vendredi 13 juin 2008

I am the ressurection

Day 13

Il n’a fallu que deux jours seulement ne s'écoulent pour que mon post sur le manque de résultats français aux WSOP fasse sentir ses effets : enfin, les tricolores se réveillent, et atteignent deux finales coup sur coup. Manque de bol, deux jours après l’élimination en neuvième place de Nicolas Levi dans l’épreuve de No Limit à 2,500$, David Benyamine (le meilleur joueur français du monde, je le rappelle) récidivait en sortant a nouveau le premier de la finale du Deuce to Seven à 5,000 dollars, après 40 minutes de jeu à peine.

« Je te l’avais dit ! » a rigolé mon pote Fred Le Roux en collectant les 40 dollars qu’on avait mis en jeu sur la performance du français (il fallait que David termine mieux que sixième pour que je gagne le pari, ca me semblait gagné d'avance cette histoire). « Benyamine ne sait pas jouer les tables finales. » Heureusement que j’avais parié sur le Portugal à l'Euro le matin même, ca équilibre mon résultat net de la journée.

Difficile de tirer des conclusions sur cette sortie prématurée. Ce n’est pas parce que David est sorti si tôt qu’il a forcément fait n’importe quoi. Certes, contrairement à Nicolas il y a deux jours, David possédait un tapis assez confortable, et équilibré par rapport à ceux de ses adversaires. Mais la variante pratiquée obligeait une prise de risque énorme : dans les jeux de tirage, si on ne rentre pas le dit tirage, on est cuit, pardonnez-moi du truisme. C’est ce qui s’est produit pour David durant les trois coups qu’il a joués.

A titre personnel, j’étais très déçu. Je m’étais levé le matin de la finale en rêvant déjà d’images d’un français brandissant le bracelet. Sans parler de l’interview fleuve qui aurait suivi (on peut rêver). Bref, l’orgasme journalistique, ce sera pour plus tard. Cette année, si possible, j’en ai un peu marre des secondes places.

Dans la soirée, j’ai eu envie de m’échapper du Rio… Avec Johny et Fred, on a conduit jusque Downtown, le vieux Vegas, là où tout a commencé dans les années 40. Fremont Street est depuis longtemps has-been face à la concurrence des méga casinos du Strip. Mais néanmoins un endroit à visiter de temps en temps, pour humer l’air du temps jadis et se remémorer une époque que l’on n’a pas connue. Le temps des World Series au Binion’s Horseshoe, en particulier. Un temps où les joueurs, les vrais, chapeau, cigare, bottes croco et poches pleines de cash faisaient la loi à Vegas, bien avant l’ère du tourisme de masse. Nous visitons le vieux casino, qui a depuis quelques années vu sa facade transformée et perdu au passage la moitié de son nom (Harrah’s a racheté le nom « Horseshoe » et la WSOP en 2004, et s’est aussitôt empressé de revendre le bâtiment, dont elle n’avait aucune utilité)



L’endroit n’a guère changé, mais, mis à part une série de clichés accrochés sur un mur (le fameux « Wall of Champions » affichant l’ensemble des champions WSOP de l’ère Binion’s), rien dans le casino ne laisse paraître des trente années d’histoire du poker qui se sont écrites içi. En regardant les photos des vainqueurs depuis 1970, les Johnny Moss, Jack Strauss, Phil Hellmuth, Johnny Chan et tous les autres, je pose une question existentielle à Guillaume.

« Si tu pouvais voyager dans le temps et revenir en arrière pour disputer un des tournois de la grande époque, disons il y a 20 ans, tu crois que tu battrais tous ces mecs ? » Nous sommes tombés d’accord sur le fait que le niveau a énormément progressé ces dernières années, avec Internet, l’arrivée des jeunes joueurs et que n’importe quel bon joueur d’Internet d’aujourd’hui survolerait sans problème la compétition de jadis, peu au fait des notions de resteal, fold equity et autres implied reverse odds en double backflip 360 la tête à l'envers.

La steak-house du Binion’s était fermée, alors on a traversé la rue jusqu’au Golden Nugget pour un combo filet mignon plus vin californien (assorti d’une assiette de brocolis et de purée de pommes de terres) à tomber par terre. Un peu cher mais ça valait le coup. Je crois d’ailleurs que c’était mon premier repas digne de ce nom depuis mon arrivée.

Nous sortons du restaurant pile à minuit : dans la rue piétonne, tous les casinos de Fremont Street éteignent leurs néons en simultané pour laisser place à un spectacle son et lumière d’un quart d’heure, diffusé au dessus de nos têtes depuis une voûte d’écrans plasmas installée par delà les casinos et traversant toute la rue. Une construction à plusieurs millions de dollars ordonnée dans les années 90 dans une tentative de faire revenir les touristes dans le Vieux Vegas. Assez kitsch.

En revenant au Rio vers deux heures du matin, je constate avec surprise que l’épreuve de Deuce to Seven est toujours en cours sur le podium ESPN. Tony G, Erik Lindgren, Barry Greenstein et Tom Schneider ont sauté : ils ne sont plus que deux à batailler pour l’un des bracelets les plus prestigieux des WSOP.

J’ai eu de la chance, de revenir dans l’Amazon Room juste à temps pour observer un vrai moment d’émotion : la victoire de Mike Matusow sur Jeff Lisandro.



Mike « The Mouth » Matusow… Voilà un homme qui est arrivé aux championnats du monde véritablement transformé, physiquement et mentalement, avec trente kilos en moins et une nouvel état d’esprit. Attachant pour beaucoup, énervant pour certains, le Matusow que l’on a appris à connaître lors des retransmissions télévisées des WSOP ne laisse pas indifférent ceux qui croisent son chemin. Un moulin à paroles autour de la table, réservoir d’anecdotes, souvent hilarant, parfois touchant, quelques fois odieux, con et pleurnichard, un humain, quoi. Et aussi un grand joueur, quand son sale caractère et ses instincts impulsifs ne mettent pas son tournoi par terre sur un coup de tête.

J’admire Mike Matusow car il a du livrer un combat sans merci contre son pire ennemi : lui-même. Drogue, prison, surpoids, addiction au jeu, hyperactivité… Ces dernières années, le destin n’a pas été tendre envers Mike.



Mais hier, ce n’était pas le joueur dégénéré, compulsif et colérique qui s’exhibait sur le podium ESPN. Non, c’était une toute autre personne, à la silhouette affinée et à l’état d’esprit assaini. J’admire Mike Matusow car c’est il est profondément humain, un mec à fleur de peau trop souvent victime de ses émotions exacerbées. Je peux m’identifier à lui. C’est ce genre de personne que je veux voir gagner. J’aime les gens qui débordent, qui dérapent, qui sortent de la marge. Qui se montrent tels qu'ils sont, sans retenue.

Ce n’était pas seulement l’argent gagné et le bracelet qui importaient hier à Mike. Ce qui comptait avant tout, c’était de pouvoir se prouver qu’on peut changer, qu’on peut devenir une meilleure personne si on le veut vraiment. Que les choses ne sont pas gravées, que l’histoire peut changer de direction. Une victoire hautement personnelle.

Mike Matusow a, au moins pour un temps, vaincu ses démons et fait la paix avec lui-même. Peut-être un peu naïvement, j’aime à croire que le changement sera définitif.



Cliquez-içi pour mon compte-rendu du 13e jour des WSOP

1 commentaire:

Tonio a dit…

J'ai beaucoup de respect pour cet homme, bien qu'il en aurait surement moins pour moi à une table de poker. J'ai d'ailleurs hâte de voir le New Mike dans une émission.
Benjo, j'aurais 2 petites questions :
- As-tu des infos sur sa préparation, ce qu'il a fait pour arriver à ce résultat physique et mental ?
- Sais-tu si la TF à 4 sera diffusée ?

VGG Mickey & Keep going Benjo