samedi 5 juillet 2008

Save the last dance

Day 35

Mes trente-deux premières journées à Vegas se sont écoulées à toute vitesse, et pour la majeure partie sans encombre. Tous les marathons, les longues soirées que j’ai enchaînées durant un mois ne sont finalement rien en comparaison de ce qui m’attend avec le Main Event, le plus gros et le plus convoité tournoi de l’année.

C’est comme si quelqu’un appuyait sur un interrupteur invisible. Durant la transition entre les épreuves préliminaires et le tournoi final des WSOP, l’atmosphère change radicalement. Un flot de journalistes démarque en masse, la plupart dont je n’ai jamais entendu parler, envahissant le banc de presse et rendant difficile la tâche de trouver une place pour s’asseoir.

Dans l’Amazon Room et les couloir du Rio flotte une ambiance de fin de règne : pour tous les joueurs, le Main Event est la dernière épreuve d’un long été, mais aussi la plus importante, celle que tout le monde rêve de remporter, et en même temps celle qui arrive au moment où le noyau dur des joueurs pur et purs sont sur les rotules après avoir enchaîné épreuve après épreuve. A la veille du Main Event, ces joueurs sont surclassés en nombre par le flot de qualifiés Internet débarquant à Vegas, la plupart pour la première fois, et pour leur tout premier tournoi. L’excitation est à son comble, et le Rio, déjà bondé pendant un mois entier, semble se remplir encore plus durant les deux dernières semaines.

Pour moi, le Main Event est surtout l’épreuve la plus difficile à couvrir de toutes, celle où l’on retrouve le plus de joueurs français, plus que dans n’importe quel autre tournoi. Plus de la moitié d’entre eux sont des qualifiés Internet dont j’ignore tout : l’une de mes tâches principales est de les retrouver au milieu des 230 tables des deux salles de tournoi. La pression est énorme : il s’agit de ne pas rater la dernière ligne droite des championnats du monde, la plus suivie par le public.

J’étais donc très nerveux en débarquant au Rio jeudi, en grosse partie parce que je n’avais pas réussi à obtenir de badges médias pour mes deux aides de camp, Lucille et Joel. Ce problème qui me torturait l’estomac depuis quatre semaines s’est très vite résolu après une rapide conversation avec le responsable communication d’Harrah’s, Seth Palansky, qui m’a remis les précieux sésames sans poser la moindre question.

Soulagé d’un poids, nous nous sommes installés sur le banc de presse, déjà presque plein : heureusement que nous avions pris nos précautions en arrivant avec une heure d’avance. Croupiers, superviseurs, hommes d’entretien : tout le monde se préparait avec application pour le départ du plus gros tournoi de l’année. Nous avons profité de notre avance pour rédiger un post d’introduction chacun. A midi pile, Wayne Newton (un interprète légendaire de Vegas) a déboulé dans la salle, suivi par une troupe de majorettes et une fanfare, pour lancer le départ et entonner le traditionnel « Shuffle up and deal » Une bonne entrée en matière, enjouée et bruyante.

Je n’ai pas été surpris tant que ça du faible nombre d’entrées en cette première journée de départ (sur quatre au total) Ils étaient 1,297 joueurs inscrits au Day 1A… C’est peu, mais cela représente en réalité 10 de plus qu’en 2007, une année qui a vu le nombre total d’inscrits pointer à 6,300. Pas de déception, donc. En général, la plupart des joueurs (surtout les Californiens, la « nation » la plus représentée aux WSOP) préfèrent commencer leur tournoi le plus tard possible, pour éviter de se retrouver avec trois ou quatre jours de trou entre leur premier et leur second jour.

Il y avait pas mal de français à suivre durant le Day 1A. Mes deux aides n’ont pas été de trop pour tous les suivre. Au final, nous avons surtout rapporté des éliminations, plutôt que des gros pots gagnés, les tricolores ayant été semble t-il en panne de bonne fortune en cette première journée. Benyamine, Johny, Cohen, Fhal, Otto, Guignol… tous sont passés à la trappe plus ou moins rapidement. Le plus gros tapis français à l’issue de cette journée, Michel Leibgorin, n’atteignait « que » 63,000, soit trois fois le tapis de départ, alors que d’autres pointaient déjà à 190,000. Parmi les survivants, on retrouve une petite dizaine de joueurs, comme Jerôme Zerbib, Stéphane Gérin, le nordiste François Kolusniewski ou encore Alexia Portal.


Michel Leibgorin, meilleur français classé à l'issue du Day 1A

Les effets positifs de l’aide apportée par Joel et Lucille se sont rapidement fait sentir. C’est la première fois (mis à part quelques rares exceptions dans le passé, comme lorsque je collaborais avec mon pote photographe Arnaud pour la Team770) que je peux déléguer les tâches de recherche et d’écriture, et cela m’a libéré d’un poids considérable. Après toutes ces années, j’avais pris l’habitude de travailler tout seul. Ce renfort a multiplié par dix la qualité du reportage, et avec le recul, je me rends compte que je n’aurais pas pu m’en sortir autrement. Il y avait beaucoup plus de mains racontées, plus de photos, plus d’anecdotes, plus d’ambiance... Quasiment aucun joueur français n’a été oublié, et chacun a eu droit à sa petite histoire. J’ai confié à mes reporters la tâche de suivre les joueurs les plus connus, dont le Team Winamax, et ainsi, j’ai pu me concentrer sur les joueurs un peu plus obscurs, et sur l’ambiance générale à l’intérieur de l’Amazon Room. A ce petit jeu, Joel et Lucille se sont excellement bien débrouillés, malgré leur inexpérience. Ils ont bossé dur et n'ont pas été avares d'efforts pour aller chercher les infos. Au final, cela a donné une couverture solide des français en course, avec un gros post riche en informations une fois par heure, comme l’exigent les règles médias en vigueur aux WSOP.

Toutes choses considérées, cette première journée fut assez pauvre en événements fracassants, une bonne chose car cela nous a laissé le temps de nous roder et de rentrer dans le rythme. Les « Day 1 » des gros tournois sont habituellement calmes, et celui-ci n’a pas fait exception. Et c’est tant mieux. Hors de question de brûler les batteries dès le début de ce marathon : nous sommes partis pour au moins huit jours de reportage intensif, voire plus encore si un ou plusieurs joueurs français vont loin.
Day 35 : le reportage en direct

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