mercredi 21 novembre 2007

Tout est bien qui finit bien



Il est venu comme ça, un peu par hasard, les mains dans les poches, il s'est assis à la table, il a tout raflé, et ensuite, on a eu le reste de la nuit pour fêter ça.

Mon pote Fabrice Soulier a donc remporté samedi soir la dernière épreuve organisée lors de l'inaugural « Barrière Poker Tournament », terminant sur une note positive une semaine à Deauville qui avait bien mal commencé, la faute à une affluence bien moindre que prévu.

De là à dire que Fabrice a sauvé le festival, je n'irais pas jusque là, vu qu'il n'a pas non plus triomphé du tournoi le plus difficile du siècle (1,000€ l'entrée, 73 joueurs au départ), ni remporté une somme phénoménale (24,000€, grosso modo une 35e place sur n'importe quel WPT)

Mais tout de même, quel pied d'observer à l'oeuve un Fabsoul qui n'a absolument laissé aucune chance à ses adversaires tout au long de la partie. Un véritable danseur, qui a virvoleté au dessus de la partie avec une étonnante facilité. La scène faisait furieusement penser à un Mohammed Ali ou un Roger Federer qui se serait trompé de division.

Je pensais que Fabrice ne se donnerait même pas la peine de se pointer à Deauville, vu que les RG lui avaient sucré l'autorisation de diffuser le tournoi en direct sur son MadeInPoker. Il est finalement venu, arrivant à la bourre pour le disputer dernier tournoi, et ma foi, grand bien lui a pris puis qu'il peut désormais ajouter un titre de plus sur sa cheminée, un titre certes modeste, mais c'est toujours bon à prendre. A ce sujet, mention spéciale à l'un des (médiocres) joueurs de tournoi, qui, faisant référence à Soulier, s'est exclamé lors d'une pause : « Lui, un joueur pro ? Tu dois plaisanter, c'est pas possible » Ma bonne dame, si l'on se met à parler comme ça de l'un des joueurs les plus titrés du circuit Français, mais où va le monde, vraiment ?



J'adore quand mes potes gagnent des tournois, car au délà de la joie (sincère) que j'éprouve pour eux, c'est aussi l'occasion de boire des coups à l'oeil une fois la partie achevée, et ça, vous me connaissez, je dis jamais non. C'est donc avec la plupart des sympathiques acteurs de cette semaine Normande que nous nous sommes rendus à l'O2, le bar branché du casino, pour un toast au champagne plus qu'approprié. Etaient là Georges Djen, toute l'équipe de MadeInPoker, Nathalie l'attachée de presse de Barrière, et des gens dont j'ai fait la connaissance cette semaine et qui m'ont laissé une très bonne impression, à savoir Antoine Dorin et Alexis Beuve, ainsi que leurs épouses respectives.

Antoine Dorin est l'un des cerveaux derrière le France Poker Tour, que je connaissais de réputation depuis longtemps mais que je n'avais jamais eu le plaisir de rencontrer de visu. Avec son épouse Marjorie, ils sont venus me donner un coup de main pour le dernier jour du tournoi, gentiment, sans rien demander, juste pour le fun. On s'est éclatés à couvrir la victoire de Fabrice. Pendant les pauses dîner, Antoine m'a aussi raconté ses démélés avec la justice lors de l'organisation du France Poker Tour : haut en couleur ! Gardes à vue, intimidations, repression, bataille juridique... Il en a vu de toutes les couleurs, mais à tenu bon, voyant clair derrière les bluffs des autorités se mettant en travers de son passage, et compte bien lancer en 2008 une quatrième saison encore plus réussie.

De même, c'était un honneur de rencontrer le discret Alexis Beuve, auteur d'un des premiers bouquins que j'ai lu sur le poker, le superbement titré « L'Illusion du Hasard ». J'ai hâte de lire son successeur qui sortira début 2008, successeur auquel il manque encore un titre – Alexis a quelques idées en tête qu'il nous a soumises durant la soirée.

Après la fermeture du casino, il était encore finalement assez tôt, alors Nathalie nous a emmené à la boîte de nuit du casino, le Regine's. J'ai eu un peu peur au début, j'ai cru que la vraie Régine serait là, mais en fait non, c'est l'une de ces copines qui gère le truc. Ouf.

Tout ça pour dire qu'on est rentrés se coucher bien tard, et que le lendemain je n'étais pas préssé de reprendre la route. Ca tombait bien, puisque ma chance était reservée jusque lundi, autant en profiter. J'ai comaté dans chambre toute la journée, emergeant vers six heures du soir avec une migraine épouvantable – rien à voir avec l'alcool, contrairement à ce que l'on pourrait penser. Je me suis gavé d'aspirines, sans succès. J'ai réussi à me traîner jusqu'au casino. J'ai essayé de manger un morceau, mais ça n'a rien arrangé non plus. Finalement, je me suis assis en cash-game, hagard et frissonnant et clairement pas en état de jouer. J'ai pris deux billets verts en deux petites heures avant de finalement abdiquer – il fallait que je m'allonge.

Le retour en voiture à Lille a été des plus rapides, il n'y avait personne sur la route, j'ai donc sans complexes écrasé le champignon et atteint Amiens en moins d'une heure et demie. Bon, après j'ai du me calmer un peu, il y avait des flics partout et à un moment j'ai bien cru que c'est après moi que cette voiture de gendarmerie courrait, vu que je lui étais passée devant à un bon 170km à l'heure alors qu'elle était stationnée sur le bas côté.

Si les grèves ne vienennt pas mettre leur grain de sel dans mon programme, ce week-end je serai à Chambery pour défendre mon titre lors du plus beau de tournoi de l'année : le redoutable 2 euros euros avec recaves au programme de la rencontre annuelle entre les clubs Savoyards et Marseillais. Je ne suis ni l'un, ni l'autre, mais j'ai réussi à m'inscruster il y a 2 ans et depuis je ne loupe aucun de ces week-ends de déglingo où l'on rigole comme des dingues, dort peu, picole beaucoup, et où on trouve aussi le temps de jouer au poker.

Résumé de la semaine sur le ClubPoker :

Jeudi : 5,000€ freezeout

Vendredi : 500€ une recave/un add-on

Samedi : 1,000€ freezeout

samedi 17 novembre 2007

Deauville fait la gueule



La déception se lisait sur tous les visages jeudi, à l'intérieur de la magnifique Salle des Ambassadeurs du Casino Barrière de Deauville. C'est seulement 34 joueurs qui étaient au rendez-vous pour disputer l'épreuve à 5,000€ censée marquer le grand retour du poker professionnel dans les casinos Français, 18 mois après le dernier passage de l'European Poker Tour dans l'héxagone.

34 joueurs. Quatre tables à peine. Du côté des organisateurs, l'humeur n'était pas à la fête. Du côté des joueurs, beaucoup grognaient. Du côté de la presse, représentée par moi-même, Poker.fr et LivePoker, on avait quand même du mal à y croire.

Des images de ma dernière visite au Casino de Deauville me revenaient en mémoire. Février 2006. European Poker Tour. PokerStars. Une salle pleine à craquer pour le plus gros tournoi jamais organisé en France (un record qui tient toujours) 434 joueurs venus de toute l'Europe et d'Amérique. Je me rappelle de l'enthousiasme qui a parcouru la salle des Ambassadeurs toute la semaine. Tout le monde avait adoré. Hier, le contraste était saisissant. Un calme de mort régnait dans la salle aux trois quarts vides.



J'avais anticipé l'échec du tournoi, la faute à un prix d'entrée trop élevé, dans un pays où les grosses bankrolls sans encore rares, la faute aussi et surtout à un manque de communication autour de l'épreuve assez incompréhensible. Un peu de pub auprès des médias étrangers aurait pu rameuter plein de pros. L'étape de Deauville était, après tout, la préférée des joueurs parmi l'ensemble des destinations de l'European PokerTour. Ils auraient pu aussi s'offrir les services d'un pro Français réputé, qui se serait chargé de faire de la retape auprès de ses potes de toute l'Europe.

Mais il faut aussi admettre que Barrière a joué de malchance, avec une grève des transports qui est tombée pile la veille de l'épreuve, entrainant l'annulation de la venue d'une bonne quinzaine de joueurs. Le soir même, c'est les RG qui ordonnaient aux organisateurs de rembourser aux vainqueurs du sattelite leur entrée à 5,000€, si ces derniers le désiraient. Du coup, sur les 15 joueurs qui ont remporté le ticket, seul 2 ont choisi de disputer le tournoi. Il n'y avait pas de meilleur moyen d'achever une épreuve déjà mal en point, et Barrière ne pouvait absolument rien y faire.

Il faut aussi prendre en compte le fait que lorsque ce tournoi a été mis sur pied (avec un délai forcé de deux mois d'avance, imposé par les autorités), un partenariat TV (gage quasi assuré d'affluence) était mis en place avec Patrick Bruel et Canal+. Entre temps, Bruel a claqué la porte (les organisateurs avaient refusé qu'il colle des logos WAM-Poker partout), et du coup, Barrière s'est retrouvé le bec dans l'eau, privé de précieux partenaires audio-visuels.

Parmi les 34 joueurs au départ, 100% de joueurs Français, tous en provenance de Paris, résultant en une ambiance “vieux briscards des cercles Parisiens”, la fumée du cigare en moins. Certains ont même fait remarquer : “C'était bien la peine de faire 200 bornes pour jouer avec les mêmes types qu'à Paris !” Cela a donné un tournoi au niveau assez relevé, mais pas trop non plus, faut pas éxagerer quand même (ben oui, Bruel n'était pas là). On comptait quand même quelques excellents joueurs Français : entre autres Jan Boubli, Eric Koskas, Xavier Detournel, et Bertrand “Elky” Grospellier, un peu perdu au milieu de ce tournoi à la moyenne d'âge beaucoup plus élevée que d'habitude. (A noter que ce dernier a subi un lifting etonnant, ayant perdu 19 kilo, méconnaissable depuis notre dernière rencontre à Baden il y a un mois. C'était quand même un peu déprimant de le voir faire la grise mine au petit dej', devant son assiette limitée a une tomate et quelques blancs d'oeufs)

Les joueurs du tournoi faisaient un peu la gueule (pas tous, quand même), et, histoire de ne pas éterniser le tournoi plus que nécessaire, ont décidé d'accélerer la structure pour boucler l'épreuve en une journée.

Commencé vers 15 heures, le tournoi s'est finalement terminé vers 3 heures du matin par la victoire d'un habitué des cercles Parisiens, le fantasque Michel Cohen. Pas le meilleur joueur du monde, loin de là, mais un type sympa au jeu solide. J'aurai préféré la victoire d'un des meilleurs joueurs en lice, par exemple Jerome Zerbib. Ce dernier est arrivé en finale avec un gros tas de jetons, et a décidé (à juste titre) de refuser de dealer. Malheureusement, il fut le second à sauter en finale, à la grande satisfaction de ses adversaires qui tenaient absolument à diviser en dix une cagnotte déjà bien maigre.


Michel Cohen remporte (à peine) 43,000 euros après la conclusion d'un deal

J'ai pu m'entretenir avec la responsable des tournois à Deauville, Lucille Desnos, qui a en grande partie reconnu les torts de l'organisation et leur responsabilité dans l'échec du tournoi. Ils sont plein de bonne volonté, et sont, il faut le reconnaitre, encore verts dans un domaine aussi complexe que l'organisation d'un tournoi de poker pro.

Tout de même, disons-le : le tournoi s'est déroulé de manière impeccable : les croupiers étaient globalement compétents, et les superviseurs n'ont pas eu à intervenir. La partie a suivi son cours avec fluidité. Bref, côté organisation logistique d'un tournoi, Barrière est au point. En revanche, de gros progrès sont à faire côté communication...

De mon côté, cette petite épreuve fut sans conteste l'une des plus agréables que j'ai eu à couvrir en 2007. Vu que nous étions très peu nombreux côté média (Yuestud et moi pour le ClubPoker, un photographe de LivePoker, Loic et la délicieuse Christelle pour Poker.fr), nous avons été acceuillis à bras ouvert par le personnel, qui a répondu a nos requetes et questions avec célérité.

Et surtout, joie et bonheur, l'accès aux parties était total. Avec Yu, on a pu se balader librement entre les tables, parler aux joueurs, shooter autant de photos que possible, le tout avec un accès Internet idéalement situé à quelques mètres. En conséquence, je pense avoir réalisé hier un de mes meilleurs reportages cette année. Peu importe le nombre de joueurs, finalement, il y a toujours quelque chose à raconter, et hier, on était au taquet avec Yu. Je préfère cent fois couvrir un tournoi à 30 joueurs avec un bon accès, plutôt qu'un tournoi à 500 où il n'y a rien à voir (exemple : Amsterdam) En plus, Yuestud a été super pro, efficace, c'est simple, notre tandem m'a rappelé Magic Johnson et Karim Abdul-Jabbar chez les Lakers durant les années 80.


Partenaire d'un jour : l'inénarrable Yuestud

Ah oui, sinon, je vous ai parlé de ma chambre d'hôtel au Normandy, l'hôtel Barrière qui jouxte le casino. C'est la méga-classe, dans le style “baller vieillot”. C'est à dire qu'on se croirait chez ma grand-mère, sauf que ce serait une grand-mère blindée de thunes. A mon arrivée, j'ai pas tout compris. Je croyais que c'est LivePoker qui avait réservé la chambre. J'ai eu des doutes quand la fille de l'accueil m'a présenté la suite de cinquante mètres carrés : “Euh, vous êtes sur que c'est içi que je dors ?” Deux pièces séparées, une salle de bain de prince turc, l'écran plat, mini-bar, un lit de 4 par 3.... Dix minutes plus tard, un valet se pointe dans la chambre avec un “petit cadeau de bienvenue”, un plateau de chocolats raffinés.

Bon, en fait, c'est Barrière qui régale, je m'en suis rendu compte après. Corruption de journaliste ? Je sais pas, mais chambre à l'oeil ou pas, je ferai mon boulot comme d'habitude. J'ai quand même mangé les chocolats, faut pas exagérer.

Normandy, un hôtel de baller :













jeudi 15 novembre 2007

Invité à la radio

Rendez-vous était pris hier soir aux quartiers généraux du ClubPoker, dans un studio du 6e arrondissement, au pied de Notre-Dame de Paris, pour l'enregistrement du troisième épisode de la “Radio ClubPoker”, dont j'étais l'invité en compagnie de Claude Cohen.

Etaient présents les papas du projet : les deux animateurs fpc et Manub, Skuby à la technique, et bien sur Laurent Dumont, le mythique “Webmaster” et créateur du site.

L'idée de lancer un podcast 100% poker est excellente, et, c'est je crois, une première, en langue Française. Au vu du résultat, on a rien à envier aux meilleures émissions en Anglais, du genre Pokerati ou Ante's Up. Je suis sur que ca va cartonner, l'émission va rapidement devenir incontournable. Skuby fait un super boulot à la technique avec un matos quasi-pro (enfin, j'en sais rien, mais si c'est pas le cas, l'illusion est parfaite). Quand aux animateurs, Manub est dynamique comme il faut, et fpc à un grain de voix très “radio”, sans compter une expérience acquise à la douce époque des stations pirates.


Y'avait des crackers et des apéricubs

On a parlé de tout et de rien, de poker bien entendu, du circuit pro, de mes expériences lors des tournois, Claude a parlé de son métier de joueur, j'ai lancé des vannes débiles (trop ?), on a abordé le monde des “high stakes”, qui est gagnant au Bellagio, qui ne l'est pas, on a touché un mot sur les addictions liées au jeu, le bouquin de Barry Greenstein, une main de fou jouée par Nicolas Levi (avec ce dernier en ligne directe de Londres, très pro ça, coco), bref les deux heures sont passées à toute vitesse, et après avoir expérimenté les directs longs de huit heures lors de l'EPT, cet enregistrement m'a semblé être une promenade de santé. Une expérience très agréable que je réitérerai avec plaisir.

Joie et bonheur, dès ce matin, l'émission était en mise en ligne et disponible sur le site du CP. Enjoy ! J'ai essayé d'écouter, sans trop de succès, je supporte pas vraiment le son de ma voix.

Après l'enregistrement, direction la banlieue Parisienne, chez Lolo, où je passe la nuit avant de prendre la route pour Deauville. Comme d'habitude, la soirée a vite tourné en un brainstorming sur le monde du poker, l'avenir de nos carrières respectives et l'état de l'industrie. On a nottament posé les bases d'un projet ultra jouissif, méga débile comme je les aime, j'espère que cela pourra se faire. A suivre.J'ai un respect et une admiration infinie pour Laurent, qui, avec son compère Nicolas à la technique, porte à bout de bras le ClubPoker depuis cinq ans, qui est devenu LA communauté de joueurs de poker numéro 1 dans le monde francophone, un site bouillonnant et d'un interêt toujours renouvelé. J'ai découvert le site en 2003, débarquant sur le forum balbutiant, naif et rempli de questions. Lolo m'a donné ma chance de participer au site, de réaliser mes premiers articles et reportages liés au poker. C'est là que j'ai commencé à écrire, en bénévole, pour le fun, sur mes voyages à Las Vegas et Stockholm. C'est là que j'ai réalisé mon tout premier reportage en direct, lors du WPT Parisien en 2005. C'est là que je me suis fait connaitre, et qu'on a commencé à me contacter pour d'autres jobs. Sans Lolo, il est certain que je ne serais pas là ou j'en suis aujourd'hui. J'ai une dette éternelle envers le ClubPoker.


Cet homme a une vision

Après toutes ces années passées à bosser comme des malades durant leurs rares moments libres, Laurent et Nicolas ont récemment pris la décision de plaquer leurs jobs respectifs pour se lancer à fond dans l'aventure, et tenter de faire du CP un site rentable. Je ne peux que saluer l'initiative, risquée s'il elle en est, et leur souhaiter bonne chance. Ces gens-là méritent leur part du gateau.

Justement, c'est chez le CP que je pose mes valises cette semaine, avant de partir vers de nouvelles aventures au large (hein ? Quoi ? mystère, mystère). Je viens d'arriver à Deauville, où commence demain une épreuve à 5,000€. Je suis installé au Normandy, un hôtel très chouette ("balla", diront certains). Il fait beau, l'air de la mer est tout ce qu'il y a de plus agréable, bref, j'adore. A suivre dans le prochain post. Yuestud (mon collègue guest star cette semaine) vient d'arriver, il est vert en constatant que j'ai eu une chambre deux fois plus grande que la sienne. On va tenter d'aller boire des coups avant la fermeture du casino, c'est pas gagné.

mardi 13 novembre 2007

On s'est couchés tard

Je commencais le post précédent en félicitant le Holland Casino d'Amsterdam pour son planning en matière de tables finales, avec un départ à 17 heures permettant au journaliste moyen de faire des choses inhabituelles telles que dormir plus tard, ou se ballader en ville.

Le problème avec ce programme, c'est que dimanche matin à trois heures, au moment de la fermeture légale du casino, il restait encore deux joueurs à table. Trond Eidsvig et Michael Martin avaient conclu un deal ne laissant que 80,000€ en jeu (arrivés en tête à tête avec un tapis idéal, la décision de se partager 900,000€ à parts égales était la meilleure), mais ces empecheurs de tourner en rond avaient décidé de faire durer le plaisir le plus longtemps possible.

La pression financière envolée, on aurait pu penser que le duel final serait vite expédié. Rien de tout ça içi. Les deux finalistes n'ont rien lâché, et c'est dans un casino largement vidé de ses spectateurs que le jeune Norvégien Brond Eidsvig a finalement triomphé, après être passé tout près lors des récents EPT de Barcelone et Dublin.

Lieu commun : de nos jours, il y a bien plus à gagner lors d'un tournoi que la compensation financière immédiate. Il y a la couverture médiatique (on ne se souvient jamais du nom du mec qui arrive en second), et bien sur un sponsor potentiel qui, bien souvent, vient pointer son nez. Les joueurs ont donc tout interet à donner leur meilleur effort sur la dernière ligne droite, deal ou pas, d'autant qu'un trophée de plus sur la cheminée, c'est toujours sympa, non ?


Trond Eidsvig, Master Classics 2007 winnar

J'attendais ces Master Classics avec impatience, ayant couvert avec bonheur l'édition 2006 pour la Team770. C'est avec un arrière goût de déception dans la bouche que j'ai conclu dimanche mon reportage pour Poker.fr. Les restrictions envers les médias étaient assez incompréhensibles. Tout avait bien fonctionné l'an passé, pourquoi revenir en arrière et instaurer des barrières ? Il n'y avait pas des masses de médias présents, tout le monde aurait pu cohabiter sans problème dans la zone de tournoi, qui hélas, nous est restée interdite. Passe encore que les règlements soient débiles. Quelque chose que j'ai eu plus de mal à supporter en revanche, c'est le mépris affiché par les employés du casino, à tous les étages. En vrac, il y a eu : les multiples vigiles qui te poussent grossièrement pour écarter le passage, le barman qui refuse de te servir à 3h01, prétextant que c'est fermé, et qui se détourne pour prendre une commande en hollandais, les croupiers qui écrivent les chip-counts en cachant la feuille avec leur bras (comme au collège). Il n'y eut guère que le service communication du casino pour rattraper un peu le reste, mais ils n'ont pas été très utiles au final, manquant en particulier de nous fournir le classement au départ de chaque journée.

Bref, tout ça pour dire que je ne suis guère motivé à retourner l'an prochain, bien dommage car les Master Classics sont une superbe épreuve, très appréciée (à juste titre) des joueurs. J'espère que les organisateurs rectifieront le tir pour la prochaine édition. Seul motif de satisfaction : l'excellente ambiance en salle de presse, où avec les collègues de Winamax, Team770 et BlondePoker, nous étions cantonnés malgré nous pendant le plus gros des journées.

J'ai eu du mal à m'endormir après cette finale tardive, mais j'ai eu encore plus du mal à me reveiller, deux heures seulement après m'être couché. Saviez-vous qu'un trajet Amsterdam-Lille un dimanche nécessite pas moins de quatre trains différents ? Ca ne laisse pas beaucoup de place pour se reposer, vu qu'il faut surveiller sa montre en permanence, histoire de pas louper son arrêt. Et il suffit qu'un de vos trains soient en retard pour que le reste du trajet soit foutu en l'air. C'est bien entendu ce qui s'est produit içi. Quand je suis finalement rentré à la maison, j'ai pu enfin poser la tête sur l'oreiller, pour ne la décoller que 17 heures plus tard. Joie. Bonheur. Repos.

Demain soir, je serai à Paris pour enregistrer l'émission de radio du ClubPoker (pardon, le “podcast”) Ensuite, direction Deauville. C'est le grand retour du poker de tournoi au Casino Barrière, depuis la dernière édition de l'EPT là bas, en Février 2006. Entre deux, il y avait eu la triste annulation de l'édition 2007 par les RG. Combien de joueurs pour ce tournoi à gros buy-in, le premier organisé dans un casino en presque deux ans ? La communication autour de cette épreuve ayant été, chose étonnante, extremement limitée, je suspecte que l'affluence sera très mince (5000€ l'entrée, c'est pas rien), mais j'espère me tromper. A suivre, dès mercredi, sur le forum du ClubPoker...

dimanche 11 novembre 2007

Un Français en finale

Coup de chapeau au Holland Casino pour ses horaires civilisés en matière de table finale : 17 heures. Un départ tardif qui m'a permis de faire une bonne marche revigorante autour des canaux d'Amsterdam.

La finale de cette édition 2007 des Master Classics me plaît bien. Un Français (Eric Larcheveque), un champion WPT (Cristian Grundtvig), un champion EPT (l'enfant du pays Noah Boeken), les Scandinaves de service... Tous les ingrédients sont réunis pour une bonne petite finale comme on les aime.

Le Day3 fut bien plus amusant que le Day2, avec l'éclatement de la bulle, tout un tas de mains interessantes, et trois Français dans l'argent. Guillaume “Johny001” de la Gorce a réalisé son troisième money finish consécutif (après Barcelone et Dublin), terminante à une (forcément) décevante 14e place, malchanceux après un call très suprenant de son adversaire.

Je ne connaissais pas Eric Larcheveque avant cette semaine. C'est un joueur amateur expatrié en Lettonie. Il s'est payé lui-même son entrée pour les Masters Classics, et disputera aujourd'hui sa plus grosse finale à ce jour, après quelques performances dans des tournois au Bellagio et en Europe de l'Est.

Cliquez içi pour revivre la journée d'hier aux Master Classics, avec notamment ma découverte mystérieuse vers minuit :

A l'occasion d'une visite au marchand de glace situé juste à côté du casino, j'ai découvert une sacrée faille dans l'organisation de la table télé. En effet, en passant devant le camion régie garé dehors, à l'intérieur duquel les réalisateurs controlent les caméras et procedent au montage de l'émission, j'ai jeté un regard curieux à travers les vitres du véhicule. A ma grande surprise, je pouvais TOUT voir : j'ai observé durant cinq minutes les écrans de contrôle, ne loupant pas une miette des cartes cachées des joueurs.



Rendez-vous à 17 heures sur Poker.fr pour la couverture en direct de la finale.

vendredi 9 novembre 2007

Circulez, y'a rien à voir

Pour ceux qui se posent la question : non, je n'avais ni fumé, ni bu durant la rédaction du reportage d'hier sur Poker.fr, qui contenait environ 70% de conneries, et 30% d'infos véritables. J'étais en roue libre. Avec un accès de plus en plus limité, et une volonté manifeste des organisateurs à ne pas nous aider, il fallait bien tromper l'ennui. Ceci dit, on s'est bien marrés en salle de presse avec les collègues de Winamax et la Team770.

Concernant l'organisation, un truc qui m'a fait halluciner par exemple, c'est que durant chaque pause, les croupiers notaient avec précision la hauteur de tapis de chaque joueur à la table, et passaient ensuite les feuilles aux superviseurs. Super ! que je me suis dit. On va pouvoir être à la pointe de l'info, coco. Ben non. Nous n'avons jamais vu l'ombre de l'une de ces feuilles. Pourquoi ? Mystère.

Situation similaire pour la liste des 199 partants du Day 2. Certes, le casino l'avait imprimée, mais seulement en deux exemplaires qui ont été squattés par la presse Hollandaise durant des heures. Quand on a finalement reçu la liste, il était trop tard.

Grosso modo, ce Day 2 des Masters Classics a surtout été l'occasion d'observer la chute de la plupart des Français encore en course, que j'ai vu défiler toute la journée au vestiaire (idéalement placé à côté de la salle de presse) Une véritable hécatombe : Michel Abecassis, Thomas Fougeron, Elie Marciano, Bruno Fitoussi, Arnaud Mattern... Quand la fumée s'est dissipée, vers 23 heures, il ne restait que 60 joueurs dont quatre Français : Eric Larcheveque, Guillaume “Johny001” de la Gorce, Roger Hairabedian et Paul Testud. Il y en a peut-être d'autres, j'attends encore la liste pour en être sur.

Bon, j'aimerais bien vous raconter la soirée passée au Bulldog, le coffee-shop le plus bruyant d'Amsterdam, en compagnie de joueurs d'Eversest Poker, mais j'ai pas le temps, la partie reprend. (Petit bonjour aux attachées de presse d'Everest qui passent leurs journées sur mon blog à la recherche d'histoires salaces concernant Yuestud : il a été sage hier, je vous rassure)

Day 3 des Masters Classics à suivre aujourd'hui sur Poker.fr

Retour sur la journée d'hier.

jeudi 8 novembre 2007

Amsterdam Master Classics

Pas grand chose à rajouter de plus que ce que j'ai déjà ecrit hier sur Poker.fr, concernant la première journée du Main Event à 5,000€ des Masters Classics d'Amsterdam. Cette magnifique épreuve, qui fête ses 16 ans cette année, est chérie des joueurs par son ambiance particulière, son organisation imppeccable et surtout la générosité du casino, qui rajoute de sa poche de l'argent dans sa cagnotte.

Les meilleurs joueurs Européens étaient donc au rendez-vous, et c'est au final 428 inscriptions qui ont été enregistrés, donnant un tournoi et un casino plein à craquer, surtout qu'il n'y avait qu'une seule journée de départ. Les 42 tables ont donc été disposées un peu partout sur les 3 étages du casino.

Bref, un beau tournoi, d'excellents joueurs, et des Français en veux-tu en voilà... Alors, c'est quoi le hic ? Ben, comme d'habitude : l'accès de la presse aux parties était super restreint. Le personnel du casino, au demeurant fort agréable et accueillant, nous a très vite fait savoir qu'il était grosso modo interdit de rester derrière les tables, qui nous sont seulement accessibles durant les pauses (ce qui est un peu inutile, sauf pour compter les tapis)

J'ai donc du recourir au Plan B, à savoir choper les joueurs pendants les pauses, pour leur soutirer le maximum d'histoires en différé, puisque je ne pouvais pas y assister en direct. Au final, la journée s'est donc plutôt pas mal passé, et j'ai eu pas mal d'histoires interessantes à écrire, nottament les belles progressions de Michel Abecassis et Thomas Fougeron. De son côté, Antony Ellouche est sorti sur un bad beat asses abominable.

Tandis que je tapote ces lignes en speed, la partie va bientôt reprendre. Il reste 199 joueurs (soit moins de la moitié des partants) dont pas mal de Français : Arnaud Mattern, Fougan, Paul Testut, Bruno Fitoussi, Jan Boubli, Henri Boutboul, Thierry D'Erneville, Guillaume de la Gorce, MIK22.... Il y en a surement plein que j'oublie, car le casino n'a pas publié de listes officielles, ce qui ne facilite pas ma tâche. Côté Francophones, on note la présence du Suisse Serge Ridisheim et du Belge Davidi Kitai (rencontré pour la première fois içi-même l'an passé, où il avait fait l'argent), tous deux avec des bons tapis.

Sinon, c'est un vrai plaisir d'être de retour à Amsterdam, cette ville de dingues où j'ai passé deux semaines de vacances avec Pauly et Rayan en Août dernier, un repos bien mérité après des WSOP qui avaient failli me mettre à genoux. Mardi, le soir de notre arrivée, on a longuement marché avec Yuestud dans les rues quasi desertes en cette période creuse niveau tourisme. Même le fameux quartier rouge, le Red Light District, était bien morne, offrant un sacré contraste avec l'ambiance de foire qui y régnait 24/24 cet été. J'ai fait visiter à Yu mes coffee-shops et bars préférés du côté de la Gare Centrale, où la télévision diffusait, tiens, tiens, la finale des WSOP 2007. C'était la première fois que j'avais l'occasion de regarder le montage final de la victoire de Jerry Yang, j'ai trouvé ça extraordinaire. EPSN a fait un boulot admirable pour faire de cette finale un vrai petit film à suspense. Forcément, avec 35 caméras autour de la table, ils avaient du choix pour monter leurs images. Résultat, cette table finale, qui m'avait fait chier à mourir quand j'y avais assisté en direct (la faute à la fatigue, la frustration accumulée durant six semaines, qui me donnaient envie d'en finir le plus vite possible) s'est transformée à la télévision en un spectacle passionnant.

Reprise des hostilités à 14 heures, à suivre sur Poker.fr

Revivez le Day1 heure par heure.

mardi 6 novembre 2007

Un dimanche à Paris

Allez hop, faisons le bilan de mon bref passage à Paris pour quelques tournois de poker. Si vous êtes préssés, voiçi la version courte : rien, nada, nib, que dalle.

Je débarque dans l'après-midi à l'Aviation Club de France. Lolo du ClubPoker m'a déjà acheté ma place. Le temps d'une petite omelette au bar, et de saluer Giorgio et Loorent tout juste revenu de Dublin, et le tournoi commence. 100€ l'entrée, 3,000 en jetons, blindes 25/50 pendant une demi-heure. A ma table, personne que je ne reconnais, et ça joue très sérré. A la pause, après 90 minutes de jeu, j'ai péniblement monté mon tapis à 3,500, ce qui n'est pas si mal vu que dix minutes plus tôt j'étais à 1500, payant presque l'intégralité de mon tapis à la rivière avec une paire de Rois, kicker pourri. C'est passé, le mec bluffait à poil complet, ouf.

Je reviens m'asseoir après les dix minutes de pause, j'enclenche l'I-Pod, et après une chanson et demie, je peux déjà l'éteindre : j'ai sauté. J'ai 99 en main, le flop est Roi-9-5, mon adversaire attaque la moitié de mon tapis : bien entendu, ma réaction est immédiate, j'envoie la couscoussière, j'entends “payé” tout de suite, j'annonce “brelan”, il me répond “moi aussi” et retourne une paire de Rois que je n'avais absolument pas vue venir. C'est très violent.

Bon, je fais quoi, je rentre déjà chez moi ou bien ? Il est à peine 18 heures, je sors mon portable et appelle Antony Lellouche histoire de boire un verre et/ou de chercher consolation. “Y'a un satellite pour le tournoi d'Amsterdam au Cercle Haussmann, tu veux le jouer ? Je t'inscris.”

Difficile de dire non à une proposition aussi généreuse. Et me voilà sautant dans un taxi, à la recherche du Cercle Haussmann où je n'ai encore jamais mis les pieds, pour un tournoi pas du tout prévu au programme. Pas de temps à perdre, la partie a déjà commencé. Arrivé rue de la Michodière, je penètre dans le classieux batiment, monte quatre à quatre les escaliers, remplis la fiche de membre du cercle, et rentre dans la salle de poker où Benjamin Lambert (dont je vous parlais hier, justement, quel timing parfait dis-donc) trône, assis derrière un bureau. Il y est depuis peu responsible des tournois et les échos sont ultra positifs.

“Salut Benjo, t'es déjà inscrit, on va t'amener à ta place”. D'un geste autoritaire, Benji appelle un membre du personnel qui me dirige vers ma table, où huit autres joueurs sont déjà en train de se fritter.

Première constatation : le Cercle Haussmann, c'est la méga classe. On me l'avait déjà dit, et force est de constater, le cadre en impose. De belles salles hautes de plafond, y'a de l'espace, c'est bien éclairé, c'est calme et le décor est tout ce qu'il y a de plus agréable, bref un endroit idéal pour une petite partie de poker.

Seconde constatation : j'ai affaire à une partie assez relevée, c'est pas l'EPT ni le WPT mais certainement le tournoi live le plus dur que j'ai jamais eu l'occasion de jouer, je m'en rends compte très vite. Ceci dit, j'en joue jamais, des tournois live. Les mecs passent des grosses mains préflop sans hésiter, ca mise bien, ca check/raise à tempo, on passe des couleurs si on se sent battu, on réflechit, c'est de la haute voltige, les "codes" chers à Bruel sont respectés (ha ha) bref je me demande où je suis tombé, j'ai pas l'habitude, moi, mais autant en profiter. Je reconnais plein de monde autour des tables, comme Stéphane Cohen, Haim Kakoun, Nordine Bouda ou Raquel Azran (redac' chef de LivePoker). A ma table, un beau line-up de mecs à qui on la fait pas : Patrick “Circus” Champagnol (figure incontournable des tournois hebdomadaires de l'ACF), Alexandre “Bidou Aces” Poulain (un pro de la roulette, finaliste à Copenhague cette année), Roger Hairabedian et Julien “Yuestud” Brecard, mon pote du marketing d'Everest Poker, le seul mec avec moi qui n'a rien à foutre içi, d'ailleurs il est sponso aussi pour ce tournoi (mais je décoooooonne Yu).

Pas le temps de m'acclimater, je dois m'asseoir de suite et commencer à jouer, prenant la partie en cours avec vingt minutes de retard. Je ne connais même pas la structure, le prix d'entrée, le nombre de joueurs, je déparque comme un touriste complet. On me renseigne autour de la table : 500€ l'inscription, 89 joueurs, 7 tickets pour les Masters Classics d'Amsterdam (comprenant le trajet plus l'hotel) La structure est très belle pour un tournoi en cercle, avec 3000 jetons de départ, des blindes qui commencent à 10/20 pendant trente minutes.

Pour une fois que j'ai la chance de jouer une belle partie, un peu chère, contre des joueurs expérimentés, ça fait plaisir. Malheureusement, mon tournoi s'est terminé en eau de boudin sur un coup typique de tournoi.

En voici le déroulement, n'hésitez pas à commenter :

Cinquième niveau du tournoi, les blindes sont à 70/140. Je n'ai pas réussi à monter un tapis, enfin si, mais je l'ai reperdu depuis, et j'ai donc toujours mon tapis de départ, soit 3000. Il ne reste plus que 50 joueurs environ, donnant une moyenne à 5,400. On est pas encore ashpyxié mais on s'en approche rapidement. Il est temps qu'il se passe quelque chose et que le croupier me serve autre chose que 8-3 ou Valet-6.

Tout le monde passe jusqu'au cutoff (traduction : le joueur avant le bouton) qui relance à 400. C'est un joueur plutot loose, qui rentre dans beaucoup de pots, et n'a jamais manqué une occasion de relancer avant le flop en fin de parole, comme maintenant. Il possède un bon tapis d'environ 8,000, donc il peut vraiment beaucoup de trucs possibles en main.

A sa gauche, mon pote Yu qui possède 2500 de tapis, relance à 1000. C'est, comme moi, un joueur amateur qui a pratiqué jusque là une partie des plus sérrées.

Roger passe sa petite blinde, et je soulève une paire de Dames depuis la grosse blinde. Mis à part une paire de Rois qui m'a rapporté que dalle, c'est ma première belle main en deux heures trente. Que faire ?

Yu vient de relancer presque la moitié de son tapis. J'ai la troisième meilleure main de départ possible du Hold'Em, et un tapis demandant un sérieux coup de boost. Je n'y reflechis pas très longtemps, et pousse mes 3000 au milieu, conscient que je n'ai peut-être pas le meilleur jeu mais malgré tout confiant en mes chances.

Le cutoff reflechit pendant une minute, durant laquelle je réalise l'erreur que je viens de commetre en observant Yu, qui n'a pas bougé d'un poil et attend patiemment son tour de parler. Un signe de force évident qui ne trompe pas, et effectivement, Yu paie rapidement après le fold du cutoff, annoncant : “j'espère juste que tu n'as pas les As”, en retournant, bien entendu, les Rois.

Le cutoff annonce avoir passé Roi-Dame, ce qui m'enlève une des deux cartes du paquet qui peuvent me sauver. Le flop est sans miracles, et, avec mes 500 restants, je saute le coup suivant avec As-7 contre le As-8 d'Hairabedian.

J'ai commis une grosse erreur que j'aurai le temps de ruminer durant le trajet du retour vers Lille. Certes, la surrelance à 1000 de Yu m'a intrigué, indiquant clairement de la force, et j'ai bien envisagé le fait que j'aurais pu être derrière. Mais je n'y ai pas réfléchi assez longtemps, concluant que j'avais quand même de bonnes chances d'être devant lui avec mes Dames, pour la raison que sa surrelance faisait suite à la relance d'un joueur large. Dans ma tête, Yu pouvait donc être en train d'essayer d'isoler son voisin. Que pouvait-il avoir dans ce cas ? Evidemment, AA et KK, mais aussi des mains que je battais : AK et JJ nottament, ainsi que QQ (bien que peu probable). D'où mon annonce tapis, en me disant que “c'est pas sur, mais y'a quand même des chances que j'aie bon.”

Ce que j'ai manqué de remarquer, c'est qu'avec la faible taille de son tapis (2500), Yu aurait envoyé tapis direct avec les trois mains suscitées, au lieu de surrelancer petit, préférant essayer d'empocher le pot tout de suite plutôt que de choper un mal de tête au flop. C'est ce que m'a fait très justement remarquer Antony le lendemain. Ici, la surrelance “commited” indique clairement une grande force, et même si j'ai un très beau jeu, les chances sont trop grosses que je sois déjà battu.

Conclusion : fallait jeter direct, y'avait trop à perdre et rien à gagner, mais bon sang que c'est dur à faire quand tu viens de patienter deux heures à la recherche d'un coup jouable.

Bon, c'est pas l'erreur du siècle (Rayan m'a dit qu'un fold içi aurait été très joli, mais qu'il aurait surement fait tapis la plupart du temps), mais quand on prend le temps de tout décortiquer, ca en devient tellement évident que j'ai honte d'avoir sauté comme un naze là dessus. Ca m'est arrivé des centaines de fois en tournoi : je suis patient pendant des heures, trop patient même, et quand finalement je trouve une bonne main, je m'emballe et la joue n'importe comment.

Seul point positif, j'ai sauté à temps pour courrir en Gare du Nord et choper juste à temps le dernier train pour Lille (en tout cas c'est l'excuse que je donnerai à ceux qui m'ont vu quitter le cercle à toute vitesse sans dire au revoir, avec l'air de vouloir tuer quelqu'un – sortie de tournoi typique à la Benjo). Ca m'a évité d'avoir à passer la nuit en cercle, où j'aurais surement enfilé une cagoule de première catégorie.

Gros coup de chapeau à Benji et son équipe pour l'organisation impeccable et son chaleureux acceuil. De beaux tournois accessibles à (presque) tous sont en préparation, on sent derrière le gros boulot d'un passionné, qui sait ce qui plait à nous les joueurs.

Et aussi, il faut le mentionner, gros coup de chapeau aux grands champions Français qui pensent que c'est une bonne idée de me sponsoriser dans des tournois (si ça peut te consoler Anto, t'es pas le seul à avoir déjà eu cette idée saugrenue)

En attendant, je suis pas qualifié pour Amsterdam, mais ca m'empêchera pas d'y aller faire un tour cette semaine, mon train démarre dans cinq heures. Rendez-vous sur Poker.fr dès demain pour la couverture en direct d'un des tournois les plus populaires d'Europe : le Main Event des Master Classics à 5,000€. Un tournoi où le casino rajoute de l'argent dans le prize-pool, vous-y croyez, vous ? Si, si, ca existe.

dimanche 4 novembre 2007

Dédicace à Nerverdead

L'un de mes blogs préférés, celui qui me fait toujours mourir de rire, c'est celui de Benjamin Lambert. “Neverdead”, c'est son pseudo, est un habitué des cercles parisiens qui a le chic pour raconter les coups les plus débiles, les plus improbables, les plus consternants qu'il a joués lors de ses longues à l'ACF, Concorde, Gaillon, bref, les endroits où il fait bon chasser le pigeon. Ses cibles de prédilection : les “galinettes”, les “fakirs”, les mecs qui paient 20 euros preflop avec 83, les mecs qui pédalent après une quinte ventrale, les mecs qui te retournent leur couleur runner-runner avec un sourire béat : les gros pigeons comme on les aime, rentabilité maximum quand on a la chance de les croiser, mais crise de nerf assurée quand ils nous font des horreurs, ce qui arrive assez souvent, convenons-en.

Alors, voiçi, en hommage à l'ami Ben, un coup d'extraterrestre qui m'est arrivé la semaine dernière à l'ACF, juste après la fin du tournage du TDA. Par contre, je vous l'écris pas comme Neverdead, ca serait trop fatiguant de supprimmer toute la ponctuation et de rajouter lolll tous les trois mots lolll.

Que je vous explique le contexte : la table à 50 euros, blindes 2/2. Il est six heures du mat, ca fait trois heures que je suis assis, et je viens de manquer mon centième flop de la soirée. Vous savez, le genre de session où chaque fois qu'on détient As-Roi de pique, le flop tombe 789 à coeur, et chaque fois qu'on a paire de 7, le flop tombe As-Roi-Dame. Un peu désespérant, quoi.

La table est bien fatiguée (expression consacrée), on est que quatre à table, quand, à point nommé, vient s'installer LE phénomène, le mec qui paie tout, qui va jusqu'au bout, qui lâche jamais rien, en un mot, le bonheur, des comme ça on en croise pas si souvent. Au début, j'étais méfiant face à son numéro : avais-je affaire à un requin feignant l'incompétence pour mieux m'attraper après ? J'ai été vite rassuré quand le monsieur a grassement payé mes deux paires à la rivière avec hauteur 10, montrant fièrement son tirage raté.

Bon, tout va bien.Forcément, la table s'est remplie en cinq minutes, c'était trop alléchant, et moi, intérieurement, je me disais “LAISSEZ LE MOI LAISSEZ LE MOI, JE L'AI VU LE PREMIER”. Arrive donc le coup :

J'ai 200 euros de tapis, je reçois deux valets en début de parole. Je relance 12, normal. La galinette paie en souriant, normal. Aux blindes, un mec envoie 34 et tapis. Je saisis l'occasion tendue par ce levier, et j'annonce aussitot TAPIS 200€ avec ma grosse paire en main. Instantanément, je vois la galinette avancer maladroitement un par un ses jetons au milieu du tapis, et là je commence à me dire que bordel qu'est-ce qu'il se passe, c'est lui qui m'a attrapé où quoi ??

Le monsieur paie donc son tapis, 150€ (petite anecdote, il a essayer d'aller chercher dans sa poche les 50€ supplémentaires pour completer la hauteur de mon tapis, ce qui a bien fait rire tout le monde). Là, je n'en mène pas si large quand même, je demande gentiment à mon adversaire si on peut retourner les cartes tout de suite, histoire de pas souffrir. Il approuve. Le petit tapis retourne 77, parfait. Je retourne mes Valets, et lui retourne.... il retourne quoi au juste ? Il est au bout de la table je vois pas bien... un six ?!?? Paire de six ?? Non, c'est pas ça, je vois un cinq aussi... Je me rapproche pour mieux voir... Six-cinq de trèfle??? Et là d'un coup j'entends la musique de la Quatrième Dimension dans la tete, tin nin nin nin nin, j'ai trouvé un mec pour me payer en une seconde 150€ et tapis avant le flop avec six et cinq. Ironiquement, il s'agit d'une main qui statistiquement se défend bien contre une grosse paire, avec presque 23% de chances de gagner, ce qui est pas mal, mais bon, faut pas déconner quand même, de là à payer en une seconde, là je suis sur le cul.

Flop : 10-10-4, sans trèfle : super, il pourra pas me faire deux paires à la con ou une couleur. Turn 2 de carreau qui me donne un tirage couleur, il ne reste donc plus que trois cartes dans le paquet pour me faire sauter, et PAN DANS LES DENTS le 3 de pique à la rivière, quinte, bravo monsieur, pot à 350€, très bien senti, surtout n'oubliez pas le personnel qui a été très coopératif sur le coup.

Toute la table vomit, et pour moi deux options se présentent :

1/ Balancer une chaise dans la tête du vilain qui m'a fait ce coup horrible, et me casser après avoir foutu le feu au club.

2/ Ne rien dire, hocher la tête, aller prendre le petit dej' qui vient d'être servi, fumer une clope, puis me rasseoir, me recaver et lui reprendre tous ses jetons.

J'ai choisi l'option 2.

Conclusion de l'histoire : la galinette, qui avait monté 500€ de tapis, est repartie les mains vides après une dizaine de coups du même genre, quand à moi, j'ai gardé la tête froide, et vers midi, je remontais les Champs avec +100€ dans la poche, pas énorme mais je partais de loin, j'ai du aller les chercher, quand même. Tout est bien qui finit bien, donc. Merci Benji, et s'il te plaît, si tu pouvais poster plus souvent, ce serait bien, même si je sais que t'es bien occupé à Haussman en ce moment.

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En vrac :

Le numéro 10 du magazine LivePoker est sorti, avec Daniel Negreanu en couverture. J'y signe le compte-rendu des WSOP Europe de Londres. Oui, je sais, ça sent un peu le réchauffé depuis le temps, mais ce sont les contraintes de la presse écrite par rapport au web. Un problème de délai qui devrait être en parti résolu d'içi peu, puisque le magazine va bientôt passer mensuel. Bonne nouvelle : ca me fait plus de boulot, et on pourra être plus réactifs au niveau des dossiers.

L'ami Giorgio, un autre habitué des cercles Parisiens et membre du ClubPoker, vient de nous pondre un site fort utile qui affiche sur une même page une floppée de blogs anglais et français, dont le mien, c'est à voir en cliquant içi. Giorgio, le compteur de visites te dit un grand merci...

Je serai aujourd'hui à l'ACF pour le tournoi mensuel du ClubPoker à 100 euros à partir de 16h, si vous voulez me passer le bonjour et me piquer mes jetons, c'est le moment.