mercredi 23 avril 2008

Vegas et son putain de casino


C’est à l’occasion du Day 1B du WPT Championship que la plupart des français ont fait leur entrée en piste dans le plus gros tournoi de No Limit de l’année : le Team Winamax (Cuts, Arnaud, Nico), ElkY, David Benyamine, Philippe Rouas, Patrick Bruel venu en dernière minute… C’est donc à cette occasion que j’ai moi aussi commencé à bosser, après la journée d’introduction de la veille où je n’avais écrit que quelques posts.

J’en fus le premier surpris : ce Day 1B fut des plus agréables à couvrir, malgré toutes les restrictions mises en place. J’ai quitté le Bally’s pour investir une chambre au 20e étage du Bellagio, et ainsi disposer d’une connection Internet sur place, chose que la pseudo salle de presse ne m’offrait pas. Grosso modo, j’ai fait des aller et retour toute la journée entre cette salle de presse improvisée (et privée) et les deux salles du tournoi.

J’ai très vite trouvé le bon rythme : quinze minutes de discussion avec les joueurs devant la salle pendant les pauses, dictaphone en main, puis quinze minutes à observer les tables à l’intérieur, pour prendre des photos et avec un peu de chance assister à un coup intéressant. Ensuite, retour dans la chambre où je dispose de 75 minutes pour mettre en mots toutes les informations et citations que j’ai collectées, traiter et télécharger les photos, et publier le tout. Ensuite, je redescends au casino, et ainsi de suite jusqu’à la fin de la partie, à 21 heures. Une routine qui s’est révélée assez efficace : au lieu de vagabonder autour des tables et d’aller pêcher les infos au hasard, je me suis basé presque exclusivement sur mes entretiens avec les joueurs durant les pauses, me permettant de couvrir leur progression niveau par niveau, en racontant tous leurs coups importants. En plus, comme je n’avais que sept joueurs sur qui me concentrer, j’ai pu détailler un grand nombre de mains jouées, donnant à mon direct une profondeur technique la plupart du temps absente.

Les coyotes de PokerListings me manquent un peu en salle de presse, mais il faut avouer que, tout seul dans ma chambre pour rédiger les posts au calme, j’ai été bien plus productif. C’est ça le problème des salles de presse bondées lors des gros tournois : on est entre potes et on s’y amuse un peu trop, et cela nuit parfois à la qualité du travail, sans parler tout simplement de la difficulté à se concentrer à cause du boucan ambiant.

L’un des grands bonheurs des tournois du Bellagio sont leurs horaires exceptionnels : on commence à midi, un peu plus tôt que la plupart des tournois européens, mais à 21 heures, c’est plié et joueurs et médias ont toute une soirée devant eux avant de reprendre le travail le lendemain. Je retrouve le Team Winamax au buffet offert à tous les participants du WPT : Ludovic a été éliminé du tournoi en milieu de journée après plusieurs coups assez atroces, et sa malchance a continué en cash-game où son full a été battu à la rivière par une quinte flush royale, rien de moins. Je me rends ensuite à la salle de cash-games, où ElkY s’est directement installé en 25/50 No Limit après la conclusion du tournoi. Moi, je m’assois à la plus petite table de No Limit du Bellagio : la 2/5 au buy-in maximum de 500$. Je n’ai pas l’habitude de jouer aussi cher, préférant habituellement les tables à 1/ 2 du Bally’s ou Caesar’s, mais Ludovic m’a assuré que le niveau des parties serait exactement le même, et que je m’en sortirai sans problèmes.

J’ai joué une session de deux heures pour un résultat net de +7 dollars. Un résultat trompeur car j’ai joué pas mal de pots, mais j’ai très vite perdu un gros coup avec une paire de Rois dont je ne sais plus trop quoi faire avec au turn, je la jette après avoir lâché 150 dollars, une décision qui a fait hurler mes potes du Team quand je leur ai raconté le coup le lendemain. Résultat, je suis « stuck », traduction perdant sur la session, et arrive assez vite à remonter, constatant que je joue mieux quand je pars de derrière, faisant quelques bluffs assez standard contre des adversaires très très faibles. Pas des pigeons complets, non, mais des joueurs qui en savent assez techniquement pour se mettre dans la merde, et qui ont accumulé les mauvaises habitudes après des années à répéter les mêmes erreurs, invisibles quand on ne fait pas assez attention. En partant, je souhaite bonne chance à ElkY, en train d’envoyer du lourd à la 25/50, puis vais me coucher vers une heure du matin.

Je saute du lit à sept heures, frais et reposé. Petit dej’, puis transat devant la piscine en lisant les dernières nouvelles de l’élection présidentielle, plus dubitatif que jamais concernant la volonté réelle des américains à élire une femme ou un homme de couleur. Je retourne à la salle du cash-game, espérant pouvoir collecter l’argent de quelques zombies restés debout toute la nuit. En parlant de zombie, j’erre au hasard dans la section high-stakes, dans un coin surélevé au fond de la salle, et aperçois une silhouette familière, encapuchonnée dans un sweat en velours noir. Je n’en crois pas mes yeux : ElkY n’a pas quitté son siège depuis la veille !

« Ben ouais, mais je perds une tonne, là, c’est sick » marmonne Bertrand. Je lui fais remarquer que la deuxième journée de son tournoi à 25,000 commence dans trois heures, et que cela fait déjà 21 heures consécutives qu’il joue. « T’inquiètes, c’est bon, ca va aller. » Je n’insiste pas et quitte la poker room tandis que Bertrand surrelance à tapis son pote Dan « Rekrul » Schreiber, montrant le 3 de trèfle après que celui-ci ait passé. Ma partie fut « short and sweet » : j’ai gagné 400 dollars en une demi heure grâce à un mec à moitié en train de dormir à la table qui me paie 100$ au flop et 200$ au turn avec un pauvre tirage de quinte qu’il manquera sur la rivière.

Peu avant midi, j’attends le départ du Day 2 du tournoi devant la Fontana Lounge Room. ElkY arrive en courant, juste à temps pour s’asseoir avant le lancement de la partie. Une enorme liasse de billets à la main, il est surexcité : « Ca y est, je suis repassé gagnant ! Je suis positif de 6,000 ! » Bertrand a gagné un pot de 30,000$ fin de session avec une quinte floppée contre la paire de Rois d’un Asiatique qui s’est vu un peu trop beau sur le coup. La session marathon d’ElkY s’achève deux heures plus tard avec son élimination du tournoi sur un coin-flip classique. Il ira se coucher dans l’après-midi pour ne se reveiller que dix-sept heures plus tard.

Le Day 2 du WPT est un jour massacre pour les français, qui tombent tous les uns après les autres (Bruel, Fitoussi, Mattern…) Nicolas Levi est le seul membre du Team Winamax encore en course à l’issue de la journée. Ensemble, on va manger au Fix, la cantine branchée du Bellagio. Avec Arnaud et Ludovic, on laisse partir Nicolas, qui doit se coucher tôt pour être en forme le lendemain, et on entame une soirée catastrophe où les bad beats vont s’enchaîner avec la régularité et la précision d’une horloge suisse.

D’abord, le chauffeur de taxi qui nous emmène au Wynn est un fou dangereux et j’ai bien cru qu’il allait mettre une mandale à Arnaud. Il s’énerve tout seul , pestant contre les embouteillages du Strip alors qu’il aurait pu prendre le périphérique, klaxonne à qui mieux-mieux, ne cesse d’accélérer et de piler dès que le trafic se débloque un peu, tout en insultant et montrant son doigt aux autres conducteurs. On commence à avoir peur qu’il nous crée un accident avec sa conduite de malade, on lui demande de se calmer, mauvaise idée, il s’énerve encore plus et commencer à nous insulter, là on essaie de descendre au milieu du boulevard, il verrouille la porte et quand il nous dépose finalement au Wynn, je suis persuadé qu’il va nous en coller une, on ne lui donne pas de pourboire, faut pas rêver non plus, encore mieux on lui demande de nous rendre la monnaie au centime près, il pète un cable complet et hurle « BARREZ VOUS DE MON TAXI, FILS DE PUTE». On sort du véhicule et Arnaud prend quand même le temps de rouvrir la porte pour lui gueuler : « j’espère que tu kiffes ton job, connard ! »

Les ennuis continuent dans le bar lounge ou Arnaud et Ludo paient une bouteille de champ à deux pétasses qui finiront par partir sans dire un au revoir, on lâche l’affaire et décide de mettre nos fonds en commun sur la table de black-jack, histoire de se constituer un budget décent pour partir en boîte. Le croupier passe l’heure suivante à se foutre de nos gueules de français tandis que nos 500 dollars fondent lentement mais sûrement.

Pai Gow, roulette, craps, rien à faire on perd notre chemise partout, nous déclarons forfait vers quatre heures du matin. Le Strip est maintenant désert, et seuls les néons sont là pour nous tenir compagnie. Dans le taxi qui nous ramène au Bellagio, je songe qu’à Vegas, à défaut de baiser sans payer, on peut surtout payer sans baiser.

5 commentaires:

Tonio a dit…

lol le mythe en prend un coup, Sin City porte bien son surnom... On s'y croirait. La chute est magnifique, du grand art...

Anonyme a dit…

magnifique!!! tres belle conclusion, continue de ns faire rever

D8 a dit…

Bonjour Benjo
Je sais pas comment tu fais, tu es partout à la fois! A mon avis il y a 4 ou 5 Benjos...
En tous les cas bravo pour tout ce que tu fais, je lis toujours sur winamax tes compte rendus de tournois avec immense interet!

Grand Dav' a dit…

Prendre le taxi du Bellagio jusqu'au Wynn en plein traffic faut pas être tres malin non plus.... tu prends le monorail au Bally's et en 10 mns t'es au Wynn...enfin je dis ça je dis rien...

Je vois que l'argent monte à la tête de certains je leur donne pas longtemps sur le circuit..

A part ça Benjo bonne continuation t'es vraiment le meilleur.

Anonyme a dit…

slt benjo!!!

Bon comme les autres je trouve que t'es génial.
Mais j'ai une question avec tout tes voyages et tout les tournois a couvrir ta une vie à toi?? Je veux dire genre petite amie etc.. ??