samedi 14 juin 2008

Year of the pro ?

Day 14

Y a pas à dire, ces World Series of Poker 2008 sont une mécanique bien huilée. Deux semaines ont passé et un tiers du festival s’est déjà écoulé sans que personne ne s’en rende vraiment compte. Les tournois et les vainqueurs s’enchaînent sans accroc. Les cash-games tournent 24 heures sur 24. Superviseurs, croupiers, médias, serveurs en tout genre, joueurs : tout le monde travaille dans la fluidité et la bonne humeur. Tout va bien. Aucune aspérité. Rien ne dépasse, ou si peu. Enfin, pour leur quatrième année en tant qu’organisateurs des championnats du monde, Harrah’s a trouvé le bon bout, et travaille d’arrache-pied pour faire en sorte que les WSOP tournent du mieux possible. Que demande le peuple ?



Cerise sur le gâteau, même les pros médiatiques coopèrent en remportant une épreuve sur deux, offrant aux médias de belles finales, de jolies photos et des articles faciles à écrire. Après Nenad Medic, David Singer, Erick Lindgren et Mike Matusow, c’est au tour de Daniel Negreanu d’ajouter un titre à son palmarès en remportant l’épreuve de Limit Hold’em à 2,000 dollars.

Bref, les grands noms monopolisent l’attention cette année, contredisant l’adage en vogue qui dit qu’avec l’augmentation croissante du nombre d’entrants aux tournois du circuit, il est de plus en plus difficile pour les stars de tirer leur épingle du jeu.

Loin de moi l’idée d’en tirer une quelconque théorie ou conclusion définitive sur les résultats des WSOP après deux semaines. En fait, cela ne me fait ni chaud ni froid de voir une star médiatique remporter un tournoi, plutôt qu’un autre joueur moins connu. Car si l’on regarde de près les résultats des autres épreuves, on se rendra vite compte que la plupart des vainqueurs cette année sont des joueurs pros. Les amateurs complets arrivant jusqu’au bout restent des occurrences rares, malgré la croyance populaire véhiculée par les victoires de Chris Moneymaker et Jamie Gold. Les Vanessa Selbst, Matt Keikoan, Farzad Rouhani ne passent peut-être pas a la télé tous les jours, mais ils n’en restent pas moins d’excellents joueurs, des pros à part entière, évoluant la plupart du temps en dehors des spotlights, gagnant tranquillement leur vie sans faire de bruit. Parce qu’à l’inverse, il y a aussi des tas de joueurs qu’on voit partout, mais qui ne gagnent jamais. Mais chut, faut pas le dire. Je t’aime bien quand même, Clonie.


Vanessa Selbst remporte l'épreuve d'Omaha à 1,500$

Quelques minutes après la victoire de Negreanu, un photographe lui demande s’il a gagné le tournoi juste pour éviter que Matusow ne puisse se vanter d’ avoir remporté autant de bracelets que lui. Le Canadien éclate de rire : « C'est exactement ça ! » La veille, Mike the Mouth remportait son troisième bracelet et un Negreanu hilare débarquait sur le podium ESPN en s’écriant : « Quoi ? T’as gagné ? C’est dingue, n’importe qui peut gagner à ce jeu ! » Le lendemain, Daniel remporte son quatrième bracelet après une longue période de disette, laissant Matusow derrière dans cette amicale course aux breloques.

Le premier geste de Negreanu après l’ultime main de la finale ? S’emparer de son téléphone portable pour envoyer un SMS à Phil Ivey. Le Tiger Woods du poker est en train de vivre une des pires semaines de sa carrière de joueur professionnel. Gonflé à bloc et débordant de confiance avant le début des Series, Ivey s’était lancé dans un nombre incalculable de paris avec ses amis pros. Hier, Negreanu a gagné un bracelet, et pas Ivey, ce qui lui a coûté 200,000 dollars. Qui sait combien de dizaines de paris a-t-il conclu ? A chaque fois qu’un pro remporte un bracelet, j’imagine Phil en train de sangloter en mettant la main au portefeuille.

Sans compter que les Lakers ont perdu hier, scellant quasi-définitivement leur défaite dans les NBA Championships, sauf miracle biblique. Un échec qui va, dit-on, coûter deux millions à Ivey. Il fallait le voir hier en fin d’après-midi dans le tournoi de HORSE. Quand le match a commencé, Ivey était chip-leader. Quelques heures plus tard, les Lakers s’étaient pris une branlée et Negreanu brandissait le bracelet devant un parterre de photographes. Double bad-beat. Sur son visage, on lisait l’envie de mort.

Mais je ne m’en fais pas plus que ça pour la fortune d’Ivey, pas plus que je ne réjouis de le voir subir des déconvenues. Ce n’est pas quelques millions jetés par la fenêtre qui vont mettre à mal le meilleur joueur du monde. Et puis, les WSOP sont loin d’être terminés. Si ça se trouve, Ivey sortira largement positif à l’issue de l’été, après deux ou trois bracelets et un rush de folie en Main Event.

La citation du jour (qui, en réalité, a été prononcée jeudi mais j’avais oublié de vous en parler) : Ted Forrest sort des toilettes et revient d’un pas pressé vers l’Amazon Room. Un type lui crie depuis l’autre bout du couloir : « Hey, Ted, I heard you finished second ! » Forrest, sans ralentir, répond en aboyant presque : « Yeah, I finished fucking second ! » La veille, Ted Forrest terminait en effet en seconde de l’épreuve de Omaha High-Low, manquant d’un cheveu son sixième bracelet après avoir été énorme chip-leader en tête à tête. On ne peut pas lui en vouloir d’être un peu énervé : Ted a perdu bien plus que l’argent de la première place en échouant sur la dernière marche, ayant placé de gros paris sur sa victoire cette année contre… Phil Ivey, bien entendu. Ce dernier s’en sort bien, pour une fois.

Ivey n’est pas le seul à se faire essorer au paris… J’ai perdu quasiment toutes mes mises sur les différents matches de l’Euro. Heureusement que je n’ai pas misé sur les Lakers hier. J’ai envisagé un rush express au Sports Book jusqu’à la dernière minute, puis ai fini par changer d’avis après que Pauly se soit foutu de ma gueule. « Moi, je le prends, ce pari, si tu veux », qu’il m’a dit. Sentant le mauvais coup, j’ai décliné. Bien m’en a pris.



Ryan Nathan, l’un de mes meilleurs amis dans le monde du poker, a terminé en 13e place de l’épreuve de No Limit à 5,000 dollars, éliminé sur un bad-beat horrible à trois heures du matin. Le valet sur la rivière, complétant le tirage de quinte de son adversaire, m’a fait l’effet d’un coup de poing dans l’estomac. Je suis toujours à fond derrière l’Australien, l’un des types les plus sympas qu’il m’ait été l’occasion de rencontrer, quelqu’un qui m’a toujours aidé quand j’avais besoin d’un coup de main, me dépannant d’une chambre d’hôtel, améliorant mon poker sans rien demander en retour, et aussi quelqu’un d’extrêmement rigolo, jamais de mauvaise humeur, contrairement à moi. Voilà un pro qui mériterait un peu plus de couverture médiatique.


Un petit somme durant ma onzième journée consécutive aux WSOP


Mon pote Yuestud dans l'épreuve de No Limit à 2,000 dollars

Cliquez-içi pour mon compte-rendu du 14e jour des WSOP

1 commentaire:

Giorgio a dit…

Arrête de dormir devant ton écran on va encore dire que tu fout rien pendant ton coverage :-p