lundi 21 avril 2008

There's no place like home

Dix minutes à peine après avoir posé mes valises dans la chambre d’hôtel, j’étais déjà en mode Vegas à 100%, commandant une vodka tonic à la table de PaiGow à 25 dollars du Bally’s, discutant avec la croupière tout en regardant du coin de l’œil l’agitation aux tables de craps, le défilé incessant des prostituées et le bal des jocks tatoués en provenance directe de LA. Etonnant de voir à quel point les bonnes vieilles habitudes reviennent vite. Las Vegas a ceci de particulier qu’on est toujours content d’y atterir, mais que le plaisir de s’en aller est égal. En juillet dernier, je pleurais presque de joie à l’idée de quitter le désert après six semaines de boulot aux WSOP qui m’avaient rendu à moitié marteau. Presque un an plus tard, je ne tenais pas en place sur mon siège dans l’avion en provenance de Phoenix, tandis que la tâche de lumière apparaissait au loin par les fenêtres du hublot.

Ma connection à Londres était plutôt serrée. Il m’a fallu plus d’une heure pour atteindre le terminal 4, après un trajet en bus et un contrôle de sécurité interminable. Je suis arrivé à la porte d’embarquement juste à temps, pris de vertiges à cause du manque de sommeil et d’un estomac qui criait famine. L’entertainement system des vols long courrier de British Airways est carrément sick, avec plus d’une vingtaine de films récents et une collection de classiques à tomber (la trilogie du Parrain, Spinal Tap, Terminator…) J’ai opté pour There Will Be Blood, que je n’avais pas eu encore l’occasion de voir. La fatigue m’a rattrappé vers la moitié des trois heures du film, et c’est vers la fin du vol que j’ai emergé d’un demi-sommeil pateux à la verticale pour regarder la seconde moitié de l’épatante performance de Daniel Day-Lewis.

Le passage à l’immigration à Phoenix ne fut qu’une formalité, et très vite j’étais devant la porte d’embarquement d’US Airways pour le dernier vol qui me séparait de Vegas. A peine le temps d’avaler le traditionnel burger bien gras qui célèbre chacune de mes arrivées en territoire américain, et l’avion décollait. Une heure plus tard, je suis à McCarran. Nous sommes vendredi soir : le pire jour pour arriver à Vegas car toute l’Amérique profite du week-end pour prendre du bon temps dans leur parc d’attraction pour adultes privilégié. La file d’attente pour les taxis n’en finit pas. Il me faut quelques minutes pour m’habituer au changement de température et à l’odeur ambiante dégoûtante de Vegas, indéfinissable mélange de barbaque trop cuite et de bitume chaud.

J’arrive au Bellagio à 22 heures, un peu nerveux en me demandant si ma réservation a bien été faite. Bingo, ce n’est pas le cas, et la fille de l’accueil ne peut me donner de chambre sans reservation. Je traverse la rue pour rejoindre le Bally’s. Même topo. Je suis déjà en train de me demander si je vais trouver un lit pour m’écrouler ce soir, après 24 heures de voyage et une semaine de taf non stop à Monte Carlo, quand je tombe sur Arthur Crowson, collègue et ami de PokerListings. Je lui raconte mes malheurs et il me propose de squatter sa chambre en attendant de trouver une solution. Trop sympa, Arthur. Je l’invite à manger au Bellagio. J’opte pour le restaurant Chinois, le Noodles. Un choix tout à fait calculé car je sais que mon pote Rayan Nathan est à Vegas cette semaine, et qu’il y mange presque tous les soirs. Et ça ne manque pas, on est en train de commander les desserts quand débarque l’Australien, accompagné d’une amie. On boit une Corona en se rappelant le bon vieux temps ("Tu te rapelles quand je perdais 50,000$ et que tu devenais fou en salle de presse ?") et on retourne au Bally’s pour une autre session de PaiGow. Je dors presque sur la table et jette l’éponge vers quatre heures du matin. Un rapide calcul et je me rends compte que cela fait plus de 50 heures que je n’ai pas dormi dans un vrai lit. Et pourtant, le décalage horaire étant ce qu’il est, j’ai déjà les yeux grands ouvert quatre heures plus tard. Je retrouve avec plaisir la créperie du Paris, et essuie des larmes de joie en dégustant une crêpe au Nutella avec un Orangina. Le temps de me faire rapidement détruire au Black-Jack (moins 200 dollars à la table à 25), et il temps de se rendre au Bellagio ou la finale du World Poker Tour à 25,000 dollars va commencer.


Parmi les rares journalistes à couvrir le tournoi, mes bons amis de PokerListings, Owen and Arthur

Je retrouve Béatrice, du service de presse, dont le job semble être de bien faire en sorte que l’on ne puisse pas faire notre travail. Je ne reviendrai pas en détail sur les restrictions ridicules qui sont imposées aux médias lors des tournois WPT depuis un an (c’est pire qu’aux WSOP, ou presque), je l’ai déjà expliqué en détail dans mon reportage sur Winamax. Pour résumer : je n’ai pas le droit d’aller dans la salle du tournoi plus d’une fois par heure (et ce pendant 15 minutes maximum), la salle de presse ne dispose pas de connection Internet et est situé à cinq minutes de marche (montre en main, au bout de la dixième fois on les sent passer) au 12 étage de l’hôtel. Dans ces conditions, le WPT peut se brosser pour que je lui fasse une bonne publicité. On est à des années lumières des EPT, rien qu’à voir les employés sur place : trois nanas assises toute la journée à rien foutre devant l’entrée de la salle, qui ne se lèvent que pour te dire qu'il est temps de t’en aller, tes quinze minutes sont terminées, merci. A l’EPT, on a la dévouée Madeleine, qui s’occupe à elle seule de subvenir aux besoin de 50 à 200 journalistes sur chaque tournoi, du matin jusqu’à très tard le soir.

Bref, j’ai quitté le Bellagio trois heures avant la fin du Day 1A, pour trois raisons : primo, j’étais crevé, secundo, la plupart des français n’avait pas encore commencé (sauf Bruno Fitoussi), et tertio, il me fallait d’urgence faire du shopping avant la fermeture des boutiques car je n’avais plus un vêtement propre à me mettre sur le dos. Vu la faiblesse du dollar et les prix cassés affichés par les « Outlets » de Vegas, je n’allais pas me priver : chaussures, jeans, polos, t-shirts, sweats, chaussettes, boxers… Je suis revenu à l’hôtel les bras chargés de sac, la garde robe refaite à neuf en ayant dépensé moins de 400$ (270€).



Ensuite, j’ai retrouvé la bande des fishs de malade, ElkY, Arnaud, Cuts et Nicolas Levi au resto Italien du Wynn, où la phrase la plus souvent répétée de la soirée fut « Mais y’a moyen de baiser gratuit, ici ? » Tous étaient motivés comme jamais pour le tournoi le plus cher et le plus important de leur carrière, et derrière les blagues et la décontraction, on sentait poindre la nervosité et l’impatience, un peu comme un candidat à la veille de l’oral du Bac, sauf pour ElkY qui n’avait pas dormi depuis trois jours et donc ne ressentait rien d’autre que de la fatigue.

Il faut que je retourne bosser. Le Day 2 commence dans quinze minutes. A suivre…

5 commentaires:

scottie a dit…

1 seul mot a te dire mon benjo:ENORME.Voila ce qu'est ta vie aujourd'hui avec tout ce qui t arrives.Alors profite!

Anonyme a dit…

Arrête le Blackjack !

Romain AKA Joliaux

Nikko a dit…

Et voilà, encore un post truffé de perles, typique Benjo-style !! Merci Benjo pour ces tranches de bonne humeur.
Mon top 2 :
- les larmes de la crêpe au nutelle et de l'orangina. Même si tu t'es pas offert ce goûter des dieux pour de vrai, l'image est tellement vraie qu'on a envie d'y croire.
- Mais y a moyen de baiser gratuit ici ?

Bon séjour.
Nikko

Hesiode a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Anonyme a dit…

Arretes de jouer au Black jack, tu ne gagneras jamais sur du long terme, amuses toi au poker !