jeudi 12 juin 2008

A momentary lapse of reason

Day 12

Mardi, j’ai eu ma première conversation avec David Benyamine depuis le début des World Series. J’ai cru que cela n’arriverait jamais. Il était en train de disputer la deuxième manche de l’épreuve de Deuce to Seven. En l’apercevant, je me suis comme d’habitude contenté de le saluer en hochant la tête, sachant pertinemment qu’il était inutile d’essayer de démarrer une conversation. Je suis donc tombé sur le cul quand David a ouvert la bouche et commencé à me parler. Super, que je me suis dit. Je vais enfin avoir ma grande conversation vérité avec le meilleur joueur français du monde. Depuis le temps que j’attendais ça. Ca y est, le grand moment est arrivé. Je suis prêt.

En fait, pas du tout. Benyamine voulait juste que j’aille lui chercher le programme des épreuves. J’ai couru tellement vite jusqu’à mon sac que j’ai failli me casser la gueule. Je ne voulais pas décevoir le maître.

Cette douzième journée des World Series of Poker (ma neuvième au Rio) fut assurément la plus passionnante de toutes. 35 joueurs étaient au départ du deuxième jour du tournoi de Deuce to Seven, et quels joueurs ! Le caractère relativement obscur de la variante (un poker fermé « low » joué en No Limit) et le prix d’entrée élevé (5,000$ et des recaves illimitées pendant trois heures) ont résulté en un tournoi élitiste, réservé aux pros les plus fortunés. C’est bien simple, à deux exceptions près, je reconnaissais l’intégralité des joueurs encore en course dans le Day 2. La partie était très interessante à observer, d’abord parce que cette variante m’intrigue, et ensuite parce que tous les joueurs se connaissaient bien entre eux, alimentant un flot de conversation ininterrompu. Je n’arrivais pas à décoller des tables, celle de David Benyamine et Mike Matusow en particulier, qui ont passé l’après-midi à discuter en détail les coups les plus importants, comparant les mérites respectifs des approches serrées et agressives en tournoi. « Mais qu’est-ce tu y connais en tournoi », a fait remarquer Matusow au français, « tu n’en as gagné qu’un dans ta vie. » Et Benyamine de répondre, imperturbable : « C’est vrai, je préfère les cash-games. Tu veux jouer ? »

L’épreuve de Omaha commencée à midi fut une boucherie abominable. Quatre heures après le départ, 60% des 750 inscrits avaient déjà sauté. Pourtant réputés experts dans cette variante, les français n’ont pas réussi à survivre à se massacre. Aucun d’entre eux n’allait passer le premier tour.

En fin d’après-midi, j’ai passé une bonne heure à observer l’épreuve de Limit Hold’em qui se déroulait devant le banc de presse. L’un des écrans de contrôle diffusait en direct la troisième manche des NBA Championhips entre les Lakers et les Celtics. Au fur et à mesure de la progression du match, de plus en plus de joueurs délaissaient leur tournoi pour observer la télévision. On n’entendait presque plus le bruit des jetons qui s’entrechoquent.



Comme je l’ai raconté il y a quelques jours, la rumeur du moment dit que Phil Ivey aurait misé une somme d’importance (2 millions étant l’estimation) sur la victoire des Lakers au championnat. L’équipe de Los Angeles avait mal entamé la finale, perdant ses deux premiers matchs contre Boston. Le troisième match d’hier était donc crucial, le vainqueur étant désigné au meilleur des sept rencontres.



Debout, parfaitement immobile face à la télévision, le Tiger Woods du poker ne perdait pas une miette de la rencontre, ne prêtant aucune attention à la partie de poker en cours. Avec deux millions de dollars en jeu, ça peut se comprendre.



Durant tout le dernier quart-temps du match, j’ai observé, fasciné, les différentes émotions de Phil Ivey en fonction de l’évolution du score. Pendant un moment, le temps était comme suspendu. Il n’y avait plus rien autour de moi, juste Ivey et l’écran de télévision.



Chaque rebond, chaque lancer franc provoquait une subtile réaction chez Ivey… Chose incroyable : le meilleur joueur du monde avait perdu sa poker face. D’habitude dur, froid et impassible, son visage trahissait toutes les émotions qui le traversaient.



Inquiétude, quand les Lakers avaient huit point de retard en début de période. Colère, après une décision controversée de l’arbitre. Approbation, quand les Lakers recollaient au score avec deux lancer francs réussis. Impatience, quand les secondes de l’horloge ne voulaient pas défiler assez vite.





Et finalement, soulagement avec un rire franc quand son équipe favorite est sortie vainqueur de la rencontre. Il reste encore quatre matchs dans les NBA Championships : Ivey est loin d’être tiré d’affaire…



Si vous avez jeté un oeil au reportage officiel de PokerNews hier dans l’après-midi, vous avez pu trouver mon nom dans la liste des participants à l’épreuve de Pot-Limit Omaha, assortie de la hauteur de mon tapis (11,000, soit près de quatre caves, pas mal !) Cela n’a pas manqué de me faire sursauter, puisqu’à ce jour je suis à peu près certain de n’avoir jamais participé à une épreuve WSOP de ma vie, surtout pas en ce moment où je travaille douze heures par jour minimum. J’ai cru à une blague faite par un collègue facétieux, puis ai fini par trouver le responsable : mon ami anglais Marc Convey, ancien de Gutshot et embauché par PokerNews pour l’été. Ce dernier, un peu fatigué après une longue journée de travail, avait machinalement rentré mon nom à la place de celui de l’allemand Benjamin Kang.



Ma photo de Gobboboy et Howard Lederer a eu les honneurs de se faire « photoshopper » (c'est à dire de se faire détourner en utilisant le fameux logiciel de retouche d'image) par les barjots de l’excellent forum américain 2+2. Pour des dizaines d'autres créations à mourir de rire, consultez ce thread.



Cliquez-ici pour mon compte rendu du Day 12 des WSOP

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