dimanche 30 septembre 2007

Alors, c'était comment ?



Quatrième journée de l’European Poker Tour de Londres. Pour une fois, ce n’est pas debout derrière les tables, mais assis derrière deux écrans de contrôle que j’ai couvert l’épreuve.

Plus de huit heures, presque en continu, à parler dans le micro et commenter l’European Poker Tour en direct et sans filet. PokerStars diffusait pour la première fois une épreuve de l’EPT avec des commentaires en Français, et c’est bibi qui a été choisi pour mener les débats.

Pour moi qui n’avais absolument aucun expérience dans l’audio-visuel, la perspective de parler en direct devant des milliers de personnes avait de quoi terrifier. Jusqu’à présent, je ne m’étais jamais exprimé en public devant plus de 20 personnes. En général, je suis du genre qui préfère écouter plutôt que parler, ça évite de dire trop de conneries.

Il y a deux semaines, quand j’ai appris que PokerStars recherchait un commentateur pour la diffusion en direct sur Internet de leurs étapes EPT, j’avais dit à Loic Sabatte, à moitié en plaisantant, que j’aimerais bien le faire moi-même. Trente minutes plus tard, je recevais un email de Conrad Brunner, responsable marketing de PokerStars, me demandant si j’étais partant. Loic et Laurent Dumont (ClubPoker.net) avaient passé le bon mot comme quoi j’étais le meilleur candidat au poste (ha, ha). Sans réflechir, j’ai accepté, et j’ai passé les deux semaines suivantes à le regretter. Et si j’étais nul ?, que je me disais. Et si je me mettais à paniquer en direct ? Et si les gens me détestaient ? Toutes sortes de scénarios catastrophe me sont passés par la tête.

Mais il était trop tard pour faire machine arrière, et l’opportunité (sans compter le salaire offert) était trop belle. Des fois, il faut foncer dans le tas et ne pas se poser de questions.

Et bon sang que je suis content et fier de l’avoir fait. Ce fut incroyablement enrichissant d’un point de vue personnel. Jamais je n’aurais cru que je serais capable d’y arriver. Moi qui suis généralement embarrassé et embarrassant en public, qui ai du mal à aligner trois mots sans me reprendre ou bégayer, j’ai tenu le micro toute la journée, presque sans interruption, jouant au ping-pong verbal avec les commentateurs que j’avais tous choisis moi-même : Fabrice Soulier, Thomas Fougeron, Nicolas Levi, Arnaud Mattern, tous excellents. Les mots venaient naturellement, sans peine. Incroyable ! Et quand vers minuit, après huit heures de direct presque non-stop, la réalisatrice nous a annoncés dans le casque « C’est terminé pour ce soir, félicitations à tous ! », j’ai soufflé un grand coup, et toute la régie a lancé une salve d’applaudissements. J’avais tenu la distance sans craquer.

Les réactions ont été incroyablement positives. Mes collègues en salle de presse m’ont soutenu toute la journée pendant les pauses. On a reçu des tonnes d’emails d’encouragements et de félicitations. Sur les forums, plein de posts globalement très positifs, saluant l’initiative d’un commentaire orienté vers les spectateurs Français. J’aime à penser que ceux qui ont trouvé ça nul ont préféré se taire. Merci à eux.

Alors oui, ce premier commentaire en Français et en direct de l’European Poker Tour, c’était pas trop mal, vu les conditions et notre expérience nulle en la matière, avec des intervenants variés permettant des changement de rythme bienvenus. L’action à l’écran était assez lente, on a donc pu s’exprimer sur une variété de sujets pendant les blancs : il fallait bien meubler. On a parlé technique avec Levi et Mattern, on a échangé des anecdotes avec Soulier et Fougeron. On s’est parfois franchement marré avec tout le monde, mais on a aussi passé beaucoup de temps à analyser en profondeur les coups importants. L’équilibre entre le fun et la technique fut plutôt bien respecté, je trouve.

Il y a eu quelques inévitables couacs. A l’exception de Nicolas Levi, qui avait déjà assuré le commentaire à Barcelone il y a mois, c’était le baptême de feu pour nous tous. J’étais installé devant les écrans, casque sur la tête et micro en main, quand la réalisatrice nous a envoyé le signal : « départ dans trois minutes ! » Grosse panique : Fabrice, mon premier intervenant, vient juste de partir pour tourner une séquence vidéo, m’assurant que « t’inquiètes, je les connais, ils vont démarrer en retard » Finalement, Fabsoul revient en courant, essoufflé, et s’installe juste à temps pour le départ et j’entends le décompte dans le casque : « Five… four… three… two… one… good luck, you’re on air ! »

Ma plus grande hantise était de louper mon départ. J’avais même préparé un texte tout fait en cas de panne, testant mon débit vocal avec un dictaphone. Il ne s’agissait pas de parler trop vite, ni trop lentement. J'avais trop les boules. Finalement, je me suis lancé sans me poser de questions, à fond, et bien sur sans filet : si je me mettais à bafouiller où a me tromper de mot, je n’aurais pas de seconde prise.

Au bout de 3 minutes, j’avais déjà un email de mon frère et de mon pote Abdulaziz : « Tu respires trop fort dans le micro, on se croirait dans Ushuaia ! » Je ne rendais compte de rien car j’avais réglé mon retour micro au minimum : je déteste le son de ma propre voix (un peu comme tout le monde, j’imagine)

Terrifié à l’idée de perdre tous mes spectateurs, je suis plus ou moins resté en demi apnée le reste de la journée pour régler le problème. Fabrice, lui, était déjà à l’aise et peu à peu je rentrais dans le rythme aussi. Les premières questions et encouragement arrivaient par e-mail, et au bout de quinze minutes, le stress avait disparu et j’étais entièrement plongé dedans.

Par deux fois, la retransmission s’est interrompue sans que nous en soyons informés. La première fois, Nicolas était en plein dans une explication technique et on a continué à parler sans se rendre compte de rien. La deuxième, j’ai crié « Putain, elle nous a encore coupés, merde ! » alors que nous étions en fait toujours à l’antenne. Lors de la dernière pause de la journée, l’antenne avait repris depuis trois minutes tandis que j’étais encore en train de fumer une clope. Des petits couacs pas bien méchants au final. Je m’attendais à bien pire : j’avais mis la barre assez bas concernant mes attentes.

Plusieurs personnes m’ont dit qu’on avait l’impression que j’avais fait ça toute ma vie, y compris Conrad. C’est très flatteur et sûrement très exagéré aussi, mais ça fait très plaisir néanmoins, étant donné que j’étais convaincu que j’allais tout faire foirer.

La régie est située dans une petite pièce des bureaux du casino, où la production avait casé tant bien que mal des dizaines d’écrans de contrôle. Il y avait là les réalisateurs, régisseurs, techniciens, plus deux commentateurs de chaque pays : Angleterre, Italie, Allemagne, Pays-Bas et France. Autant dire qu’il n’y avait pas un centimètre carré de disponible. La pièce résonnait de voix en cinq langues différentes : on se serait cru aux Nations Unies, où à la tour de Babel.

Préalablement au départ, on a été briefés par Lee Jones et Conrad, qui ont insisté sur plusieurs points généraux : pas de racisme, de mentions sur le sexe ou la consommation de drogues, bien sur (apparemment, Greg Raymer avait crée un incident là-dessus en mentionnant au micro les addictions d’un joueur connu). Pas d’insistance sur les stéréotypes nationaux. Pas de mention des problèmes de jeu de certains. Sur tous ces points, on s’en est bien sortis, même si il y a eu quelques dérapages quand Fabrice a parlé des problèmes de Surinder Sunar avec la roulette où de la gestion de bankroll de David Benyamine. On a vite coupé court à chaque fois.

On était aussi obligé de faire le plus de pub possible de PokerStars, et je me suis acquitté de la tâche, non pas à reculons, mais il faut bien reconnaître que mon ton de voix avait l’air un peu forcé quand j’annonçais des trucs du genre « Rendez vous sur PokerStars.com pour vous qualifier sur l’EPT » Je suis pas bon dans le rôle du bateleur, je pense.

On a eu un coup de pot monstre en ayant à l’écran les deux seuls Français en course dans le tournoi, et pas des moindres : Pascal Perrault et Antony Lellouche. On aurait pas pu rêver mieux pour le lancement de la diffusion en Français, et j’imagine que l’audience a été au rendez-vous.

Anto a joué un poker impressionnant, rentrant dans un coup sur deux. Il sera en table finale aujourd’hui avec un bon tapis et je serai à fond derrière lui tandis que je commenterai l’action. Pascal Perrault a aussi été très bon, mais a finalement échoué aux portes de la finale en 10e place. Chris Moneymaker m’a fait beaucoup d’effet. Le champion du monde 2003 a joué un poker très volontariste, s’impliquant dans beaucoup de coups. Il termine en 17e place. Mon chouchou Surinder Sunar, chip-leader au départ de la journée avec 10% des jetons en circulation, ne sera même pas en table finale, dommage.

En mi-journée, il ne restait plus que deux tables, et la production a décidé de changer de table télévisée. Anto et Pascal sont partis sur la table « off-line », et ce fut catastrophique car au lieu d’une table super-aggressive d’excellents joueurs, on avait désormais à commenter une table de mous du genou, serrures comme pas permis. C’est là que le commentaire à commencé à partir un peu en hors piste. Comme il ne se passait pas grand-chose à l’écran, il fallait bien meubler et on s’est bien marrés avec Fabrice à raconter quelques histoires du cru.

Notamment cette scène de la pause dîner où, attablés entre Français, Pascal m’a pointé du doigt : « Toi, si je gagne ce tournoi, je vais te payer un tournoi EPT ! » Pascal est un lecteur assidu de mes reportages, et il n’a pas manqué ces quelques lignes sur poker.fr où j’ai gentiment moqué son affection bien connue pour les chemises hawaiennes flashy. Il m’a donc proposé un deal à double tranchant : s’il remportait l’épreuve, il me payait un tournoi… à la seule condition que je porte une de ses chemises durant toute l’épreuve ! « Et attention, » a précisé PP, « pas n’importe quelle chemise, non, MA chemise à MA taille ! » Ce qui ne manque pas de piquant pour qui connaît la différence de gabarit entre Pascal et moi.

Rendez-vous à 16h30 (heure de Paris) pour la finale de l’European Poker Tour de Londres. Je rempile au poste de commentateur avec Nicolas Levi et Arnaud Mattern en alternance. Soyez au rendez-vous sur les divers sites diffusant le tournoi en direct (Poker.fr, ClubPoker.net, MadeInPoker.fr, Eptlive.com/fr) pour regarder Antony Lellouche détruire cette table finale. Immanquable!


Derrière moi, le champion du monde 2003 Chris Moneymaker, qui m'a épaté en prenant le micro tout juste 15 minutes après son élimination : je connais peu de joueurs qui en auraient fait autant!
photo : Jules Pochy/MadeInPoker.fr

jeudi 27 septembre 2007

Vite expedié

Les deux premières journées de l’European Poker Tour de Londres sont dans la boite. Il est à peine une heure et demi du matin et je suis déjà dans ma chambre en train de bosser mes articles en retard (comme d’hab), tandis qu’à la télé, j’ai le choix entre deux tournois de poker de seconde zone et un vieil épisode des Osbournes (y’a encore des gens qui regardent ce truc ?)

Dans n’importe quel autre tournoi majeur (ou presque), je serai encore au casino à cette heure-ci, en train de bailler devant les tables mais pas cette fois-ci : la partie s’est terminée juste après onze heures du soir. Un fait rarissime, une véritable bénédiction rendue possible par la décision des organisateurs de supprimer l’arrêt dîner. Cela n’a pas semblé gêner les joueurs, qui ont tous mangé de concert autour des tables tandis que la partie continuait. Comme à la cantine !

Ainsi libéré plus tôt, j’ai pu rejoindre le bar de l’hôtel et prendre le temps de boire un coup avec Matt (PokerListings), l’équipe de Made In Poker : Jules et Fabrice, ainsi que la nouvelle collègue de ce dernier, la délicieuse Liz Lieu, signée chez ChiliPoker en même temps que Fabsoul. Oui, je me sens un peu privilégié, quand même. Je peux vous révéler en exclu que Liz s’empiffre tant quelle peut pour essayer de grossir un tantinet, sans succès (pour accompagner ses frites, elle mélange à parts égales le ketchup et la mayonnaise, voyez le genre) C’est vrai qu’elle un peu maigrelette. Mais elle est sympa et rigolote comme tout. En général, on dit de Liz qu’elle est « vraiment sympa », par opposition, j’imagine, aux stars qui font juste semblant. Je suppose qu’il y a du vrai là dedans. Quand elle m’a posé la question d’usage concernant mon boulot, elle semblait en effet intéressée d’entendre la réponse, ce qui n’est pas systématique. Elle vient de s’installer à Londres, mais apparemment Las Vegas lui manque : « j’ai perdu mes cash-games, mes boutiques, le beau temps… » Pour vous donner une idée de l’extravagance de ces riches pros, la toute récente Londonienne a tout de même pris une chambre à l’Hilton, car sa maison est trop loin du casino. « Je suis pas vraiment athlétique. » Et pour parcourir les 300 mètres qui séparent l’hôtel du casino, Liz a opté pour un taxi.

Malgré l’espace restreint qu’offre le Victoria Casino, et l’éloignement de la salle de presse (située dans les bureaux du casino, tout au fond), ces deux premiers jours de tournoi ont été exceptionnellement agréables à couvrir. C’est là qu’on constate que les conditions matérielles importent bien moins que l’ambiance. Contrairement à Harrah’s et les WSOP, PokerStars nous accueille avec le sourire et fait de sincères efforts pour que nous puissions faire notre boulot correctement. Joie et bonheur, l’EPT n’a pas (encore ?) signé de contrat exclusif avec un gros site d’information, ce qui fait que tous les reporters sont traités sur un pied d’égalité, y compris les auteurs de PokerStars. L’ambiance en salle de presse est bon enfant : j’ai l’impression de retrouver une famille, en tout cas c’est à ça que ressemble ce grand cirque qu’est le circuit Européen. Que ce soit côté joueurs où médias, les visages familiers sont tous au rendez-vous. Cette bonne humeur générale s’est ressentie sur mon travail : je me suis franchement éclaté à couvrir l’épreuve pour poker.fr, pour un bien meilleur résultat que lors des WSOP-Europe.

Un peu de 400 joueurs étaient au rendez-vous, étalés sur deux journées de départ. Le Day 1A fut une bonne boucherie qui a vu se faire éliminer les deux tiers des partants. Le Day 1B était plus fourni en bons joueurs, le rythme fut donc un peu moins rapide. En tout et pour tout 145 joueurs ont survécu et seront présent cet après-midi pour le Day 2.


Nicolas Levi en tête

28 Français étaient au départ, dont pas mal de qualifiés Internet et une poignée de réguliers. Nicolas Levi est celui qui s’est distingué le plus, étant le seul joueur à dépasser la barre des 100,000 en jetons (dix fois le tapis de départ), le plaçant de facto en position de chip-leader. Ca fait énormément plaisir car c’est un ami. Je lui donne d’ailleurs un coup de main pour traduire son site en Français (lien ci-contre)

Derrière, il y a un autre pote, Antony Lellouche, dernière recrue de l’équipe Winamax, qui termine à environ 60,000 après avoir joué durant le Day 1B son poker habituel, c’est à dire fantasque, aggressif et imprévisible. Dans un registre plus conservateur, les deux chevelus de la Team770, Pascal Perrault et Thomas Fougeron, ont monté des tapis d’excellente facture, espérons qu’ils transformeront l’essai aujourd’hui. Derrière, on trouve quelques qualifiés Internet, un Jan Boubli, un Arnaud Mattern, un patron de casino franco-sénégalais, etc, etc… 8% des inscrits à l’étape Londonienne sont français. A Barcelone, il étaient 15%.


J'ai mangé au McDo avec le meilleur joueur Français. J'en suis tout retourné...

Parmi ceux qui sont tombés dès le premier jour : les jeunots réguliers des high stakes Guillaume de la Gorce et Ludovic Lacay, le champion Nordiste du France Poker Tour Maxime Demol, Fabrice Soulier, Michel Abecassis (pas très chanceux sur ce coup là), des qualifiés sympathiques avec qui j’ai pu discuter, tel Sebastien Chenu ou Ludovic Harran (tombé en une heure avec les As, aie)

Parmi les Américains qui ont fait le déplacement, il y avait les nouvelles recrues de PokerStars : Daniel Negreanu et Hevad « Rain » Khan. Ce dernier, croisé dans la soirée dans le hall du Hilton, ne semblait pas malheureux d’avoir sauté sur un bad-beat (les Valets contre les Dix), expliquant à juste titre qu’après « avoir fait la finale des championnats du monde et remporté un million, j’ai pas vraiment à me plaindre des défaites mineures qui vont immanquablement suivre. »

Chris Moneymaker pointait en 3e position au terme du Day 1A avec 75,000 en jetons. Le champion du monde 2003 est de manière générale un peu trop sous-estimé, trainant derrière lui une réputation embarrassante de gros pigeon (ce qui est largement exagéré) et tient içi une chance de faire un pied de nez à ses détracteurs.

En résumé, un bon petit tournoi comme je les aime et dont j’attends la suite avec impatience. En attendant, c’est pas le tout, mais j’ai des papiers à terminer.

mardi 25 septembre 2007

London Calling : EPT

Hôtel Hilton Metropol, trois heures du matin. Insomnie…

De retour à Londres seulement une semaine après la conclusion des WSOP-Europe. Exit les championnats du monde, cette fois-ci c’est de l’European Poker Tour qu’il s’agit. Tout bien considéré, l’EPT est ma série de tournois préférée du circuit, avec ses destinations européennes variées et toutes de bon goût : Monte-Carlo, Dublin, Varsovie, Barcelone, (feu-)Deauville… A chaque fois, c’est l’occasion de voir une compétition de qualité, mélange des meilleurs joueurs Européens, de qualifiés Internet venus du monde entier, et, de plus en plus, des grosses pointures Américaines qui s’interessent de plus en plus à ce que la vieille Europe peut offrir en matière de tournois. L’organisation des étapes est organisée de main de maître par PokerStars et les casinos partenaires, et le bon déroulement des parties est assuré par le meilleur tournament director d’Europe, Thomas Kremser. Les structures sont excellentes, les joueurs bien accueillis, et les retransmissions télévisées produites par SunsetVine sont parmi les meilleures du genre (sans compter qu’on peut désormais, première mondiale, suivre les finales en direct, et gratuitement, sur Internet.) Résultat : l’affluence est au rendez-vous sur chaque étape, et les droit d’entrée ont été augmentés de manière significative cette année (passant en moyenne de 5,000 à 8,000€) pour éviter des listes d’attente délirantes (plus de 200 joueurs en rade à Barcelone en 2006, par exemple). Bref, l’EPT, qui entame sa quatrième saison, est LE circuit incontournable du poker Européen.

Précision : non, je n’ai pas été payé pour écrire le paragraphe qui précède. Chaque étape EPT que j’ai couverte fut un bonheur. D’abord Deauville en 2006, pour le ClubPoker, accompagné de Manuel Bevand. L’étape n’a pas été reconduite en 2007, à la plus grande déception de tous les joueurs qui avaient fait de l’étape française de l’EPT leur préférée. Faut dire que le Casino Barrière a de la gueule. L’hôtel est sensass’ et la Salle des Ambassadeurs qui accueillait le tournoi est tout simplement la plus belle que j’ai jamais vue. Ensuite, lors de la saison 2006/2007 (la troisième), j’ai couvert pour Team770 les étapes de Barcelone, Dortmund, Varsovie, et enfin Monte-Carlo : chaque tournoi fut des plus agréables à couvrir, l’occasion de découvrir de nouveaux talents, de faire des rencontres interessantes, et, trop rarement, de voir du pays (en général par la fenêtre du taxi)

Je me suis donc installé dans un des hôtels de l’empire Hilton en plein centre de Londres. Ces établissements sont en général des refuges pour hommes d’affaires préssés et bien habillés, et le Metropol ne fait pas exception. Cette semaine, il faudra y ajouter une meute de joueurs de poker en ligne, puisque c’est içi que PokerStars y a installé ses qualifiés. Dès mon entrée, j’ai repéré Brandon Schaefer qui s’enregistrait au comptoir. Au bar, discussion au sommet entre les joueurs sponsorisés : Daniel Negreanu, Noah Boeken et le petit nouveau Hevad « Rain » Khan, qui effectue son premier voyage en Europe. J'ai une chambre au septième étage, et le petit déjeuner est offert. C'est PokerStars qui paie le tout : les médias Francais sont invités cette semaine.

L’un des autres trucs sympas des tournois EPT, c’est la fête organisée la veille de chaque épreuve. Le genre de sauterie auxquelles les médias sont invités, et abreuvés d’alcool histoire que les articles soient plus coulants. Ce coup-ci, on a eu droit à une petite virée sur la Tamise à bord d’un mini bateau de croisière. La classe. Au menu : à manger, et à boire à volonté (une bénédiction à Londres), de la musique, des magiciens qui te font des tours de cartes hallucinants, des caricaturistes… J’ai enchainé les Coronas en papotant avec Fabrice Soulier et son collègue Jules. Rayan Nathan s’est aussi pointé (avec son frère, de passage en Europe), essayant désesperement de trouver 5,000£ pour s’inscrire au tournoi. PokerStars n’accepte qu’un certain quota d’inscriptions en ligne, et du coup, Rayan, qui n’a pas un centime en cash mais des dizaines de milliers sur son compte PokerStars, se retrouve en rade. Le grand manitou Lee Jones est venu à la rescousse de notre ami Australien qui devrait pouvoir jouer demain. Madeleine Harper m’a littéralement sauté dessus en me voyant. J’étais content de la voir aussi. C’est la femme à tout faire de l’EPT : attachée de presse, bloggeuse, solvatrice de problèmes en tout genre (ca se dit ?)… Un bourreau de travail, toujours prête à donner un coup de main en salle de presse. Sans elle, l’EPT ne tiendrait pas debout. Il y avait aussi Conrad Brunner, responsable du marketing chez PS. On a discuté de ma nouvelle responsabilité à venir, à savoir le commentaire en français du tournoi, diffusé en direct sur Internet. Je serai accompagné de plusieurs joueurs pros Français qui se relaieront pour rendre compte de l’action et analyser les parties, lors des demi-finales et de la finale. C’est moi qui choisis mes partenaires. J’ai déjà une petite liste de noms en tête, il faut encore que j’en parle à quelques autres, histoire de grossir la liste à sept ou huit noms. J’ai un peu la pression sur ce coup là, il va s’agir de ne pas louper son coup. Vu mon expérience limitée en matière d’audio-visuel, il va falloir apprendre sur le tas. PokerStars compte sur moi pour faire de cette toute première diffusion de l’EPT en Français sur le net un succès.

Rendez-vous sur Poker.fr à partir de 14 heures. Il y aura aussi un reportage en direct sur ClubPoker.net, assuré par mes amis Calculer et Solody. J’aurai de la concurrence sur ce tournoi, et c’est tant mieux.

lundi 17 septembre 2007

Annette

Toutes mes critiques, mes doutes, mes frustrations envers les World Series of Poker Europe ont été balayées lundi au petit matin. Oubliez tout ce que j'ai pu dire. On s'en fout, du fiasco de l'organisation multi-casino, des restrictions imposées à la presse, de la taille ridicule des établissements. Les WSOP Europe, c'était parfait. C'était génial. La conclusion du Main Event à 10,000£ a envoyé à la poubelle tous mes brouillons d'articles en préparation. On a assisté à un moment historique de l'histoire du poker de compétition.

Annette Obrestad, Norvégienne de 19 ans issue de l'univers du poker en ligne, est devenue ce matin la plus jeune championne de l'histoire des World Series of Poker,un record qui risque de ne pas être battu avant des siècles, vu qu'à Vegas, l'âge minimum est de 21 ans. Elle a triomphé de 360 joueurs au terme de cinq jours de compétition pour s'adjugder le précieux bracelet, et le million de livres qui va avec.

Je suis sur le cul. Comment cette gamine a t-elle pu triompher de l'un des tournois les plus relevés jamais organisés, et rafler la victoire aux plus gros pros que compte le circuit ? C'est un mystère qui dépasse mon entendement. Mais elle l'a fait, avec brio. Avec un peu de chance aux moments clés, evidemment, mais surtout avec une hargne et une aggressivité qu'on ne pourrait déceler derrière son visage poupin et sa silhouette de collégienne timide. Le pire, c'est que ce n'est même pas une si grosse surprise, si l'on fait un peu attention à ce qu'il se passe sur le circuit des tournois en ligne. A une époque où le marketing nous dégeule chaque jour des nouvelles starlettes aux talent qui reste encore à prouver, c'est rafraichissant de voir arriver au top du top ce petit bout de jeune fille, qui s'est fait une place non pas grâce à son physique, mais bien grâce à son talent spectaculaire. Annette is the real deal.

L'histoire ressemble à un compte de fées. Ca va plaire aux médias. Après tout, si une gamine comme Annette arrive à triompher dans cet univers réputé malsain, c'est qu'il n'est pas si diabolique que ça, non ? Certains prévoient déjà un second boom du poker à la Moneymaker en 2003. En tout cas, c'est Betfair qui se frotte les mains, eux qui ont le flair de signer Annette la semaine dernière.

Dans son ensemble, la table finale ne fut pas des plus extraordinaires. Elle s'est déroulée de manière assez rapide, avec des éliminations classiques en cadence accelérée. Commencée à 14 heures, on tenait le trio final à la pause-dîner de 20 heures 30. Ensuite, l'Américain McCullough a dégagé assez vite sur un bad beat, et le tête à tête final entre Annette Obrestad et John Tabatabai pouvait commencer. Il fut assez aggressif dans l'ensemble, avec pas mal de coups interessants entre deux joueurs partageant la même stratégie d'attaque. A une heure du matin, Annette a assomé John avec un brelan au flop contre deux paires.

Après un moment de confusion (on ne savait pas exactement qui avait le plus gros tapis au départ du coup), la Norvégienne était officiellement déclarée gagnante. En direct devant les caméras, elle n'a pas bougé, sanglotant doucement derrière ses enormes lunettes noires.

C'est le moment que l'on retiendra de ces World Series of Poker Europe première édition, évidemment. Ensuite, Annette fut assaillie par les photographes et les journalistes, enchaînant une trentaine d'interviews dans s'essouffler. Je me demande pourquoi Harrah's n'a pas songé à monter une conférence de presse convenable, comme à Monte Carlo pour la finale EPT. Cela aurait évité à Annette de répondre 30 fois aux même questions. J'imagine que les organisateurs ne s'attendaient pas à autant d'attention pour le vainqueur. Aucun autre finaliste qu'Annette n'aurait suscité un tel engouement.

Mon reportage de 11 jours à Londres se termine en toute beauté par cette réjouissante victoire qui me fait oublier complètement les fois où je n'ai pas pu bosser correctement sur ce tournoi (c'est à dire environ 90% du temps). J'imagine que je m'en suis pas trop mal sorti, étant donné les circonstances.

Demain, je vais rentrer à Lille. J'ai une semaine pour écrire le compte-rendu des épreuves pour Live Poker et bosser sur quelques autres projets, avant de faire demi-tour et repartir vers Londres pour couvrir l'étape Anglaise de l'European Poker Tour de PokerStars, toujours pour poker.fr. Si tout se passe bien, il devrait s'y passer quelques trucs rigolos mais je suis pas trop sur donc je m'avance pas. Enfin, vous verrez bien.

En attendant, comme le veut la tradition, direction le pub avec les collègues pour le pot de fin de tournoi.

World Series of Poker Europe (WSOPE)
Main Event No-Limit Hold'Em 10,000£


1er : ANNETTE OBRESTAD 1,000,000£
2nd : John Tabatabai 570,150£
3e : Matthew McCullough 381,910£
4e : Ovyind Riisem 257,020£
5e : Johannes Korsar 191,860£
6e : Dominic Kay 152,040£
7e : Magnus Persson 114,030£
8e : Theo Jorgensen 85,070£
9e : James Keys 61,540£

photo : Arthur Crowson de PokerListings.com. You rock, Art.

dimanche 16 septembre 2007

Unusual suspects

La table finale du Main Event des WSOP-Europe est prête, elle commencera aujourd'hui à 14 heures à l'Empire Casino, Londres :

1/ Johannes Korsar (Suède) - 1,134,000
2/ Oyvind Riisem (Norvège) - 664,000
3/ John Tabatabai (Angleterre)) - 982,000
4/ Annette "Annette_15" Obrestad (Norvège) - 697,000
5/ Dominic Kay (Angleterre) - 490,000
6/ Matthew McCullough (Etats-Unis) - 1,278,000
7/ Theo Jorgensen (Danemark) - 605,000
8/ Magnus Persson (Suède) - 1,231,000
9/ James Keys (Angleterre) - 172,000

Un casting un peu décevant, pourtant ça promettait au départ de l'épreuve. Cinq Scandinaves, trois Anglais, un seul Américain. Des neuf finalistes,je n'en connais que deux.



Annette Obrestad s'est fait connaître pour son abilité sur les tournois multi-tables en ligne, nottament sur PokerStars et Full Tilt Poker. La Norvégienne a eu 18 ans l'année dernière et a donc pu faire ses débuts sur le circuit pro live. Je l'ai aperçue pour la première fois lors de l'EPT de Monte-Carlo en mars. C'est la première table finale majeure d'Annette aujourd'hui. Autour de la table, la poker face qui s'affiche sur son visage de gamine détonne. Comme dirait Yuestud, elle rappelle la petite boulotte timide que l'on a tous connu au collège. Sauf qu'Annette, au collège, elle gagnait déjà des fortunes aux cartes. On tient là le premier vrai talent féminin à emerger de l'univers généralement geeky du poker en ligne : les sponsors ne s'y sont pas trompés et les courtisans étaient nombreux. Elle a finalement signé cette semaine avec Betfair.

Le Danois Theo Jorgensen est un de ces joueurs un peu en retrait du circuit, qui reste en dehors du radar médiatique. Je me souviens de lui en table finale à l'EPT de Deauville en 2006. Il avait terminé quatrième, tout comme à l'étape de Copenhague en janvier dernier. Cet été, on l'a vu en finale de l'épreuve WSOP de Stud à 5,000$. Je ne connais pas grand chose de lui à part que c'est un ancien croupier expert en chip-tricks.

C'est tout pour les têtes repérables de cette finale. Les autres joueurs sont inconnus au bataillon, quelques recherches sur la Hendon Mob Database renvoient à quelques résultats par-çi par là, mais rien d'extraordinaire.

L'un de ces neuf joueurs va néanmoins remporter la première édition des WSOP en Europe, et sans nul doute se faire une place au soleil.

Parmi les 36 payés, éliminés aujourd'hui : Jamie Gold (27,000 livres, meilleur résultat depuis son championnat du monde), Erick Lindgren, Marco Traniello, Annie Duke, Kenny Tran, et surtout Patrik Antonius et Gus Hansen, dont tout le monde rêvait d'une accession commune en table finale après les avoir observés en direct sur le flux vidéo Internet tout au long du Day 3 . Gus fut le dernier sortant avant la finale, en 10e position : je pense qu'il aurait pu coucher ses Dames, son adversaire (McCullough) était une serrure de première catégorie.

Deux Français ont atteint l'argent dans le tournoi : un pro, Nicolas Levi (27e), et un amateur, Patrick Jouven (32e - qualifié sur Everest en quasi freeroll – bien joué pour un premier tournoi pro) Bilan maigrichon côté frenchies aux WSOP-Europe, donc, mais ils n'étaient pas très nombreux au départ. On peut esperer une affluence plus importante à l'EPT la semaine prochaine (toujours à Londres)

L'échelle des prix est un peu bizarre. Le premier sortant payé recevait 2,7 fois son entrée (d'habitude, c'est jamais plus que le double) Ensuite, la somme n'augmentait guère jusqu'en table finale. Ainsi, il n'y avait pas beaucoup de différence entre se faire éliminer en 36e place (27,000£) ou 10e (41,000£) Par contre, au sommet de l'échelle, c'est festival avec 1 million de livres pour le vainqueur.

Ce matin, le réveil n'a pas sonné et je suis parti à la bourre. Aussitôt la porte de l'appartement refermée, je réalise que j'ai oublié divers trucs importants comme ma carte de bus et la prise de mon ordinateur. Je n'ai pas la clé et dois donc prendre le métro jusqu'à Leicester Square (5 livres, 30 minutes), demander les clés à Jennifer, revenir à Hampstead (30 minutes), trouver le cordon au milieu du foutoir, reprendre le métro (30 minutes) et enfin m'installer en salle média. Ouf.

Aujourd'hui a partir de 14 heures (une heure plus tard en France), je vais couvrir la finale pour poker.fr en direct de la salle média, comme je l'avais fait à Vegas. Je vais raconter n'importe quoi et on va bien s'amuser.


Le titre WSOP échappe encore une fois à Gus

vendredi 14 septembre 2007

C'est un peu long

Il reste 84 joueurs au terme du Day2 du Main Event des WSOP-Europe, Day 2 qui a lui aussi été divisé en deux parties pour éviter d'éparpiller les joueurs dans d'autres casinos. (Je sens que cette histoire de tournoi en multiplex va s'en aller aussi vite qu'elle est arrivée).

Sans déconner, c'est le plus long tournoi tournoi à 350 joueurs que j'ai jamais vu. On a pas encore atteint l'argent après quatre jours. Au Rio, l'affaire aurait déjà été emballée depuis belle lurette. Confrontés à une épreuve plus petite que prévu, les organisateurs avaient le choix entre supprimmer un ou deux jours, où planifier des journées plus courtes. Ils ont choisi la seconde ce qui nous permet d'être rentrés à la maison vers deux heures du matin.

Pas grand chose à raconter, sinon, vu que les parties sont à peu près innaccessibles à 99%. Presque tous les français ont quitté le navire, à l'exception d'un amateur et d'un pro (Patrice Jouven et Nicolas Levi respectivement, avec des tapis corrects)

Les deux légendes Scandinaves Gus Hansen et Patrik Antonius, chip-leaders au terme de leurs journées respectives, vont se retrouver demain et le hasard du tirage au sort les a placés à la même table. En joker, avec un tapis réduit, un invité surprise... Daniel Negreanu. Deux possibilités : soit cette table sera choisie pour la diffusion en direct sur Internet (et là je vais camper en salle de presse pour ne pas louper un iota), où soit elle sera placée avec les autres sur le balcon (et je ne vais absolument rien voir). Gus Hansen est quand même hallucinant. Il arrive toujours à monter des jetons. A Vegas cet été, il a fait un flamboyant parcours lors du Main Event, terminant en 61e place. Demain, je prédis deux cas figure : soit il va rester au top et multiplier son tapis, soit il va sauter. Quand à Patrik Antonius, que dire qui n'a déjà été dit : c'est lui, la sucess-story du poker moderne. Beau, jeune, riche, imbattable au poker... et maintenant marié avec un enfant. Ah là là, que c'est beau. Et un homme de goût avec ça, puisqu'il est revenu en Europe tout récemment, lassé de Vegas au bout d'un an.

Pour le reste des 84 joueurs, les poids lourds sont nombreux. Le tournoi reste magnifiquement relevé en dépit de son écrin pourri. En vrac : Jeff Lisandro, la légende Johnny Chan, Lee Nelson, Hoyt Corkins, Jamie Gold (ha ha), une tripotée de Scandinaves (Jorgensen, Sointula, Hilm...), des gonzesses à gogo (Harman, Obrestad, Duke, Coren)... Ca promet deux jours passionnants avant la finale de Dimanche.
blanc
J'ai appris aujourd'hui que j'allais couvrir la prochaine étape de l'European Poker Tour pour poker.fr (après avoir manqué la première à Barcelone pour conflit d'agenda) Je serai donc de retour à Londres dans 10 jours. Si j'ai bien compris, les tables diffusées en direct sur le net pendant les EPT seront dorénavant diffusées en Français (jusqu'à présent, c'était seulement en anglais et allemand.) PokerStars veut que le lancement du programme ait quelque retentissement médiatique : ils paient donc pour la chambre d'hôtel pour inciter les médias à venir. Comme à Deauville en 2006. Un arrangement qui ne me dérange pas car cela signifie je serai bien acceuilli par les organisateurs qui ne chercheront pas à me jeter toutes les cinq minutes. En plus, l'EPT n'a pas signé de contrats exclusif avec un média en particulier, tout le monde est donc traité sur un pied d'égalité. Bref, I'm happy, je retourne à Londres dès la semaine prochaine.

mercredi 12 septembre 2007

Le tournoi le plus cher d'Europe

Le Day1 du Main Event des WSOP-Europe s'est terminé il y a quelques heures. Après deux jours de tournoi, on connait donc enfin les chiffres officiels et ils sont encore plus bas que je ne l'avais imaginé. Au final, ce sont 362 joueurs qui ont dépensé 10,000£ pour participer à l'épreuve. J'imaginais que le chiffre se rapprocherait plus de 450, tandis que Harrah's avait prévu de la place pour 750. C'est finalement moins de la moitié de ce chiffre qui est atteint. Le prize-pool s'en trouve considérablement réduit, mais la première place atteindra tout de même 1 million de livres (1,5m€), grâce à un petit ajout (50K£) de la part du sponsor Betfair.

Faut-il prendre cette affluence réduite comme une mauvaise nouvelle ? Impossible de ne pas ressentir une petite déception, que ce soit chez les joueurs, les médias, le public ou Harrah's. Les raisons possibles sont multiples. Manque de sats Internet ? Désaffection des WSOP après le mécontentement général exprimé à Vegas ? Prix elevé des tournois ?

Si l'on excepte la courte expérience des Monte Carlo Millions qui n'ont duré que deux ans, le Main Event des WSOP-E reste le tournoi le plus cher jamais organisé en Europe. En Mars dernier, c'est plus de 700 joueurs qui débarquaient à Monte Carlo pour la grande finale de l'European Poker Tour, qui m'avait laissé une forte impression. Enfin, je me suis dit à l'époque, on tenait notre version Européenne des World Series of Poker. On avait un truc pour concurrencer Vegas.

Maintenant que les vrais WSOP ont débarqué chez nous, difficile de ne pas faire de comparaisons entre ces deux épreuves. Rendez-vous compte par exemple que la salle Média du Sporting de Monte-Carlo est plus grande que l'espace dédié au tables à l'Empire, Fifty et Sportsman réunis. C'est plus d'une centaine de représentants des médias du monde entier qui y avaient cohabité durant une semaine sans le moindre problème.

Il y avait ce feeling dans l'air durant la grande finale EPT que quelque chose d'important se passait dans la grande Salle des Etoiles, qui reste pour moi le plus bel endroit où s'est jamais tenu un tournoi de poker (à part-peut être le Salon des Ambassadeurs à Deauville). Je fus parcouru d'un léger frisson au moment de la cérémonie d'ouverture du tournoi, quand les rideaux de la gigantesque baie vitrées se sont écartés, laissant apparaitre une spectaculaire vue de Mont-Carlo au son du Beau Danube bleu. Durant les 7 jours qui ont suivi, le poker observé fut tout aussi magnifique, et c'est au terme d'une des plus excitantes finales de l'histoire que Gavin Griffin empocha la somme record de 1,8 millions d'Euros. Au soir de la victoire de l'Américain, j'étais heureux d'avoir assisté à un des moments décisifs du poker Européens, et satisfait d'avoir travaillé dans des conditions exceptionnelles.

Aux WSOP de Londres cette semaine, aucun feeling de ce genre. C'est juste un tournoi de plus, bien organisé mais malformé de naissance, avec des tables éparpillées un peu partout, à côté du bar, devant les machines à sous, à l'autre bout de la ville. On se bouscule toute la journée, les joueurs sont sérrés comme des sardines autour des tables. C'est mal ficelé, quoi. Pourri dans l'oeuf. Le boulot a été baclé par Harrah's, et le résultat indigne d'un label aussi prestigieux que les WSOP.

D'un autre côté, si le field est réduit, il est d'excellent qualité. Je suppose que ce tout premier Main Event Européen ressemble de loin à ce qu'étaient les WSOP version Binion's Horseshoe avant 2003, avec un field composé en majorité de pros. Une époque que je n'ai pas connue, j'aurais bien aimé (vivement que les technologies soit au point pour la production en masse de machines à voyager dans le temps).

Côté organisation, on assistait à une première mondiale avec un départ du tournoi donné en simultané dans trois casinos du centre de Londres, le minuscule casino Empire ne pouvant contenir toutes les tables. Chez PokerNews, le média exclusif des WSOP, on préférait tenter de sauver les meubles en voyant les choses sous un autre angle, plus pervers : « Le tournoi était tellement gros qu'un seul casino n'a pas suffi pour l'accueillir. »

Bref, malgré le casse tête logistique qu'a provoqué le manque de place, ces deux premières journées (Day 1A et B) se sont déroulées sans encombre. Le nombre de niveaux a été ramené à quatre (au lieu de cinq) pour éviter qu'il n'y ait trop d'éliminations. Evidemment, si Harrah's avait su que l'affluence serait aussi basse, ils n'auraient utilisé que deux, voire un seul casino. Mais il était trop tard pour faire machine arrière quand ils s'en sont rendu compte, sans compter que cela aurait été un terrible constat d'échec. Chacun des trois casinos (Empire, Fifty, Sportsman) à donc été utilisé, avec respectivement sept, sept et neuf tables.

Trois minis tournois dans trois endroits différents. Un cauchemar pour les médias non-officiels, bien entendu. Impossible de me diviser en trois, sans compter que se déplacer de casino en casino coûtait un temps précieux. Au final, j'ai bien du faire un choix et ai passé l'essentiel de mon temps à l'Empire, n'allant visiter le Fifty que deux fois en deux jours, et laissant de côté le Sportsman, innacessible à pied.

Côté Français, il y avait un peu plus à se mettre sous la dent pour ce Main Event. Soulier, Bruel, Fitoussi, Fougan, Abécassis, Perrault, Rouas... Plus tous les qualifiés Everest, une des seules rooms à avoir fait tourner avec succès des sattelites. A ce sujet, les échos que j'ai eus de certains qualifiés sont assez catastrophiques. « Ah, ah, il est trop mauvais le mec d'Everest à ma table. Chaque fois qu'il regarde ses cartes je sais s'il va passer où pas. », m'a confié un joueur Français dont je conserverai l'anonymat. Venant d'un autre joueur : « Ouais, j'ai un gros pige à ma table, qualifié sur Internet, il a fait au moins 6 erreurs de relance. » J'en ai moi-même observé un dans l'après-midi : une vraie pile éléctrique, incapable de se concentrer et regardant ailleurs quand il n'était pas dans le coup. Yuestud, mon pote du marketing d'Everest en France, me confirmera : « Ils se sont presque tous qualifiés pour trois dollars donc c'est pas tous des lumières » Ceci dit, ne jetons pas le bébé avec l'eau du bain, puisqu'au moins l'un d'entre eux s'est admirablement bien démérdé à une table très difficile : Julien Berzatton, qui possédait un tapis de 55,000 en fin de journée (les joueurs commencent avec 20,000)

Ce clown de Bruel a terminé le Day 1A en quatrième position du classement provisoire. Il s'est amusé comme un petit fou tout au long de la journée. C'est ça que j'aime bien avec Patrick, quand les cartes lui sourient, c'est un vrai charmeur. Par contre, si il a le malheur de se prendre un bad-beat... Impossible en tout cas de lui reprocher de manquer de charisme. C'est un vrai acteur qui joue avec ses adversaires et sait se les mettre dans la poche avec ses blagues, clin d'oeil et chansons.


Patou fait la course en tête côté Français

Fabrice Soulier a signé pour un an avec un nouveau sponsor, une petite room du nom de ChiliPoker, basée à Malte et gérée par un Français, Alexandre Dreyfus, dont le pedigree m'échappe pour le moment. Bonne chance à eux. Dreyfus s'est aussi débrouillé pour recruter la ravissante Liz Lieu, récemment installée à Londres. Chapeau bas !

Thomas Fougeron a passé la journée en table télévisée avec Phil Hellmuth, qui a complètement éclipsé ses adversaires de par sa présence. Je crois qu'il ne s'est jamais arrêté de parler plus d'une minute. A la fin de la journée, il enchainait les verres de champagne et l'inévitable se produisit quand il en renversa un sur le carrelage avec fracas. J'en ai profité pour gueuler « bourré ! » à travers le studio. Hélàs, Fougan n'allait jamais parvenir à démarrer quoi que ce soit et serait éliminé vers 23 heures.

Le tout nouveau blog d'information PokerQG a publié un billet d'humeur dénoncant l'absence massive de joueurs Français sur l'ensemble de ces WSOP. Je me suis empressé de leur écrire pour apporter un eventail d'explications possibles :

1/ Les tournois sont chers et les joueurs Français avec les bankrolls necessaires restent peu nombreux.

2/ Le HORSE, personne ne sait y jouer en France, à part Bruno Fitoussi.

3/ Après avoir subi la pitoyable organisation des tournois WSOP de Vegas, beaucoup de joueurs n'ont surement pas eu envie de risquer de revivre la meme chose à Londres, surtout quand on considère que le continent Européen a déjà de belles compétitions existantes.

4/ Il y a des tonnes de compétitions déjà au programme en ce moment, où l'on joue dans des conditions plus confortables, au sein de destinations plus attirantes que Londres, et où il y a plus d'argent à gagner pour un cout de départ plus faible (EPT de Barcelone il y a une semaine à peine)

5/ Si l'on regarde les autres nations (excepté les Anglais), on peut constater aussi plusieurs absents de marque, montrant qu'il ne s'agit pas d'une exception culturelle Française. Ou sont les Johnny Lodden, William Thorsson, Martin DeKniff, Jan Slavik et autres Crister Johansson, pour ne citer que la Scandinavie ?

Le dernier point me semble important. A mon sens, il y a eu moins de joueurs Français à ces WSOP tout simplement parce que nous avons encore peu de pros Français. L'EPT de Barcelone a eu 15% de joueurs tricolores parce que PokerStars est très bien implanté en France, donnant l'occasion à nos joueurs de se qualifier en masse. Si l'on regarde chaque grande nation poker en Europe, on y trouve des joueurs qui ont décidé de passer leur tour. D'ailleurs, voiçi mon top 5 des joueurs Européens qui ont manqué cruellement à ces WSOP-E :

1/ Antony Lellouche
2/ Surinder Sunar
3/ Rob Hollink
4/ Jan Boubli
5/ Martin De Kniff

Johnny Lodden a failli faire partie de la liste, mais il s'est finalement pointé au dernier moment pour jouer le Main Event. Mon favori de longue date Henrik Ollander a fait une apparition surprise lors de l'épreuve de Omaha : cela faisait bien un an que je ne l'avais pas vu autour d'une table. Will Ma est revenu en Europe quatre mois après sa victoire au Grand Prix de Paris. Il n'a pas l'âge de jouer aux Etats-unis, ca incite à voyage. La nouvelle sensation Brian Townsend est aussi de la partie. Ce mec est déjà une légende après seulement deux ans sur le circuit online.

Doyle Brunson a sauté au bout d'une demi-heure, et des témoins racontent qu'il n'était pas au mieux de sa forme pokéristique. J'ai entendu qu'il lachait pas mal au Big Game. En décembre dernier, quand j'ai visité la Bobby's Room du Bellagio, les reçus des retraits effectués sur son coffre-fort au Bellagio trainaient par terre dans la Bobby's Room. J'en ai aperçu un signé de sa main pour un montant de 500,000 dollars (comme un con, je n'ai pas songé à ramasser l'object de collection)

Quelques collègues sont arrivés pour couvrir le Main Event. Il y a Courtney, de PokerFives, en provenance des Etats-Unis. Pas mal de Français aussi. Mon pote Maanu, de Team770, qui effectue désormais mon ancien job pour leur blog. Chapeau à lui pour avoir réussi à installer son ordinateur dans la salle du rez-de chaussée, alors qu'il ne dispose même pas de badge de presse. Il y aussi Jules Pochy, de MadeInPoker (le site qui monte). Il y a les rédac-chefs de CardPlayer France, que je n'avais jamais eu le plaisir de rencontrer. Georges Djen, mon boss à LivePoker, à fait un aller et retour express. Il m'a filé une copie du dernier magazine (Bruno Fitoussi en couverture... Avez-vous remarqué que les 3 mags majeurs ont tous mis Fitou en couv' le même mois ? Pas le choix, en même temps... C'est le plus gros résultat Français depuis 10 ans) On a discuté ensemble des articles à venir.

De manière générale, le boulot ne manque pas ces temps-ci, où du moins les propositions de boulot. Ces derniers temps, je suis en contact avec pas mal de monde qui a besoin de mes services pour un petit coup de main, une position freelance ou carrément un emploi salarié. Je n'ai que l'embarras du choix et le dilemme à venir va être justement de faire le bon (choix). Est-ce que les reportages en direct ont un quelquonque avenir avec la généralisation des deals exclusifs (WSOP/Bluff, WPT/Card Player) qui sapent la majeure partie de notre marge de manoeuvre ? Je crains que non. Il va peut-être être temps de passer à autre chose, de toute façon je me vois pas rester debout derrière une table de poker en train de prendre des notes pour le reste de ma vie.

Hier soir, pendant l'arrêt-dîner du Day 1B, j'ai mangé dans un resto chicos en compagnie de Nicolas Levi, ElkY, et Jacques, un sympathique et mysterieux personnage rencontré cette semaine. Semi-retraité après une carrière de PDG (traduction : l'argent n'est pas un problème), Jacques a relevé le challenge du poker de haut niveau, et est plus qu'heureux de sponsoriser des joueurs en devenir en échange de leçons, tout en tentant lui-même sa chance. Un vrai passionné, arrivé sur le tard, qui me raconte avec fierté un coup joué de main de maître à Vegas contre Negreanu en personne. Tandis que je m'empriffe de moules à la crème, Nicolas et ElkY font le debriefing de la journée, et je ne comprends pas la moitié de leur analyses au troisième, quatrième, voire 252e degré. Ceci dit, ça me donne la niaque pour me lancer aussi. J'ai envie de vérifier si, oui ou non, après deux ans passés à observer les meilleurs joueurs du monde de Vegas et d'Europe, j'ai fini par apprendre quelque chose. Pauly va disputer l'étape (pas encore annoncée officiellement) de l'Asian Pacific Poker Tour en Nouvelle Zélande, et j'ai bien envie de me qualifier aussi. Je compte me remettre activement sur PokerStars dès mon retour de Londres.

Demain, première partie du Day 2. Oui, le Day 2 se déroulera sur deux jours, une décision de Harrah's qui a sans doute voulu simplifier ce merdier en faisant jouer tout le monde à l'Empire. Comme le nombre de survivants dépasse légèrement le nombre de tables, il va falloir à nouveau couper en deux la journée.

Mon reportage continue sur poker.fr. Je suis assez frustré concernant mes photos qui sont nazes. La lumière à l'intérieur des casinos est impraticable. Même les pros se plaignent et sont obligés de déballer du matos ultra sophistiqué pour esperer capturer un cliché correct. Encore cinq jours de tournoi. Les journées vont problablement être plus courtes que d'habitude, vu le nombre de joueurs moindre que prévu.


Thomas Wahlroos fut l'un des rares à respecter le dress code à la lettre : bravo !

dimanche 9 septembre 2007

Quaaaaads



Thomas Bihl, premier vainqueur des WSOP-E
photo : Arthur Crowson pour PokerListings

Voilà, le tout premier bracelet des World Series of Poker en dehors de Las Vegas a été délivré hier vers quatre heures du matin. Quoi qu'on en dise, le moment était important. Si, si, je vous assure. A une table remplie de requins et de superstars du genre Jennifer Harman, Chris Ferguson, Kirk Morrison, Alex Kravchenko et Joe Beevers, surprise, c'est l'outsider qui a raflé la mise. Thomas Bihl, un jeune joueur Allemand au palmarès jusqu'à présent modeste, s'est battu comme un lion, pas intimidé par le calibre de ses adversaires.

Jennifer Harman était la meilleure joueuse de la table. Toute la journée derrière elle, son mari Marco Traniello et son meilleur ami Daniel Negreanu. En tête à tête, la victoire lui semblait acquise (elle possedait à un moment 90% des jetons), mais quelques erreurs sur la fin lui firent manquer un troisième bracelet. Visiblement frustrée, elle quitta le studio à toute vitesse aussitôt après le dernier coup, et ne participa pas à la remise des récompenses.

Kirk Morrison fut lui aussi gros chip-leader en milieu de partie. Il a ensuite concenscieusement laissé filer ses jetons, s'imbibant progressivement des cocktails qui arrivaient en flux tendu à la table. Dommage, dommage. Ceci dit, c'est un joueur épatant qui est revenu sur le devant de la scène de manière spectaculaire après un exil de cinq ans en Nouvelle Zélande.

L'ambiance de cette finale WSOP à l'Européenne était à des années lumière de celles de Las Vegas. Au lieu d'un public hurleur massé dans une gigantesque arène, on avait droit à un petit comité réuni dans la discothèque du casino transformée en studio de télévision pour l'occasion. En tête à tête, la traditionnelle arrivée du cash sur la table était absente. Les joueurs se sont affrontés dans le calme. Exit la tension qui règne parfois, la décontraction était içi de mise.


Table finale à l'Européenne : relax

La finale s'est étirée jusqu'aux petites heures du matin, à tel point qu'on commencait à se demander si ça allait finir avant cinq heures du matin, heure de fermeture du casino. Il n'y avait plus grand monde pour applaudir Thomas Bihl quand il brandit le bracelet. Il a prononcé quelques timides paroles, puis s'est prété au jeu de la séance photo avec un sourire forcé. Bref, une victoire germanique, tout en retenue.

Dans le même temps se déroulait l'épreuve de Pot-Limit Omaha à 5,000 livres (environ 7,500 euros). Elle a attirée un chouia plus de monde (156 contre 105 pour le HORSE), dont pas mal d'Européens, traditionnelement reconnus comme spécialistes de cette discipline. Ce qui, à mon avis, est peut-être vrai en cash-games mais pas en tournoi. Les épreuves de PLO à gros buy-in sont inexistantes en Europe (il me semble cependant qu'il y a un beau tournoi une fois par an à l'Aviation), et en fait, cette épreuve WSOP fut tout simplement le plus gros tournoi de PLO jamais organisé de notre côté de l'Atlantique, fait sur lequel Harrah's n'a pas manqué de s'extasier à grands renforts de communiqués de presse. On se console comme on peut.

Il y avait quelques Français, mais toujours pas assez à mon gôut, quand on considère que nous avons quelques très bons joueurs dans cette variante (Boubli, Lellouche, vous êtiez où, bordel ?). Abecassis a perdu un enorme pot sur le dernier coup du Day 1, sur un coup à 50/50, et fut éliminé rapidement le lendemain. Pareil pour Bruno Fitoussi. Bonne performance en revanche de Antoine Arnault, fils de son père milliardaire Bernard, qui a terminé en cinquième position.

La finale du PLO est encore en cours au moment où je vous écris (lundi, 3h17 du matin) Bruno Fitoussi et Isabelle Mercier sont passés dire bonjour. J'ai aussi vu Eloi Relange et Sabine Hazoume (de l'ACF). Tony G est encore en course, revenu de loin pour s'emparer du chip-lead. Je l'aime bien, le Tony. C'est un excellent joueur, et si son comportement enerve, à juste titre, ça donne toujours une exceptionnelle retransmission télévisée (aaah, WPT Aviation 2002 et 2004) Ceci dit, il s'est considérablement calmé depuis 2 ans. Et c'est un mec sympa dans le fond, du genre qui est pote avec tout le monde.

Fabrice Soulier a fait une apparition. Je ne l'avais pas vu depuis sa sortie du Main Event à Vegas en juillet. Rayan passait par là et à fait la grimace en serrant la main à celui qui a craqué sa paire d'As à la bulle de l'EPT de Barcelone. Ha, ha.

Mon collègue Guignol, avec qui j'ai bossé à Vegas pour WAM-Poker, était complètement bourré la majeure partie de la soirée d'hier, vociférant des invectives en direction des joueurs qui essayaient tant bien que mal de se concentrer. Il m'a invité à venir « se prendre une cuite » lundi soir, avant d'entamer une conversation d'alcoolique avec Tony G.

Guignol n'était pas la seule viande saoule qu'on pouvait croiser dans les couloirs du casino ce week-end. Chaque aller et retour entre l'Empire et la salle de presse me donnait l'occasion d'observer la vie nocturne de Leicester Square, surement l'un des quartiers les plus animés de Londres. La place est centurée de boîte de nuit et de fast-food ouverts jusque trois heures du matin, et deverse un flot permanent de fetards et de jeunettes habillés comme des prostituées.

Le retour en bus jusqu'à Hampstead est toujours un moment épique. Il y a les mecs bourrés, bien sur, en fait il n'y a que ça et nous sommes à chaque fois les seuls passagers sobres du double-decker. Il y a les mecs qui menacent le pauvre chauffeur de terribles représailles parce qu'il refuse de leur vendre un ticket (les distributeurs sont sur le trottoir, et quand le mec quitte le bus pour s'y rendre, le chauffeur démarre aussitôt, et les coups de pieds et coups de poings sur la paroi du véhicule fusent) Il y a aussi les mecs à moitié en train de dormir, dont tu te demande pendant tout le trajet s'ils vont finir par te vomir dessus. J'adore.

Un truc que j'adore de moins en moins, par contre, c'est faire l'aller et retour 30 fois par jour entre le casino et la salle de presse. Crevant. Enfin, ça va, j'ai la santé, hein. En plus, on rigole bien avec Owen et Arthur de PokerListings. Pour tout dire, c'est le bordel complet des fois dans la salle déserte. Je sors juste d'une partie de base-ball jouéd à l'aide de bouteilles vides et de boulettes de papier. Et l'on rejoue environ 50 fois par jour la scène du slowroll contre Mark Vos d'il y a deux jours dans l'épreuve de HORSE (voir post ci-dessous), en la rendant beaucoup plus dramatique. Dans notre version, Erik Dalby répète "Nice hand, nice hand, give him the pot" environ 10 fois avant de s'allonger sur la table en vociférant "Quaaaaaaaads" avec un regard de dément. Du coup, la salle de presse résonne de hurlements toute la journée, et les journalistes qui viennent d'arriver pour couvrir le Main Event nous jettent des regards en coin inquiets. Ils finiront par s'y habituer.

Sinon, je vous confiais l'autre jour mes déboires au black-jack et mon projet de diète qui s'en suivit. Eh bien, le total de mes dépenses ces quatre derniers jours s'élèvent à... une livre sterling. Un vrai survivor. Et comme j'ai gagné 2£ contre Owen à la suite d'un pari, j'ai en fait gagné de l'argent. J'ai fini par craquer ce matin au Subway, me payant un sandwich poulet pour 7,50£. Putain ! Ca fait plus de 10 euros, ils abusent pas un peu ? Ah non, on me fait signe dans mon oreillette que c'est normal içi à Londres.

Je profite allègrement du buffet gratuit tous les soirs, qui est parfois tout à fait jouissif. Hier,Bruno Fitoussi m'a invité au Chinois du casino, et Freddy Deeb nous a rejoints. Les deux finalistes du HORSE à 50,000$ sont de grands amis. Ils ont passé le repas à discuter de projets immobiliers. Bruno a commandé pour quatre, et j'ai eu peur qu'il aurait du mal à finir, mais non, il a effectivement mangé comme quatre.

Hier, j'étais encore dans un état pitoyable suite à mon rhume. Jennifer m'a trouvé un truc contre les allergies dans une épicerie, et aujourd'hui ça allait beaucoup mieux, même si je me suis réveillé baignant dans un litre de sueur.

Je suis prêt pour attaquer le gros morceau de mon reportage pour poker.fr : le Main Event à 10,000£, qui commence aujourd'hui à Midi. Il devrait avoir un peu plus de Français (du genre Fabrice Soulier ou Thomas Fougeron), et je compte bien leur donner le maximum de couverture médiatique. Ca risque quand même d'être compliqué, car le tournoi va démarrer dans trois casinos éparpillés dans le centre de Londres, en simultané. Je sens qu'on va s'amuser.


Antoine Arnault, fils de Bernard, réalise la première perf' Française des WSOP-Europe : 5e place du Pot-Limit Omaha à 5,000 livres, pour un chèque de 50,000 qui ne changera pas sa vie.

So sick

Il est actuellement cinq heures et demi du matin. Je vous écris dans un état de coma semi-végétatif, abruti par la fièvre et équipé d'un nez rouge et boursouflé coulant comme un robinet qui fuit. En clair, j'ai choppé une crève d'enculé. Les premiers signes sont apparus dès le réveil, quand je me suis rendu compte que je mouchais plus que raison. Quelques heures après mon arrivée au casino, mon état avait gravement empiré, et très vite j'avais épuisé le stock de serviettes en papier posées près de la machine à café.

Deux suspects dans cette affaire : la climatisation glaciale de la salle de presse et le chat dégeulasse de Dana. Je suis allergique à ces putains d'animaux. Il faut que je trouve une pharmacie demain pour me procurer des antihistaminiques. I hate life.

La table finale du HORSE a été atteinte peu après trois heures. Elle est de qualité tout à fait exceptionnelle, ce qui n'est ma foi guère surprenant vu la liste des joueurs qui étaient au départ hier. Kirk Morrisson, Jennifer Harman, Chris Ferguson, Alex Kravchenko, Joe Beevers... Ca risque d'être interessant.

Un qui ne fera pas la table finale, c'est l'Australien Mark Vos. Son compatriote Rayan Nathan était là pour le supporter. On a bu des mojitos au bar, tenant compagnie à sa fiancée tchèque (une bombe atomique, comme il se doit) J'ai vu un truc que je ne croyais pas possible sur un tournoi professionnel : Vos s'est fait « slowroller » par un papy de 77 ans, Eric Dalby. Pour les ceusses peu familiers avec cet obscur terme pokeristique, le slowroll est l'action qui consiste à faire croire à l'abattage que vous avez perdu le coup, juste avant de retourner un jeu imbattable. Moi, j'apelle ça « faire sa pute ». Je l'ai déjà fait une fois lors d'une partie à Lille il y a deux ans, et j'en ai encore des remords.

Là, Dalby a contemplé la paire de Rois de Vos pendant vingt bonnes secondes, éclatant de rire en disant « Jolie main. T'a gagné ». Puis, l'air de rien, il a retourné un carré de dix !

Aujourd'hui, les supersiveurs ont eu la bonne idée d'installer les joueurs au balcon, qui offre un chouia plus de place pour les observateurs. J'ai pu choper quelques clichés. Par contre, je suis un peu déçu de mon appareil photo tout neuf que je n'arrive décidement pas à utiliser. Il faudrait peut-être que je songe à consulter le mode d'emploi. J'ai gardé mon bon vieux compact Sony comme solution de rechange.

Demain (enfin, cet après-midi), finale du HORSE et début de l'épreuve de Pot-Limit Omaha qui s'annonce des plus excitantes. J'ai révisé activement le script d' « Eurorounders ». Les blagues vont fuser. Rendez-vous sur poker.fr, comme d'hab.


Mark Vos (à gauche) s'est fait enfiler


Poker au balcon


Attraction quotidenne à l'entrée du casino, les potiches du sponsor Betfair font la joie des touristes


Jennifer Harman est chip-leader au départ de la finale du HORSE

samedi 8 septembre 2007

Avec des jumelles

Hop, une journée de bouclée, sans doute l'une des plus étranges de ma courte carrière de journaliste poker.

Alors, c'est comment, les World Series of Poker Europe ? Hum, comment dire. Le titre est un peu usurpé, étant donné que je n'ai pas vu beaucoup de joueurs Européens au milieu des 105 partants. Faut dire que la variante du jour (du HORSE) n'est généralement pas très populaire chez nous, qui n'aimons ni le Stud, ni le Limit. Ca été marrant quand même de voir des pros Européens reconnus patiner joyeusement dans la semoule : Marcel Luske a réussi à sauter au bout d'une heure (un exploit assez incroyable pour un tournoi de Limit), Joe Beevers a reconnu n'avoir jamais joué au HORSE de sa vie (ceci dit, il a passé le premier tour, finalement). Heureusement, les Américains sont venus en force, traversant l'Atlantique et démontrant une loyauté pour le moins étrange à une corporation qui ne leur a guère fait de cadeaux ces dernières années. Ca fait un peu mal au coeur de constater que les Américains aient attendu la venue des WSOP pour venir nous rendre visite en nombre. J'espère que les Hellmuth, Mizrachi, Cunningham & co resteront un peu en Europe, pour pouvoirir que nous avons des tournois autrement plus beaux, et ce depuis des décennies, pour certains.

Il semble qu'à chaque nouveau tournoi que je couvre, les conditions de travail empirent, et la journée d'hier n'y faisait pas exception. Je me suis senti un peu comme le dindon de la farce en constatant que le casino n'a absolument fait aucun effort pour nous donner un accès convenable, chose que je peux comprendre cependant, vu qu'avec mes amis Owen et Arthur de PokerListings, nous étions les seuls médias non-officiels à couvrir la partie en direct. Encore une fois, nous avons eu la désagréable impression d'agir en intrus, alors que l'on essaie juste de rendre compte de l'action et, grosso modo, de faire de la pub pour le tournoi.

La salle ou se trouvait la majorité des tables est des plus minuscules. Une fois de plus, Harrah's a démontré son incapacité à trouver un juste milieu en choisissant de passer de l'infiniment grand (l'Amazon Room du Rio) à l'infiniment petit (l'Empire Casino). Il n'y a pas la moindre place pour circuler entre les tables, et on dispose d'environ six mètres carrés derrière le cordon. Les trois quarts des tables m'étaient complètement inaccessibles.

C'est donc avec l'étrange impression de regarder un film Roumain sans sous-titres que j'ai couvert le Day 1 du HORSE pour Poker.fr, en essayant de résoudre l'équation suivante : comment rendre compte du vide ? Je ne pouvais rien voir, impossible de prendre une photo convenable, bref j'ai fait du surplace. L'été dernier, à Vegas, j'avais tendance à piquer ma crise dans ce genre de situation. Mais après maintes réflexions sur le sujet, j'ai finalement conclu que s'enerver ne servait à rien, et ai donc adopté une attitude « rien à foutre » de bon aloi, essayant simplement de faire de mon mieux avec ce qu'on m'a donné, en conservation patience et sourire. Positive attitude, gros.

Alors voilà, je me retrouve avec un tournoi impossible à couvrir, et c'est d'autant plus frustrant qu'il est magnifique. Parmi les 105 joueurs, que des bons joueurs ou presque. PokerNews a fait le calcul : 35 d'entre eux ont au moins un titre WSOP, pour un total de 100 bracelets. Les tables sont belles, et rapellent la bonne époque du Binion's, ou l'on reconnaissait tout le monde ou presque dans la salle. L'ambiance est relaxée, la plupart des joueurs se connaissent bien, et les anecdotes fusent. Ca fait un peu mal au coeur de devoir regarder ça de loin.

Pas grand chose à dire du côté de l'organisation, sinon. La journée s'est déroulée sans incident majeur, mis à part peut-être les croupiers qui ont suscité quelques haussements de sourcils autour de plusieurs tables, à cause de leur lenteur et plus généralement de leur inexperience à donner des Studs.

Je ne risque pas de me plaindre de rester enfermé toute la journée, vu que je fais l'aller et retour entre le casino et la salle de presse environ 20 fois par jour. Cette dernière se trouve à 200 mètres de l'Empire. Réguluièrement, je dois donc traverser Leicester Square infestée par les touristes, carnet et appareil photo à la main. Comme je l'ai dit, peu de médias se sont déplacés (du moins pour l'instant, ca devrait changer la semaine prochaine pour le Main Event), nous avons donc une paix royale dans la salle de presse deserte avec PokerListings, et le travail se déroule dans la bonne humeur.

La partie, qui avait commencé à deux heures de l'après midi, s'est arretée peu avant deux heures du matin. La moitié des 105 partants avaient survécu. Côté Français : partie pénible pour Bruno Fitoussi qui n'a jamais eu son mot à dire et a sauté en milieu de journée. Partie « survivor » pour Montmirel, assis toute la journée à côté du grand Doyle Brunson, et qui termine avec deux fois le montant du gros blind. Enfin, partie de rêve pour Pascal Perrault, qui termine dans le top 5 après avoir éliminé en succession des petits joueurs du type Phil Hellmuth, Andy Bloch et Howard Lederer. Il commentera au terme de la journée : « Ben ouais mon pote, on est pas là pour branler les mouches », une citation que j'ai jugée trop vulgaire pour être incluse dans mes compte-rendus pour poker.fr.

En sortant, j'ai retrouvé Jennifer et Snoopy qui ont fait un boulot proprement extraordinaire pour PokerNews (le seul média officiel), avec des posts à pisser de rire toute la soirée. Ca change un peu des compte-rendus secs auquels on à l'habitude sur ce site. Les stations de métro sont fermées après minuit, nous avons du nous rabattre sur le bus pour rentrer à Hampstead. Joie et bonheur, c'est un « double-decker », je n'en ai jamais pris. Bien entendu, je m'installe à l'étage, au premier rang, et Jennifer passe le trajet à me pointer les différents endroits interessants qui jalonnent notre parcours, ce qui est pratique pour découvrir un peu Londres vu que le temps consacré aux activités touristiques risque fort d'être réduit au strict minimum cette semaine.


Le Casino Empire au beau milieu de Leicester Square


A l'étroit


Doyle Brunson a dormi à moitié durant toute la journée, pour la plus grande joie de François Montmirel, débarrassé d'un adversaire dangereux


La fierté de la presse Canadienne, j'ai nommé Owen Laukkanen


Le square Leicester, theatre de mes 20 aller et retour quotidiens entre le casino et la salle de presse

jeudi 6 septembre 2007

Euro Series of Poker

Les World Series of Poker, le plus gros et le plus ancien festival de poker, ont démarré hier soir au Casino Empire, établissement situé au beau milieu de Leicester Square, quartier horriblement touristique de Londres. Au programme, des mecs en costard, des potiches en robe de soirée, une petite sauterie d'inauguration avec champagne et petits fours, accompagnée d'un tournoi de charité, « Ante Up For Africa », organisé par Annie Duke. Discussions futiles, bruit des verres qui s'entrechoquent, un piano à queue dans le coin, le pince-fesses de base, quoi.

Bon, j'en reviens à l'instant, c'était nul. Les membres de la presse non-officielle n'ayant pas été conviés aux joyeuses festivités, j'ai du m'inscruster en douce comme un bon vieux crevard des familles, trompant la vigilance du gorille à l'entrée avec une maestria que je n'avais pas observée depuis le temps ou je piquais des disques à Auchan.

Chris Ferguson, Howard Lederer, Erik Seidel, Andy Bloch, Phil Gordon.... Les stars Américaines étaient en représentation autour des deux tables du tournoi caritatif, avec en vedette Phil Hellmuth qui tenait le micro pour annoncer l'action du tournoi, et surtout, expliquer en long et en large pourquoi il est le meilleur joueur du monde. Bruno Fitoussi était là aussi. Avec François Montmirel, c'est le seul Français que j'ai vu, pour l'instant. Nul doute qu'il ne veut pas manquer la première épreuve de demain. La dernière fois que Fitou à disputé un tournoi de HORSE, il s'est goinfré d'un million de dollars. Je ne sais pas trop à qui m'attendre , côté Francophone. Les tournois sont un peu chers, quand même. Y'a pas grand monde, meme parmi les pros, qui peut raisonablement se permettre d'avancer 5000 livres pour du Pot-Limit Omaha (7500 euros environ) et 10,000 livres pour le Main Event en No-Limit (15,000 euros, le tournoi le plus cher d'Europe, et presque même des States. Quand à l'épreuve de HORSE, si elle ne coute que 2,500£ (4000 euros), elle est reservée aux fanatiques de Stud (qui compose les 3/5e de la variante, tout de même), et les afficionados du Limit, un format qui n'a jamais vraiment percé en Europe. Les Américains sont venus en masse, annoncés à grand renfort de communiqués de presse. Les Européens vont-ils suivre ?

Les huiles de Harrah's, avec en tête mon cher ami Jeffrey Pollack (commissionnaire des WSOP), ont donc traversé l'Atlantique, et débarqué sur le Vieux Continent avec de grands discours du genre « Vous allez voir ce que vous allez voir ». Genre, nous les Européens, on sait pas trop s'y prendre pour organiser un tournoi, alors ils vous nous montrer comment qu'on fait. Genre.

C'est la toute première fois que les World Series of Poker quittent les USA pour se dérouler en terres étrangères. Ce festival vénérable, qui forge depuis presque quatre décennies des légendes et couronne chaque été des rois et reines du poker, a sacrément changé de gueule depuis sont rachat en 2005 par Harrah's, le plus gros casinotier du monde, devenant une grosse machine destinée à faire le plus de fric possible à tout prix, mais ça, vous le savez déjà, puisque je l'ai répété environ 2 millions de fois durant l'été.

Pollack est determiné à faire de ces WSOP-Europe le tournoi le plus prestigieux du Vieux Continent. Je veux pas faire le grincheux, mais avec la concurrence de l'EPT et son extraordinaire finale Monégasque de mars dernier, il va y avoir du boulot pour faire mieux. Déjà, avant même que tout soit commencé, les critiques se sont faites entendre concernant l'organisation. Harrah's a logiquement choisi d'organiser le tournoi dans ses propriétés Londoniennes. Exit donc le mythique Vic qui héberge entre autres l'étape Anglaise de l'EPT. Bienvenue à l'Empire, un banal casino sans charme particulier, beaucoup trop petit pour organiser un tournoi à plusieurs centaines de joueurs. Résultat, deux autres batiments ont été réquisionnés. Ainsi, pour la première fois dans l'histoire du poker de tournoi (si l'on excepte les premières éditions des WSOP dans les années 70 qui se déroulaient à la bonne franquette entre le Golden Nugget et le Binion), on va assister à une épreuve (le no-limit à 10,000£) qui se déroulera simultanément dans trois casinos éparpillés en plein centre de Londres. Je te dis pas le bordel logistique. Ca va être intéressant de voir comment ca se déroulera en pratique, ceci dit. Des joueurs Londoniens, tel que mon pote Keith « TheCamel » Hawkins, ont aussi pointé le fait que le personnel de ces établissements n'a aucune compétence particulière en matière d'organisation de tournois, et que les croupiers, pour parler poliment, craignent un max. Bref, les WSOP débarquent en Europe, mais en version cheap. Guère étonnant quand on connait la philosophie d'Harrah's (voir l'ensemble de ce blog). Mais bon, loin de moi l'idée de vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué : si les WSOP-Europe sont une réussite, je serai le premier à le crier haut et fort.

Mes chers confrères Jennifer et Snoopy de BlondePoker ont été embauchés pour faire partie de l'équipe de PokerNews, qui, comme à Vegas, aura les droits exclusifs de couverture de l'épreuve. Ils m'ont confié la dernière rumeur qui court du côté de Picadilly Circus, à savoir que le nombre d'inscriptions est aux dernières nouvelles très décevant : il est possible que les trois casinos ne soient pas remplis pour le Main Event, faute d'une affluence suffisante.. Mais ça, c'est top secret, qu'ils m'ont dit, ne le répète pas. Ah, merde, trop tard.

Désireux de me rincer la glotte et de profiter de l'open bar, J'ai joué des coudes pour atteindre le bar et choper une coupe de mousseux, bousculant Jamie Gold au passage, dont le visage de plus en plus couperosé n'a pas manqué de me faire sursauter. De son côté, Jennifer Harman avait du mal à faire comprendre sa commande au serveur, soulignant une fois de plus l'immense et infranchissable barrière linguistique qui empoisonne les relations entre Anglais et Américains. Je suis tombé sur François Montmirel, notre écrivain Français le plus prolifique de la planète poker, qui se prépare à disputer la première épreuve de demain, le HORSE à 2,500£. Nous ennuyant fermement de concert, nous sommes descendus dans le « pit » pour une petite session de black-jack. François est reparti en slip (un modèle « slip à poche » qu'il a du piquer à l'armée) et moi, en deux heures, j'ai réussi à essorer près de la moitié de l'argent liquide que j'avais dans ma poche en arrivant à Londres, 24 heures plus tôt. Résultat : il va falloir envisager une sérieuse diète durant les 12 prochains jours, vu que j'ai presque plus un rond pour me payer à bouffer. J'avais calculé un budget de départ assez sérré : 250 livres. En une journée à peine, il ne m'en reste plus que 70. Même en mettant de côté ma couteuse addiction aux jeux de casinos débiles pour dégénérés, cette ville est hors de prix, c'est clair. Paquet de clopes : 7 euros. Une pinte : 5 euros. Un aller simple en métro : 6 euros. Bon, tant pis, je dois faire régime, de toute façon.
Passons.

J'ai choppé le dernier métro de minuit et suis rentré à Hampstead, colline douillette au nord de Londres, et accéssoirement le point le plus élévé de la ville, dominant le reste de la capitale. C'est là que je me suis installé pour la semaine, dans l'antre de Jennifer et Snoopy (il ne s'appelle pas vraiment Snoopy, pour ceux qui se posent la question) L'appartement de ces bizarres Anglais (pléonasme) est à l'image du site pour lequel ils réalisent d'excellents reportages : bordélique mais attachant. Snoopy vit en couple avec Dana, une chanteuse et joueuse de banjo. Jouer dans le métro, ca paie pas le loyer (exorbitant, il va de soit), alors en attendant de devenir une rock-star riche et célèbre, elle bosse pour le DevilFish, rédigeant des communiqués de presse à la gloire du monsieur pour son site officiel. « J'en ai marre », qu'elle me dit. « Ca paie bien mais le DevilFish est insupportable. Un vrai pervers. Il ne fait que se vanter de ses exploits sexuels à longueur de journée, et me demande de mettre des jupes plus courtes. » Une percée dans la musique est-elle à l'ordre du jour ? « Je fais partie de la bande originale d'un film ! » Elle me montre du doigt le DVD qui traîne par terre : un film porno fétichiste. « On entend ma chanson durant la scène lesbienne. »

Snoopy est un vrai geek. On a passé à la nuit à regarder des vidéos des Superstars du Catch (c'est un gros fan), avant d'allumer la console pour une partie de Street Fighter II (le vrai, l'ancien, celui des puristes.) Il m'a légèrement mis la honte, d'ailleurs. Heureusement qu'on avait pas parié (je suis pourtant d'ordinaire prêt à miser gros sur ma maîtrise de Blanka.)

Sur une étagère, au milieu du foutoir, un gros chèque comme on en reçoit lors des jeux télévisés : Jennifer a remporté 5,000£ il y a quelques mois lors d'un tournoi organisé par le bookmaker Ladbrokes. Le mois d'après, elle gagnait un tournoi à 1,000€ à Dublin, pour un premier prix de plus de 33,000 euros.

Je me sens bien au milieu de ces personnages décalés, que j'ai appris à connaître et apprécier depuis 2 ans.

Les WSOP commencent demain, ainsi je ne disposais que de la journée d'aujourd'hui pour faire le touriste. Avec Owen et Arthur (PokerListings), on a marché jusque Buckingham Palace. Apparement, les gardes rouges avec leurs chapeaux ridicules étaient en grève. Après, on a poussé jusque l'abbaye de Westminster et remonté la tamise jusque Trafalgar Square. Mon guide Michelin en main, j'ai donné aux deux Canadiens un bout de cours d'histoire à ma façon : « Alors, à votre droite, les derniers vestiges d'une monarchie de merde.... Quoi, attends, les Reines on leur coupe la tête, en France. »

Rayan et Pauly, avec qui je viens de passer deux semaines pour le moins étranges à Amsterdam (dans le genre David Lynch), sont de la partie aussi. Rayan s'est payé la « bulle » à Barcelone la semaine dernière, et à choisi de passer son tour pour cette fois : il ne jouera pas le tournoi, préférant s'enfermer pour jouer sur PokerStars. De son côté, Pauly voyage avec sa copine Nicky : ils rempilent pour PokerNews.

Il se fait tard... Je me lève dans moins de cinq heures. Pas le temps de faire ce soir le total de mes gains/pertes de cet été à Vegas. Ca viendra. Dès demain, je vous raconterai mes premiers déboires aux WSOP. Plus que jamais, on va m'empecher de faire mon boulot correctement (les consignes destinées aux Médias sont encore plus strictes que d'habitude, on y reviendra plus tard.)

Ah oui, et je vous ai pas dit : la salle de presse se trouve dans un hôtel, à.... 200 mètres du casino. Il s'annonçe sportif, ce reportage.

Rendez-vous sur Poker.fr vers 14 heures. On va causer HORSE.

Puisqu'il faut bien faire le touriste une fois de temps en temps :


Picadilly Circus


Buckingham Palace. Le drapeau, ca veut dire que la Reine est là ou pas ?


Big Ben sonne toutes les heures depuis 150 ans


La Tamise. C'est moi où elle penche, leur grande roue ?


Trafalgar Square

lundi 3 septembre 2007

On reprend du service

Allo, y'a quelqu'un ?

Me revoilà après plus d'un mois d'hibernation. Les compte-rendus promis n'ont jamais été écrits, la faute à un manque de motivation assez démesuré depuis mon retour de Vegas.

Il est temps de se remettre au boulot. L'actualité est de retour, avec la reprise de la saison EPT et l'arrivée des World Series of Poker en Europe, que je couvrirai à partir de Jeudi pour poker.fr.

Je pars pour Londres demain, donc. Je suis assez enthousiaste à l'idée de visiter la capitale Anglaise pour la première fois. Un peu moins enthousiaste à l'idée de couvrir à nouveau les WSOP. Si c'est aussi bien organisé qu'à Las Vegas, ça devrait être un désastre. On verra bien. A bientôt.