lundi 14 juillet 2008

Liquidation avant fermeture

Day 45

C’est pénible d’écrire sur des trucs qui se sont passés il y a déjà quatre jours, alors je vais accélérer un peu le rythme. Règle d’or : un bon post est un post écrit 24 heures maximum après que les événements se soient produits. Après l’heure, c’est plus heure, et je n’ai malheureusement pas réussi à tenir jusqu’au bout ma promesse d’écrire un article par jour pour ce blog. « Life got in the way », comme ils disent. Dommage, j’avais tenu le rythme pendant 40 joueurs, et j’ai fini par craquer sur la dernière ligne droite.

La deuxième partie du Day 2 fut grosso modo une exacte réplique du premier, excepté qu’il y avait plus de joueurs. J’ai écrit un long article à propos de cette journée, j’ai tout jeté à la poubelle, c'était pas intéressant.

Le Day 3 du Main Event est généralement mon préféré, pour plusieurs raisons. Déjà parce que pour la première fois en huit jours d’épreuve, tous les joueurs restants sont réunis sous le même toit le même jour. Les médias jubilent : le nombre de joueurs en course finit enfin par baisser, mettant fin au feeling « Groundhog Day » qui a prévalu pendant une semaine. J’aime aussi le Day 3 car c’est celui où les joueurs entrent enfin dans les places payées. L’éclatement de la bulle est toujours le meilleur moment du Main Event : voir une salle pleine exploser de joie collectivement ne finit pas de me donner des frissons, année après année. L’euphorie est contagieuse : même des vétérans qui en on vu d’autres comme Mike Matusow et Phil Hellmuth participent à la liesse générale.


Le "main par main" : le moment le plus excitant du Main Event

Seulement une douzaine de français sont rentrés dans les places payées. Ils étaient plus de 25 au départ du Day 3, mais la période avant la bulle fut meurtrière pour les tricolores. Michel Abécassis, Thomas Fougeron, Arnaud Mattern, Nicolas Levi, Anthony Roux, Eric Larchevêque, Elie Marciano… Tous ont sauté pas loin de l’argent. Michel Leibgorin s’est glissé de justesse dans les points, non sans avoir perdu avec brelan contre brelan durant le « main par main ». Du Team Winamax, ne restait plus que Manuel Bevand, pour son premier money finish aux couleurs de l’équipe, ainsi que deux sympathiques qualifiés, Stéphane et Olivier.

La confusion régnait parmi les médias quant à l’heure à laquelle les places payées seraient atteintes. Certains, comme mon ami Otis du blog PokerStars, pensaient même que la bulle n’éclaterait pas lors du Day 3 mais le lendemain. J’ai immédiatement parié 20 dollars qu’il se trompait. En début de journée, j’écrivais dans mon reportage que le moment fatidique se produirait vers minuit. La bulle a éclaté à 23h30 très exactement. Durant tout le Main Event, j’ai été très fort à ce petit jeu des prédictions. A partir du Day 2A, j’ai calculé avec 5% de marge d’erreur maximum le nombre de joueurs restants pour chaque journée qui a suivi. Si j’avais su, j’aurai parié gros.

Je vais vous faire une confidence : une fois que les places payées sont atteintes, je n’en ai plus rien à foutre de ce qui se passe au Main Event jusqu’à la table finale. Et comme cette année, la finale a été décalée au mois de Novembre, mon été aux World Series s’est plus ou moins terminé quand la bulle a éclaté. Bien sur, il restait pas mal de travail à faire durant le Day 4, avec six français en course, dont deux joueurs de Winamax, mais oserais-je le dire ? Le cœur n’y était plus… Les hommes d’entretien empilent les tables et les chaises, la salle se vide, la cantine ferme ses portes, les touristes se font moins nombreux, les cash-games disparaissent, les stands dans les allées plient bagage : le buzz incessant qui a agité l’Amazon Room durant six semaines s’éteint peu à peu, laissant place à une atmosphère de fin de règne, teintée de mélancolie. Tous les journalistes ayant couvert l’événement depuis le début se voient déjà rentrer à la maison : la libération est proche.


On ferme

Le Day 4 s’est terminé plus tôt que prévu : les éliminations étaient allées bon train, et le superviseurs n’ont pas jugé utile de continuer une fois 189 joueurs atteints. Avec Lucille et Joel, on a rejoint Régis et Manuel au Bellagio. On a bu des coups devant la poker room en jouant au video poker. David Benyamine était installé dans la Bobby’s Room. On avait envie de jouer aussi, alors on a traversé la rue jusqu’au Flamingo. Pour fêter son élimination du Main Event, Manub a décidé de jouer tout bourré sans regarder ses cartes en 1/2 No Limit. Il a bien chauffé la table et pris plus de 1,000 dollars, avant de tout reperdre de la même manière. Régis s’est pris un bad-beat contre un débile, mais a tout repris avec les As peu après. Moi, j’ai eu plein de jeu mais je n’ai pas gagné grand-chose.


Day 5 : circulez, y'a plus rien à voir

Le lendemain, je me suis pointé tout seul au Rio pour suivre les progrès des deux derniers français en course. Sans surprise, le périmètre du tournoi était bouclé, et je ne pouvais plus observer l’action qu’à quatre mètres de distance. Cette fois-ci, mon travail était fini pour de bon. A ce stade de l’épreuve, il est de toute façon normal que l’accès des médias soit restreint : il y a moins de 200 joueurs encore en course, et nous sommes autant à couvrir le tournoi. Dans ces conditions, difficile de laisser tous les journalsites se ballader entre les tables. Il ne restait plus grand-chose à faire, à part suivre le décompte des éliminations égrené par le superviseur au micro, et à prendre des nouvelles des deux français pendant les pauses. A 19 heures, Stéphane Hornet était éliminé en 106ème position : c’en était fini des français aux WSOP 2008.


Stéphane Hornet, premier français au Main Event 2008 : l'amateur empoche 41,000 dollars

Avec Régis, on a emmené le qualifié Winamax au Wynn pour filmer une interview. Il y a un bar en terrasse, dont les cascades offrent une belle vue pour tourner des images. Ensuite, on a rejoint le reste de la troupe dans un resto japonais au Caesar’s Palace. Le cuistot faisait griller le poisson et la viande juste devant notre table, c’était chouette. Après, direction le pit pour un peu de black-jack et de craps. J’ai perdu 150 dollars en moins de dix minutes, je n’avais pas envie de me cagouler plus, j’ai laissé Tall et Michel gagner une tonne et suis rentré avec Johny à la villa. On a joué au billard jusqu’au lever du soleil avec des deux boss. Les enchères ont progressivement monté, mais à la fin, tout le monde était à jeu. On a failli se faire mal quand même, c'était tendu jusqu'au dernier moment.

Aujourd’hui, tandis que je tape ces lignes, la villa est presque vide. Michel, Guignol, Alexia, Arnaud et mes boss sont retournés en France. Ne restent plus qu’une poignée de membres du Team Winamax, et moi et Régis. Je n’irai pas au Rio pour le Day 6… Je vais faire un peu de shopping avec Régis, aller dans un bon restaurant, et jouer au poker. Demain, je me rendrai à l’Amazon Room pour la dernière fois de l’été : les neufs finalistes du Main Event seront connus. Je dirai au revoir aux collègues autour d’un dernier verre, et mes 45 jours aux World Series of Poker seront enfin terminés. Il me restera deux jours avant de reprendre l’avion pour Londres : avec Tall et Johny, nous allons faire un bout de route en direction du nord ouest, histoire de regarder un peu le paysage. J'ai hâte de rentrer à Londres et dormir une semaine sans allumer mon ordinateur. Mon marathon vit ses derniers jours...

Mes compte-rendus en direct avec Lucille et Joel :

Day 2B
Day 3
Day 4
Day 5

6 commentaires:

sgilmion a dit…

merci bnjo pour tout ce blog...on ressent l'émotion de notre ordi a des kilometres de la ou tu te trouves..et cette ambiance..la fin de qqchose, tjrs dur a vivre, le ptit coup de blues et en meme temps la sensation qu'il fallait que ca se termine..rentre bien !!

Michele Lewis a dit…

Benjo
I was grateful to see you on Monday but sad we were unable to chat due to all of the excitement going on.
Let me know what you decide to do for your last American adventure before heading back to London.
Nonetheless, it was much fun and I, like you, am sad it's over. Yet... it's nice to be home.

Anonyme a dit…

Merci benjo pour tous ce coverage aussi bien sur ce blog que sur WAM, c'etait vraiment extra !
Et même si tu pense le contraire, les posts de ton blog sont toujours un bon moment de la journée quoi que tu dise dedans !

Poker--coach

Nicolas a dit…

Merci 1000 fois Benjo, j'ai beaucoup aimé te lire.
Ton style concis, tes anecdotes... je suis fan.

A l'année prochaine !

Nicolas du Club Poker

Thomas a dit…

Hey Benjo,
content de voir (lire) que tout s'est bien passé pour toi ;)
à tout bientôt j'espère...
si tu as du temps à tuer, viens nous voir à Auxerre :P
Biz,
Totom

Dethier Eric aka Hysteric a dit…

Il était temps que ça se termine enfin effectivement. Pas que les WSOP deviennent ennuyant au bout du périple de toutes les épreuves. Mais comme on dit trop de jeu tu le jeu et de plus dans le cas présent il ne s'agissait pas de jouer mais de suivre les autres et c'est parfois aussi difficile que de se retrouver à la table soit même. Une incomparable envie de jouer mais le devoir d'assurer un job. Chapeau bas mister Benjo, une fois de plusla course fut longue et parcemée d'embûche mais tu as su surmonter les obstacles, ta fatigue, le stress, et les moments de fous rire et de folies avec la team.
A bientot pour de nouvelles aventures, dès l'EPT de Barcelone mais d'ici là repor without poker.