mercredi 9 juillet 2008

Lucky Star

Day 39

Las Vegas est pleine de rêves et de promesses. Chaque jour, ils sont par milliers à y débarquer des espoirs plein les yeux et des fortunes plein la tête. Tous les matins, en me rendant au Rio, je peux observer le ballet des avions passant au dessus de ma tête sur l’Interstate 15, pour atterrir à McCarran. De gros Boeing en provenance de New York, Los Angeles, Seattle, Washington, Francfort, Londres, remplis de touristes et de dollars prêts à se déverser sur le Strip. J’en sais quelque chose, ces espoirs ne sont là que pour être brisés, hachés menus par la brutalité avec laquelle les casinos s’emploient à vous tondre jusqu’à votre dernier centime.

Las Vegas est plein de rêves déçus et de promesses non tenues. Ce qui ne nous empêche pas d’y revenir, encore et encore. Après tout, peu importe qu’on gagne où qu’on perde, tant qu’on peut jouer, tenter, risquer, se mettre en péril, frôler de près la mort au bord du précipice, bref, en un mot : se sentir vivant.

Las Vegas est une ville cruelle, injuste et ingrate, mais qui sait laisser un peu de répit à ses visiteurs, en leur donnant l’espoir qu’ils ont une chance de gagner. Sinon, pourquoi y reviendrait-on ?

C’est le sentiment que j’avais en quittant le Mandalay Bay en début de soirée, les poches remplies et l’esprit libéré. Un petit miracle venait de se produire : j’étais revenu à jeu. Pour la première fois en sept séjours à Vegas, une bonne étoile avait brillé dans ma direction.

Ce splendide Lundi avait commencé tranquillement. Avec Régis, on a profité d’une rare journée de pause entre les deux premiers tours du Main Event. Après une nuit complète de sommeil, la première depuis bien longtemps, on était passé à l’Apple Store situé à quelques centaines de mètres de la villa. Régis a acheté un MacBook Pro tout neuf, 30% moins cher qu’en France à côté de la faiblesse du dollar. Moi, j’ai craqué pour les nouveaux écouteurs anti-bruit intra auriculaires d’Audio Technica (j’avais déjà le casque, ma collection est désormais complète) On a mangé une pizza dans un resto californien, et après, j’ai emmené Régis au musée du flipper. On a éclaté le Joker’z, l’Indiana Jones et le Theatre of Magic, on s’est fait défoncer au Black Hole et au Haunted House. On criait comme des débiles à chaque multiball, c’était super. Après, Régis avait besoin d’un trépied pour sa caméra, on trouvé une boutique photo sur la route, puis on s’est rendus au Mandalay Bay dont je n’avais jamais essayé la salle de poker. Il y a avait de la place en No Limit, blindes 1 et 2 dollars. C’était la première partie de Régis depuis son arrivée, moi la seconde seulement. On a très vite compris où on était tombés. Il n’y avait que deux types de joueurs : ceux qui sont nuls parce qu’ils ne jouent pas assez de mains, et ceux qui sont nuls parce qu’ils en jouent trop. Dans les 10 premières minutes, une fille complètement à l’ouest a grassement payé la quinte de Régis, pour ensuite lâcher une tonne contre mon full (tellement évident, As-Valet sur As-2-2-2-x, j’ai pas compris pourquoi elle m’a payé à la rivière sans l’As) Avec Régis, on s’est regardé en hochant la tête : yes mon pote, on a trouvé une bonne partie, ouais)

Arrive alors la plus belle embellie jamais arrivée depuis ma première visite à Vegas en 2004. Je paie une relance depuis le petit blind avec une paire de Valets. On est trois à voir le flop As-Valet-3, avec deux piques. Déjà, là je suis bien. Je check/raise le relanceur initial, il me paie dans la foulée. La croupière retourne la quatrième carte : un Valet qui me donne carré. J’essaie tant bien que mal de garder mon calme. Je mise : c’est payé en une seconde. Rivière : un autre 3. Je mise une dernière fois : je n’ai pas grand espoir d’être payé, et je me prépare à ne pas montrer mes cartes en cas de passe probable de mon adversaire. A ma grande surprise, ce dernier paie : je lui retourne mon carré à la figure, si bien que les cartes arrivent à quelques centimètres de lui. Je viens de gagner environ 200 dollars dans cette main, mais ce n’est pas fini : la croupière arrête la partie et appelle un superviseur. Je ne comprends pas trop ce qui se passe, jusqu’à que je réalise que mon carré vient de me faire gagner 350 dollars de plus, offerts par le casino pour récompenser les grosses mains. Tout le monde ne regarde. Un employé du casino me demande mon nom et me fait signer un reçu. Un type en costard dépose un rack de jetons rouges de 5 dollars sur la table. Je suis euphorique : j’ai plus de 750 dollars de tapis, moins d’une heure après m’être assis avec 200 dollars. C’est le plus gros pot que j’ai jamais gagné au poker. Je plane tellement que je ne tique même pas quand, vingt minutes plus tard, un touriste débile me slowroll avec une paire d’As, défoncant ma paire de Rois et me prenant 220 dollars au passage. Avec Régis, on a quitté aussitôt la table, hilares. Il avait chatté aussi : il a pris un peu plus de 100 dollars à la table, et la floor manager lui a rendu 100 dollars de trop à la caisse. Quelle embellie, mes amis. Toutes mes pertes de l’été (black-jack, Euro, Pai Gow, poker…)

On est rentrés à la villa se faire beaux pour la soirée PokerStars au Palms. C’était la première fois que je mettais les pieds dans une boîte cet été. Dès mon arrivée, je croise un Pauly tout excité : « depêche toi d’aller au bar, ca fait une demi-heure que Dario Mineri n’a pas décollé sa bouche de celle d’Isabelle Mercier » Je me précipite à l’intérieur, mais ne trouve pas les deux tourtereaux. Dommage, le jeune Italien et la superstar Canadienne auront été l’attraction de la soirée, éclipsant à moitié l’invitée spéciale de la fête, la célèbre strip-teaseuse (et ex de Marylin Manson, il me semble) Ditta Van Teese. Privé du spectacle de roulage de pelles entre les deux pros de l’équipe PokerStars, je me suis rabattu sur Ditta, qui s’est désapée avec classe et bon goût (à l’image de PokerStars, quoi) dans un style années 50 assez irrésistible. La boîte était pleine à craquer, j’ai croisé plein de collègues et d’amis joueurs. On a bu des vodka tonic et des rhum coca. Le DJ a passé « Don’t Stop Believing », bref c’était super.



En rentrant à la villa, j’apprends que Manub a remporté 500$ en misant 1$ dans une machine à sous, et qu’à la Bobby’s Room du Bellagio, Patrick Bruel a trouvé une quinte flush à la turn, juste au moment où son adversaire a décidé d’envoyer tapis pour 100,000 dollars (pour la petite histoire, ce dernier a demandé à Patrick s’il voulait retourner deux rivières – Brubru a accepté en rigolant, vu que même en retournant 40 rivières il n’aurait jamais pu perdre ce pot)

Bref, tout ça pour vous dire qu’en ce magique Lundi 7 juillet 2008, tout le monde a gagné à Las Vegas. Un miracle qui ne risque pas de se reproduire avant longtemps. Ce qui ne m’empêchera pas de revenir au plus vite dans la ville des rêves brisés.

8 commentaires:

Tony a dit…

Salut Benjo et merci de nous faire vivre les WSOP comme personne à travers ton coverage et ce blog.
Pourrais-tu juste passer le message à Manub, dont je suis vraiment un grand fan, que je me languis qu'il reprenne un peu son blog (qui n'a pas évolué depuis l'EPT Monte Carlo) et qu'il nous parle un peu de son formidable main event ?

En tout cas souhaite lui bonne chance ainsi qu'à tous les français restant en course pour le Day 4.

Yan a dit…

A propos de l'erreur de caisse : Ca peut mal tourner par la suite
http://www.leggopoker.com/blogs/craigthedeac/no-more-venetian-872.html
banni du venetian! Bon la c'etait pour 1000$ et pas 100$ mais quand meme...

kalimeroo a dit…

OMG... Enorme comme journée de repos... C'est pour te remercie de tout le travail accomplie...

Superbe embelie pour cette derniere semaine. Chui content pour toi :D

JEREMIE a dit…

Enorme ce lundi mon Benjo !!!

Tu sais donc où tu seras le 07/07/09 :-p moi je sais !!!

@+
B10401M

P.S. J'adore ton blog :-)

Xerxes a dit…

Super blog, mais comment ça se fait qu'il y a 3 jours de retard sur l'actualité :-( ?

Benjo a dit…

Xerxes : parce que je travaille déjà 14 heures par jour.

sacha a dit…

Ton meilleur post depuis longtemps...infos, anecdotes et humour. le bon cocktail.
take care.

Anonyme a dit…

et isabelle mercier, elle se tape ce petit gamin de minieri parce que :
-elle controle pas ses chaleurs
-il a une porsche
-l'amour est aveugle