jeudi 10 juillet 2008

Dr Pauly’s Killing Fields

Day 40

« Tiens toi prêt : ça va être un massacre aujourd’hui.», ai-je mentionné à Pauly dès mon arrivée dans l’Amazon Room mardi midi.

Les Day 2 du Main Event sont traditionnellement les plus sanglants. D’entrée de jeu, l’augmentation des blindes rattrape les centaines de petits tapis qui avaient sérré les fesses en fin de Day 1, et les éliminations éclatent aux quatre coins de la salle à une vitesse qui défie l’imagination.

Pour me rafraîchir la mémoire, je m’étais replongé dans mes archives de 2006 et 2007. En comparant les nombre de joueurs au départ et à l’arrivée lors des deux derniers Main Events, j’avais prédit un chiffre de 100 éliminations par heure pour la première partie du Day 2.

Je savais que la statistique intéresserait Pauly. Depuis que le Big One a commencé, le roi des bloggeurs poker est hanté par la « tristesse, la misère, et l’agonie » que lui inspirent le bain de sang du Main Event. Les métaphores guerrières pullulent : les images de mort, de destruction et de chaos sont partout. C'est Apocalypse Now en direct du Rio. Bienvenue aux champs meurtriers du docteur Pauly, correspondant de guerre à Las Vegas.

« Tous les jours, les bus PokerStars, arrivent au Rio en provenance du camp de base du Palms, remplis de chair à canon toute fraîche. Au milieu de la nuit, ils ne transportent plus que des carcasses blessées et traumatisées. »

Midi : 1,254 joueurs restants font leur entrée dans la salle.

« Après le troisième jour, on devient insensible à l’odeur du sang des pigeons, et l’on ne fait plus attention aux tâches rouges qui jonchent le bas du pantalon. Le sang coule à flots, et la marée provoquée par l’hémorragie divise l’Amazon Room en deux. Les médias français appellent ça « la rivière remplie du sang des ânes. »

14h15 : 1,063 joueurs restants. All-in and a call !

« Le main Event, c’est comme la guerre : vous pouvez l’observer à la télévision, mais il est impossible de se faire une idée de ce qu’est réellement la boucherie avant de l’avoir vue de vos yeux. »

16h22 : 847 joueurs restants. Seat Open !

« Toutes les nuits, mes yeux restent ouverts, hanté que je suis par les cris des âmes torturées et laissées pour mortes dans les champs meurtriers. »

20h55 : 665 joueurs restants. Le compteur s’affole.

« Les ânes émettent un son distinct au moment où leurs gorges sont tranchées. Lorsque j’entends ce bruit terrifiant, la mélodie de la Chevauchée des Walkyries me revient en mémoire, tandis que ma vision s’obscurcit et que je m’évanouis, pour aussitôt me réveiller baignant dans la mare épaisse du sang des perdants. »

01h10 : 469 joueurs restants. Trêve provisoire.

« Peu importe vos efforts pour les chasser de votre mémoire, les horribles souvenirs de l’angoisse des champs meurtriers remontent toujours à la surface. »

J’avais plus de 25 soldats de l’armée française à suivre au milieu du champ de bataille. Quand la fumée s’est dissipée, vers une heure du matin, plus de la moitié d’entre eux avaient péri au combat : Alexia Portal, Jean-Claude Perrot, Gilles Smadja, Jerôme Zerbib… Une petite poignée avait accumulé assez de munitions pour avancer jusqu’à la prochaine bataille, dont mes frères d’armes Manuel Bevand et Anthony « Tallix » Roux. Un bon résultat, si l’on considère que presque 70% des joueurs au départ 14 heures plus tôt avaient rendu les armes.

En tant que reporters de guerre, nous ne participons pas aux combats. Ce qui ne nous empêche pas d’être directement exposés au feu des missiles lâchés en permanence dans l’Amazon Room. Ni de pleurer pour tous nos frères portés disparus.

Le Day 2A sur Winamax

Un grand merci à Pauly qui m’a autorisé à recopier des passages entiers de son blog, comme ça je n’ai pas eu trop à me tracasser pour trouver quelque chose d’intéressant à écrire, surtout qu’en ce moment j’ai vraiment pas le temps. Pour la version originale (bien meilleure que mes traductions bancales), cliquez ici.

Aucun commentaire: