mardi 9 septembre 2008

Barcelone

15h21. Dans un Airbus A320 à 10,000 mètres d’altitude, quelque part au dessus du Massif Central. Le rasta assis devant moi vient d’abaisser le dossier de son siège au maximum, m’obligeant à me contorsionner pour taper ce post dans l’espace déjà restreint qui m’est alloué. L’écran de mon portable repose sur mes genoux, le clavier sur la poitrine, et mes mains forment un angle douloureux pour atteindre les touches. A côté de moi, Erica Shoenberg et David Benyamine. Le meilleur joueur français du monde regarde un film sur son Iphone (un navet avec Cameron Diaz, il me semble). Erica a posé son romain de Lauren Weisbrger et fait un somme sur l’épaule de son compagnon.

Après une courte escapade à Cannes, pas de temps à perdre, on enchaîne directement avec Barcelone pour le début de la cinquième saison de l’European Poker Tour. Pour des raisons que les nordistes comprendront, je suis rentré à Lille entre les deux épreuves, le week-end dernier, délaissant la fin du Partouche Poker Tour sur la Croisette.

Même si je n’ai couvert que les deux premières journées du plus gros tournoi jamais organisé sur le sol Français, ce fut largement suffisant pour constater le grand succès de l’épreuve. Pour une première, on peut dire que Partouche n’a pas loupé son coup. Le sérieux du tournoi fut assuré par une équipe d’organisation hautement qualifiée (comprenant entre autres, Jeremy du casino de St-Pamand, ami de longue date du club Poker à Lille, ainsi que mon petit frère Aurélien, floor manager de son état, je suis pas peu fier)

Le prestige était au rendez-vous avec la présence de nombreuses stars du circuit international : Phil Ivey, Gus Hansen, Scotty N’Guyen, et tout un tas d’Américains siglés au couleur d’un nouveau site, « Poker Battle ». C’est le français (expatrié aux US) Philippe Rouas qui a mis au point le concept, et après l’avoir écouté en parler en long et en large, je ne peux pas me vanter d’avoir compris ce que c’est.

Le Team Winamax était venu quasiment au complet, et a comme d’habitude fait bonne figure avec un Arnaud Mattern dans les payés (victime d’un cruel coup du sort, il aurait pu aller beaucoup plus loin) et un Michel Abécassis en finale (où il était le visage le plus connu parmi des français relativement anonymes mais pour la plupart talentueux) Sans compter l’excellent Guignol, mon collègue du staff Winamax, qui a atteint les places payées lui aussi. Le premier jour du tournoi, il avait trouvé une table très intéressante en compagnie d’Evelyn Ng, Guillaume Darcourt, Rémy Biechel, Erica Shoenberg et Nicolas Levi. Erica me confiait d’ailleurs tout à l’heure qu’elle fut impressionnée par l’homme au chapeau : « Nicolas était le meilleur joueur de la table. »

Bref, une réussite, si l’on excepte le rake anormalement élevé (mais l’on me dit que le tir sera rectifié l’année prochaine) et le format des cartes qui a un peu foutu le bordel en début d’épreuve (des cartes françaises avaient été utilisées, semant la confusion chez les joueurs étrangers pas habitués aux « R », « D » et « V » - il fallait voir la tronche de Phil Ivey quand il a joué sa première main)

De manière générale, c’est toujours un bonheur de couvrir un tournoi en France. L’incapacité de mes compatriotes à savoir lâcher une main ou à réussir un bluff produit en général des coups cultissimmes par leur haute teneur comique. Ajoutez à cela une mauvaise foi légendaire, et l’on obtient un mélange détonnant. Les confrontations entre les amateurs (qualifiés tout au long de la saison lors des satellites organisés dans les casinos Partouche) et les pros n’a pas déçu. Autre chose très agréable, le fait que tous les médias poker français étaient au rendez-vous. Tous les collègues pas vus depuis les WSOP étaient là, plus plein de nouveaux qui couvraient leur premier gros tournoi. L’ambiance était excellente. Il y avait aussi l’équipe de PokerNews US, avec Gary et Marc. Bon, l’avion entame sa phase de desecente.



19h48, appartement Joan d’Austria 51, Barcelone. Enfin installé avec Régis et Julien (le nouveau Team manager de Winamax) On a eu quelques galères pour trouver l’agence de location, le taxi nous a baladés dans toute la ville avant de trouver. A l’aéroport, j’ai cherché un distributeur pour retirer de l’argent, mais Benyamine a insisté pour me prêter 150 euros.

On a eu une discussion intéressante sur les joueurs pros, les mecs qui y arrivent, les mecs qui échouent, les qualités nécessaires pour y arriver, les pièges à éviter. Il m’a posé la même question que tout les gens que je rencontre me posent : si je joue au poker, et si j'ai jamais eu moi aussi l'envie de devenir pro. Je lui ai fait part de mes doutes sur la viabilité de cette profession. « Je côtoie les pros tous les jours, j’en ai assez vu pour me faire passer l’idée d’en faire mon métier », que je lui ai dit. « Il y a beaucoup d’appelés mais très peu d’élus, beaucoup de mecs qui galèrent à mort pour seulement quelques uns qui ont la belle vie » Il n’était pas trop d’accord. Selon lui, il ne faut pas hésiter à se lancer, surtout quand on à un job à côté en sécurité.

« Moi, je suis un cas à part : j’ai toujours foncé droit devant. Je ne dis pas qu’il faut forcément faire comme moi, mais si on à la volonté, on peut y arriver. » Benyamine s’est fait l’avocat des tournois satellites, un bon moyen de transformer un petit investissement en plusieurs centaines de milliers de dollars. C’est bien gentil, mais je suis désespérément nul en tournoi, et en ce moment je n’ai vraiment pas le temps de jouer. De manière générale, je n'ai pas le tempérament pour ça. Le talent, ca se travaille jour après jour, mais je pense que je n'aurai jamais le mental et les nerfs pour encaisser de grosses variations de gains ou de chance.

Bon, j’ai encore plein de trucs à raconter, mais on va être en retard à la soirée d’inauguration de l’European Poker Tour sur le port. Ambiance rentrée des classes, ça va être chouette ! Rendez-vous demain mercredi à 15 heures aux adresses habituelles pour le coup d’envoi de la cinquième saison de l’EPT.

7 commentaires:

Anonyme a dit…

alors la braderie, c'était bien ?? ;)

heureux de te relire en tout cas !

Frenchbullet

Thomas a dit…

Hola que tal ? :)
biz,
Totom

Atchoom a dit…

C'est toujours un plaisir de te lire Benjo et je partage entierement ta vision du poker. Meme si j'arrivai a atteindre un niveau potable/correcte/suffisant, le style de vie et l'impact sur le morale que les variations de gain et de chance provoquent ne sont absolument pas ce que je souhaite.

shok a dit…

sympa la causette avec DB ! :)
GL pour le coverage !

D8 a dit…

Moi DB m'a bien fait rigoler en disant qu'il avait gagné 2,5 millions de $ depuis le debut de l'année à une table basse limite Omaha du Bellagio... Aprés enquete il sagit de la 200/400$ !
En tous les cas son avis sur les satellites est bien vrai, j'en suis la preuve, puisqu'apres le PPT à Cannes je me suis qualifié pour 400 euros pour le 1b du mean event. J'espere que tu n'auras pas a me marquer dans les frenchies virés trop vite!

M4rTin a dit…

les nordistes auront tres bien compris :) en tout cas je te souhaite plein d'encouragement pour la suite et on t'ecoutera attentivement pour l'Ept Live Barcelona ce weekend :)

Frenchkiss a dit…

Nice blog faut continuer. Interessante conversation avec DB.
Ha, et effectivement, la variance est brutale parfois (cf Partouche poker tour...lol), a hard way to make an easy living , comme y disent :)

A demain sur l ept live obv