samedi 26 avril 2008

No dice

Aéroport de McCarran, 13h24. Il me reste quelques minutes pour taper un post en vitesse avant l’embarquement du vol 193 pour Long Beach.

Mon sixième séjour à Las Vegas s’achève et dire qu’il fut une franche réussite serait un doux euphémisme. Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas été aussi reposé et heureux, à la fois satisfait du travail effectué et content d’avoir pu passer d’agréables moments avec des gens que j’apprécie.

L’élimination de Nicolas Levi mardi soir, lors du Day 3 du WPT Championship a marqué la conclusion de mon reportage. Il avait été convenu dès le départ que je ne couvrirais que les joueurs français en lice : Nico fut le dernier à tomber, seul tricolore à atteindre les places payées pour un prix de 38,000 dollars. Après un marathon de dix jours de reportage entre Monte Carlo et Las Vegas, entrecoupé par un bond transatlantique de 24 heures, je pouvais enfin m’octroyer un peu de repos. Quand même.

Et quelle meilleure ville que Sin City pour prendre du bon temps et se la couler douce ? Shopping, piscine, black-jack (un peu), poker (trop), des bons restos, et quelques fêtes mémorables avec Nico, Ludo, Arnaud et ElkY, voilà à quoi ont ressemblé mes deux jours de repos à Vegas. Certaines soirées furent assez sauvages, et pour le bien de tous, y compris de moi, il vaudrait mieux que cela reste, pour une fois, vraiment « off the record ». J’ai quand même vu des gens réussir à baiser sans payer, assez chanceux qu’ils ont été de repartir avec la seule fille de la boîte qui n’était ni une strip-teaseuse, ni une prostituée. Enfin, des soirées comme ça, on ne les raconte pas, on les vit.

J’ai passé ma dernière soirée à Vegas en compagnie d’un ami Texan, Dan Michalski. Le créateur de Pokerati (l’un des seuls sites de vrai journalisme poker ici bas) s’est récemment installé à Vegas où il partage ses journées entre l’écriture, les cash-games No Limit des casinos du Strip et la rédaction de critiques de bars, restos et boîte pour un site local. C’est donc à l’œil qu’on à mangé au tout nouveau buffet de fruits de mer du Rio, reçus comme des papes par le chef en personne qui tenait certainement à ce que Dan écrive un beau compte-rendu. Bizarre de revenir au Rio, cet enfer où j’avais passé six semaines pendant les WSOP l’été dernier. Les touristes ont envahi les tables, les restaurants, les bars, il n'y a pas un centimètre carré du batiment qui ne soit bondé. Peu importe la saison, ce casino est toujours plein à craquer, et franchement je me demande bien pourquoi, en tout cas c’est le dernier endroit où je viendrais passer mes vacances à Vegas.

On a surtout discuté des World Series (cinq semaines devant nous, déjà de retour, putain) et de la manière de les couvrir. L’approche de Dan est celle d’un journaliste pur, qui va chercher les histoires, qui creuse, regarde en coulisse, fouille les poubelles et déterre le scoop dont tout le monde va parler. Durant ce cirque de six semaines, Dan, Pauly et des sites comme Wicked Chops publieront à coup sur les articles les plus intéressants. C'est là qu'on ira pour découvrir de l'exclusif, du vécu, du pas lu ailleurs. J’espère que j’aurai de mon côté un peu le temps de gratter l’os jusqu’à la moelle (comme disait Hunter Thompson) entre deux récits de coups à tapis avant le flop.

Bon, l’avion va décoller, je n'ai plus trop de temps. Avant de repartir vers Londres, je fais un petit saut express de trois jours à Los Angeles, répondant à l’invitation de mes amis Pauly et Nicky. Ils vont me montrer les endroits sympas, les décors de films, on va aller à la plage, monter sur les collines d’Hollywood, et tenter de repérer quelques célébrités.

En conclusion de ce post décousu, je vous livre la vérité, brutalement honnête, de mes résultats au jeu à Vegas. J’ai tout noté, rien n’a été oublié. Comme vous pourrez le constater, j’ai pris une bonne grosse claque au seul jeu de Vegas nécessitant autre chose que la chance. La dégringolade est survenue durant mes deux jours de repos, m’amenant à la conclusion que j’aurais peut-être mieux fait de continuer à couvrir l’épreuve du WPT.

Pai Gow

25$/hand avec Arthur : +30$
25$/hand avec Rayan : -30$
25$/hand je sais plus quand : +40$
Total +40$

Black Jack

Au Bally’s le jour du Day 1A : - 200$
En équipe au Wynn avec Ludo et Arnaud: -100$
1 main à 10$ au Bellagio avant qu'on me demande mon ID : -10$
Session post strip-club à 5h du mat : +325$ (ce que j'avais dépensé, en gros)
Quelques mains au Mandalay Bay : +10$
Au Planet Hollywood : +100$
Avec Dan Michalski 10$/main au Gold Coast : +25$
Total +150$

Video Poker/Video Black-Jack

95% de ces parties ont été jouées en vitesse au Fontana Lounge en attendant que les joueurs sortent de la salle du tournoi pendant les pauses :

1$/hand : +9$
1$/hand : +7$
1$/hand : +6$
1$/hand : -5$
1$/hand : +5$
1$/hand : +2$
1$/main +4$
1$/main -14$
Total +14$

Poker

C’te cagoule, j’hallucine… J'ai pas super bien joué au Bellagio, mais la partie au Planet Hollywood était la plus facile du monde, j'arrêtais pas de me faire défoncer sur des coups improbables.

2/5 NL Bellagio : +7$
2/5 NL Bellagio : +385$
4/8 Limit Bellagio : -46$
2/5 NL Bellagio : -625$
1/3 NL Caesar's : -118$
1/2 NL Planet Hollywood : -240$
Total – 637$

Divers

Keno avec Nico et Cuts au buffet : -10$
Prop Bet avec Nico (manger 5 cacahouètes au goût le plus atroce jamais vu, j’avais les larmes aux yeux tellement c’était horrible) : +50$
Prop Bet avec Ludo (le nombre de bracelets WSOP de Billy Baxter, ce fish pensait qu’il en avait moins de quatre) : +50$
Deux pile ou face avec Ludo : -30$
Total +60$

Résultat final - Las Vegas, Avril 2008 : - 373$


Quinte flush royale... J'ai gagné à tout sauf au poker, c'est pas sick ça ?

mercredi 23 avril 2008

Vegas et son putain de casino


C’est à l’occasion du Day 1B du WPT Championship que la plupart des français ont fait leur entrée en piste dans le plus gros tournoi de No Limit de l’année : le Team Winamax (Cuts, Arnaud, Nico), ElkY, David Benyamine, Philippe Rouas, Patrick Bruel venu en dernière minute… C’est donc à cette occasion que j’ai moi aussi commencé à bosser, après la journée d’introduction de la veille où je n’avais écrit que quelques posts.

J’en fus le premier surpris : ce Day 1B fut des plus agréables à couvrir, malgré toutes les restrictions mises en place. J’ai quitté le Bally’s pour investir une chambre au 20e étage du Bellagio, et ainsi disposer d’une connection Internet sur place, chose que la pseudo salle de presse ne m’offrait pas. Grosso modo, j’ai fait des aller et retour toute la journée entre cette salle de presse improvisée (et privée) et les deux salles du tournoi.

J’ai très vite trouvé le bon rythme : quinze minutes de discussion avec les joueurs devant la salle pendant les pauses, dictaphone en main, puis quinze minutes à observer les tables à l’intérieur, pour prendre des photos et avec un peu de chance assister à un coup intéressant. Ensuite, retour dans la chambre où je dispose de 75 minutes pour mettre en mots toutes les informations et citations que j’ai collectées, traiter et télécharger les photos, et publier le tout. Ensuite, je redescends au casino, et ainsi de suite jusqu’à la fin de la partie, à 21 heures. Une routine qui s’est révélée assez efficace : au lieu de vagabonder autour des tables et d’aller pêcher les infos au hasard, je me suis basé presque exclusivement sur mes entretiens avec les joueurs durant les pauses, me permettant de couvrir leur progression niveau par niveau, en racontant tous leurs coups importants. En plus, comme je n’avais que sept joueurs sur qui me concentrer, j’ai pu détailler un grand nombre de mains jouées, donnant à mon direct une profondeur technique la plupart du temps absente.

Les coyotes de PokerListings me manquent un peu en salle de presse, mais il faut avouer que, tout seul dans ma chambre pour rédiger les posts au calme, j’ai été bien plus productif. C’est ça le problème des salles de presse bondées lors des gros tournois : on est entre potes et on s’y amuse un peu trop, et cela nuit parfois à la qualité du travail, sans parler tout simplement de la difficulté à se concentrer à cause du boucan ambiant.

L’un des grands bonheurs des tournois du Bellagio sont leurs horaires exceptionnels : on commence à midi, un peu plus tôt que la plupart des tournois européens, mais à 21 heures, c’est plié et joueurs et médias ont toute une soirée devant eux avant de reprendre le travail le lendemain. Je retrouve le Team Winamax au buffet offert à tous les participants du WPT : Ludovic a été éliminé du tournoi en milieu de journée après plusieurs coups assez atroces, et sa malchance a continué en cash-game où son full a été battu à la rivière par une quinte flush royale, rien de moins. Je me rends ensuite à la salle de cash-games, où ElkY s’est directement installé en 25/50 No Limit après la conclusion du tournoi. Moi, je m’assois à la plus petite table de No Limit du Bellagio : la 2/5 au buy-in maximum de 500$. Je n’ai pas l’habitude de jouer aussi cher, préférant habituellement les tables à 1/ 2 du Bally’s ou Caesar’s, mais Ludovic m’a assuré que le niveau des parties serait exactement le même, et que je m’en sortirai sans problèmes.

J’ai joué une session de deux heures pour un résultat net de +7 dollars. Un résultat trompeur car j’ai joué pas mal de pots, mais j’ai très vite perdu un gros coup avec une paire de Rois dont je ne sais plus trop quoi faire avec au turn, je la jette après avoir lâché 150 dollars, une décision qui a fait hurler mes potes du Team quand je leur ai raconté le coup le lendemain. Résultat, je suis « stuck », traduction perdant sur la session, et arrive assez vite à remonter, constatant que je joue mieux quand je pars de derrière, faisant quelques bluffs assez standard contre des adversaires très très faibles. Pas des pigeons complets, non, mais des joueurs qui en savent assez techniquement pour se mettre dans la merde, et qui ont accumulé les mauvaises habitudes après des années à répéter les mêmes erreurs, invisibles quand on ne fait pas assez attention. En partant, je souhaite bonne chance à ElkY, en train d’envoyer du lourd à la 25/50, puis vais me coucher vers une heure du matin.

Je saute du lit à sept heures, frais et reposé. Petit dej’, puis transat devant la piscine en lisant les dernières nouvelles de l’élection présidentielle, plus dubitatif que jamais concernant la volonté réelle des américains à élire une femme ou un homme de couleur. Je retourne à la salle du cash-game, espérant pouvoir collecter l’argent de quelques zombies restés debout toute la nuit. En parlant de zombie, j’erre au hasard dans la section high-stakes, dans un coin surélevé au fond de la salle, et aperçois une silhouette familière, encapuchonnée dans un sweat en velours noir. Je n’en crois pas mes yeux : ElkY n’a pas quitté son siège depuis la veille !

« Ben ouais, mais je perds une tonne, là, c’est sick » marmonne Bertrand. Je lui fais remarquer que la deuxième journée de son tournoi à 25,000 commence dans trois heures, et que cela fait déjà 21 heures consécutives qu’il joue. « T’inquiètes, c’est bon, ca va aller. » Je n’insiste pas et quitte la poker room tandis que Bertrand surrelance à tapis son pote Dan « Rekrul » Schreiber, montrant le 3 de trèfle après que celui-ci ait passé. Ma partie fut « short and sweet » : j’ai gagné 400 dollars en une demi heure grâce à un mec à moitié en train de dormir à la table qui me paie 100$ au flop et 200$ au turn avec un pauvre tirage de quinte qu’il manquera sur la rivière.

Peu avant midi, j’attends le départ du Day 2 du tournoi devant la Fontana Lounge Room. ElkY arrive en courant, juste à temps pour s’asseoir avant le lancement de la partie. Une enorme liasse de billets à la main, il est surexcité : « Ca y est, je suis repassé gagnant ! Je suis positif de 6,000 ! » Bertrand a gagné un pot de 30,000$ fin de session avec une quinte floppée contre la paire de Rois d’un Asiatique qui s’est vu un peu trop beau sur le coup. La session marathon d’ElkY s’achève deux heures plus tard avec son élimination du tournoi sur un coin-flip classique. Il ira se coucher dans l’après-midi pour ne se reveiller que dix-sept heures plus tard.

Le Day 2 du WPT est un jour massacre pour les français, qui tombent tous les uns après les autres (Bruel, Fitoussi, Mattern…) Nicolas Levi est le seul membre du Team Winamax encore en course à l’issue de la journée. Ensemble, on va manger au Fix, la cantine branchée du Bellagio. Avec Arnaud et Ludovic, on laisse partir Nicolas, qui doit se coucher tôt pour être en forme le lendemain, et on entame une soirée catastrophe où les bad beats vont s’enchaîner avec la régularité et la précision d’une horloge suisse.

D’abord, le chauffeur de taxi qui nous emmène au Wynn est un fou dangereux et j’ai bien cru qu’il allait mettre une mandale à Arnaud. Il s’énerve tout seul , pestant contre les embouteillages du Strip alors qu’il aurait pu prendre le périphérique, klaxonne à qui mieux-mieux, ne cesse d’accélérer et de piler dès que le trafic se débloque un peu, tout en insultant et montrant son doigt aux autres conducteurs. On commence à avoir peur qu’il nous crée un accident avec sa conduite de malade, on lui demande de se calmer, mauvaise idée, il s’énerve encore plus et commencer à nous insulter, là on essaie de descendre au milieu du boulevard, il verrouille la porte et quand il nous dépose finalement au Wynn, je suis persuadé qu’il va nous en coller une, on ne lui donne pas de pourboire, faut pas rêver non plus, encore mieux on lui demande de nous rendre la monnaie au centime près, il pète un cable complet et hurle « BARREZ VOUS DE MON TAXI, FILS DE PUTE». On sort du véhicule et Arnaud prend quand même le temps de rouvrir la porte pour lui gueuler : « j’espère que tu kiffes ton job, connard ! »

Les ennuis continuent dans le bar lounge ou Arnaud et Ludo paient une bouteille de champ à deux pétasses qui finiront par partir sans dire un au revoir, on lâche l’affaire et décide de mettre nos fonds en commun sur la table de black-jack, histoire de se constituer un budget décent pour partir en boîte. Le croupier passe l’heure suivante à se foutre de nos gueules de français tandis que nos 500 dollars fondent lentement mais sûrement.

Pai Gow, roulette, craps, rien à faire on perd notre chemise partout, nous déclarons forfait vers quatre heures du matin. Le Strip est maintenant désert, et seuls les néons sont là pour nous tenir compagnie. Dans le taxi qui nous ramène au Bellagio, je songe qu’à Vegas, à défaut de baiser sans payer, on peut surtout payer sans baiser.

lundi 21 avril 2008

There's no place like home

Dix minutes à peine après avoir posé mes valises dans la chambre d’hôtel, j’étais déjà en mode Vegas à 100%, commandant une vodka tonic à la table de PaiGow à 25 dollars du Bally’s, discutant avec la croupière tout en regardant du coin de l’œil l’agitation aux tables de craps, le défilé incessant des prostituées et le bal des jocks tatoués en provenance directe de LA. Etonnant de voir à quel point les bonnes vieilles habitudes reviennent vite. Las Vegas a ceci de particulier qu’on est toujours content d’y atterir, mais que le plaisir de s’en aller est égal. En juillet dernier, je pleurais presque de joie à l’idée de quitter le désert après six semaines de boulot aux WSOP qui m’avaient rendu à moitié marteau. Presque un an plus tard, je ne tenais pas en place sur mon siège dans l’avion en provenance de Phoenix, tandis que la tâche de lumière apparaissait au loin par les fenêtres du hublot.

Ma connection à Londres était plutôt serrée. Il m’a fallu plus d’une heure pour atteindre le terminal 4, après un trajet en bus et un contrôle de sécurité interminable. Je suis arrivé à la porte d’embarquement juste à temps, pris de vertiges à cause du manque de sommeil et d’un estomac qui criait famine. L’entertainement system des vols long courrier de British Airways est carrément sick, avec plus d’une vingtaine de films récents et une collection de classiques à tomber (la trilogie du Parrain, Spinal Tap, Terminator…) J’ai opté pour There Will Be Blood, que je n’avais pas eu encore l’occasion de voir. La fatigue m’a rattrappé vers la moitié des trois heures du film, et c’est vers la fin du vol que j’ai emergé d’un demi-sommeil pateux à la verticale pour regarder la seconde moitié de l’épatante performance de Daniel Day-Lewis.

Le passage à l’immigration à Phoenix ne fut qu’une formalité, et très vite j’étais devant la porte d’embarquement d’US Airways pour le dernier vol qui me séparait de Vegas. A peine le temps d’avaler le traditionnel burger bien gras qui célèbre chacune de mes arrivées en territoire américain, et l’avion décollait. Une heure plus tard, je suis à McCarran. Nous sommes vendredi soir : le pire jour pour arriver à Vegas car toute l’Amérique profite du week-end pour prendre du bon temps dans leur parc d’attraction pour adultes privilégié. La file d’attente pour les taxis n’en finit pas. Il me faut quelques minutes pour m’habituer au changement de température et à l’odeur ambiante dégoûtante de Vegas, indéfinissable mélange de barbaque trop cuite et de bitume chaud.

J’arrive au Bellagio à 22 heures, un peu nerveux en me demandant si ma réservation a bien été faite. Bingo, ce n’est pas le cas, et la fille de l’accueil ne peut me donner de chambre sans reservation. Je traverse la rue pour rejoindre le Bally’s. Même topo. Je suis déjà en train de me demander si je vais trouver un lit pour m’écrouler ce soir, après 24 heures de voyage et une semaine de taf non stop à Monte Carlo, quand je tombe sur Arthur Crowson, collègue et ami de PokerListings. Je lui raconte mes malheurs et il me propose de squatter sa chambre en attendant de trouver une solution. Trop sympa, Arthur. Je l’invite à manger au Bellagio. J’opte pour le restaurant Chinois, le Noodles. Un choix tout à fait calculé car je sais que mon pote Rayan Nathan est à Vegas cette semaine, et qu’il y mange presque tous les soirs. Et ça ne manque pas, on est en train de commander les desserts quand débarque l’Australien, accompagné d’une amie. On boit une Corona en se rappelant le bon vieux temps ("Tu te rapelles quand je perdais 50,000$ et que tu devenais fou en salle de presse ?") et on retourne au Bally’s pour une autre session de PaiGow. Je dors presque sur la table et jette l’éponge vers quatre heures du matin. Un rapide calcul et je me rends compte que cela fait plus de 50 heures que je n’ai pas dormi dans un vrai lit. Et pourtant, le décalage horaire étant ce qu’il est, j’ai déjà les yeux grands ouvert quatre heures plus tard. Je retrouve avec plaisir la créperie du Paris, et essuie des larmes de joie en dégustant une crêpe au Nutella avec un Orangina. Le temps de me faire rapidement détruire au Black-Jack (moins 200 dollars à la table à 25), et il temps de se rendre au Bellagio ou la finale du World Poker Tour à 25,000 dollars va commencer.


Parmi les rares journalistes à couvrir le tournoi, mes bons amis de PokerListings, Owen and Arthur

Je retrouve Béatrice, du service de presse, dont le job semble être de bien faire en sorte que l’on ne puisse pas faire notre travail. Je ne reviendrai pas en détail sur les restrictions ridicules qui sont imposées aux médias lors des tournois WPT depuis un an (c’est pire qu’aux WSOP, ou presque), je l’ai déjà expliqué en détail dans mon reportage sur Winamax. Pour résumer : je n’ai pas le droit d’aller dans la salle du tournoi plus d’une fois par heure (et ce pendant 15 minutes maximum), la salle de presse ne dispose pas de connection Internet et est situé à cinq minutes de marche (montre en main, au bout de la dixième fois on les sent passer) au 12 étage de l’hôtel. Dans ces conditions, le WPT peut se brosser pour que je lui fasse une bonne publicité. On est à des années lumières des EPT, rien qu’à voir les employés sur place : trois nanas assises toute la journée à rien foutre devant l’entrée de la salle, qui ne se lèvent que pour te dire qu'il est temps de t’en aller, tes quinze minutes sont terminées, merci. A l’EPT, on a la dévouée Madeleine, qui s’occupe à elle seule de subvenir aux besoin de 50 à 200 journalistes sur chaque tournoi, du matin jusqu’à très tard le soir.

Bref, j’ai quitté le Bellagio trois heures avant la fin du Day 1A, pour trois raisons : primo, j’étais crevé, secundo, la plupart des français n’avait pas encore commencé (sauf Bruno Fitoussi), et tertio, il me fallait d’urgence faire du shopping avant la fermeture des boutiques car je n’avais plus un vêtement propre à me mettre sur le dos. Vu la faiblesse du dollar et les prix cassés affichés par les « Outlets » de Vegas, je n’allais pas me priver : chaussures, jeans, polos, t-shirts, sweats, chaussettes, boxers… Je suis revenu à l’hôtel les bras chargés de sac, la garde robe refaite à neuf en ayant dépensé moins de 400$ (270€).



Ensuite, j’ai retrouvé la bande des fishs de malade, ElkY, Arnaud, Cuts et Nicolas Levi au resto Italien du Wynn, où la phrase la plus souvent répétée de la soirée fut « Mais y’a moyen de baiser gratuit, ici ? » Tous étaient motivés comme jamais pour le tournoi le plus cher et le plus important de leur carrière, et derrière les blagues et la décontraction, on sentait poindre la nervosité et l’impatience, un peu comme un candidat à la veille de l’oral du Bac, sauf pour ElkY qui n’avait pas dormi depuis trois jours et donc ne ressentait rien d’autre que de la fatigue.

Il faut que je retourne bosser. Le Day 2 commence dans quinze minutes. A suivre…

vendredi 18 avril 2008

Fast Train

Un post rédigé dans l'urgence...

Aéroport de Nice, 09h58. Affalé sur une rangée de fauteuils devant la porte d’embarquement B41, j’affiche la mine défaite du zombie qui a travaillé quartorze heures par jour durant six journées consécutives. Je suis éveillé depuis plus de 24 heures. Ca fait déjà bien longtemps que je fonctionne sur la batterie. Je ne sais pas combien de temps je vais tenir. Mes idées ne sont plus très claires. Je suis littéralement à bout de forces et pas loin de craquer nerveusement. Et pourtant, je suis loin de rentrer à la maison : après une semaine épuisante, j’enchaîne directement sur un nouveau reportage, de l’autre côté de l’Atlantique.

Ce matin, peu après deux heures, la Grande Finale de l’European Poker Tour s'est terminée à Monte Carlo. L’exceptionnelle quatrième saison de l’EPT s’est éteinte dans un souffle plutôt qu’une explosion, après une finale marathon de plus de douze heures. J’ai couvert l’épreuve durant six jours, dont les deux dernières consacrées à commenter en direct l’action en vidéo. La finale fut plutôt chaotique à commenter : je n’avais pas beaucoup de volontaires disponibles, et après le départ de l’excellent Michel Abecassis dans la soirée est venu s’asseoir un ElkY en mode « rien à battre/bourré » qui m’a compliqué la tâche en parlant de tout sauf de ce qui se passait à l’écran. En plus, il faut bien avouer que la finale fut malheureusement assez décevante durant la deuxième moitié – arrivé à quatre joueurs, ils avaient tous la tête dans le sac et l’action était laborieuse. On a passé la moitié de la soirée à balancer des private joke destinées à quatre ou cinq personnes (Cuts, Johny, Guignol….) ou a parier sur la couleur du flop (je prends 40€ à ElkY)

Ainsi, cette fin de saison EPT ne s’est pas déroulée comme je l’avais imaginée, terminant sur un couac plutôt que sur un triomphe. J’avais encore en tête les images de la victoire de Gavin Griffin en 2007, au terme d’un tête à tête hautement technique et divertissant contre Marc Karam. Hélas, comme j’en ai fait part à mes collègues après la finale, nous traitons avec un sujet délicat : le réel. Nous n’écrivons pas un film et devons nous contenter de ce que les joueurs ont à nous offrir. Ce n’est donc pas le favori du public qui a gagné (Isaac Baron), ni une des superstars du circuit (Antonio Esfandiari), ni l’ancien champion du monde (Joe Hachem), pas plus que le favori du sponsor/organisateur de l’épreuve (Luca Pagano). A la place, on a couronné un jeune Canadien de 22 ans au terme d’une finale certes d’excellente facture technique, mais totalement dépourvue de fantaisie, de spectacle et de ce grain folie qu’on a pu observer il y a dix jours à San Remo.

C’est seul, micro en main face aux écrans de contrôle, que j’ai conclu le direct, remerciant le public, fidèle au rendez-vous et de plus en plus nombreux au fil des retransmissions, puis remerciant les dizaines d’invités qui ont défilé à côté de moi depuis septembre. Immédiatement après que le réalisateur ait crié « coupez ! », tout le monde en régie s’est mis à applaudir, fier d pour allu travail accompli depuis septembre au cours des six tournois diffusés. Il était très tard pour aller se coucher, et de toute façon il me fallait bien prendre un dernier verre avec toutes les personnes que je ne reverrai plus avant le début de la prochaine saison, fin août. Le staff de PokerStars, les collègues de la presse Européenne, les joueurs réguliers du circuit… Oh, bien sur, je recroiserai ça et là quelques uns de ces personnages avant la rentrée, mais dans d’autres circonstances. L’EPT est le seul circuit qui offre à ses participants cette sensation de confort, de cocon familial presque, qui rend ces tournois si agréables à couvrir, leur donnant l’air de cirque itinérant où tout le monde se retrouve chaque mois dans un casino différent du continent européen. Les tournois WPT et WSOP que je m’apprête à couvrir à Vegas n’auront definitivement pas le même goût.

Tout le monde réuni au bar du Bay Hotel, se disant des au revoirs et des à bientôt, se souhaitant bonne chance et bonne continuation, un sourire aux lèvres et un bout de tristesse coincé dans l’œil, on se serait cru à la fin d’un film. Je serais bien resté plus longtemps, mais j’avais un avion très matinal à prendre. J’ai rangé mes affaires en vitesse, commandé un plat de spaghetti, pris une douche rapide et réglé la note du Méridien – je crois qu’ils ont oublié de m’en compter la moitié, mais j’ai quand même du payer 188€ de room-service pour trois jours à peine de séjour chez eux. J’ai partagé un taxi vers l’aéroport avec les commentateurs espagnols de l’EPT, et comme par hasard, le chauffeur connaissait Arnaud Mattern. Poli, j’ai lutté pour rester éveillé à la place du mort tandis qu’il me posait des questions sur le circuit professionnel.

Arrivé au Terminal 1, je me rends compte que je me suis mélangé les pinceaux entre l’heure de départ et celle d’arrivée de mon vol pour Londres. Je croyais que je décollais à 8h30, en fait c’était une heure plus tôt que ça et je suis donc arrivé une dizaine de minutes avant le départ, largement trop tard donc. Reste plus qu’a attendre le vol suivant. De plus en plus désorienté, je m’assois pour éviter de tomber en syncope. Je regarde passer Gavin Griffin et sa copine, le vainqueur de San Remo Jason Mercier, Mats Iremark, Mel Judah (assis à côté de moi tandis que je tape ce post) et l’adorable Anna Wroblewski, qui est venue me parler durant une bonne demi-heure, et m’a invité avec venir « hang out with my friends » à Vegas.

Las Vegas, justement… Malgré la fatigue et la nouvelle semaine de fou qui s’annonce, j’ai hâte d’y retourner, pour la première fois depuis les WSOP l’été dernier. Mais avant cela, il me faut d’abord voler jusque Londres, courir pour attraper une connection ultraserrée vers Phoenix, passer sous les fourches caudines de la douane US, pour enfin attrapper un vol vers McCarran, où je devrais atterir aujourd’hui vers 22 heures, heure locale, soit dans plus de 20 heures. Antony Lellouche m’a en principe arrangé le coup pour une chambre au Bellagio, je ne sais pas s’il y est parvenu car son téléphone est en panne et le numéro de secours qu’il m’a donné ne fonctionne pas.

Mon prochain post sera rédigé depuis Sin City… si tout se passe bien. Dans 30 heures commence le plus gros tournoi de No Limit de l’année : la finale à 25,000$ du World Poker Tour que je couvrirai pour Winamax.

mardi 15 avril 2008

Monte Carlo



Ce matin, Paco et moi on a été réveillés en sursaut à huit heures par un coup de tonnerre du genre assourdissant. Je suis sorti sur le balcon de notre chambre du Beach Hotel : il pleuvait comme vache qui pisse et les nuages noirs s’amoncelaient au dessus de la Principauté Monégasque. Mais finalement, l’orage fut de courte durée et dès le début de l’après-midi, le soleil était revenu. Tout de même, de la pluie sur la Riviera, ca n’aurait pas été sérieux.

La troisième journée du plus gros tournoi de poker de l’histoire du circuit européen vient de s’achever il y a une heure. On est rentrés à l’hôtel un peu plus tôt que prévu : il restait 120 joueurs à minuit et les superviseurs ont décidé que ce n’était pas nécessaire de jouer 90 minutes de plus. On a commandé des club sandwich et on s’est installés sur le balcon, où il fait un peu froid mais d’où l’on arrive à capter le wifi du Bay Hotel, de l’autre côté de la mer, à 300 mètres de là.

Cette épreuve est un bon gros marathon d’une semaine, avec 800 joueurs au départ, dont 109 français à suivre (la moitié dont je n’ai jamais entendu parler), et des journées qui s’étalent de midi à deux heures du mat’. C’est simple, en trois jours, nous avons cumulé 37 heures de travail.



Il n’y a pas de plus beau tournoi à couvrir en Europe, mais cela demande une constitution physique à toute épreuve. Notre truc pour survivre, à moi et Paco, c’est le hamburger à 20€ sur le coup de 17 heures, en terrasse. Le soir, quand on rentre, on s’autorise une bière (la bibine locale s’appelle tout naturellement « monaco ») et un bout de Toblerone. Le matin, je suis le seul motivé pour le petit dej’, sur le coup de neuf heures. Paco préfère dormir. Nutella et Choco Pops, et si j’ai encore faim, une assiette d’œufs brouillés avec deux ou trois saucisses, histoire de pas trop maigrir. A 25€ le dej’, on va pas se priver non plus.

La Grande Finale EPT de Monte-Carlo a attiré les médias du monde entier (enfin, du monde Occidental, hein, ça reste du poker). Même les ricains de Card Player sont là, ils se sont enfin rendus compte qu’il se passait quelque chose en Europe, en dix fois mieux qu’aux US. La salle de presse est archi bondée du matin au soir. Il y a plein de sites français qui sont venus : mes anciens fiefs, Poker.fr, ClubPoker, aussi des clubs locaux, des sites d’infos, bref de la concurrence directe qui me pousse à donner le meilleur de moi-même. Bien qu’étant seul pour assurer la partie écrite du reportage (plus les photos), j’arrive généralement à produire plus d’infos que les autres sites français. Mais ça, j’y arrive uniquement en courant comme un malade du matin au soir, quitte à me griller les neurones. De temps en temps j’ai des vieux flash-back des WSOP qui me reviennent en mémoire. Paco, de son côté, est au top niveau, et personne ne rivalise avec lui en salle de presse pour ce qui est des vidéos – tout du moins si l’on considère qu’il fait tout en solo.

Je suis encore ulcéré de ce qui s’est passé lundi a l’aéroport d’Heathrow. Cinq petites minutes de retard m’ont coûté cinq heures. J’arrive au comptoir d’enregistrement de British Airways 40 minutes avant le décollage de mon vol pour Nice. Le boutonneux derrière le guichet m’informe qu’il faut arriver 45 minutes avant. Evidemment, je viens de passer les 5 dernières minutes à essayer de m’enregistrer sur la borne automatique, sans succès. J’insiste, j’explique au gars que les vols Londres-Nice sont toujours en retard et que l’embarquement n’est qu’à 150 mètres. En vain. Je me résigne donc à prendre un nouveau billet – programmé 4 heures plus tard, bien entendu. Et là, j’y crois pas, pendant que j’ai le dos tourné au comptoir d’à côté, un passager arrive en courant, enregistre ses bagages et fonce vers le contrôle de sécurité sous le regard bienveillant des hôtesses. Je rêve.

Trop tard pour faire un scandale inutile et vain, j’avale la pilule mais j’ai vraiment envie de gerber. Je suis tellement énervé que plus tard, je quitte le kiosque à journaux sans payer mes magazines (vous croyez que je suis revenu pour payer ? La réponse est oui, chui un type honnête, moi) Alors, on s’en doute, les règles de British Airways sont strictes en ce qui concerne la ponctualité de leurs clients, mais tu peux toujours courir pour qu’ils les appliquent à eux-mêmes. On a patienté une heure et demi sur le tarmac (dans l’avion : Roland de Wolfe, William Thorson, Michael Keiner, Sebastian Ruthenberg, Benjamin Kang, et plein d’autres mecs sponsos dont j’ai oublié le nom) et c’est finalement à 22 heures que je me pose à l’hôtel : j’étais quand même censé arriver à 16 heures. C’est particulièrement énervant, ce genre de truc, parce qu’avant d’attaquer 6 jours de taf non stop, j’aime bien être un minimum reposé. D’autant que j’étais censé aller à la fête organisée par PokerStars (toujours un grand moment) et dîner avec l’équipe Winamax au complet.

Enfin, tant pis, un bad-beat aérien de plus, j’espère qu’il ne m’arrivera pas d’embrouilles de ce genre en fin de semaine : je pars pour Vegas avec un timing assez sérré (j’arrive la veille du tournoi au soir). Pour l’instant, mon esprit est concentré à 100% sur la finale EPT. Début du quatrième jour à 13 heures, avec une floppée de talentueux français encore en course, dont mes bons amis Cyril Bensoussan et Thomas Fougeron, ainsi qu’Alexia Portal, seule rescapée du Team Winamax. Tout cela à suivre bien sur aujourd'hui en direct sur le site du même nom. Et mercredi, la retransmission vidéo commence sur le site de l'EPT. Inutile de dire qu'il ne faudra pas rater ce qui sera à coup sur un grand moment de poker.


Bensouss'

vendredi 11 avril 2008

Potos




photos : PokerListings et PokerStars

Hum, pas le train d’écrire une tartine, j’ai un avion qui décolle dans une heure. Pour résumer ma semaine en Italie : trop bon, des séjours comme ça j’en redemande. Je le sentais bien, ce tournoi, et je ne fus pas déçu, oh que non : j’ai adoré San Remo, c’est mignon, ensoleillé avec un côté rétro tout à fait plaisant (sauf en ce qui concerne les nouvelles technologies). Et surtout : j’aime quand mes potes font des perfs, nous font kiffer comme des malades, arrivent en finale et gagnent des tonnes de fric. Encore, encore !

Ainsi, samedi soir, quelques heures à peine après la conclusion du tournoi, dont la finale très relevée (Dario Minieri, William Thorson entre autres) s’est bouclée en un temps record de 2h30, on avait déjà quitté San Remo, foncant en zigzag et à 140 km/h vers Monte Carlo (le chauffeur m’a donné la peur de ma vie, où donc Arnaud Mattern avait-il dégotté ce fou dangereux ?) Dans la Principauté, une joyeuse bande de français était déjà là pour fêter ses deux héros de la semaine : Antony Lellouche (2e place, pour 505,000€, son plus gros gain en tournoi) et Eric Koskas (4e place et un parcours qui restera dans les mémoires, rocambolesque et flamboyant, tout à l’image du fantasque Marseillais)

Antony et Eric avaient réservé tout un coin du Jimmy’z, la boîte la plus côté de Monaco, et c’est dans une atmosphère de fête (lire : débauche) que l’on a descendu magnums de champagne et bouteilles de vodka en compagnie de gens tels que Jerôme Zerbib, Fabrice Soulier, Bensouss’, Nico Levi, Maanu du Team770 et pas mal d’autres.



Je passe sur la soirée, en mentionnant quand même le fait que l’un des participants à réussi à se faire virer de la boîte au bout de 45 minutes après avoir vomi sur un type dans les toilettes (Antony a négocié avec les videurs sa réintégration rapide, forcément une ardoise de plusieurs dizaines de milliers d’euros ça incite à être sympa avec le client)

On termine la sauterie vers 7 heures. Dimanche matin, je me réveille avec un mal de tête épouvantable dans ma chambre du Méridien (qui m’a coûté une tonne pour seulement quelques heures de sommeil) J’ai rendez-vous avec Maanu et Nicolas Levi à 11h45 pour aller à l’aéroport attraper le vol Nice-Londres de 13h35. J’ouvre les yeux avec difficulté, regarde ma montre : il est 13 heures. OK, ça c’est fait. Du coup, pas besoin de presser, celui là c’est sur que je louperai.

J’arrive en titubant à l’aéroport de Nice à 15 heures et heureuse surprise : British Airways a annulé/retardé tous ses vols vers Londres à cause de la neige qui est tombée en ce dimanche. Bref, j’ai encore chatté en loupant un avion de toute façon annulé : si je m’étais levé à l’heure, j’aurais attendu et souffert pour rien dans l’aéroport tandis que des marteaux piqueurs hurlaient à plein régime à l’intérieur de ma boîte crânienne. Au lieu de ça, je soigne ma gueule de bois au Quick puis j’achète un vol pour Luton chez EasyJet : à 17 heures, je suis dans les airs. A l’arrivée, mes bagages manquaient à l’appel sur le tapis roulant. Première fois que ça m'arrive. Là encore, pas de dégâts : j’ai rempli une déclaration de perte auprès du transporteur aérien et le lendemain, ma valise était livrées directement chez moi. Limite ce serait plus pratique si c’était tout le temps comme ça.

Bref, là, tout de suite, pas le temps de se reposer. Après trois jours de taf au bureau à Londres, le périple reprend. Les deux prochaines semaines s’annoncent à la fois passionnantes et épuisantes : je vais couvrir les deux plus importants tournoi du circuit hors WSOP, sans interruption entre les deux.

Première étape, d’abord : Monte Carlo, où je retournerai donc pour la deuxième fois en 6 jours. Le petit avant-goût festif de samedi dernier m’a mis en appétit. Le Rocher acceuille le plus gros, le plus riche, le plus prestigieux tournoi d’Europe, le plus beaux des plus beau : la grande finale de l’European Poker Tour. 1,000 joueurs sont attendus pour une cagnotte potentielle de 10 millions d’euros de cagnotte. Décollage pour Nice dans quelques minutes. A suivre…


Avec Maanu et Eric Koskas (photos : Maanu / Team 770)

mardi 1 avril 2008

San Remo



9h05. Hôtel Miramare. Il fait beau sur la côte méditerranéenne. Vingt-cinq degrés au moins. Les palmiers se penchent doucement au rythme du vent. Je ne me rappelle plus la dernière fois que j’ai vu le soleil en ouvrant la fenêtre au réveil. Et la mer, aussi.

Nous sommes arrivés lundi soir à San Remo, principauté Italienne située à deux pas de sa cousine Monégasque, au terme d’un fastidieux périple entamé à Londres au petit matin. Accompagné de Tall, je quitte notre maison de Clapham Common à neuf heures pile. On traîne nos bagages à travers le parc, jusqu’à la station de métro : direction Elephant Castle sur la Northern Line, puis bifurcation sur la Bakerloo jusque Paddington. De là, un train express (15 pounds le ticket) nous emmène en un quart d’heure à l’aéroport d’Heathrow.

L’enregistrement se passe sans encombres, et nous embarquons à l’heure prévue. Dans l’avion : Tony Cascarino, Mel Judah, Stephen Bartley du blog PokerStars, John Tabatabai (il me semble) et John Duthie – le créateur de l’EPT préfère la première classe.

Il est quinze heures quand nous nous posons à Nice. Nous avons trois heures à tuer avant de prendre le train. Je cherche un coiffeur autour de la gare : peine perdue, nous sommes lundi et les salons sont tous fermés. On traverse la rue pour se restaurer au Flunch, où je me régale d’un steak accompagné d’une ration (quasi) illimitée de frites noyées dans une sauce au poivre. Miam. Ensuite, on patiente en terrasse d’un bistrot en observant les personnages tous plus ou moins louches qui hantent le quartier de la gare, clodos, poivrots, hippies, gothiques et mafieux en costume de marque. Après deux mois à Londres, j’avais presque oublié l’existence des jeunes en survet’ Lacoste jaune canari – sans compter les minettes de 17 ans prenant le café avec le bébé dans la poussette. Pittoresque.

Finalement, il est temps d’embarquer. Johny vient de descendre du Paris-Nice et nous rejoint. Tall me présente au très sympa Ryan Daut, qui arrive en ligne direct du New Jersey. Je commets un faux pas en oubliant de me rappeler que l’Américain à remporté la PokerStars Carribean Adventure en 2007 – par contre, je me souviens bien de son élimination au Main Event des WSOP l’an dernier : carré de 8 contre quinte flush !

Ensemble, on se tasse en cabine dans le délicieux tortillard qui longe la côte jusque San Remo, en passant par Monaco, Menton et Vintimille. Le taxi me dépose à l’hôtel peu avant vingt heures. Le Mirarare est un quatre étoiles dont les hauts plafonds, les canapés, les tableaux, les lustres et les enluminures peinent à faire oublier que la dernière rénovation de l’hôtel date d’au moins 1978. Pour preuve, je ne dispose pas d’une connection Internet dans ma petite chambre au troisième étage. Je ne dispose que d’une vue sur la mer en guise de maigre consolation.

Las, je zappe le dîner avec les collègues de l’équipe Winamax et la fête organisée par PokerStars, préférant m’écrouler sur le matelas à ressorts dur comme chêne, pour ma première vraie nuit de sommeil depuis plusieurs semaines. Les journées de travail dans les bureaux londoniens de Winamax sont longues, et entrecoupées d’interminables trajets en métro, ne me laissant guère de temps pour mettre à jour ce blog, ni pour faire quoi que ce soit d’autre d’ailleurs - si ce n’est un épluchage méthodique des restos Italiens de Clapham avec Johny et Tall. Si l’on excepte les journées de travail de douze heures qui m’attendent durant le reste de la semaine, cet EPT Italien, avec son décor méditerranéen, ressemble presque à des vacances.

San Remo et Monte Carlo : l’EPT entame donc sa dernière ligne droite de la saison 4 au soleil, avec deux étapes jouées coup sur coup en avril, deux semaines après l’étape de Varsovie – dont j’ai déjà presque tout oublié, si ce n’est une beuverie mémorable (ça va devenir une habitude) le premier soir avec Cuts et Paco, pour l’anniversaire de ce dernier. Sept joueurs du Team Winamax sont au départ : autant dire que l’équipe est presque au complet (manquent juste Manuel Bevant et Alexia Portal, qu’on retrouvera à Monaco dans dix jours)

Quoi qu’il en soit, je suis en pleine forme et gonflé à bloc pour cinq jours de reportage. Les trois premiers jours par écrit sur Winamax, avant d’attaquer le direct sur EPT live pour les deux dernières journées. Je le sens bien, ce tournoi.


Cafe latte et San Pellegrino