dollars et le Main Event.

Jeudi, l’Amazon Room accueillait une fois de plus une loterie à 1,500 dollars. Seuls quelques français ont survécu à la première journée, dont le très sympathique cousin d’Antony Lellouche, David Miara. On a mangé avec lui au Grill du Rio. David nous a généreusement invité après nous avoir appris à jouer au Baccarat (appelé Punto Banco à Paris), un jeu complètement con (une sorte de pile ou face si j'ai bien compris). Tandis qu’on attendait que notre table se libère, David a pris 500 dollars sans forcer. Faudrait que je me m’y mette, ça à l’air facile. Après le repas, petite session de Pai-Gow avec Fred : je gagne 70 dollars. Enfin un résultat positif !


David Miara

A dix-sept heures commençait une nouvelle épreuve élitiste à gros budget, où les français ont bien figuré : du Omaha high/low à 10,000 dollars. C’était assez intéressant à suivre, contrairement à ce que l’on aurait pu penser. Comme d’habitude, David Benyamine a terminé la journée avec un bon tapis, malgré tout inférieur à ceux d’Antony Lellouche et Bruno Fitoussi. Michel Abécassis n’a hélas pas survécu au premier tour, victime de quelques coups assez méchants.

Il n’y avait aucune table facile dans ce tournoi… Peu d’entrants (236), mais presque uniquement des pros chevronnés. Y compris Doyle Brunson qui avait enfilé un sweat capuche complètement hors de propos pour un homme de cet âge. Il devait avoir froid, je vois pas d'autre raison. Il avait malgré tout gardé le Stetson. Quand il m’a surpris en train de prendre des photos de loin, Doyle m’a lancé un sourire penaud d’enfant pris la main dans le sac en train de faire une bêtise.



Dans notre série « Year of the Pro », le gagnant du jour : le jeune Allemand Sebastian Ruthenberg dans l’épreuve de Stud Hi-Low à 5,000 dollars. Chris Ferguson a bien failli remporter son sixième bracelet, mais a du s’incliner en seconde place. Il est tentant de faire un parralèle entre les résultats de l’Euro et ceux des World Series. Tandis que les Allemands et les Italients cartonnent, les Français déçoivent… Certes, ils ne décoivent pas autant au poker qu’au foot, mais tout de même.

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vendredi 20 juin 2008

Calm like a bomb

Day 20

Journée des plus calmes hier… L’Amazon Room était presque vide à mon arrivée. Depuis que les organisateurs ont déplacé tous les « restarts » (les Day 2) dans la Brazilian Room, la salle principale des WSOP reste silencieuse une bonne partie de l’après-midi. Surtout quand le tournoi de midi n’attire que quelques centaines de joueurs, comme c’était le cas mercredi. J’aurai cru qu’il y aurait plus de joueurs motivés pour disputer un tournoi de Omaha à 1,500 dollars, mais ils étaient à peine plus de 300 au départ, dont un nombre étonnamment bas de français. Même Antony Lellouche n’avait pas daigné se lever pour pousser quelques caves à son jeu favori. Faut dire que ces temps-ci, il ne se lève pas beaucoup. J’entends dire en ce moment que le meilleur joueur français du monde (après David Benyamine, bien entendu) passe plus de temps à faire la fête qu’à jouer au poker. Difficile de lui en vouloir : après la saison exceptionnelle qu’il a eue, un peu de détente est pour le moins la bienvenue. Seuls SMC et Bruno Fitoussi ont tiré leur épingle du jeu au terme de la période des recaves (trois heures de folie où j’ai vu certains envoyer tapis à chaque main sans regarder leurs cartes)



Aucun membre du Team Winamax ne s’est pointé à l’Amazon Room hier… En grande partie parce qu’aucune épreuve de Hold’em n’était au programme. Je n’avais donc que quelques joueurs à suivre dans les épreuves de Omaha, Stud High-Low et Stud.

David Benyamine a manqué de très peu une troisième table finale dans l’épreuve de Stud Hi-Low. Patrick Bueno et Claude Marbleu ont sauté avant d’atteindre les places payées. Dans le Day 2 du Hold’em à 1,500 dollars, Fabrice Soulier a chuté dans les places payés, éliminé sur un bad-beat assez grossier par le Belge Jamel Maistriaux. Il paraît que les échanges verbaux qui ont suivi furent tout sauf cordiaux. A 17 heures, une autre épreuve de Stud à 1,500$ commençait, avec quelques français au départ. Mais on ne me verra pas couvrir un tournoi de Stud avant d’avoir obtenu une substantielle augmentation de la part de Winamax. Et une couverture médicale 24/24, aussi. Les risques sont trop élevés.



Dario Minieri a remporté l’épreuve de short-handed. Les "online kids" commencent à rattrapper leur retard sur les "live pros"... Après Max Pescatori, il devient le second Italien à décrocher un bracelet cette année. J’ai entendu qu’il avait chatté comme un porc sur quelques coups clés, du genre paire de 2 qui gagne contre paire de Rois malgré le Roi au flop, ou encore tapis préflop avec 34 qui fait brelan contre la même paire de Rois… Cette victoire à 550,000 dollars a du faire l’effet d’une bouffée d’air frais à Dario. Des sources m’ont affirmé que le jeunot avait passé la première moitié des WSOP à se cagouler aux différents jeux de table du Wynn : baccarat, craps… On parle de 200,000 dollars. A court de cash la semaine dernière, Dario passait ses journées a essayer de mettre la main sur les diverses personnes qui lui doivent de l’argent.

Dialogue hilarant entendu à une table de cash-game très chère, du Omaha en Pot-Limit 25/50. Un type montre un bout de papier à Joe Hachem en expliquant : « J’ai financé 10% de l’entrée de TJ Cloutier dans le Main Event. Mais ensuite, j’ai entendu qu’il avait vendu des parts à des tonnes de gens. Comme j’ai un peu peur qu’il ait vendu plus de 100% de son action, et ça lui est déjà arrivé à cette ordure, je lui ai fait signer une reconnaissance de dette. » Sur le papier, il y avait paraphé, d’une belle écriture à l’ancienne : « [nom du joueur] possède 10% de mon action dans le Main Event des WSOP 2008. Signé : TJ Cloutier. »

Sinon, pas grand-chose d’autre à raconter durant cette journée calme, la deuxième consécutive. A 22 heures, j’avais quitté le Rio. Un record. D’habitude, je reste au moins douze heures. Je suis rentré directement à la villa où le reste du Team m’attendait. Tous les soirs, les discussions sont animées. Ca parle surtout de poker, ça décortique la meilleure façon de jouer les mains. C’est passionnant, mais la plupart du temps je ne prête qu’à moitié attention à la conversation. Après une longue journée à regarder des mecs jouer aux cartes, j’aime bien changer de sujet quand je rentre à la maison. Nicolas a eu l’excellente idée d’équiper la télé du salon d’une console Wii. Tall est imbattable au golf.

Cela faisait depuis l’EPT de Monte Carlo que je ne m’étais pas fait couper les cheveux. Ca commençait à urger. J’ai trouvé un salon à 200 mètres de la villa. Très accueillante, la coiffeuse me sert le café : je suis le premier client français qu’elle reçoit. Coïncidence amusante, un compatriote touriste se pointe cinq minutes après. Il ne parle pas un mot d’anglais et je fais l’interprète. J’ai toujours eu une appréhension d’aller dans un salon de coiffure à Londres, j’ai peur qu’ils ne comprennent pas ce que je veux et qu’ils me coupent n’importe comment. J’ai montré la photo de mon permis de conduire en disant « vous pouvez me les faire comme ça », et je suis à peu près satisfait du résultat.

Je suis retourné au In’n’Out Burger avec Pauly dans l’après-midi. C’est la quatrième fois en moins de trois semaines. Que voulez-vous, leurs hamburgers sont irrésistibles. Pour me donner bonne conscience, j’achète chaque matin une barquette de fruits coupés en dés. Et j’ai arrêté le Pepsi, avantageusement remplacé par de l’eau minérale.

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jeudi 19 juin 2008

It's allright, Ma

Day 19

Mardi matin, je me suis rendu compte que cela faisait deux semaines que je portais le même jean. Oui, je sais, c'est dégeulasse. En compagnie de Fred, je me suis donc rendu downtown au Premium Outlets pour acheter deux ou trois bricoles : un sweat à capuche, un polo, un t-shirt, trois pantalons... La villa est équipée de tout le nécessaire pour laver mes vêtements, mais je n’ai pas eu le temps de m’en occuper jusqu’à présent. Dans la rue piétonne, une vendeuse a essayé de me refourguer des crèmes de soin pour la peau. Elle parlait très vite et je ne comprenais rien. "I like you very much, so you'll get the second bottle for free." J'ai remarqué qu'à Vegas, toutes les filles qui ont quelque chose à vous vendre parlent comme des strip-teaseuses.

J’arrive au Rio un peu en retard, et entre directement à l’intérieur de l’Amazon Room par la porte de service. Le bruit des jetons est assourdissant : ils sont plus de 1,700 assis autour des tables, et quelques centaines d’autres ont débordé dans les salles annexes. Je réalise que le tournoi de midi du jour est une de ces loteries à 1,500 dollars, et j’en suis déjà fatigué d’avance.

Heureusement, les français vont coopérer en sautant tous assez rapidement, à l’exception de Fabrice Soulier, qui terminera la journée avec un des plus gros tapis, réalisant par la même occasion son premier money finish des WSOP 2008.

Dans l’épreuve de short-handed, mon colloc Tall a sauté assez rapidement en trentième place, victime de mauvais coups. Il remporte 12,000$ pour sa seconde place payée de l’été. Bruno Fitoussi, lui, a effectué une remontée sensationnelle pour finalement s’arrêter brutalement en onzième place, victime de deux bad-beats consécutifs.

Au chapitre « year of the pro », notons la victoire de l’excellent Rob Hollink dans l’épreuve de Limit à 10,000 dollars. Mon ami Rolf Slotboom rêvait de devenir le premier Hollandais à remporter un bracelet : c’est raté. Hollink est l’un des tout meilleurs joueurs d’Europe : il était temps qu’il accroche une victoire à Vegas, trois ans après son titre EPT à Monte Carlo.

A dix-sept heures, l’épreuve de Stud débutait, mais je ne m’y suis guère interessé : regarder et noter des mains de Stud Hi-Low est une torture sans nom. Quatre des cinq français au départ ont survécu à la première journée : Benyamine, Cohen, Bueno, Marbleu.

J’étais au Café Martorano (un nouveau resto Italien au Rio) avec Fred quand la cinquième manche des NBA Championship s’est terminée… Je n’ai donc pas pu être témoin de la réaction de Phil Ivey après la défaite des Lakers avec presque 30 points de retard, un des plus gros écarts de l’histoire des finales NBA. Les sources s’emmêlent un peu sur le montant exact qu’à perdu Ivey. J'annonçais 2 millions de dollars, mais il se pourrait que ce ne soit que 500,000 (Ivey aurait en revanche remporté 2 millions en cas de victoire des Lakers) On murmure que l’heureux bénéficiaire de la somme est un jeune joueur très riche de la côte Est. Peut-être Nick Schulman ?

Je suis parti du Rio assez tôt, vers minuit, concluant une journée assez terne. Avec Fred et Manub, on est passés au Bellagio. J’esperais voir Antony Lellouche, dont la présence au Rio s’est faite rare jusqu’à présent. Aucune trace du français dans la section haute-limites. Sa table à 400/800 favorite était pourtant ouverte. J’ai joué ma première session de Pai-Gow de l’été… Le bar était blindé de putes. Bilan : moins 200 dollars en une heure. La phrase préférée des Américains rencontrant un Français : « J’ai pris option français au lycée, mais j’ai tout oublié. » Je perds plus de 700 dollars depuis mon arrivée à Vegas, sans avoir joué une seule main de poker. Ma planche de salut réside dans la victoire de l'Espagne à l'Euro.

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mercredi 18 juin 2008

Mas que nada

Day 18

La finale la plus sick de l’histoire récente des World Series of Poker n’a pas déçu. Hellmuth, Negreanu, Juanda, Chan, Gerasimov… Un casting de rêve couronné par la présence des deux plus gros joueurs de Pot-Limit Omaha du moment : David Benyamine et Phil « OMGClayAiken » Galfond. Les deux joueurs s’affrontent quasi quotidiennement sur les tables ultra high-stakes de Full Tilt Poker, jouant des pots de 100,000 dollars et plus de manière routinière.

Comme j’aurais aimé un tête à tête entre ces deux là… Hélàs, au poker, ce n’est pas le scénario le plus séduisant qui se produit forcément. David Benyamine a finalement chuté en troisième place, laissant Phil Galfond devorer Adam Hourani pour remporter son premier bracelet.

Le gros problème de Benyamine, arrivé à trois joueurs, fut d’ordre géographique. La position est un facteur crucial en Omaha, encore plus qu’en Hold’em. Le français n'avait pas été gâté. A sa droite, il y avait un joueur sérré (Hourani), et à sa gauche, un joueur aggressif (Galfond). Inversez le plan de la table et nul doute que David n’aurait pas eu autant de maux de tête lors de la finale. Hors de position contre un Galfond en rush de folie : le challenge était quasiment insurmontable, même pour le meilleur joueur français du monde.



Coup de chapeau à la fille qui interview les joueurs après leur sortie… Elle a plus ou moins pris David pour un touriste en lui demandait s’il n’avait pas été trop intimidé d’avoir joué à côté de « grands noms du poker comme Phil Hellmuth ». Diplomate, David a dit un truc du genre : « Je vais répondre que oui, je sais que ça lui fera plaisir. » Bravo aussi au même Hellmuth, qui a déclaré sans ambages qu’il « était le meilleur joueur de la table, à part peut-être Johnny Chan. »

Avec cette troisième place, David s’installe solidement en tête du classement des gains français aux championnats du monde cette année. Pour le dépasser, il va falloir faire une grosse table finale, et si possible la gagner ! Je me demande si je vais faire ce métier assez longtemps pour voir un français remporter un bracelet WSOP. Quelqu’un pour m’établir une côte ?

Solide journée de travail hier… Tout s’est déroulé de manière assez fluide. Le fait qu’il n’y avait que cinq tournois joués en simultané, au lieu de six, a grandement aidé. En jetant un oeil au programme des tournois, je m'apérçois d'ailleurs que les deux semaines qui suivent vont offrir pas mal de journées avec seulement quatre ou cinq tournois au programme. Patrick Bueno remporte le prix du meilleur grimpeur de la journée, effectuant une remontée impossible pour se glisser dans les places payées de l’épreuve à 10,000 dollars. Nicolas Levi a terminé dans les places payées de l’épreuve à 3,000 dollars, rajoutant une seconde ligne à son palmarès des WSOP 2008. Anthony « Tall » Roux (que j’appelle « Tallix » parce que ça l’énerve) a fait de même lors de l’épreuve de short-handed, terminant le Day 1 parmi les chip-leaders. A cette occasion, j’ai pris une photo pour Wicked Chops qu’ils ont publiée dans la soirée.

Plus tôt, pendant le dinner-break, nous nous sommes rendus au snack du Bellagio pour déguster leur fameux sandwich au thon. Neuf dollars de bonheur. Dans la Bobby’s Room, le Big Game battait son plein. Doyle Brunson trônait à sa place habituelle, entouré de Minh Ly, Abe Mosseri, Gus Hansen et d’autres qui m’échappent au moment où j’écris ceci. Le vieux Doyle se plaignait récemment sur son blog qu’il n’y avait pas de gros cash-games en ce moment. Voilà son vœu exaucé.


Phil Galfond

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mardi 17 juin 2008

Ramblings

Day 17

Je n’ai qu’une demi-heure pour écrire ce post avant d’aller retourner voir la finale du Pot Limit Omaha à 5,000 dollars, où les chances de David Benyamine restent bonnes malgré la domination de Phil Galfond, malheureusement assis à sa gauche, la pire position.

De toute façon je n’ai pas grand-chose à raconter. Après la session cagoule black-jack de la veille, je me suis réveillé la bouche pâteuse et les idées pas très claires, pas très heureux de retourner au Rio après seulement une toute petite journée de pause. Mais les WSOP suivent leur cours, et je ne peux pas m’absenter trop longtemps.

Que s’est-il passé hier ? Il y a d’abord eu l’épreuve de midi, un No Limit classique à 3,000 dollars. Deux français seulement ont survécu à la première journée : mon meilleure pote de collocation à la villa Nicolas Levi, et le mystérieux Françis Mahiout dont je ne sais rien, à part qu’il est français et qu’il joue et gagne en tournoi depuis plusieurs millénaires. Davidi Kitai a terminé l’argent pour son premier tournoi aux couleurs du Team Winamax. Belle entrée en matière pour le Belge, et un money finish de plus à mettre au passif de la meilleure équipe française du monde.


Davidi Kitai, une fois

Patrick Bueno a terminé dans le top 10 de la très difficile épreuve de Limit à 10,000 dollars. Ce qui ne fut pas le cas du fantasque Jean-Claude Perrot (aussi appelé « le cogneur de Varsovie ») qui s’était inscrit un peu par hasard et a joué quelques coups de manière… excentrique, pour rester diplomate. Pas du tout un expert en Limit, le jipé.

Pour continuer sur le thème « Year of the Pro » lors des WSOP, les deux bracelets d’hier ont été décernés à deux excellents joueurs de high-stakes : Kenny Tran et Barry Greenstein. Le Robin des Bois du poker (qui, d’ailleurs, ne verse plus la totalité de ses gains de tournoi aux œuvres de charité, mais seulement une partie, ce qui reste très généreux, je vous l’accorde) n’a pas pris le temps de poser pour les photographes : deux minutes chrono après sa victoire dans le tournoi de Razz, il s’était rassis dans l’épreuve de Limit qu’il disputait en parallèle.


LOL donkaments

En vrac : Johnny Chan se comporte en véritable ordure avec les croupiers. Rien à battre de ses dix bracelets et ses deux championnats du monde, ce type est une merde. Il faut le voir faire sa pub à longueur de journée pour sa boisson énergétique à la con, on dirait une vieille pute sur le retour, faut vraiment qu’il soit broke de chez broke pour se rabaisser comme ça. Connard.

Un des serveurs du Rio est français, c’est assez rare pour être signalé (en général, quand un français émigre aux USA, c'est pour faire autre chose qu'un boulot ingrat, sinon à quoi ca sert de traverser l'Atlantique ?) Il m’a apporté des bouteilles d’eau toute la journée en refusant de prendre un pourboire. Sympa.

Phil Ivey a, on peut s’en douter, suivi avec attention le cinquième match des Lakers. Je me demande de combien il graisse la patte des superviseurs pour qu’ils branchent les écrans de contrôle sur ESPN à la place de l’horloge du tournoi. Los Angeles a gagné la rencontre assez facilement, offrant un répit temporaire à Ivey. La partie est loin d’être gagnée, cependant : il reste aux Lakers à gagner deux rencontres, sans droit à l’erreur. Au grand agacement d’Ivey, Noah Boeken n’a pas arrêté de lui demander combien était le « buyout » de son pari à 2 millions. (Le « buyout », c’est la somme qu’Ivey peut, si possible, payer tout de suite pour mettre fin au pari avant sa conclusion) Ivey n’a pas voulu répondre.

Juste avant le match de basket, c’est pour l’US Open de Golf que l’Amazon Room entière s’enflammait. Le Phil Ivey du poker Tiger Woods a réussi un come-back incroyable, arrachant à son adversaire un match supplémentaire de play-offs.

Sinon, je ne suis vraiment pas satisfait de la décision d’Harrah’s d’avoir rajouté une salle annexe à l’Amazon Room. Cette dernière me semble à mon goût assez spacieuse pour accueillir tous les tournois simultanément. Etait-il bien nécessaire de faire jouer toutes les épreuves en Day 2 dans la Brazilian Room? Cela m’oblige à effectuer des allers-retours fastidieux dans les couloirs du Rio, alors que devant moi, en face du banc de presse, un bon quart de l’Amazon Room est vide toute la journée. Je me demande si les deux salles seront remplies pendant le Main Event. Mon pote Lance, qui écrit pour le site officiel des WSOP, m’a confié que les organisateurs attendaient 8,000 joueurs cette année pour le « Big One ». J’en fais déjà des cauchemars. Heureusement que j’aurai des renforts pour le reportage.

Retour à la villa vers une heure du matin pour un petit barbecue des familles avec Johny, Tall, Cuts et Nicolas. A la télé, GSN diffuse la finale de l’EPT des Bahamas. La victoire d’ElkY reste sans aucun doute l’un de mes plus beaux souvenirs pokeristiques. Par contre, je ne me souvenais plus qu’il ait touché autant de jeu, ce chattard.

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lundi 16 juin 2008

Farniente

Day 16

Je n’ai pas mis les pieds au Rio hier… Après douze journées consécutives passées à l’intérieur de l’Amazon Room, j’ai décidé de prendre ma première journée de congé. Je me suis levé bien après midi et ai lancé PokerNews pour suivre l’évolution de la finale du No-Limit à 2,000 dollars. Si Stéphane Tayar, petit tapis au départ de la partie, avait réussi à survivre à sa première confrontation, je serais retourné au Rio direct pour rendre compte des évenements. Malheureusement (pour lui, pas pour moi), cela n’a pas été le cas et Stéphane a été éliminé en neuvième place, me laissant la journée de libre. Je n’ai donc pas assisté au second sacre du pirate Italien Max Pescatori, ni à la victoire de Blair Hinkle une semaine après la victoire de son grand frère Grant.

Au lieu de ça, je me suis d’abord rendu dans le vieux Vegas pour faire un peu de shopping au Gamblers Book Shop, une librairie dédiée au jeu. La boutique sent le vieux, mais l’acceuil est chaleureux. Le proprio, un vieux New-Yorkais qui parle comme dans les Sopranos, a reconnu mon accent français en deux secondes. Aussitôt, il sort de son comptoir un atlas et commence à me faire la liste des villes françaises qu’il connaît. Avant de partir, il me demande si je suis en voiture ou en taxi. Il part dans l’arrière boutique et revient avec une bouteille d’eau. « Il fait très chaud, faut faire attention » J’ai complété ma bibliothèque en achetant deux bouquins indispensables que je n’avais pas en ma possession : « Shut up and Deal », de Jesse May, la meilleure fiction jamais écrite sur le poker, et « The Biggest Game in Town », le magnifique compte-rendu des WSOP 1981 par le poète anglais A. Alvarez.

Ensuite, j’ai repris l’Interstate 15 en sens inverse. Direction Tropicana Road et mon endroit favori de Las Vegas…. Le musée du flipper, dont je vous ai déjà parlé l’année dernière. Rien de tel qu’une petite partie à trois billes pour me détendre. En deux heures, j’ai dépensé sept dollars. Le meilleur deal de Las Vegas, assurément. J’ai joué à mes machines préférées… Addam’s Family et Creature of the Black Lagoon de Bally’s, Lord of the Rings et les Simpson’s de Stern. Il y avait aussi la toute dernière machine de Stern, Indiana Jones. Un flipper un peu bizarre, assez simpliste, je me suis un peu emmerdé. On est loin de la version qu’avait sortie Williams il y a 14 ans.

En soirée, rendez-vous était pris au MGM avec le Team Winamax pour un combo resto/spectacle. « Ka » est mon deuxième spectacle du Cirque du Soleil. Très impressionnant, les cascades sont vraiment spectaculaires et la technique très innovante : la scène pivote dans tous les sens possibles sur un axe tridimensionnel (on aperçoit une grosse machinerie hydraulique derrière) Malgré tout, contrairement à Ludovic et Nicolas, ce n’est pas un spectacle que je retournerai voir. J’avais craqué pour "Love" l’année dernière, mais c’était gagné d’avance car je suis un fan absolu des Beatles. Mais ici, je ne suis pas immergé complètement dans le truc. Qu’on ne se méprenne pas, le spectacle est de top qualité, c’est du très très haut de gamme, et je le recommanderai chaudement pour quiconque cherche à passer une soirée divertissante à Vegas. C’est juste que le cirque, à la base, c’est pas trop ma tasse de thé.

Après minuit, direction le Gold Coast pour mon endroit favori numéro 2 de Las Vegas… La piste de bowling. J’ai donné rendez-vous à Jason de PokerListings qui s’est pointé avec ses collègues Matt, Marty et Jason. On a loué deux pistes pour un total de onze joueurs, et les deux groupes se sont joyeusement mélangés. Les paris ont fusé, bien entendu. Sur la deuxième partie, j’ai gagné mon pari à 10 dollars contre Nicolas Levi avec 20 points d’avance. Johny m’avait aussi donné de l’action, faisant équipe avec Alexia et Almira contre moi et Rod. J’ai joué comme une merde mais ai quand même marqué assez de points pour les défoncer. L’équipe PokerListings (Matt, Jason, Martin) a battu à plate couture l’équipe Winamax (Tall, Nico, Cuts), il y a même eu une news à ce sujet sur leur site le lendemain.

Il était déjà bien tard quand la partie s’est terminée… Et j’avais déjà bu beaucoup de Heineken à deux dollars. Mais j’ai quand même insisté pour jouer au black-jack avec Tall et Cuts. Une idée merdique bien entendu. A cinq heures du matin, j’étais encore en train de courir après mes pertes, tandis qu’à côté de moi, Ludovic et Anthony gagnaient à tous les coups. Il y a quelque chose de pire que de perdre une tonne à un jeu de casino : c’est de rentrer à la maison à l’aube, complètement en tilt, en songeant que d’ici quatre heures, on sera déjà debout pour aller bosser. Note pour la prochaine fois : ne pas prendre de congé, ca coûte trop cher.

samedi 14 juin 2008

Mano a mano

Day 15

Une journée de douze heures de plus au Rio hier… Où les français ont fait particulièrement bonne figure. Cinq d’entre eux ont atteint les places payées de l’épreuve mixte Hold’em/Omaha. A trois heures du matin, le sympathique Stéphane Tayar devenait le troisième français à atteindre une finale lors des WSOP 2008, dans le tournoi de No Limit à 2,000 dollars.

Mais la grande affaire de la journée fut l’épreuve de tête à tête à 10,000 dollars. Un tournoi que j’attendais avec impatience : ces derniers mois, mes rares sessions de poker en ligne ont toujours été jouées en cash-games heads-up. Lassé des Sit’N’Go et des tournois à petit buy-in, j’ai repris goût au poker avec le duel… Sans aucun doute la forme de poker la plus excitante qui soit.

256 joueurs avaient pris place, parmi lesquels une dizaine de français, dont une bonne partie du Team Winamax. Couvrir un tournoi de tête à tête est plus facile d’un tournoi classique. A la fin de leur match, les joueurs disposent de plusieurs heures de pause avant le début de la rencontre suivante. J’avais donc tout loisir de les interroger et rédiger un compte-rendu de leur match.



Guillaume « Johny001 » fut le seul joueur français a passer le second tour… Rentrant ainsi dans les places payées. Une place méritée : Guillaume figure assurément parmi les meilleurs joueurs de tête à tête français. Son troisième match contre l’excellent Alex Jacob, programmé à 22 heures, fut extraordinaire. A cette occasion, j’ai quitté le banc de presse pour suivre la rencontre dans son intégralité. Un combat acharné entre deux joueurs de classe mondiale, finalement remporté par Jacob. J’ai rempli douze pages de notes durant les deux heures trente qu’a duré le match, décrivant les moments de tension, les bluffs, l’intimidation qui ont émaillé la partie, mais je ne suis plus très sur d’avoir envie d’en écrire un compte rendu. J’étais aussi déçu que Johny au terme de ce match où la chance a joué un rôle prédominant pour départager deux joueurs de niveau égal.

Ignorant l’épreuve de Razz, la finale du HORSE et cette du No Limit à 5,000 dollars, j’ai quitté le Rio à une heure trente du matin. De retour à la Villa, mes amis du Team Winamax se préparaient à partir en boîte où dans un strip-club, j’ai pas bien compris. J’ai décliné l’invitation, à ce stade je n’avais plus la force de faire quoi que ce soit.

J’ai allumé la télé avant de me mettre au lit. La chaîne ABC repassait « Casino », de Scorcese. Toute la violence et le langage grossier avaient été censurés. Autant dire que le film s’est terminé très vite.


Alex Jacobs, le Robert Zimmerman du poker

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Year of the pro ?

Day 14

Y a pas à dire, ces World Series of Poker 2008 sont une mécanique bien huilée. Deux semaines ont passé et un tiers du festival s’est déjà écoulé sans que personne ne s’en rende vraiment compte. Les tournois et les vainqueurs s’enchaînent sans accroc. Les cash-games tournent 24 heures sur 24. Superviseurs, croupiers, médias, serveurs en tout genre, joueurs : tout le monde travaille dans la fluidité et la bonne humeur. Tout va bien. Aucune aspérité. Rien ne dépasse, ou si peu. Enfin, pour leur quatrième année en tant qu’organisateurs des championnats du monde, Harrah’s a trouvé le bon bout, et travaille d’arrache-pied pour faire en sorte que les WSOP tournent du mieux possible. Que demande le peuple ?



Cerise sur le gâteau, même les pros médiatiques coopèrent en remportant une épreuve sur deux, offrant aux médias de belles finales, de jolies photos et des articles faciles à écrire. Après Nenad Medic, David Singer, Erick Lindgren et Mike Matusow, c’est au tour de Daniel Negreanu d’ajouter un titre à son palmarès en remportant l’épreuve de Limit Hold’em à 2,000 dollars.

Bref, les grands noms monopolisent l’attention cette année, contredisant l’adage en vogue qui dit qu’avec l’augmentation croissante du nombre d’entrants aux tournois du circuit, il est de plus en plus difficile pour les stars de tirer leur épingle du jeu.

Loin de moi l’idée d’en tirer une quelconque théorie ou conclusion définitive sur les résultats des WSOP après deux semaines. En fait, cela ne me fait ni chaud ni froid de voir une star médiatique remporter un tournoi, plutôt qu’un autre joueur moins connu. Car si l’on regarde de près les résultats des autres épreuves, on se rendra vite compte que la plupart des vainqueurs cette année sont des joueurs pros. Les amateurs complets arrivant jusqu’au bout restent des occurrences rares, malgré la croyance populaire véhiculée par les victoires de Chris Moneymaker et Jamie Gold. Les Vanessa Selbst, Matt Keikoan, Farzad Rouhani ne passent peut-être pas a la télé tous les jours, mais ils n’en restent pas moins d’excellents joueurs, des pros à part entière, évoluant la plupart du temps en dehors des spotlights, gagnant tranquillement leur vie sans faire de bruit. Parce qu’à l’inverse, il y a aussi des tas de joueurs qu’on voit partout, mais qui ne gagnent jamais. Mais chut, faut pas le dire. Je t’aime bien quand même, Clonie.


Vanessa Selbst remporte l'épreuve d'Omaha à 1,500$

Quelques minutes après la victoire de Negreanu, un photographe lui demande s’il a gagné le tournoi juste pour éviter que Matusow ne puisse se vanter d’ avoir remporté autant de bracelets que lui. Le Canadien éclate de rire : « C'est exactement ça ! » La veille, Mike the Mouth remportait son troisième bracelet et un Negreanu hilare débarquait sur le podium ESPN en s’écriant : « Quoi ? T’as gagné ? C’est dingue, n’importe qui peut gagner à ce jeu ! » Le lendemain, Daniel remporte son quatrième bracelet après une longue période de disette, laissant Matusow derrière dans cette amicale course aux breloques.

Le premier geste de Negreanu après l’ultime main de la finale ? S’emparer de son téléphone portable pour envoyer un SMS à Phil Ivey. Le Tiger Woods du poker est en train de vivre une des pires semaines de sa carrière de joueur professionnel. Gonflé à bloc et débordant de confiance avant le début des Series, Ivey s’était lancé dans un nombre incalculable de paris avec ses amis pros. Hier, Negreanu a gagné un bracelet, et pas Ivey, ce qui lui a coûté 200,000 dollars. Qui sait combien de dizaines de paris a-t-il conclu ? A chaque fois qu’un pro remporte un bracelet, j’imagine Phil en train de sangloter en mettant la main au portefeuille.

Sans compter que les Lakers ont perdu hier, scellant quasi-définitivement leur défaite dans les NBA Championships, sauf miracle biblique. Un échec qui va, dit-on, coûter deux millions à Ivey. Il fallait le voir hier en fin d’après-midi dans le tournoi de HORSE. Quand le match a commencé, Ivey était chip-leader. Quelques heures plus tard, les Lakers s’étaient pris une branlée et Negreanu brandissait le bracelet devant un parterre de photographes. Double bad-beat. Sur son visage, on lisait l’envie de mort.

Mais je ne m’en fais pas plus que ça pour la fortune d’Ivey, pas plus que je ne réjouis de le voir subir des déconvenues. Ce n’est pas quelques millions jetés par la fenêtre qui vont mettre à mal le meilleur joueur du monde. Et puis, les WSOP sont loin d’être terminés. Si ça se trouve, Ivey sortira largement positif à l’issue de l’été, après deux ou trois bracelets et un rush de folie en Main Event.

La citation du jour (qui, en réalité, a été prononcée jeudi mais j’avais oublié de vous en parler) : Ted Forrest sort des toilettes et revient d’un pas pressé vers l’Amazon Room. Un type lui crie depuis l’autre bout du couloir : « Hey, Ted, I heard you finished second ! » Forrest, sans ralentir, répond en aboyant presque : « Yeah, I finished fucking second ! » La veille, Ted Forrest terminait en effet en seconde de l’épreuve de Omaha High-Low, manquant d’un cheveu son sixième bracelet après avoir été énorme chip-leader en tête à tête. On ne peut pas lui en vouloir d’être un peu énervé : Ted a perdu bien plus que l’argent de la première place en échouant sur la dernière marche, ayant placé de gros paris sur sa victoire cette année contre… Phil Ivey, bien entendu. Ce dernier s’en sort bien, pour une fois.

Ivey n’est pas le seul à se faire essorer au paris… J’ai perdu quasiment toutes mes mises sur les différents matches de l’Euro. Heureusement que je n’ai pas misé sur les Lakers hier. J’ai envisagé un rush express au Sports Book jusqu’à la dernière minute, puis ai fini par changer d’avis après que Pauly se soit foutu de ma gueule. « Moi, je le prends, ce pari, si tu veux », qu’il m’a dit. Sentant le mauvais coup, j’ai décliné. Bien m’en a pris.



Ryan Nathan, l’un de mes meilleurs amis dans le monde du poker, a terminé en 13e place de l’épreuve de No Limit à 5,000 dollars, éliminé sur un bad-beat horrible à trois heures du matin. Le valet sur la rivière, complétant le tirage de quinte de son adversaire, m’a fait l’effet d’un coup de poing dans l’estomac. Je suis toujours à fond derrière l’Australien, l’un des types les plus sympas qu’il m’ait été l’occasion de rencontrer, quelqu’un qui m’a toujours aidé quand j’avais besoin d’un coup de main, me dépannant d’une chambre d’hôtel, améliorant mon poker sans rien demander en retour, et aussi quelqu’un d’extrêmement rigolo, jamais de mauvaise humeur, contrairement à moi. Voilà un pro qui mériterait un peu plus de couverture médiatique.


Un petit somme durant ma onzième journée consécutive aux WSOP


Mon pote Yuestud dans l'épreuve de No Limit à 2,000 dollars

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vendredi 13 juin 2008

I am the ressurection

Day 13

Il n’a fallu que deux jours seulement ne s'écoulent pour que mon post sur le manque de résultats français aux WSOP fasse sentir ses effets : enfin, les tricolores se réveillent, et atteignent deux finales coup sur coup. Manque de bol, deux jours après l’élimination en neuvième place de Nicolas Levi dans l’épreuve de No Limit à 2,500$, David Benyamine (le meilleur joueur français du monde, je le rappelle) récidivait en sortant a nouveau le premier de la finale du Deuce to Seven à 5,000 dollars, après 40 minutes de jeu à peine.

« Je te l’avais dit ! » a rigolé mon pote Fred Le Roux en collectant les 40 dollars qu’on avait mis en jeu sur la performance du français (il fallait que David termine mieux que sixième pour que je gagne le pari, ca me semblait gagné d'avance cette histoire). « Benyamine ne sait pas jouer les tables finales. » Heureusement que j’avais parié sur le Portugal à l'Euro le matin même, ca équilibre mon résultat net de la journée.

Difficile de tirer des conclusions sur cette sortie prématurée. Ce n’est pas parce que David est sorti si tôt qu’il a forcément fait n’importe quoi. Certes, contrairement à Nicolas il y a deux jours, David possédait un tapis assez confortable, et équilibré par rapport à ceux de ses adversaires. Mais la variante pratiquée obligeait une prise de risque énorme : dans les jeux de tirage, si on ne rentre pas le dit tirage, on est cuit, pardonnez-moi du truisme. C’est ce qui s’est produit pour David durant les trois coups qu’il a joués.

A titre personnel, j’étais très déçu. Je m’étais levé le matin de la finale en rêvant déjà d’images d’un français brandissant le bracelet. Sans parler de l’interview fleuve qui aurait suivi (on peut rêver). Bref, l’orgasme journalistique, ce sera pour plus tard. Cette année, si possible, j’en ai un peu marre des secondes places.

Dans la soirée, j’ai eu envie de m’échapper du Rio… Avec Johny et Fred, on a conduit jusque Downtown, le vieux Vegas, là où tout a commencé dans les années 40. Fremont Street est depuis longtemps has-been face à la concurrence des méga casinos du Strip. Mais néanmoins un endroit à visiter de temps en temps, pour humer l’air du temps jadis et se remémorer une époque que l’on n’a pas connue. Le temps des World Series au Binion’s Horseshoe, en particulier. Un temps où les joueurs, les vrais, chapeau, cigare, bottes croco et poches pleines de cash faisaient la loi à Vegas, bien avant l’ère du tourisme de masse. Nous visitons le vieux casino, qui a depuis quelques années vu sa facade transformée et perdu au passage la moitié de son nom (Harrah’s a racheté le nom « Horseshoe » et la WSOP en 2004, et s’est aussitôt empressé de revendre le bâtiment, dont elle n’avait aucune utilité)



L’endroit n’a guère changé, mais, mis à part une série de clichés accrochés sur un mur (le fameux « Wall of Champions » affichant l’ensemble des champions WSOP de l’ère Binion’s), rien dans le casino ne laisse paraître des trente années d’histoire du poker qui se sont écrites içi. En regardant les photos des vainqueurs depuis 1970, les Johnny Moss, Jack Strauss, Phil Hellmuth, Johnny Chan et tous les autres, je pose une question existentielle à Guillaume.

« Si tu pouvais voyager dans le temps et revenir en arrière pour disputer un des tournois de la grande époque, disons il y a 20 ans, tu crois que tu battrais tous ces mecs ? » Nous sommes tombés d’accord sur le fait que le niveau a énormément progressé ces dernières années, avec Internet, l’arrivée des jeunes joueurs et que n’importe quel bon joueur d’Internet d’aujourd’hui survolerait sans problème la compétition de jadis, peu au fait des notions de resteal, fold equity et autres implied reverse odds en double backflip 360 la tête à l'envers.

La steak-house du Binion’s était fermée, alors on a traversé la rue jusqu’au Golden Nugget pour un combo filet mignon plus vin californien (assorti d’une assiette de brocolis et de purée de pommes de terres) à tomber par terre. Un peu cher mais ça valait le coup. Je crois d’ailleurs que c’était mon premier repas digne de ce nom depuis mon arrivée.

Nous sortons du restaurant pile à minuit : dans la rue piétonne, tous les casinos de Fremont Street éteignent leurs néons en simultané pour laisser place à un spectacle son et lumière d’un quart d’heure, diffusé au dessus de nos têtes depuis une voûte d’écrans plasmas installée par delà les casinos et traversant toute la rue. Une construction à plusieurs millions de dollars ordonnée dans les années 90 dans une tentative de faire revenir les touristes dans le Vieux Vegas. Assez kitsch.

En revenant au Rio vers deux heures du matin, je constate avec surprise que l’épreuve de Deuce to Seven est toujours en cours sur le podium ESPN. Tony G, Erik Lindgren, Barry Greenstein et Tom Schneider ont sauté : ils ne sont plus que deux à batailler pour l’un des bracelets les plus prestigieux des WSOP.

J’ai eu de la chance, de revenir dans l’Amazon Room juste à temps pour observer un vrai moment d’émotion : la victoire de Mike Matusow sur Jeff Lisandro.



Mike « The Mouth » Matusow… Voilà un homme qui est arrivé aux championnats du monde véritablement transformé, physiquement et mentalement, avec trente kilos en moins et une nouvel état d’esprit. Attachant pour beaucoup, énervant pour certains, le Matusow que l’on a appris à connaître lors des retransmissions télévisées des WSOP ne laisse pas indifférent ceux qui croisent son chemin. Un moulin à paroles autour de la table, réservoir d’anecdotes, souvent hilarant, parfois touchant, quelques fois odieux, con et pleurnichard, un humain, quoi. Et aussi un grand joueur, quand son sale caractère et ses instincts impulsifs ne mettent pas son tournoi par terre sur un coup de tête.

J’admire Mike Matusow car il a du livrer un combat sans merci contre son pire ennemi : lui-même. Drogue, prison, surpoids, addiction au jeu, hyperactivité… Ces dernières années, le destin n’a pas été tendre envers Mike.



Mais hier, ce n’était pas le joueur dégénéré, compulsif et colérique qui s’exhibait sur le podium ESPN. Non, c’était une toute autre personne, à la silhouette affinée et à l’état d’esprit assaini. J’admire Mike Matusow car c’est il est profondément humain, un mec à fleur de peau trop souvent victime de ses émotions exacerbées. Je peux m’identifier à lui. C’est ce genre de personne que je veux voir gagner. J’aime les gens qui débordent, qui dérapent, qui sortent de la marge. Qui se montrent tels qu'ils sont, sans retenue.

Ce n’était pas seulement l’argent gagné et le bracelet qui importaient hier à Mike. Ce qui comptait avant tout, c’était de pouvoir se prouver qu’on peut changer, qu’on peut devenir une meilleure personne si on le veut vraiment. Que les choses ne sont pas gravées, que l’histoire peut changer de direction. Une victoire hautement personnelle.

Mike Matusow a, au moins pour un temps, vaincu ses démons et fait la paix avec lui-même. Peut-être un peu naïvement, j’aime à croire que le changement sera définitif.



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jeudi 12 juin 2008

A momentary lapse of reason

Day 12

Mardi, j’ai eu ma première conversation avec David Benyamine depuis le début des World Series. J’ai cru que cela n’arriverait jamais. Il était en train de disputer la deuxième manche de l’épreuve de Deuce to Seven. En l’apercevant, je me suis comme d’habitude contenté de le saluer en hochant la tête, sachant pertinemment qu’il était inutile d’essayer de démarrer une conversation. Je suis donc tombé sur le cul quand David a ouvert la bouche et commencé à me parler. Super, que je me suis dit. Je vais enfin avoir ma grande conversation vérité avec le meilleur joueur français du monde. Depuis le temps que j’attendais ça. Ca y est, le grand moment est arrivé. Je suis prêt.

En fait, pas du tout. Benyamine voulait juste que j’aille lui chercher le programme des épreuves. J’ai couru tellement vite jusqu’à mon sac que j’ai failli me casser la gueule. Je ne voulais pas décevoir le maître.

Cette douzième journée des World Series of Poker (ma neuvième au Rio) fut assurément la plus passionnante de toutes. 35 joueurs étaient au départ du deuxième jour du tournoi de Deuce to Seven, et quels joueurs ! Le caractère relativement obscur de la variante (un poker fermé « low » joué en No Limit) et le prix d’entrée élevé (5,000$ et des recaves illimitées pendant trois heures) ont résulté en un tournoi élitiste, réservé aux pros les plus fortunés. C’est bien simple, à deux exceptions près, je reconnaissais l’intégralité des joueurs encore en course dans le Day 2. La partie était très interessante à observer, d’abord parce que cette variante m’intrigue, et ensuite parce que tous les joueurs se connaissaient bien entre eux, alimentant un flot de conversation ininterrompu. Je n’arrivais pas à décoller des tables, celle de David Benyamine et Mike Matusow en particulier, qui ont passé l’après-midi à discuter en détail les coups les plus importants, comparant les mérites respectifs des approches serrées et agressives en tournoi. « Mais qu’est-ce tu y connais en tournoi », a fait remarquer Matusow au français, « tu n’en as gagné qu’un dans ta vie. » Et Benyamine de répondre, imperturbable : « C’est vrai, je préfère les cash-games. Tu veux jouer ? »

L’épreuve de Omaha commencée à midi fut une boucherie abominable. Quatre heures après le départ, 60% des 750 inscrits avaient déjà sauté. Pourtant réputés experts dans cette variante, les français n’ont pas réussi à survivre à se massacre. Aucun d’entre eux n’allait passer le premier tour.

En fin d’après-midi, j’ai passé une bonne heure à observer l’épreuve de Limit Hold’em qui se déroulait devant le banc de presse. L’un des écrans de contrôle diffusait en direct la troisième manche des NBA Championhips entre les Lakers et les Celtics. Au fur et à mesure de la progression du match, de plus en plus de joueurs délaissaient leur tournoi pour observer la télévision. On n’entendait presque plus le bruit des jetons qui s’entrechoquent.



Comme je l’ai raconté il y a quelques jours, la rumeur du moment dit que Phil Ivey aurait misé une somme d’importance (2 millions étant l’estimation) sur la victoire des Lakers au championnat. L’équipe de Los Angeles avait mal entamé la finale, perdant ses deux premiers matchs contre Boston. Le troisième match d’hier était donc crucial, le vainqueur étant désigné au meilleur des sept rencontres.



Debout, parfaitement immobile face à la télévision, le Tiger Woods du poker ne perdait pas une miette de la rencontre, ne prêtant aucune attention à la partie de poker en cours. Avec deux millions de dollars en jeu, ça peut se comprendre.



Durant tout le dernier quart-temps du match, j’ai observé, fasciné, les différentes émotions de Phil Ivey en fonction de l’évolution du score. Pendant un moment, le temps était comme suspendu. Il n’y avait plus rien autour de moi, juste Ivey et l’écran de télévision.



Chaque rebond, chaque lancer franc provoquait une subtile réaction chez Ivey… Chose incroyable : le meilleur joueur du monde avait perdu sa poker face. D’habitude dur, froid et impassible, son visage trahissait toutes les émotions qui le traversaient.



Inquiétude, quand les Lakers avaient huit point de retard en début de période. Colère, après une décision controversée de l’arbitre. Approbation, quand les Lakers recollaient au score avec deux lancer francs réussis. Impatience, quand les secondes de l’horloge ne voulaient pas défiler assez vite.





Et finalement, soulagement avec un rire franc quand son équipe favorite est sortie vainqueur de la rencontre. Il reste encore quatre matchs dans les NBA Championships : Ivey est loin d’être tiré d’affaire…



Si vous avez jeté un oeil au reportage officiel de PokerNews hier dans l’après-midi, vous avez pu trouver mon nom dans la liste des participants à l’épreuve de Pot-Limit Omaha, assortie de la hauteur de mon tapis (11,000, soit près de quatre caves, pas mal !) Cela n’a pas manqué de me faire sursauter, puisqu’à ce jour je suis à peu près certain de n’avoir jamais participé à une épreuve WSOP de ma vie, surtout pas en ce moment où je travaille douze heures par jour minimum. J’ai cru à une blague faite par un collègue facétieux, puis ai fini par trouver le responsable : mon ami anglais Marc Convey, ancien de Gutshot et embauché par PokerNews pour l’été. Ce dernier, un peu fatigué après une longue journée de travail, avait machinalement rentré mon nom à la place de celui de l’allemand Benjamin Kang.



Ma photo de Gobboboy et Howard Lederer a eu les honneurs de se faire « photoshopper » (c'est à dire de se faire détourner en utilisant le fameux logiciel de retouche d'image) par les barjots de l’excellent forum américain 2+2. Pour des dizaines d'autres créations à mourir de rire, consultez ce thread.



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