vendredi 29 août 2008

Guignol's Band

Je me suis encore endormi dans le bus ce soir. J'avais posé la tête sur la vitre, dodelinant au rythme des virages, et j'ai commencé à pioncer sans m'en rendre compte. Quand je me suis réveillé en sursaut, j’étais dans un quartier que je ne connaissais pas, je ne sais même pas si j’étais encore à Londres. Je suis descendu du bus. J’ai regardé une carte, je devais être à une demi-heure à pied de la maison. J’ai pris le même bus, mais dans l’autre sens.

L’autre jour, je descendais Lavender Hill comme tous les matins, pour me rendre à l’arrêt, quand j’ai remarqué un attroupement devant un des restos Indiens du quartier. Un car de police était garé le long du trottoir, des agents avaient déployé un périmètre devant la façade de l’établissement, avec des rubans jaunes « Do Not Cross », comme dans les films. Un photographe prenait des clichés avec un énorme téléobjectif, tandis qu’un journaliste dictait son article au téléphone en consultant son bloc-notes. A part cette agitation, rien de notable à observer : manifestement, la « scène du crime » avait déjà été nettoyée. J’ai pensé un truc du genre « ce coup-ci, y a un mort » avant de poursuivre mon chemin sans trop m'émouvoir. Confirmation en consultant le site de la BBC une fois arrivé au bureau : la veille, vers 21 heures, on avait retrouvé poignardée une fille de 23 ans au beau milieu de la rue. Je crois que c’est son ex-copain qui a pété un plomb en la voyant avec un autre type. Il paraît que c’est l’année la plus meurtrière de la décennie à Londres. Jennifer m’a dit que la vente de couteaux de boucher était interdite, désormais. Il faut commander en ligne, où un truc dans le genre, j’ai pas bien compris. Est-ce que ca va changer grand-chose ? Cette violence qui sévit à 200 mètres de chez moi ne me préoccupe pas encore trop. Je veux dire, tant qu'il y a un mobile, ca va, moi je reste dans mon coin sans emmerder personne, en général. Par contre, si un tueur fou se met à sévir au hasard, là je dis stop.

Dan Michalski répète à tout bout de champ qu’en matière d’écriture, il faut faire comme Ernest Hemmingway : « Jamais plus de deux heures par jour, et quasiment toujours à propos du temps. » Et le temps, c’est ce qui m’obsède en ce moment, plus que la perspective de me faire trucider en revenant du boulot. Cela fait maintenant six semaines que je suis revenu à Londres et il a plu quasiment chaque jour. Je m’en suis quand même étonné. Snoopy m'avait prévenu que l'été à Londres est très court, un mois et demi à peine, et il est vrai que techniquement, nous sommes censés avoir un temps pourri, on est en Angleterre après tout. Mais il y a des limites. Pour en être sur, j’ai demandé à un Londonien pur et dur s’il avait trouvé l’été convenable. « Fuck no, mate », qu’il m’a répondu. « It was rubbish. » Ah, donc ce n’était pas normal, c’est bien ce que je pensais. On a eu du soleil peut-être trois ou quatre jours, au début du mois d’août. Une chaleur moite, étouffante, qui te laisse rapidement essoufflé et suintant dans ton bureau non climatisé. D’autant qu’il a continué de pleuvoir durant ces quelques journées d’embellie : on transpirait à l’intérieur, on prenait la douche à l’extérieur. Du gâchis de beau temps, vraiment.

Avec Guignol et les autres collègues, on a quand même essayé de profiter de nos week-ends. Ces six dernières semaines ont représenté mon plus long séjour à Londres sans quitter la ville, depuis mon installation en février. A cette occasion, j’ai pu – enfin – m'installer, me sentir à la maison en sortant un peu de la routine bus/bureau/dodo. On a bu des coups dans des pubs, dansé dans des clubs. J’en ai découvert quelques uns vraiment chouettes : Madame Jo Jo’s (une boîte rétro genre cabaret) en plein milieu des putes et gays de Soho, le St Moritz (une cave qui passe du rock), et The End (une tuerie techno)

J’ai pas mal joué au poker, aussi. Depuis mon retour de Vegas, j’ai joué presque 50,000 mains en ligne, uniquement en cash-game et en tête à tête. Avec de plutôt bons résultats : je n’ai jamais autant gagné en si peu de temps. Les conseils avisés de Guignol y sont pour beaucoup, ainsi que ceux de mes collocs du Team Winamax. Ceci dit, il y a dans le lot plusieurs centaines de mains que j’ai jouées n’importe comment et qui m’ont coûté un max.

Après les WSOP, je me suis remis presque aussitôt au travail, si l’on excepte quelques journées de repos à Lille, quej’ai d'ailleurs passées à écrire un compte rendu du Main Event pour LivePoker, qui devrait être sorti en kiosques à l’heure où vous lisez ces lignes.

Je lis pas mal ces jours-ci. Avec deux heures de transport quotidiennes, c’est assez facile. Je lis surtout des biographies, la fiction m’ennuie de plus en plus. J’ai du mal à me concentrer sur un seul bouquin, alors j’en entame cinq ou six à la fois. J’en finis certains, d’autres non. Je suis en ce moment plongé dans des bios sur des sujets aussi variés que les Pixies, Joy Division, Alfred Hitchcock, Donnie Brasco, Bill Hicks, Richard Nixon et Henry Kissinger.

Le week-end dernier, c’était le « Bank Holliday », une fête annuelle qui célèbre le dernier week-end avant la rentrée (il me semble). Du coup, le lundi qui suit est férié, ca laisse une journée de plus pour se défouler. Samedi, on était tous chez Nicolas Levi. Il avait mis la musique à fond mais ca n’a pas dérangé les voisins qui étaient tous invités. A part un qui est venu gueuler à trois heures du mat’. Le lendemain, il y avait le festival « Get Loaded in the Park », organisé au beau milieu du parc de Clapham Common, à quelques enjambées seulement de la maison. Un beau bordel à deux pas de chez moi, je ne pouvais pas manquer ça. Ca faisait longtemps que j’avais pas vu un vrai concert. Quand j’étais au lycée, j’y allais un minimum d’une fois par semaine, jusqu’à que je me bousille les oreilles à un concert métal il y a cinq ans. J’ai chopé des acouphènes qui ne s’en iront jamais, et j’ai mal aux oreilles chaque fois qu’un convive fait claquer sa fourchette dans l’assiette. Je ne supporte plus le bruit, mais je fais une exception de temps en temps, dûment muni de bouchons adéquats. En faisant attention, je peux tolérer une petite dose de décibels, pas plus de quelques heures.

Bref, dimanche j’ai revu Supergrass pour la première fois en sept ans, les Suédois de The Hives que j’avais déjà vu au Reading en 2002. Il y avait aussi plein de DJ excellents dont j’ai oublié les noms, et Soulwax, l’incarnation instrumentale de mes héros les 2 many dj’s. Rien de tel qu’un remix de « Phantom II » (Justice) joué avec une batterie, une basse, un sampler et un clavier pour te donner envie de bouger. En clôture, rien de moins que la légende Iggy Pop. A cette occasion, je me suis avancé dans la foule pour voir le phénomène de plus près. J’étais à un mètre seulement du premier rang quand l’iguane et sa bande (les Stooges) ont déboulé sur scène, empoignant leurs instruments en un éclair pour entamer le premier morceau. Et là, tout de suite, ca été le gros bordel. J’avais oublié à quel point c’est dangereux, les moshpits. Au bout de trente secondes j’étouffais déjà. Quand Iggy est venu chanter « I wanna be your dog » au premier rang, tout le monde s’est approché, bien évidemment, et j’étais coincé au milieu. C’était le Vietnam : je ne me rappelais plus bien pourquoi j’étais venu me mettre là, et je n’arrivais plus à en sortir. J’ai réussi à m’en échapper au bout d’une demi-heure, trempé, courbaturé et les vêtements déchirés. Et j'avais sacrément mal aux oreilles, aussi. J'ai dépassé la dose de bruit prescrite. C'est comme si on avait enfoncé plusieurs aiguilles dans mon tympan gauche. Je vais surement devoir resté cloitré ce week-end. Une petite cure de silence s'impose.

Un mois et demi après la conclusion de mon marathon à Vegas, je ne me rappelle déjà presque plus rien des WSOP. J’imagine que mon corps et mon esprit voulaient effacer au plus vite les marques que l’expérience avaient laissées. Ceci dit, je n’oublierai pas de sitôt mes deux derniers jours en Amérique, après que fut déclarée la trêve provisoire du Main Event. Il s’en est passé, des choses, durant ces ultimes 48 heures. Entre autres, et dans le désordre : j’ai bluffé un pro médiatique au Venitian. On m’a pris pour un pro lors d’une session mémorable à l’Imperial Palace avec Régis. Je me suis pris un énorme bad-beat lors de ma toute dernière main de l’été au Treasure Island. Avec Tall, j’ai conduit 700 kilomètres jusqu’en Utah pour observer les merveilles de l’Ouest, au Bryce Canyon et au Zion National Park. Sur le chemin du retour, Tall a rasé un casino miteux de province tandis que je dormais dans la voiture. J’ai dit au revoir aux collègues autour d’un repas somptueux dans un resto cinq étoiles. J’ai visité deux strip-clubs, un de mes amis a failli s’y battre avec Nenad Médic. Antonio Esfandiari nous a offert une bouteille. J’ai joué deux coups de Pai-Gow à 3,000 dollars l’unité dans la salle High-Limit du Bellagio, j’ai cru que mon cœur allait s’arrêter de battre. Plus deux ou trois autres trucs que mon avocat m’a fortement déconseillé de publier. Quand l’avion vers Londres a finalement décollé, je dormais déjà dans mon fauteuil en business class. (Oui, parce que j’ai gagné le second coup de Pai-Gow à 3,000 dollars, ce qui m’a permis cette folie)

L’été se termine sans que j’ai vraiment eu le temps de m’en rendre compte qu'il était là, partagé qu’il fut entre six semaines de boulot non-stop à Vegas et six semaines de pluie à Londres, avec juste quelques jours de vacances entre les deux. Et malgré cela, il est déjà temps de faire sa valise et reprendre la route, pour entamer une nouvelle saison de tournois plus chargée que jamais. Les prochains mois vont être frénétiques, avec la reprise de l’European Poker Tour et le partenariat de Winamax avec le France Poker Tour qui va m’emmener aux quatre coins de la France chaque week-end, plus quelques étapes « hors-série ». J’ai regardé mon planning : je n’aurai pas un week-end de libre avant décembre, et je vais visiter plus de dix villes différentes durant les trois prochains mois.

Première étape : Cannes, dès mardi, pour la finale du Partouche Poker Tour, puis Barcelone la semaine suivante, pour la reprise de l’European Poker Tour. Après, retour à Londres pour les WSOP-Europe et la manche anglaise de l’EPT, avec entre les deux un week-end à Bruxelles pour le FPT. Tout ça rien que pour le mois de septembre. Pfiou, je suis déjà fatigué.

10 commentaires:

Anonyme a dit…

ahhh..enfin des nouvelles.. :)
Bryce et Zion, très belle destination! j'y étais en Juillet, magnifique! Merci pour le tuyau sur la salle avec tous les vieux flippers sur Tropicana, j'ai bien essayé de m'attaquer à ton record sur les " Simpson ", mais sans succès :D

Courage pour la saison chargée qui t'attend..

THX

benji a dit…

sa fait plaisir de te revoir sur ton blog, je regardais sa pratiquement tout les jours pour pouvoir lire tes aventures.
Tu fais quoi comme travail à londres ?

Arnaud a dit…

J'allais poser la meme question , ton boulot n'est pas uniquement de faire des reportages pour winamax ? Que fais-tu dans la vie ?

Merci poour ces articles toujours passionant ; j'adore ta prose :-)

Arnaud .

Benjo a dit…

Je bosse aux bureaux Londoniens de Winamax. Il y a des tonnes de trucs à faire entre deux tournois :-)

Xerxes a dit…

C'est vrai quavec tous ces meurtiers qui se balladent à Londres (ils fêtent les 120 ans de Jack ou quoi ?) on se demandait tous s'il ne t'était rien arrivé !

Donc plus d'update pour tes fans, please :D

Et Iggy Pop, <3 ! Toujours une bête en concert !

Anonyme a dit…

un plaisir de retrouver ta plume... j'espère que tu viendras au fpt de Genève, ça me ferait plaisir de te saluer et te féliciter pour ton boulot

Anonyme a dit…

Salut à tous !

Ca fait super plaisir d'avoir de tes news Benjo, on voit que tout va bien, la routine quoi lol :-p

Vivement la reprise de la saison dès demain apparemment !

Courage,
@+
Jérémie ou B10401M

Anonyme a dit…

Bel article benjo !

GG pour le coup de Pai-Gow à 3,000 dollars ... lol

Mais on reste sur notre faim à cause de ta saleté d'avocat !
J'espère qu'un jour, peut-être dans ton autobiographie (!!!), on pourra lire l'ensemble de tes exploits à Végas, sans censure...

Bon courage pour la nouvelle saison EPT, et on compte sur toi, Regis et Paco pour nous faire rêver !

giggs83

beu a dit…

nice job benjo!!!
gl dans tes futurs projets

Sais-tu si un eptlive est prévu pourr barcelone comme l'année dernière?
Merci

Benjo a dit…

L'EPTlive revient à Barcelone...