mercredi 18 juillet 2007

Spéciale dédicace

C'est ainsi que s'achève mon périple de six semaines au Rio, et en même temps cette couverture des World Series of Poker 2007. Après avoir passé presque 45 jours consécutifs, où presque, au sein de l'Amazon Room, je vais retrouver une vie normale.

Chaque fin de tournoi me laisse toujours dans un état nostalgique. Je me sens vide et je me demande : “et maintenant, quelle est la suite ?” J'ai fini par m'habituer à la routine quotidienne et aux journées qui n'en finissent pas.. Comme ce prisonnier dans le film “Les Evadés”, qui, a sa sortie de prison, est incapable de retourner à la vie de tous les jours, je suis désorienté à l'idée de reprendre le train-train quotidien.... jusqu'au prochain tournoi.

L'Amazon Room, après avoir grouillé de vie 24 heures sur 24 pendant 6 semaines, s'est vidée à toute vitesse. Après avoir bossé et vécu à fond durant tout ce temps, je sais que la retombée va être brutale. J'ai passé pas mal de temps à me plaindre et à manifester mes frustrations, mais la réalité est là : l'effet de manque se fait déjà sentir. Je suis épuisé, mais je me retrouve en train d'en redemander.

Avant de passer à la suite, il me faut absolument saluer la rimbambelle de personnes que j'ai croisées durant ce marathon, et qui ont contribué à faire que l'expérience en valait largement la chandelle.

A tout seigneur tout honneur : en premier lieu, merci à tous les collègues avec qui j'ai passé toutes ces journées et ces nuits au Rio. Ensemble, on a bossé, mangé, fait la fête, rigolé comme des baleines, ralé, pesté, gueulé contre les organisateurs, on a échangé nos points de vue au cours d'interminables conversations. On a vécu, tout simplement, et chaque journée de plus passée côte à côte a renforcé des amitiés, qui, pour certaines, resteront indélébiles.

Spéciale dédicace donc aux talentueueses et chaleureuses personnes suivantes. Je vais surement en oublier, il y en a des pelletées :

-Toute l'équipe de Gutshot : Stephen Bartley, Ed Seviliano, David Lloyd, Jennifer Browning; Baron Von Toth (les meilleurs récits et photos, c'est à eux qu'on les doit),

-Bien entendu, la bande des Canadiens de PokerListings : Owen Laukkanen (un pote, un vrai), Matthew Showell, Jesse Clark, Arthur Crownson, Erin Warner, Martin Derbyshire, Lianna Shen,

-Les joyeux Anglais du blog PokerStars : Brad “Otis” Willis, le bouffeur de crayons de Keno, Simon Young et Neil Stoddart,

-Hervé-Martin Delpierre pour son soutien et ses encouragements, et son travail formidable,

-Les barjos de Wicked Chops Poker, ainsi que Lance de PokerBiz,

-Mes collègues de toujours, Jennifer, Adam et Chris de Blonde Poker,

-Dan Michalski de Pokerati, le dectective du poker,

-George McIntosh du blog PokerRoom,

-Jon de Pokulator,

-Les Allemands de HochgePoker,

-Sebastien de Poker770, allié Français dans cette galère,

-Gary Wise de Bluff Magazine,

-Jules Pochy de MadeInPoker, qui a supporté mes retards presque chaque matin,

Et tous ceux croisés de près ou de loin : dans ce business coupe-gorge qu'est l'industrie du jeu, je suis content de pouvoir affirmer avec certitude que les trous du cul sont extremements rares dans cette petite niche que sont les médias “poker”.

Et bien sur, merci à mes très chers amis Pauly et Kristin, qui ont mené l'équipe de PokerNews avec brio. Quels que soient les problèmes que tout le monde a eu avec les médias exclusifs cette année, ils ont fait un bien meilleur travail que Card Player en 2006.

C'est grâce à tous ces gens que j'ai toujours hâte de prendre la route à nouveau et que j'attends toujours avec impatience le prochain tournoi. Je râle, je pleure, je crie, je jure de tout quitter et de passer à autre chose, mais au final je finis toujours par en redemander.

Que serait un reportage poker sans la participation des principaux acteurs de l'histoire, les joueurs ? Sans eux, point d'histoire, point de substance.

Merci à tous ceux qui m'ont confié des anecdotes, qui ont passé du temps, lors des breaks, à la fin des journées, parfois très tard, pour me raconter ce qui s'était passé. Leurs victoires, leurs défaites, leurs coups de génie ou leurs coups de folie : j'ai pris un énorme plaisir à suivre les exploits des joueurs Français tout au long de ces 55 tournois. Et quelle année de rêve pour les tricolores avec 8 tables finales !

Spéciale dédicace, donc, aux joueurs de France et d'ailleurs, pour leur disponibilité et leur sympathie. Je suis fier de considérer certains d'entre eux comme des amis.

Thierry Cazals, Antony Lellouche, Thomas Wahlroos, Bruno Fitoussi, Stéphane Cohen, Cyril Bensoussan, Fabrice Soulier, Padraig Parkinson, Fred Leroux, Xavier Malandran, Gabriel Nassif, Jean-Marc Thomas, Matthew Graham, Guillaume "Johny001" de la Gorce, Antoine "Solody", Ludovis "Cuts", Samuel Monigadon, Stéphane Tayar, Thomas Fougeron, Pascal Perrault, Pascal Barrault, Bertrand "ElkY" Grospellier, Claude Cohen, Paul Testud, Nicolas Levi, Arnaud Mattern, Patrick Bueno, Patrice Boudet, Alexia Portal, David Lacoste, David Benyamine, Oriane Teysseire, José Barbero, Junior et Enzo des limpers.com, Jean-Philippe Piquette, Pierre Bergeron, Padraig Parkinson, Daniel alias "CasablancAA", Jerome Zerbib, Yann Cohen, Emmanuel Boucris, Nicolas Atlan, Patric "Crackus" Martensson, Davidi Kitai, Jan Boubli, Elie Marciano et Julien "NBK" Neumann.

J'en ai très certainement oublié, le contraire serait étonnant, tant j'ai fait de rencontres nouvelles et anciennes cette année.

Merci, evidemment, aux personnes grâce à quoi ce voyage a pu être possible, celles qui m'ont engagé pour bosser sur le tournoi : Michel Abecassis et Aurélien “Guignol” Guiglini pour WAM-Poker, Loic Sabatte pour Poker.fr, Fabrice Soulier pour MadeInPoker.fr et Georges Djen pour le magazine LivePoker. J'espère que j'ai été à la hauteur de leurs attentes. Mon travail n'a pas toujours été au top, mais je peux honnêtement dire que j'ai essayé de faire de mon mieux durant chaque journée et chaque nuit que j'ai passée au Rio.

Du côté de Harrah's, j'ai envie de remercier l'inestimable Nolan Dalla pour sa gentilesse et sa compréhension. Et c'est tout. Les seuls autres employés de Harrah's qui méritent mon coup de chapeau sont les petites mains qui ont travaillé chaque jour pour servir joueurs et médias. En particulier les croupiers, dont le boulot est l'un des plus difficiles qui soient, pour une récompense extremement modeste.

Merci aussi à Jeffrey Pollack pour m'avoir donné tellement de raisons de râler contre les WSOP : ca a donné quelques posts intéressants.

Merci à mes très chers amis Rayan Nathan et Rolf Slotboom qui m'ont hébérgé, me permettant de boucler de justesse un budget très sérré.

Enfin, merci à vous, amis lecteurs, d'être venus me lire si nombreux. Je ne me sens pas “bloggeur” dans l'âme, je n'aime pas écrire, et j'ai justement tenté cette expérience pour me forcer à écrire plus, un challenge qui m'a beaucoup plus demandé que je ne l'aurais cru. Chaque jour, j'ai passé au moins deux heures à rédiger tous ces posts, en extra. Je l'ai fait d'abord pour moi, mais j'ai rapidement été lu par des tonnes de gens, grâce à la publicité innatendue que j'ai reçue.

Merci, donc, à ceux qui ont parlé du blog et l'ont aidé à se faire connaître : Kipik, Eloi Relange, Laurent Dumont, et plein d'autres sites qui ont parlé de moi, en bien.

Comme disait Hunter Thompson, “buy the ticket, take the ride”. Ces World Series of Poker, c'était une virée sympa, finalement.

J'aimerais pouvoir montrer tout le monde, mais bon :


Avec Owen Laukkanen


Stephen Bartley (Gutshot)


Jennifer Mason (BlondePoker)


Ed Seviliano (Gutshot)


Brad "Otis" Willis (PokerStars Blog)


Avec Lianna Shen (PokerListings)


Snoopy (BlondePoker)


Rayan Nathan

Jerry Yang, un champion humble

Que dire ? Je ne sais pas.... J'ai juste envie de boucler ce truc le plus rapidement possible, et d'en finir.

Ce qui est sur, c'est que vous allez entendre parler de Jerry Yang dans les semaines à venir, ad nauseam. Vous avez aimé les discussions enflammées à propros des talents de Chris Moneymaker et Jamie Gold ? Alors vous adorerez la controverse qui s'annonce au terme de cette finale très étrange, la plus bizarre que nous a offert les WSOP depuis quelques années, faites de tapis préflop, de jeu aggressif et parfois incontrolé.

Je ne saurais vous dire si Jerry Yang est un génie ou un pigeon qui a eu la chance de sa vie. Certains coups sèment le doute. Mais je m'en fiche complétement. Jerry Yang est le nouveau champion du monde de poker, et n'importe qui arrivant à battre 6357 joueurs au terme de sept jours de combat mérite le respect intégral.

Point à la ligne.

Ce que je peux vous dire, par contre, c'est que les mots qu'a prononcés Jerry devant les caméras, le public et un parterre de journalistes, quelques minutes après sa victoire, m'ont touché droit au coeur. Il a parlé de son enfance au Laos, de comment il a du fuire la dictature, il a parlé de sa capture par le régime communiste, puis finalement, sa fuite pour de bon, vers les Etats-Unis. Avec humilité, Jerry a remémoré les moments où il a été chanceux durant le tournoi. Pour remercier le pays qui l'a acceuilli et permis de vivre à nouveau une vie normale, Jerry a annoncé son intention de donner un pourcentage de ses 8,5 millions de dollars gains à diverses oeuvres de charité.

Jerry a remercié Dieu, qui fut “à ses côtés durant toute la partie.” Il a remercié le public, les croupiers, les organisateurs, tout le monde.

Les 38e World Series of Poker sont maintenant terminées, et quoiqu'en dise, cet humble joueur amateur inconnu n'ayant jamais remporté de tournoi auparavant vaut bien n'importe quel tête d'affiche.

Après sa victoire, Jerry avait les larmes aux yeux, et moi aussi.



1st - Jerry Yang - $8,250,000

2nd - Tuan Lam - $4,840,981
3rd - Raymond Rahme - $3,048,025
4th - Alex Kravchenko - $1,852,721
5th - Jon Kalmar - $1,255,069
6th - Hevad 'Rain' Khan - $956,243
7th - Lee Childs - $705,229
8th - Lee Watkinson - $585,699
9th - Philip Hilm - $525,934

(photo : Matt pour PokerListings)

mardi 17 juillet 2007

La der des der

Aujourd'hui se déroule l'ultime table de l'ultime tournoi des World Series of Poker 2007. Je suis en salle Média pour suivre la finale en direct. Ce post sera régulièrement mis à jour tout au long de la journée.... N'hésitez pas à appuyer sur la touche F5 de votre clavier pour rafraichir la page.

12h00 - Arrivée au Rio avec Ed, par la porte de derrière. La salle Médias n'est pas trop encombrée et je m'installe sans problème. Dernière journée avec les collègues après 45 jours passés ensemble. Poker Listings, Blonde Poker, PokerStars Blog, Wicked Chops, Poker Biz, PokerRoom... Ils sont venus, ils sont tous là.

12h20 - La finale commence dans l'Amazon Room. Je suis dans la salle Médias et comme la télé est éteinte, je n'ai aucune idée de ce qu'il se passe.

Les hauteurs des tapis au départ :

Seat 1 - Raymond Rahme - 16.32 million
Seat 2 - Alex Kravchenko - 6.57 million
Seat 3 - Lee Childs - 13.24 million
Seat 4 - Jerry Yang - 8.45 million
Seat 5 - Lee Watkinson - 9.925 million
Seat 6 - Tuan Lam - 21.315 million
Seat 7 - Philip Hilm - 22.07 million
Seat 8 - Jon Kalmar - 20.32 million
Seat 9 - Hevad 'Rain' Khan - 9.205 million

12h40 - Je pénètre à l'intérieur de l'Amazon Room. Comme prévu, le petit podium a été laisse en l'état : il n'y a bien evidemment aucun siège de libre et je n'ai pas de place réservée, contrairement à l'an passé. Il y a des télés un peu partout dans la salle, mais elles ne diffusent que l'image de la caméra suspendue au dessus de la table, utilisée pour montrer les flops. Environ 200 personnes font la queue, avec le vain espoir de choper une place dans les gradins. Commentaire d'Owen : "C'est naze".


Comme vous le voyez, je suis aux premières loges pour suivre l'action

12h50 - J'achète un paquet de chips, des biscuits Oréo, et une salade de morceaux de fruits coupés en dés. C'est trop bon.

13h00 - La télé est toujours éteinte en salle média. Je ne vais pas dépenser 20$ pour regarder la finale sur Internet avec une connection de tortue, donc le seul moyen de savoir ce qu'il se passe est de lire les mises à jour de Poker News.

13h27 - Enfin, le direct de la table finale vient de démarrer sur la télé de la salle Média. Nous assistons en direct à la première élimination de la journée. Surprise : il s'agit du chip-leader au départ de la table finale, Philip Hilm, qui envoie au turn avec une paire plus un tirage couleur. Il y a 40 millions au pot et c'est Jerry Yang qui ramasse avec sa top-paire, top kicker (As-Roi).

13h30 - Owen cherche un titre rigolo pour annoncer l'élimination de Hilm sur PokerListings (ils publient systématiquement des jeux de mots rigolos quand un joueur sort) Ma suggestion de "Hilm Hammered" est publiée cinq minutes plus tard.

13h35 - Pause toilettes : merci à Pauly de m'avoir indiqué la localisation des chiottes secrets du Rio, où je peux faire ma transaction tranquillement sans être dérangé, tout en lisant le dernier numéro de Bluff Magazine avec Phil Hellmuth en couverture (bof bof)

13h57 - Lee Watkinson est éliminé en 8e place, à tapis preflop avec A7 contre le A9 de Jerry Yang. Il y a 20 millions au pot. Jerry a relancé depuis le petit blind. Lee a poussé son tapis de gros blind. Jerry a réflechi plusieurs minutes avant de faire un excellent call. Jerry Yang étend son chip-lead d'une manière très "Jamie Goldienne" et passe à 55 millions en jetons. Il a presque la moitié des jetons de la table alors qu'il reste encore 7 joueurs.

13h58 - Un employé du Rio pousse un plateau de sandwichs dans la salle Médias. Miam.

14h20 - Tout en gardant un oeil sur l'écran de télé, je commence à rediger le récit de la journée d'hier, qui fut, c'est le moins qu'on puisse dire, riche en émotions fortes. Ca sera publié en dessous de ce post, d'içi la fin de la journée.

14h28 - Jerry Yang surrelance Lee Childs à tapis. Celui-ci paie après une longue réflexion. Il retourne Roi-Valet dépareillé. Yang retourne Valet-Huit de pique, et, etonnamment, brandit les poings comme s'il avait le meilleur jeu (ce qui n'est clairement pas le cas). Un huit apparait au turn et la salle Média érupte aux cris de "lol @ donkaments". Childs manque son tirage couleur sur la dernière et est le troisième sortant en deux heures de jeu. Tous les trois se sont fait sortir par Jerry Yang. Je me demande à voix haute quelle est la nouvelle ligne de pari concernant la fin de cette finale : 17 heures, peut-être ? Cette finale commence à prendre une tournure pour le moins étrange.


En direct depuis la salle Média

14h30 - Pause de 20 minutes. Pauly vient nous dire bonjour en salle média. En sa position de reporter pour PokerNews, il est le seul et l'unique à couvrir la finale de près, au bord de la table, avec son collègue BJNemeth.

14h48 - Les hauts parleurs diffusent la radio de Bluff Magazine, ils commentent l'action en direct. Nolan Dalla répond aux questions des auditeurs, il commence à me casser les oreilles.

14h55 - Reprise de la partie.... Rappelons que 3 joueurs ont sauté en 28 mains à peine. C'est n'est pas d'un crapshoot pour pigeons qu'il s'agit, mais bien de la finale du plus prestigieux tournoi de poker du monde. Quoique, des fois, j'ai des doutes.

14h59 - Précision de Simon Young du blog PokerStars : "Yang possède 49% des jetons en jeu."
Il a 62 millions de tapis, son concurrent le plus proche est Tuan Lam avec... 20 millions. Les blindes sont de 150,000/300,000 avec 40,000 d'ante.

15h00 - Tikay de BlondePoker : "Jerry Yang is Jamie Golding that final !"

15h10 - Pause clope avec George Mcintosh de PokerRoom. Plus que jamais, canicule complète içi à Las Vegas, ou seulement 2 minutes en plein soleil sont suffisantes pour te donner l'impression d'être dans une cocotte-minute.

15h43 - Un mec de Bluff Magazine m'a entendu parler avec Dan (Pokerati) du lien pirate permettant de voir la finale gratos sur Internet. Il a aussitot bondi sur son téléphone. Bien entendu, j'ai refusé de lui donner le lien et l'endroit où je l'ai trouvé. Avis aux mecs du ClubPoker : si la vidéo se coupe brutalement dans les minutes qui viennent, c'est à moitié de ma faute. Moi et ma grande bouche... Je suis quand même stupéfait qu'ils ne soient pas au courant que ce genre de piratage existe.

15h56 - Encore un showdown à tapis préflop ! L'homme du KGB, le Russe Alex Kravchenko, vient de doubler son tapis avec Roi-Valet de pique contre la paire de 3 de Henad "Rain" Khan, qui se retrouve du coup en bien mauvaise posture. Je reste persuadé que Kravenchko est apparu dans le film "Les Joueurs" dans la scène ou Edward Norton triche contre les deux Russes au Chesterfield Club.


RainKhan, calmé après cette coin-flip perdue

16h08 - J'ai retrouvé le meilleur thread jamais crée sur le forum US 2+2

16h12 - Un type passe dans la salle Média pour offrir des trucs gratuits marqués "Bicycle". J'ai reçu une thermos à café. Trop bon.

16h16 - Incroyable ! Décidement, cette finale du Main Event 2007 ne nous épargne aucun rebondissement rocambolesque.

Jerry Yang relance avant le flop, et RainKhan surrelance depuis le petit blind, lui laissant à peine 3 millions derrière. C'est payé par Yang.

Avant même que le flop ne tombe, RainKhan annonce qu'il est à tapis "dans le noir" !

"Du jamais vu depuis la finale 1984", annonce l'historien du poker Gary Wise.

Le flop apporte un Roi, un 2 et un 4. Jerry Yang paie rapidement et retourne deux Valets. Il a vu juste : RainKhan a manqué son flop avec As-Dame. Le turn est un 3 : Rainkhan a trouvé un tirage de quinte. Il peut toucher sur la rivière un As, une Dame ou un 5 pour survivre.

"Pitié, pas ça", supplie Matt de PokerListings. Il n'a rien contre RainKhan mais comme nous, il n'a qu'une envie : que cette finale se termine le plus vite possible.

La rivière est un 3 : soupir de soulagement en salle de presse, tandis que l'instoppable Jerry Yang élimine son quatrième adversaire d'affilée en moins de 60 mains.

16h38 - Suite de l'épisode du canal Internet pirate : je reviens en salle Média pour trouver une carte de visite glissée sous mon ordinateur. Au dos, un message de Dan (Pokerati), me demandant discrètement l'adresse de mon blog pour que l'espion de Bluff ne nous entende pas. On se croirait dans "Les Hommes du Président", j'adore.

16h39 - A la vue des chip-counts les plus récents, il me semble que Jerry Hang est favori pour remporter ces putains de championnats du monde, mais je peux me tromper :

Seat 1 - Raymond Rahme - 15.955 million
Seat 2 - Alex Kravchenko - 5.17 million
Seat 4 - Jerry Yang - 73.04 million
Seat 6 - Tuan Lam - 19.915 million
Seat 8 - Jon Kalmar - 13.405 million

16h59 - Yang continue de jouer large et double Kravchenko avec Valet-Dix contre As-Dix. Cette fois-ci, par de miracle pour Yang. Le Russkof double son tapis. Déception en salle média. Bon Dieu, torchez-moi ce tournoi en vitesse.

17h11 - Un joueur de plus prend la porte de sortie : pour la première fois, ce n'est pas Jerry Yang qui s'en charge. John Kalmar se retrouve à tapis contre Raymon Rahme. Les mains, respectivement : As-Roi et paire de Valets. Un bon vieux coup à 50/50 comme on les aime. Massés devant la télé, nous prions silencieusement pour un tout petit flop. C'est exactement ce qui se produit, et John Kalmar est éliminé en 5e position. Il remporte un million, en gros.

Est-ce que cette loterie a une chance de se terminer avec la pause dîner ?

17h34 - Pause de 10 minutes pendant lesquelles j'écoute en boucle cette chanson (une reprise ?) de Paul Weller. Trop bon.

17h43 - Je me suis dit qu'une photo de Lacey Jones vous ferait plaisir. Elle réalise les interviews des joueurs pour le site officiel des WOSP. Je la croise tous les jours en salle de presse. Merde, je viens de baver sur le clavier. Elle parle Français couramment. Extrait du dialogue que j'ai pu avoir avec la demoiselle :

Moi : "Gniiiiii..... Graaaaaah.... Beuuuuuh"
Elle : "Je vous demande pardon ?"



17h47 - La température en salle de presse est actuellement de 12° environ (Lacey n'est pas là). Je crois que je suis assis trop près du climatiseur. Il faut que je sorte me réchauffer un peu.

18h09 - Une fille vient me voir, se présentant comme venant d'ESPN (la chaine qui diffuse les WSOP) et me demande où peut-on trouver les liens pirates de la table finale. Je lui réponds vaguement que j'ai trouvé l'info sur le forum 2+2. (Les modos de ce forum ont depuis effacé le lien)

18h14 - Garée juste devant l'entrée de service, la BMW de cet enfoiré de Jeffrey Pollack. Le bloggeur de PokerPages, Justin West, contemple l'engin à 80,000$ et commente : "Si je devais choisir une seule bagnole à rayer avec mes clés...."



18h17 - J'ai beau raler depuis 6 semaines sur le traitement imposé aux médias non exclusifs, force est de recconaitre qu'Harrah's ne nous laisse par mourir de faim :


Un buffet tous les jours depuis le début du Main Event, merci Harrah's, mais sinon j'ai le droit de regarder la finale ? Non ? Ah bon...

18h22 - L'envoyé de la mafia Russe, agent double tueur de Yankees durant la Guerre Froide, et accessoirement excellent joueur de poker Alex Kravchenko vient de doubler contre Tuan Lam au cours de.... devinez quoi ? Oui, c'est bien ça, au cours d'un coup à 50/50 à tapis avant le flop. Quelle surprise ! Paire de 3 pour Popov contre Roi-Dame pour Tong : un 3 au flop donne la gagne et le pot de 19 millions à notre ami Soviétique. Il a été joint au téléphone par Mikail Gorbatchev, qui lui aurait dit : "le Kremlin compte sur toi, camarade"

18h32 - Extrait de Pokerati.com : "Somewhere out there the ESPN live feed can be seen for free. Benjo informed us of this with his angry Frenchman’s smirk, and when ESPN’s Andrew Feldman, with great concern, asked for the link, Benjo responded [thick accent here], “I am note go-eeng to tell you!”" Allez Dan, je te rajoute dans la liste des potes.

18h39 - Miracle ! On commence à voir des flops. Quelqu'un a du venir leur dire que ça joue comme des pieds et que l'on assiste là à la finale la plus rapide de toute l'histoire des WSOP. Vont-ils faire durer le suspense afin qu'ESPN obtienne assez d'images pour le montage télévisé ?

18h51 - Johnny Chan est arrivé pour coacher Jerry Yang. Toujours dans les bons coups, celui-là... Y'a du pourcentage dans l'air ! Chan, double champion du monde 87/88, doit être de bon conseil puisque ses tuyaux avaient mené Jamie Gold vers la victoire l'an passé. Si Yang remporte le Main Event, Johnny Chan pourra s'adjugera le titre de double champion monde du monde des coachs 2006/2007 !

19h00 - Les quatre joueurs restants sont partis bouffer (ensemble ?), ils reviendront dans une heure et demi. 91 mains ont été jouées en 6 heures de jeu, pendant lesquelles 6 joueurs ont subi l'élimination. En 2006, la finale avait duré 236 mains.

19h03 - J'ai faim aussi, je m'en vais manger avec PokerListings chez les Irlandais du Rio : au Tilted Kilt. A+

20h34 - Les joueurs sont de retour, et moi aussi. J'ai passé la dernière heure à ingurgiter sans vergogne aucune des "Hair Pasta" (pâtes très fines, sauce tomate) avec des morceaux de blanc de poulet à mourir de bonheur. Il fait toujours aussi froid dans la salle de presse, de quoi mourir aussi, mais pas de bonheur, bordel.

Sinon, j'enverrai une photo dédicacée de Lacey Jones au prochain lecteur qui postera un commentaire comportant le mot "choucroute".

21h12 - Tuan Lam double son tapis contre Jerry Yang. Barry Greenstein en personne est venu apporter the "Ace on the River". Hé ouais.

21h45 - Jerry Yang continue d'etre généreux avec ses jetons. Cette fois-ci, c'est Ivan Drago, euh, Alex Kravchenko qui en est l'heureux bénéficiaire, avec un sympathique et facile double-up avec deux Rois contre As-Dix. Du coup, les tapis s'équilibrent :

Seat 1 - Raymond Rahme - 30.45 million
Seat 2 - Alex Kravchenko - 27.6 million
Seat 4 - Jerry Yang - 47.725 million
Seat 6 - Tuan Lam - 21.7 million

22h08 - J'ai craqué... Le vent frais de l'air conditionné dans la salle Média... J'en pouvais plus. J'ai demandé de l'aide au garde de sécurité posté à l'entrée, qui a appelé du renfort qui n'est jamais venu. Finalement, j'ai été obligé de faire quelque chose que je m'étais juré de ne jamais faire durant ces WSOP : donner du pognon à ces enfoirés d'Harrah's, en allant acheter un pull à la boutique officielle du tournoi. J'en ai cherché un blanc, mais il n'y avait que des grandes tailles : XXL. Ces idiots d'Américains sont tellements gras qu'il y a plusieurs déclinaisons : 2XXL, 3XXL.... et ce jusqu'à 6XXL (véridique !) Bon, le sweat rouge est sympa, mais ca me fait vraiment mal au cul d'engraisser les fossoyeurs des WSOP. Le vendeur m'a fait une réduction en voyant mon badge presse, j'ai payé 34$ au lieu de 40.


Ca va mieux comme ça

22h14 - Comme nous le rapellent toutes les deux minutes les animateurs de Bluff Radio, les World Series of Poker sont sponsorisés par Milwaukee's Best Light, officiellement la bière la plus dégeulasse de tout le continent Américain. Mais comme ce sont eux qui ont offert le plus d'argent à Harrah's, ils ont été tout naturellement choisi pour representer le plus gros tournoi de poker du monde.

22h17 - Un scoop en exclusivité mondiale : la suite du mythique film pokéristique "Les Joueurs" ("Rounders" en VO) est en cours de tournage.... en Europe ! Des extraits du script -intitulé fort justement "EuroRounders" - en Anglais, sont disponibles en cliquant le lien suivant. Lecture obligatoire pour ceux qui connaissent le film par coeur. Les autres auront peut-être un peu du mal à suivre les nombreux rebondissements de l'intrigue de cette oeuvre cinématographique qui s'annonce déjà comme un grand succès à Monte-Carlo (entre autres)

22h46 - Pause de 20 minutes, l'occasion d'une petite clope dehors en compagnie de divers employés du Rio. Les gardes de sécurité chargés d'apporter le cash sur la table lors du tête à tête final ont été appelés en catastrophe en milieu d'après-midi, vu le rythme de l'action à ce moment. Maintenant que la partie s'est considérablement ralentie, ils se tournent les pouces en attendant la délivrance. Un superviseur se plaint de la lenteur que prennent les joueurs pour agir. Bon, un petit geste, messieurs les finalistes : grouillez-vous, bordel ! Et arrêtez de refléchir une heure avant de jeter votre 7-2 dépareillé après une relance.

23h09 - OK, pour la première fois, le mec à tapis est largement derrière, nous donnant à tous un immense espoir de voir la finale se diriger vers sa conclusion. Eh ben non, puisque le petit tapis en question, Tuan Lam, a chatté comme un porc angevin avec As-5 de coeur contre les deux Dames de l'ami Raymond. Un As tombe sur le flop, sauvant Tuan de l'élimination.

Extraits sonores en salle Média :

"-Bordel de merde."
"-Sans déconner."
"-Fuck me !"
"-C'est une blague ?"
"-Ca va jamais finir."
"-Je dois faire caca." **

** pour cui là je suis pas sur

23h35 - Hum... Je viens de me faire "rickroller" par Ed après avoir cliqué un peu trop vite sur un lien qu'il m'a envoyé par MSN. Ce n'était pas un lien Youtube, donc je ne me suis pas méfié. Le volume de mon ordi était à fond, je me suis fait foutre de ma gueule par toute la salle Média. Pour les ceusses qui ingorent ce qu'est un rickroll, cliquez içi et puis aussi là.

23h57 - Je viens de faire un tour à l'intérieur de l'Amazon Room, histoire de voir si je pouvais m'inscruster sur le podium. Mes couilles ! Y'a pas moyen, me suis fait jeter par un agent de sécu gaulé comme le père Dodu. Toute façon, ça dort, là dedans, on est bien mieux en salle de presse.

Les chip-counts n'ont pas trop bougé depuis un moment :

Seat 1 - Raymond Rahme - 23.9 million
Seat 2 - Alex Kravchenko - 20.2 million
Seat 4 - Jerry Yang - 51.275 million
Seat 6 - Tuan Lam - 32.1 million

Du coup, je vais vous parler d'un sujet autrement plus intéressant : les sucreries dont je vais m'empiffrer d'içi une minute :



Dans le fond, vous noterez le visage égrillard de Neil, le photographe du blog PokerStars, à la vue de mes roboratives victuailles. Il a bien raison, le bougre : disons-le sans détour, les chips de Miss Vickies sont tout simplement les meilleurs du monde. Quand aux M&M's, leur réputation n'est plus à prouver. Je suis plus réservé quand au Pepsi, que j'ai toujours trouvé faiblard par rapport au Coca-Cola. Cette dernière boisson est, étrangement, quasiment impossible à trouver à Vegas. Pepsi aurait t-il remporté la bataille qui l'oppose au géant d'Atlanta ? Mais j'en sais rien, moi, arretez avec vos questions, bordel.

00h22 - Autant vous le dire tout de suite, c'est pas la joie en salle de presse... Encore un short-stack, l'ami Raymond Rahme, qui se retrouve aux portes de l'élimination, à tapis largement derrière avec As-Dame contre les deux Dames de l'ami Jerry.

Et boum ! L'As au flop ! Il n'en restait plus que 3 dans le paquet !

Les connaisseurs se rappelleront que Joe Hachem avait survécu une situation parfaitement identique en décembre dernier lors de la finale du WPT du Bellagio. J'y étais, et ai encore en mémoire les tremblements qui avaient secoué la salle entière quand la dernière Dame du paquet était tombée sur la rivière pour sauver Hachem et l'emmener vers la victoire.

Rien de tout ça içi : le turn et la rivière sont sans danger, et Raymond double son tapis : il reste quatre joueurs, et c'est toujours le statu-quo.

"Parfait !" gueule Schronk de PokerNews ! "J'avais pas envie de rentrer chez moi, de toute façon. Je commence à m'attacher à cet endroit"

Le chip-lead de Jerry Yang a fondu, sur un coup de malchance, mais bon, il a été lui même chanceux de nombreuses fois aujourd'hui, alors bon... Pour Raymond, c'est l'inverse : il chatte comme un cocu après s'être fait défoncer contre le As-5 de Tuan Lam. Bref, chacun son tour (comme à Confesse, dirait ma mère)

00h30 - Phil Hellmuth commente l'action pour Bluff Radio et remarque : "J'avais prévu d'aller jouer en cash-games ce soir, mais on dirait bien que je vais rester en votre compagnie."

"Tant mieux pour toi", je lance à travers la salle de presse. "Un peu d'argent d'économisé !" [rires]

00h36 - C'est décidé : si dans une heure, ce machin n'est pas terminé, j'attaque la bière. Simon et Otis approuvent l'idée.


Couverture en direct devant la télé : au plus près de l'info, coco

00h55 - Je suis systématiquement prévenu des gros coups par les cris des collègues placés le plus près de la télé. Pour la énième fois, deux des finalistes sont à tapis avant le flop. Je me précipite. Sur l'écran, je ne vois que les jeux étalés sur le tapis : As-Roi contre paire de 8.

Je m'enquiers : "Euh, qui c'est qu'on encourage, là ?"

"-Il faut que les 8 tiennent pour qu'on se sorte un peu de ce bourbier."

Il s'avère que Jerry est l'heureux possesseur de cette paire de 8. Je dis "heureux", car il obtient de suite un troisième 8 sur le flop, scellant l'élimination du kolkhoze Kravchenko en 4e place. Il ramènera à Moscou 1,8 millions de dollars qui seront réinvestis dans la traite des blanches et le commerce de drogue avec des pays anciennement d'obédience communiste*.

* note : cette information n'a pu être vérifiée avec certitude, mais y'a quand même des chances que ce soit vrai**
** c'est pas vrai

01h19 - Avant le départ de la finale ce matin, des tas de paris ont été lançés, nottament en ce qui concerne l'heure à laquelle la partie allait se finir.

Phil Gordon, ce pigeon, avait établi l' "over-under" à 5h30 du matin (chacun des deux parieurs choisit son camp : en dessous ou au dessous de cette heure) Gordon a choisi l'over, estimant que la finale allait se terminer après 5h30.

Pigeon ! Nolan Dalla, directeur de la com' des WSOP, s'est empréssé de prendre le pari avec Gordon, pour plusieurs milliers de dollars. Sauf accident dramatique (du genre panne de courant ou débarquement des Russes après la défaite de Kravchenko), Dalla devrait remporter sa mise sans problème.

Gordon est vraiment naze. Une simple vérification des archives lui aurait permis de se rendre compte qu'aucune finale de ces 4 dernières années ne s'est terminée après 5 heures du matin, alors qu'elles commencaient à l'époque à 14 heures (et non Midi, comme aujourd'hui)

01h39 - Tout au long de cette finale, Jerry Yang a prouvé sa totale incapacité à coucher des mains faiblardes. Pas que cela l'ait trop handicappé, car en plusieurs occasions, ses nombreuses prises de risque se sont révélées être en fait tout à fait justes. Témoin cette dernière main qui nous mène tout droit en tête à tête, quand sur le flop As-Huit-Valet, Jerry a relancé à 10 millions (!), pour se voir aussitôt relancer à tapis par le vieux Raymond. Jerry a pris son temps, longuement, sous les yeux de toute la salle Média, dont les commentaires fusaient :

"-Il va payer, c'est sur. Chaque fois qu'il a attendu une plombe, il a fini par suivre."
"-Il est derrière, il a un tirage au mieux."
"-Comment il peut être en train de reflechir après avoir investi plus de 10 millions dans ce pot."

Jerry a continué sa longue réflexion, promptant certains collègues à gueuler "clock !". Comme prévu, il a payé l'énorme mise, et retourné As-5 : top paire avec un kicker médiocre. Une main extremement limite.

Mais aussitot que Jerry ait annoncé "call" et retourné sa main, tout le monde a compris en voyant le visage de Raymond que Jerry avait vu juste (s'en rend-il compte, d'ailleurs ?). Raymond était en plein "bluff" avec une paire de Rois qui a eu la malchance de trouver un As au flop (une des situations les plus tristounettes au Texas Hold'Em, on est d'accord).

Le turn et la rivière n'ont rien changé, faisant du papy Sud Africain Raymond Rahme, 62 ans (doyen de la finale), notre troisième place. Il remporte 3 millions de dollars qui serviront à acheter assurances décès, couches Confiance, colles à dentier et escaliers électriques comme dans les pubs avec Pierre Bellemarre ou Raymond Poulidor *

* Information non confirmée, en cours de vérification par le Bureau de Vérification du blog "Las Vegas, off the Record". Une équipe de passionnés travaillant d'arrache pied jour et nuit pour vérifier que l'on écrit pas de conneries.

02h11 - Dernière ligne droite.... L'ultime duel des 38e World Series of Poker ! Un champion va être couronné d'une minute à l'autre.

Les tapis au départ du face à face :

Jerry Yang 104 millions (!)
Tuan Lam 23 millions

Les blindes sont de 300,000/600,000 avec une ante de 75,000.

D'içi très peu de temps, mon marathon de 45 jours aux WSOP va s'achever....


Jerry Wang : futur vainqueur, en principe


Tuan Lam : pour une serrure pareille, la seconde place, c'est pas si mal

03h15 - Après une heure de tête à tête totalement dominé par Yang, celui-ci grimpe à 120 millions contre les 10 pauvres millions de Lam. J'ai pas trop fait gaffe à ce qui s'est passé, pour vous dire la vérité. Du journalisme total !

03h20 - Et au moment où j'écris la mise à jour précédente, Tuan Lam double pour repasser à 20 millions.

03h47 - Jerry Yang est le nouveau champion du monde de poker ! Tapis preflop : 88 contre As-Dame de carreau. Tuan Lam touche la Dame au flop, mais Yang obtient une quinte runner-runner ! Jerry Yang remporte 8,5 millions de dollars.

Je fonce récupérer un cliché du vainqueur.... A tout de suite (prochaine mise à jour dans un nouveau post)

lundi 16 juillet 2007

You talkin' to me ?

A l'heure où je vous écris, onze joueurs sont en train de se battre pour la table finale au Rio. La partie s'arrêtera quand sera atteint le chiffre magique de neuf joueurs.

Tout ça, je le sais uniquement grâce à la couverture officielle de PokerNews, que je suis depuis ce matin en direct depuis ma chambre. A quoi bon se pointer à l'Amazon Room, vu que je ne pourrai pas m'approcher des tables à moins de trois mètres ?

A la place, j'ai profité de ma dernière journée au Wynn en allant à la piscine (première fois) et en m'affalant devant la télé, ordinateur à portée de main. Il n'y avait que des bons films aujourd'hui, c'était hallucinant. Cette chaine, aMC, c'est trop bon. Ca a commencé avec Easy Rider quand je me suis levé. Ensuite, Vol au dessus d'un nid de coucous (sur la télé de la salle de bain, pendant que je prenais un bain). Tout à l'heure, c'était Le Parrain (le premier), et là, en ce moment, c'est Taxi Driver. Trop, trop bon. Entre deux, un film avec Adam Sandler, pas trop nul, et Rocky V (un navet, mais attendrissant)


Journée "grands classiques du cinéma Américain"

J'ai posté le strict minimum sur WAM-Poker – aucune envie de faire du copier-coller de PokerNews – et écrit un article sur le dixième anniversaire de la victoire de Stu Ungar, le meilleur joueur de No-Limit Hold'Em de tous les temps.

Hier, les World Series se sont virtuellement terminées pour moi, avec l'élimination en 47e place de Nicolas Atlan par Lee Watkinson, en ce jour de fête nationale Nicolas était le dernier Français encore en course dans le Main Event : après son départ, je n'ai désormais plus grand chose à raconter d'original par rapport aux médias officiels, qui ont cent fois meilleur accès que moi.

Nicolas était extremement déçu, car il a perdu de la pire manière qui soit : en commettant plusieurs erreurs. Cliquez içi pour lire les détails de ce qui s'est passé.

Perdre sur un coup de malchance, c'est une chose. Mais subir l'élimination après avoir merdé, il n'y a rien de pire. On se sent comme une merde et on rejoue les coups dans sa tête pendant des mois. Dois-je le dire ? Atlan avait les larmes aux yeux au moment d'encaisser ses gains. J'aurais ressenti la même chose à sa place.

Claude Cohen, figure paternaliste et coach improvisé de Nicolas, était pas content non plus. “Il a fait exactement le contraire de ce que je lui avais dit.” A sa place, j'aurais quand même évité de manifester mon mécontement alors que Nicolas était en train de déprimer à quelques centimètres.

Alors, pour ce qui est du Main Event, des stars ont sauté, des inconnus sont chip-leaders, de très bons joueurs ont une chance de gagner, bref, la fin du tournoi va être passionnante, mais je n'en ai plus vraiment grand chose à foutre. Je serai quand même aux premières loges pour la finale. Pas question de manquer ça, tout au moins les deux moments clés : le début, et la fin, toujours éléctriques.

J'ai quelques trucs intéressants à raconter, mais là, j'ai pas le temps, faut que j'aille faire la fête dès que la table finale est atteinte. Rayan vient d'arriver, il a encore fait une table finale d'un tournoi majeur : 6e place du 500$ hebdomadaire de Full Tilt Poker, pour 37,000$ de gains qu'il partage avec Ed qui a disputé le début du tournoi.

Allez, brièvement, une anecdote pour la route : les salles de poker en ligne qui servent les joueurs Américains ne sont plus les bienvenues, comme on le sait, sur le territoire US. Leurs employés ne se hasardent plus à mettre les pieds en territoire Yankee, de peur de se faire arrêter par les flics (il y a eu pas mal de mecs hauts placés qui se sont fait choper aux aéroport l'an passés)

Mais en fait, les employés de PokerStars et FullTilt sont présents en nombre, incognito. Ils sont bien obligés d'être là pour “acheter” les joueurs qui font des tables finales, histoire que leurs logos soit présents sur les casquettes et chemises lors des retransmissions télévisées.

Il y a une grosse en salle de presse, qui porte un badge orange “Bluff Magazine”. Je me demande comment elle l'a eu, car elle bosse bel et bien pour PokerStars, et tout le monde le sait parmi les collègues. Elle passe son temps à signer des deals avec les joueurs qui vont en finale. 20 ou 40$ pour les inconnus, beaucoup plus pour les gros noms (du genre Jeff Lisandro).

Elle ne quitte jamais son sac à dos noir bien rempli, même pour aller pisser où pour aller chercher un coca au buffet de la salle de presse. Etrange, non ?

J'en mettrais ma main à couper, ce sac à dos contient des dizaines de milliers de dollars en cash, histoire de pouvoir conclure les deals le plus vite possible. Otis me confirme cette intuition à demi-mot en me décvrivant le mec en costard posté toute la journée dans le couloir, un ataché case vissé au poignet : “cette valoche est bourrée à craquer de pognon : il bosse pour Full-Tilt”.

Qui dit “samedi soir” dit “prostituées à gogo” : j'ai passé le reste de la soirée d'hier au bar à putes quasi-officiel du Rio (même si le casino est censé réprimer ce genre de commerce), en compagnie de Dan, Otis et Ed, et j'ai ramené quelques histoires intéressantes. Ca sera pour un prochain post.


Dernière soirée au Wynn

dimanche 15 juillet 2007

Ca devient compliqué

Ils étaient 337 au départ du Day 4 du Main Event, vendredi à midi. Parmi eux, trois Français. Olivier Tinten, chip-leader mystère au soir du Day 1A, a sauté rapidement et empoché 50,000$ pour sa performance. Claude Cohen s'est débattu comme un diable, déployant d'excellentes compétences de survivor, avant de finalement sauter à la 130e place, en direct depuis la table télévisée. Il remporte 60,000$ environ.

Il ne reste donc plus qu'un seul joueur Français dans ce Main Event, et ce n'est certainement pas celui auquel on s'attendait. L'an passé, c'était Dan Abouaf, le neveu de Jan Boubli, qui avait débarqué de nulle part pour s'octroyer la place de meilleur joueur Français au Main Event, terminant à la 103e place. Cette année, c'est un employé de l'Aviation Club de France qui s'adjuge le trophée, et il est bien possible que Nicolas Atlan fasse bien mieux qu'Abouas : il va attaquer le Day 5 dans le top 20 en jetons, avec presque 1,9 millions.

Je n'ai pas grand chose d'autre à raconter en raison des restrictions imposées aux médias non-officiels. Durant toute la seconde partie de la journée, il ne m'a plus été possible de pénétrer à l'intérieur du périmètre du tournois. Les mecs d'Harrah's ne se donnaient même plus la peine de donner des badges temporaires de 15 minutes, et se contentaient de nous virer dès que nous avions le nez trop près de l'action.

Tandis que nous regardions les parties de loin, derrière le cordon, j'ai eu une conversation à se sujet avec Dan Michalski, un mec qui écrit pour Pokerati, et qui s'interesse plus à ce qui se passe en coulisses, derrière, que ce qui se passe sous les feux des projecteurs, devant les caméras. Un journaliste comme je les aime.

“Regarde ça”, je lui dis. “Ils nous virent de la zone du tournoi en nous servant le discours comme quoi il n'y a plus assez d'espace pour tout le monde et qu'il faut laisser désormais laissr la place aux caméras d'ESPN. Des conneries. L'Amazon Room est assez grande. Il leur suffirait d'agrandir le périmètre en utlilisant l'espace libre."

Je pointe du doigt la zone vide derrière nous, à côté de la quinzaine de tables en activité. Il y a bien 700 mètres carrés de vide : toutes les tables et chaises ont été retirées.


Comment ça, y'a plus de place ?

“Ils pourraient parfaitement écarter les tables pour donner plus d'espace. Mais c'est exactement ce qu'ils ne vont pas faire. Garder une zone de tournoi restreinte leur donne une excuse pour nous virer en invoquant le manque de place. Ils ne veulent pas de nous. Tant qu'il y a ESPN pour les belles images, et Bluff Magazine pour les articles consensuels, tout va bien. Les autres peuvent rentrer chez eux.”

Et evidemment, ce sera pareil pour la table finale mardi. Au lieu d'utiliser la totalité de la salle pour construire un podium géant, du genre combat de boxe, Harrah's va garder la configuration actuelle et limiter le nombre de spectateurs et de médias, bien sur.

Bref, tout cela ne fait qu'augmenter ma frustration et mon manque de motivation. Il faut que je discute avec Michel pour voir ce que je vais faire durant mes deux derniers jours à travailler pour WAM-Poker. Si Nicolas Atlan saute du tournoi, il n'y a plus grand chose que je pourrai écrire d'original par rapport au média officiel, Bluff/PokerNews, présents en nombre avec une logistique considérable. Qu'est-ce que je vais faire, me pointer au Rio pour observer l'action à 10 mètres de distance, pour ensuite retourner dans la salle de presse pour copier-coller les infos de PokerNews ?

Mes proches amis de BlondePoker, dégoutés, ont carrément laissé tomber à la fin du Day 3 et sont en ce moment en train de se livrer à des activités autrement plus interessantes que se battre constamment avec les costards de Harrah's.

Dieu merci, je n'aurai pas à couvrir la table finale et pourrai donc la regarder de loin, en spectateur, depuis la salle de presse ou sera installée un écran géant (enfin, c'était le cas l'année dernière.)

Du coup, je n'avais plus grand chose à faire à l'intérieur de la salle, et me suis contenté de suivre les progrès de Nicolas Atlan, lui parlant à chaque pause et l'encourageant en compagnie de Claude Cohen (qui s'est improvisé coach pour l'occasion) et de Stéphanie, une des croupières de l'Aviation Club de France (une fille très très très belle)


La veste fétiche "Italia" de Nicolas Atlan, qu'il porte depuis le début du tournoi (pareil pour le jean)

Dario Minieri a cramé son chip-lead dès le début, jouant comme un déglingo et perdant la moitié de son tapis de 2,5 millions durant les 3 premières heures, alors que le big blind n'était que de 10,000. Il s'est maintenu ensuite aux alentours de 1,4 millions tout au long de la journée.

A la place, c'est le jeune Scandinave de service qui a pris le chip-lead. Il y en a toujours un pour prendre la tête du classement dans ces tournois. Aujourd'hui, il s'agit d'un Norvégien tout timide et chétif, Dad Martin Mikkelsi, qui a remporté un pot de 3,5 millions peu après 22 heures avec une quinte au flop contre un mec avec top paire plus le tirage couleur. Le pot était tellement énorme qu'il a fallu au jeunot une bonne quinzaine de minutes pour empiler les centaines de jetons.

Aussitôt qu'il avait fini, les superviseurs sont arrivés à la table pour annoncer aux joueurs qu'ils étaient déplacés en table télévisée. Il fallait voir le regard de chien battu du Norvégien, qui allait devoir défaire ses belles piles toutes neuves pour les transporter en table télé. Il lui a bien fallu une dizaine de racks, qu'il a portés à bout de bras jusqu'au podium.

En parlant de la table télé, le processus est complétement ridicule. Les joueurs qui arrivent à cette table doivent transporter leurs jetons, signer des formulaires, se faire sonoriser avec des micros sans fil. Tout ce merdier prend 20 bonnes minutes, durant lesquelles les parties continuent sur les autres tables. L'horloge continue donc de tourner, et les blindes de monter.

Un procédé qui n'avantage pas les petits tapis, comme Claude Cohen, qui est arrivé à cette table avec 80,000 de tapis. Le temps que la table démarre, les blindes avaient grimpé à 8000/16000.

“Qu'est-ce que j'en ai à foutre de passer à la télé, moi. Ce que je veux, c'est me refaire un tapis avant de me faire bouffer par les blindes !”, a grogné, pas content, le Français, qui allait sortir une heure plus tard avec As-Valet de carreau contre une paire de six.

Hal Lubarsky, l'aveugle qui disputait le tournoi avec l'aide d'un assistant pour regarder ses cartes et commenter l'action à la table, a été éliminé aujourd'hui, dans l'argent, sous un tonnerre d'ovations.

Le nombre de stars du poker présentes s'est considérablement réduit. Sont encore en course quelques tête connues telles que Gus Hansen, l'Anglais Julian Gardner, les champions du monde Scotty Nguyen et Huck Seed, ainsi que le très énérvant Humberto Brenes, dont il faut tout de même bien reconnaitre les talents. Mais qu'est-ce qu'il est énervant, bon Dieu, avec son sketch du requin usé jusqu'à la corde, qu'il enclenche chaque fois qu'une caméra se pointe à moins de 100 mètres à la ronde. Les touristes adorent. C'est nul, nul, nul. Un personnage sans personnalité.

Au total, seul 112 joueurs ont survécu au Day 4. La partie s'est terminée assez tôt, vers minuit, ce qui nous à permis à Ed et moi de foncer au Bellagio pour suivre les progrès de Rayan, toujours en course dans la Bellagio Cup, étape du World Poker Tour programmée cet été pour concurrencer directement le Main Event des WSOP. Tout le monde avait prédit qu'ils allaient se planter, en fait pas du tout : ils ont eu plus de 500 joueurs, avec un casting de qualité comprenant les meilleurs joueurs de Vegas et d'ailleurs, en tout cas tous ceux qui avaient sauté du Main Event.

En arrivant dans la salle du tournoi, je réalise à quel point le WPT me manque, après 5 semaines non stop à souffrir au Rio. La partie a lieu dans une petite salle isolée, au calme. Les reporters sont assis à quelques mètre à peine de l'action, et peuvent circuler tranquilement entre les tables. La compétition est de qualité, je peux reconnaitre à chaque table la moitié des joueurs. J'ai tout de suite été voir Béatrice, la fille qui s'occupe des relations presse, pour lui dire à quel point couvrir les tournois WPT était cent fois mieux que les WSOP. Elle m'a répondu que j'étais le dixième à venir lui dire ça.

Rayan est parmi la cinquantaine de joueurs restants, dans l'argent. Il va remporter au moins 15,000$. Après avoir payé les taxes, il lui restera un peu plus de 10,000$ : le prix d'entrée du tournoi ! Il faut vraiment être sur de son talent, ou débile, pour être un joueur de tournoi pro aujourd'hui. Rayan est de la première catégorie. (l'Australie n'a pas d'accord avec les USA concernant les impôts, au contraire de pays comme la France.)

On a pris un verre près de la salle de poker. A quelques mètres, Bobby Baldwin était assis au big game avec un tapis de 1 million de dollars, à l'intérieur de la salle qui porte son nom : la “Bobby's Room”. Ca fait un peu bizarre de voir le boss du Bellagio (entre autres propriétés de Vegas) jouer à l'intérieur de son propre casino, mais toujours est-il que la partie avait de la gueule, avec Patrick Antonius, Freddy Deeb, Brian Townsend et Minh Ly. Tout simplement la plus grosse partie du monde.

Townsend a perdu un pot de 1,8 millions de dollars après s'être fait prendre la main dans le sac en train de bluffer par le Baldwin suscité. Ce vieux renard a peut-être quitté le monde du poker pro pour celui de l'industrie du jeu il y plus de 20 ans, il n'en pas moins l'un des meilleurs joueurs du monde. Townsend, la dernière sensation en date dans le milieu des parties high-stakes, en était littéralement malade et s'est aussitôt enfui sans prendre la peine de ramasser ses jetons.

J'ai gagné 30$ au black-jack electronique, le temps de boire une vodka-tonic et une Heineken. On a vu passer Noah Boeken en compagnie de deux charmantes demoiselles, l'une d'entre elles n'était autre que Shannon Elisabeth. Romance en vue ?

En rentrant, j'ai fait un peu de lessive dans les lavabos de la salle de bain. La femme de ménage a du halluciner en voyant les sous-vetements pendus un peu partout à travers la chambre, se demandant surement pourquoi diable des gens qui peuvent se permettre de payer une chambre d'hotel à 180$ la nuit ne peuvent s'offrir le service nettoyage.

La diffusion des World Series à déjà commencé aux USA sur ESPN. Pour la première fois, les parties ont été filmées en Haute Definition. Comme j'ai la chance de passer la semaine dans un hôtel pour riches, la télé dans ma chambre est équipée HD. La qualité de l'image est assez mpressionante. Le rendu des couleurs et la finesse des détails est à tomber par terre. Objectif en rentrant à la maison : se remettre activement au poker en ligne et se payer une télé HD gratos avec les points de fidélité.

Bilan au jeu :
Vidéo Black-Jack : +30$
Total WSOP : réponse plus tard, mais pour l'instant c'est pas beau

samedi 14 juillet 2007

La bulle éclate

Encore en retard dans la mise à jour de ce blog. Je profite de la pause-dîner du Day 5 du Main Event pour me rattrapper.

Seuls 800 joueurs étaient encore en course jeudi au départ du Day 3 du Main Event (en réalité le septième pour ceux qui couvrent l'évènement). 621 joueurs allaient être payés, tandis que les autres repartiraient les main vides. Journée cruciale, donc, et excitante : la récompense en monnaie sonnante et trébuchante arrivait enfin pour les valeureux survivants du tournoi. Aussi, pour la première fois, tous les joueurs restants étaient réunis dans la même salle. Parmi eux, le futur vainqueur – qui s'ignore encore.

Six joueurs Français étaient au départ, plus deux francophones : le belge Davidi Kitai et le marocain Daniel “CasablancAA”. Ce dernier n'avait plus beaucoup de jetons au départ de la journée, et a rapidement été éliminé, avant les places payées, donc.

La période du “main par main” fut rapidement atteinte. Avec 635 joueurs restants commenca donc la période clé de tout tournoi, celle ou l'on assiste aux dernières éliminations avant de rentrer dans l'argent.

Ce fut incroyablement long. Proprement interminable, bon Dieu. Pas moins de deux heures ont été nécessaires pour éliminer 15 joueurs. Arrivé à ce stade de la partie, personne n'a envie d'être l'un des derniers éliminés, juste aux portes de l'argent. Durant ces deux heures, seulement 15 mains ont été jouées !

La faute au fameux processus du “main par main”, qui fait que chacune des mains sont jouées simultanément sur chacune des 71 tables. Le coup suivant ne commence que lorsque chaque coup est terminé sur chacune des tables. Ironiquement, ce processus interminable a été crée pour justement accélérer la cadence et eviter que des joueurs ne fassent exprès d'attendre des heures avant de prendre leur décision en esperant que les joueurs sautent aux tables voisines. Aussitôt qu'un coup était terminé sur une table, le croupier devait son lever pour rendre sa présence bien visible auprès des superviseurs perchés sur une estrade au milieu de la salle. Une fois que les 71 croupiers étaient debout, le tournament director donnait l'ordre de donner le coup suivant. Et ainsi de suite, à une cadence de tortue.


Les croupiers attendant le signal lors du "main par main"

Autre facteur aggravant, le fait qu'à chaque fois qu'un joueur se retrouvait à tapis, les caméras d'ESPN se précipitaient pour filmer, en esperant que celui-ci se prenne un bad-beat (ca donne toujours des images sympas pour la télé) Le croupier attendait le signal des régisseurs pour retourner le flop, tandis qu'un pauvre hère patientait, se demandant s'il allait être éliminé ou non. Pénible.

Du coup, les joueurs prenaient leur mal en patience en attendant la délivrance. Le jeunot Italien Dario Minieri devenait fou. “10 minutes pour jouer une seule main ! J'en peux plus ! Je veux jouer, moi !” Minieri a 21 ans, mais il en parait quinze. Le Milanais aime jouer vite, et aggressivement, relancant et surrelancant avec n'importe quelles cartes. Il a terminé la journée en position de chip-leader.

Patric Martensson, l'un de mes chouchous, n'avait presque plus de jetons et a envoyé deux fois le tapis, sans se faire payer. Les deux fois, il a montré une paire d'As !

D'autres ont carrémment jeté des paires d'As ou des paires de Rois pour être surs de ne pas se faire éliminer. Je trouve ça dommage que certains en arrivent à gacher leur chance de remporter un gros pot, juste pour remporter les 20,000$ qu'offrent la 621e place, alors qu'il y a plus de 8 millions de dollars à la clé pour le vainqueur.

Dépenser 10,000$ avec pour seul objectif de remporter 20,000$, après trois jours d'un long combat, ca ne vaut pas le coup. Comme je l'ai fait remarquer à Lance de PokerBiz, ils feraient mieux de miser 10,000$ sur le noir à la roulette. Ca prend une seconde, et ils ont une chance sur deux. Alors que lors d'un tournoi de poker, un joueur moyen a une chance sur dix de terminer dans l'argent.

Lee Watkinson a profité de ce genre de joueurs. Avec son gros tapis, il a relancé à chaque tour sans regarder ses cartes, quinze fois de suite. Le pire, c'est que ça a marché. Terrorisés, ses adversaires ont jeté leurs cartes à chaque fois.

J'ai observé la scène en rongeant mon frein, posté dérrière les barrières. Les nouvelles règles à l'attention des médias non-officiels (dont j'ai déjà parlé il y a quelques jours) sont entrées en vigeur à l'occasion du “main par main”. Désormais, interdiction pour moi de pénetrer le périmètre du tournoi. Des passes temporaires de 15 minutes sont distribués pour les médias “pourpres” (moi). Seulement 15 passes sont en circulation, et la file d'attente pour en choper un était longue comme le bras.

Finalement, un pauvre malheureux a sauté en 622e position quand sa paire de 9 s'est fait tuer par le tirage de quinte et couleur, et 621 joueurs purent célebrer en coeur : ils étaient “in the money” au Main Event, déjà un bel accomplissement en soi, et assurés de remporter au moins 20,000$, le double de l'investissement de départ. Le moment était électrique : le Main Event des World Series est celui qui récompense le plus de joueurs. Lors des tournois que je couvre d'habitude, sur le circuit Européen, seuls 40 à 60 joueurs sont payés, et l'atmosphère est beaucoup plus calme. Là, c'est 600 types qui ont exhulté tous en coeur. Bruyant !

La partie a ensuite repris dans le calme, avec, comme l'on pouvait s'y attendre, un rythme d'éliminations ultra-rapide : tous les mecs qui s'accrochaient depuis des heures avec trois pauvres jetons se sont envoyés en l'air.

A noter l'excellente décision du directeur du tournoi, qui a décidé de prolonger d'une heure le niveau qui était en cours, pour ne pas léser les petits tapis. La décision s'imposait d'elle même : seuls 15 coups avaient été joués en deux heures, autant dire que l'on avait virtuellement sauté un niveau.

Georges Sebag, un joueur Français qualifié sur PokerRoom et que je ne connais pas, a sauté durant le “main par main” sur un coup discutable. Il aurait pu parfaitement jeter ses cartes et attendre un peu, pour s'assurer de rentrer dans l'argent, mais a préféré tenter un coup de poker avec un main moyenne. Bruno Fitoussi, lui, a été éliminé “in the money” et a empoché 30,000$, un peu d'argent de poche supplémentaires après les 1,3 millions qu'il a remportés lors du HORSE. Une belle conclusion pour Fitoussi, qui, c'est le moins qu'on puisse dire, n'a pas raté ses WSOP cette année. Fabrice Soulier s'est vaillamment battu, et a finalement sauté en 421e place après que son adversaire ait payé très cher pour un tirage couleur. Il remporte 30,000$, et réalise lui aussi un excellent WSOP.

Aussitot après avoir encaissé ses gains, Fabrice est reparti avec son pote Jules qui s'est occupé avec brio de MadeInPoker durant tout l'été. Je leur ai dit au revoir : ils repartent en Europe, où Fabrice va passer quelques mois – la saison va bientôt reprendre de plus belle là bas. J'espère le recroiser bientôt – il va me manquer, le bougre.


Fabrice Soulier avec Jason Lester

A minuit, la partie était terminée. 337 joueurs avaient survécu, dont seulement trois Français : Claude Cohen, Olivier Tinten et le chef de salle de l'Aviation Club de France, Nicolas Atlan, qui continuait son étonnant parcours.


Nicolas Atlan

Avec Ed, j'ai rejoint la bande de PokerListings au Peppermill, un bar lounge branché du strip. C'est le rendez-vous préféré d'Owen à Vegas, et je dois reconnaitre que l'endroit est sympa. Tout le monde avait devant soi un verre gigantesque contenant un cocktail rosatre au contenu non identifiable. J'ai suivi le mouvement et en ai commandé un aussi. Le “Scorpion”, que ça s'apelle. Il m'a fallu bien 30 minutes pour le descendre, et quand j'ai eu fini, j'avais chaud aux oreilles.

Ensuite, on a traversé la rue pour aller au New Frontier, un casino qui va être démoli la semaine prochaine. C'est l'un des plus vieux casinos de Vegas. Le funeste panneau à l'entrée indique :

“Merci à tous pour toutes ces belles années : 1942-2007”

Il va être remplacé par un autre casino, plus beau et plus moderne, continuant ainsi le ballet incessant des constructions à Las Vegas, où tôt ou tard, chaque hôtel est démoli pour laisser la place à un autre.

C'était la première fois que je rentrais dans un bar Texan... Au programme : musique country, bière a volonté, cow-boys et cow-girls partout, et rodéo sur le taureau mécanique planté au milieu de la salle. Bien entendu, j'ai essayé l'engin. J'ai volé au bout de trente secondes : c'était la première fois que je chevauchais ce genre de machine et ma foi, je ne suis pas mécontent du résultat.


Rodéo

Apparemment, c'est un endroit très apprécié par les gens en visite en provenance du Texas, qui s'y sentent comme chez eux. Perso, je n'ai ai jamais mis les pieds là bas. Comme dirait Owen, "c'est un bel endroit à visiter, mais un terrible endroit où vivre."

Moi, j'ai bien aimé. Enfin, j'aurais pu aller n'importe où, ca aurait été pareil. J'étais bien trop content d'échapper au Rio et aux World Series. Résultat, je me suis imbibé plus que raison, et quand Ed m'a déposé au Wynn à cinq heures du mat', je ne marchais plus droit. Disons le franchement, j'étais raide beurré. Et vous savez quoi ? Ca fait du bien, une fois de temps en temps. Après tout, c'est pas comme çi cela se produisait tous les soirs.

La meilleure nouvelle de la journée : avec l'aide d'Ed, j'ai changé mes billets d'avion de retour. Je vais rester une semaine de plus à Vegas, jusqu'au 25 juillet. Il le fallait. L'idée de rentrer en France dès le lendemain de la finale du Main Event sans avoir rien foutu ou presque durant 6 semaines me rendait malade. Quel interêt, franchement ?

Finalement, après tout ce travail abattu chaque jour des World Series depuis début Juin, je tiens ma récompense, avec cette semaine bonus inespérée où je vais pouvoir faire exactement ce dont j'ai envie. Je vais squatter chez Ed, peinard, et l'on a prévu plein de trucs chouettes, nottamment une virée en Californie, à San Diego ou Los Angeles, on ne sait pas encore. Je garderai surement le blog à jour : il devrait y avoir quelques trucs interessants à raconter. Vivement.

Récit de la journée sur WAM-Poker

Photos en vrac :


WSOP : on commence déjà à remballer


Beaucoup trop d'alcool chez les Texans, içi avec Chris (Blonde Poker), Owen (Poker Listings) et son frangin Andrew

jeudi 12 juillet 2007

Jeu de massacre, deuxième partie

Le Day 2B a ressemblé comme deux gouttes d'eau au Day 2A, à l'exception qu'il y avait beaucoup plus de Français à suivre. Mais comme je suis arrivé avec deux heures de retard au Rio, beaucoup avaient déjà sauté, joignant des centaines d'autres joueurs vers la sortie.

Tout au long de la journée, j'ai pris note du rythme des éliminations, histoire de me rendre compte à quel point ce Main Event était une gigantesque loterie déguisée en tournoi de poker. Voiçi ce que ça à donné.

Il y avait 1303 joueurs au départ du Day 2B.

Après le 1er break : 322 éliminés, en 2h (2,68/mn)
Après le 2e break : 483 éliminés, en 4h (2,05/mn)
Après le 3e break : 663 éliminés, en 6h (1,84/mn)
A la fin du Day 2B : 844 éliminés, en 9h30 (1,48/mn)

Au total, donc, un bonhomme et demie a sauté à chaque minute qui s'écoulait, tout au long du Day 2B, soit une élimination toutes les quarantes secondes en neuf et demie de partie.

“Ils sont complétement débiles”, ma confié Fabrice Soulier entre deux coups. "La moyenne des jetons est à 100,000 et la grosse blinde est de 1,200 : sont-ils vraiment obligés de s'envoyer en l'air comme ça ?"

Fabsoul, lui, avait mieux à faire que de prendre des risques démesurés avec As-Dame, une paire de 6 ou un mauvais tirage couleur. Après un démarrage chaotique et malchanceux, le Français a enclenché la vitesse supérieure, montant progressivement son tas de jetons pour terminer à plus de 330,000, le double de la moyenne. Je suis confiant pour le Day 3. Mettez lui un gros tapis entre les pattes, et Soulier est capable de prouesses. C'est le bonhomme qu'on joue, désormais. N'importe quelles cartes deviennent jouable, pourvu que la situation soit bonne. Et si il y a un joueur qui sait évaluer les situations profitables comme personne, c'est bien Fabrice Soulier.


Fabsoul s'est déguisé en pilote d'hélicoptère à l'occasion du Day 2B
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Pour ce qui est du reste du clan Français, la journée fut catastrophique. Tous ou presque ont sauté après avoir joué plus ou moins longtemps. Antony Lellouche a eu un coup de malchance énorme qui l'a sorti après trois heures de jeu. Paul Testud, les frères Cohen, Boucris, Roos, Mattern.. Par içi la sortie. Il se peut qu'il y ait un ou deux Français que j'aurais pu oublier, faute de les connaitre. On verra ça demain à la consultation des listes officielles. Mon pote Daniel Elkeslassy, alias “CasablancAA”, sera présent demain, mais avec un tout petit tapis, ayant souffert toute la journée, la faute à peu de cartes jouables.

La grosse histoire de la journée pour moi fut le parcours de Cyril Bensoussan, qui a rapidement monté son tapis de 170,000 à 270,000. J'ai suivi avec enthousiasme sa montée : Cyril a terrorisé la table, remportant des dizaines de pots avant le flop, grâce à des relances et surrelances bien calculées, sans jamais montrer une main. Il remportait tellement de petits pots qu'il avait accumulés plus de 400 jetons de cent (ceux qui servaient à ce moment d'”ante”) A l'arrêt-diner, nous étions tous deux enthousiastes quand au potentiel avenir de Cyril dans le tournoi. Quelque chose devenait possible. Nous nous sommes rendus au Bellagio pour manger un snack et passer le bonjour au reste du clan Parisien, cloitré dans une luxueuse suite au sixième étage. Jerome Zerbib, Antony Lellouche et les frères Cohen étaient là, chacun vaquant à ses occupations dans la chambre ridiculement spacieuse : poker en ligne, sieste, rami à 1000 euros la partie... J'ai bloqué sur les salles de bain : oui, il y en a deux, et très grande qui plus est. L'une contient la douche, l'autre la baignoire. Une débauche de luxe qui me laisse rêveur. Bensouss' m'assure que le palace ne coute que 300$ la nuit (grâce aux réductions accordées aux joueurs qui passent suffisamment de temps aux tables, j'imagine) En entendant ça, je fais immédiatement une note mentale : devenir très riche pour pouvoir moi aussi m'installer un jour dans ce genre de suite, et vivre dans un excès de bon aloi mais pas dénué de remords, education chrétienne oblige. Nan, je déconne. Rien à battre des remords.

Bref, au retour de l'arrêt-dîner, j'accompagne Cyril jusqu'à sa table. Il est un peu nerveux, mais il a les crocs. Il reste trois heures à jouer, mais “Je vais pas rester là à attendre”, qu'il me dit. Je continue de suivre régulièrement les progrès de Cyril, et vers minuit, quand je fais mon dernier tour entre les tables, c'est la catastrophe : je vois mon ami taper violemment du poing sur la table. Le croupier pousse un tas de jetons gigantesque dans la direction d'un autre joueur. Le flop est constitué de quatre petites cartes, plus une Dame, tombée sur la rivière. L'adversaire de Bensouss' a retourné une paire de Dames cachées, lui donnant brelan. Bensouss' est en rage : “J'ai deux As, putain. Je l'ai ferré comme il faut jusqu'à la dernière.” Un coup de malchance monstrueux à un moment clé du tournoi. Après ce coup, il restait 90,000 à Cyril, après être monté plus tot à 380,000.

Je rapporte la nouvelle sur WAM-Poker, puis m'éclipse rapidement. De retour au Wynn, j'allume l'ordinateur et lis les dernières nouvelles : peu après mon départ du Rio, Sorel Mizzi, de petite blinde, a éliminé le joueur au bouton avec une paire d'As contre une paire de Dix. Je m'arrête : en fin de journée, Mizzi, légendaire joueur d'Internet, avait été déplacé juste à la gauche de Cyril.

Ce qui signifie presque avec certitude que c'est Cyril Bensoussan que Sorel Mizzi a éliminé sur ce coup, quelques minutes après que je l'aie quitté, le laissant là avec son maigre tas de jetons. J'espère me tromper, et n'ai pas encore de confirmation au moment où j'écris ce blog, mais j'ai bien peur qu'il n'y ait guère de doute possible. Saloperie de jeu, où l'on atteint les sommets dans l'après-midi, pour se retrouver moins que rien dans la soirée.

Gus Hansen a survolé ce Day 2B... Parti avec un tapis modeste à midi, il a rapidement trouvé de quoi remonter, pour ne plus s'arrêter ensuite. Jouant un poker de classe mondiale, le Danois a donné une leçon à tous ceux qui ont croisé sa route. En milieu de journée, une table s'est montée réunissant Hansen, Sorel Mizzi et “RainKhan”. Trois joueurs ultra-aggressifs. Les caméras d'ESPN n'ont pas perdu une miette des affrontements. Au milieu de ces stars, Bjorn-Erik Glenne a été complètement ignoré. La plupart des médias américains ignorent que le Norvégien a remporté avec brio l'EPT de Barcelone en septembre dernier, après avoir complètement dominé un joueur du nom de... Phil Ivey.

Gus Hansen n'a jamais rien fait de concret aux WSOP : il tient sa chance, cette fois-ci. Il est bien evidemment LE gros favori à compter de maintenant. C'est l'un des joueurs de poker les plus populaires de la planète et tous les yeux seront braqués vers lui.


Gus Hansen : tout le monde essaie de jouer comme lui - personne n'y arrive
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Pour la première fois dans l'histoire des WSOP – il me semble – un aveugle participait au Main Event. Il était encore en course aujourd'hui (j'ignore s'il a tenu jusqu'au bout). Un assistant assis dérrière lui était chargé de lui chuchoter à l'oreille ses cartes, la composition des flops et le comportement des autres joueurs. L'aveugle se chargeait lui-même de miser, avec une dexterité étonnante.

Vinny Vinh était présent au départ de la journée, après son absence de six heures la veille. Avec un tapis de 3,300, il était déjà virtuellement éliminé avant même que la partie ne commence. Et c'est exactement ce qui s'est produit, au bout de deux mains à peine. Vinny a quitté rapidement l'Amazon Room : quand le reverra t-on autour d'une table, je l'ignore. Pauly a reçu un mail anonyme qui expliquerait les dessous de l'affaire, dont les détails sont jusqu'à présent restés bien mystérieux. Apparemment, Vinny serait en dette avec plein de joueurs pros Vietnamiens, certains très connus, et cela expliquerait ses absences et son comportement bizarre. Je vous invite à visiter le Tao of Poker pour en savoir plus. Si ce que Pauly relate est vrai, cela fait froid dans le dos. Mais de toute façon, cette histoire fait déjà froid dans le dos.

A minuit et quart, quand les superviseurs ont mis fin au Day 2B, à la même heure qu'hier (équité oblige), 460 joueurs étaient encore debout, sur les 1300 au départ. Il rejoindront demain les 350 survivants du Day 2A.

Pour la première fois, l'ensemble des joueurs restants dans le Main Event vont se retrouver en même temps au sein de l'Amazon Room. Il y aura 621 joueurs payés. On va rentrer dans la deuxième phase du tournoi. Des pots énormes vont se jouer à chaque table. Des fortunes vont se monter, des destins vont se briser. Des gens vont avoir des coups de pot monstrueux, faisant repartir d'autres en pleurant. Après six jours introductifs, un semblant d'intrigue va commencer à se dessiner. Il était temps. Ne reste plus qu'à esperer que les joueurs Français occuperont les rôles principaux de cette passionnante saga qui s'annonce.

Récit de la journée sur WAM-Poker


Le Franco-Argentin José Barbero est toujours en course
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Jeu de massacre, première partie

“- All-in and a call on table 59 !”
“- Seat open on table 59 !”

(15 secondes plus tard)

“- All in and a call on table 126 !”
“ - Table 126, seat open !”

(répetez la scène pendant dix heures)

Je ne sais pas ce qu'avaient mangé au petit dej' les 1000 et quelques joueurs qui se sont présentés à l'intérieur de l'Amazon Room pour disputer la première partie du Day 2. Du lion, peut-être ? Ou une tablette d'amphètes ?

Toujours est-il que cette journée fut marquée par le rythme ultra-méga-rapide des éliminations. Toutes les 15 secondes, on pouvait entendre les croupiers crier à la ronde “All-in and a call !”, à l'intention des caméras d'ESPN, qui essaient de filmer le maximum d'éliminations rocambolesques, si possible sur un bad-beat : cela donne toujours des moments de télé croustillants.

Les éliminations allaient tellement vite que les superviseurs ont du arrêter le Day 2A vers minuit, avec 350 joueurs restants, pour éviter la confusion avec le Day 2B prévu le lendemain. En effet, avec 621 places payées, il aurait été impossible de déterminer qui rentrait dans l'argent si l'on était descendu en dessous de ce chiffre.

Côté Français, la grande surprise de ce Day 2A fut la montée en flèche d'un jeune joueur venu de nulle part, Nicolas Atlan, passant de 87,000 à 410,000 en dix heures de jeu. Enfin, sorti de nulle part, pas tout à fait puisque Nicolas travaille depuis quelques années comme chef de salle à l'Aviation Club de France, haut-lieu du poker Français. J'imagine qu'à force d'observer les parties autour de lui, Nicolas a du apprendre deux ou trois trucs utiles. Il s'était qualifié sur PokerStars il y a quelques mois : le Main Event est le premier gros tournoi qu'il dispute. Bigre.


Nicolas Atlan est parmi les chip-leaders du Day 2A
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Le mystérieux chip-leader Français du Day 1, Oliver Tinten, a rapidement fondu en début de partie, faisant passer son tapis de 270,000 à 180,000. Il a cependant réussi à maintenir ce montant jusqu'à la fin de la journée.


Tinten en Amérique
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Au terme d'une journée des plus pénibles, mon pote Guignol a sauté sur un coup à cinquante-cinquante : As-Roi contre paire de Dix. Il a passé des heures à jeter ses cartes les unes après les autres, ne recevant jamais rien de jouable. Bref, un cauchemar.

Nicolas Levi, lui, s'est bien débrouillé mais a subi une rencontre malheureuse sur l'un des tous derniers coups de la journée, scellant son élimination du Main Event.

Claude Cohen est monté à 230,000, pour ensuite en perdre la moitié après des paires de Rois qui ont mal tourné.

Bruno Fitoussi a continué son tournoi de “survivor” est sera présent lors du Day 3 avec un tapis très réduit.

Georges McIntosh, un collègue Anglais écrivant pour PokerRoom, m'a mis dans la direction d'un joueur Français que je connaissais pas, et qui s'est qualifié par le biais de leur site : Georges Sebag. Qui est-ce ?

La boucherie a donc du être interrompue plus tôt que prévue : à une heure du mat', j'avais terminé mes compte-rendus. L'occasion rêvée pour tous les médias ereintés d'aller prendre un pot au Hooker Bar du Rio, qui tient non nom (non-officiel) du fait qu'on y trouve souvent des prostituées en quête d'un julot.

Les verres se sont entrechoqués dans la joie et l'alcoolisme bon teint jusqu'à ce qu'un type de Bluff arrive et nous soumette l'idée géniale d'aller jouer un tournoi nocturne au Treasure's Island. Tout le monde était enthousiaste, et j'ai suivi le mouvement, vu que le TI est situé juste en face du Wynn, et que je n'ai pas joué au poker depuis 3 semaines.

Le tournoi en question a démarré à 2 heures du matin. 20 joueurs seulement, dont une bonne moitié de collègues des médias. Prix d'entrée : 60$, auquel Otis a rapidement rajouté un “last-longer” à 20$. Bon, j'ai bien jeté mon argent par les fenêtres sur ce coup-là, puisque j'ai sauté le premier.

J'ai gagné deux pots avant le flop avec As-Roi, puis j'ai relancé en fin de parole avec Dix-Huit de carreau. Le petit blind m'a payé avec As-Six dépareillé (un choix tactique que je trouve personnellement atroce). Evidemment, le flop est tombé As-As-X avec deux carreaux. Il a misé, j'ai surrelancé en semi-bluff, et il m'a payé. Le turn a apporté le quatrième As, et cet imbécile, au lieu de checker son carré (ce qui m'aurait inciter à faire tapis en pur bluff), à misé tous ses jetons. J'ai passé en montrant ma mon tirage manqué : j'avais perdu les 2/3 de mon tapis au bout d'à peine une demi-heure. Main suivante, j'envoie le tapis avec 5-7 de coeur, c'est payé deux fois. Je trouve un 7 sur le turn et repasse à 1375 (les tapis de départ étaient de 1500).

Cinq minutes plus tard, je relance avec As-Roi, un photographe d'Image Masters me couvrant légèrement envoie le tapis, je paie en une seconde : il a une paire de Dix. Le flop apporte un Roi. Chic ! Puis un Dix. Zut ! Je suis mort, le photographe remporte le pot, et finira d'ailleurs par gagner le tournoi.

Mon rêve secret, c'est de pouvoir repartir un jour de Vegas en ayant gagné des sous. Une fois de plus, je peux m'asseoir dessus, on dirait.

Et c'est ainsi que je me retrouve prématurément dehors, marchant en pleine nuit sur le Strip déserté pour rejoindre le Wynn tout proche. Une journée de plus de bouclée, plus tôt que d'habitude. On se rapproche lentement de la conclusion. J'apercois la lumière au bout du tunnel. Pas trop tôt.

Récit de la journée sur WAM-Poker

Bilan au jeu :
Poker : -80$
Total WSOP : mystère

Photos en vrac :


Parmi les dernier people encore en course, avec beaucoup de jetons : Todd Philips, réalisateur de Old School et Road Trip.
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En parlant de people : Nicolas Levi avec Tobey "Spiderman" McGuire
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Les grosses confrontations préflop sont de plus en plus nombreuses : il va falloir s'y habituer. Içi, As-Roi contre deux As

mercredi 11 juillet 2007

Going the Distance

La quatrième et dernière journée de départ du Main Event des World Series of Poker fut aisément la plus interessante de toutes. Deux de mes bons potes étaient au départ : Antony Lellouche et Cyril Bensoussan, accompagnés des frangins Cohen, Stéphane et Yann. Pour compléter la joyeuse bande, il y avait Emmanuel Boucris, un cousin de Bensouss'. Je me suis bien amusé à les suivre toute la journée. On a été bouffer tous ensemble chez le Rital du Rio, Antonio, chez qui j'aurai décidément passé mal de mes pauses-dîner. Franche rigolade à la table, ca m'a fait très plaisir de partager ce moment avec eux. Dommage que Jerome Zerbib n'était pas des notres : il a sauté assez rapidement en début de journée. Le reste de la bande a passé la première journée, tous ensemble : assez réjouissant comme résultat, moi je dis. Cyril Bensoussan, en particulier, a superbement mené sa barque, et termine en quatrième position au classement avec 172,000.


Benouss' a bien assuré, pourvu que ça dure
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L'enthousiasme était au rendez-vous donc, et ça s'est senti lors de mon reportage du jour pour WAM-Poker : je me suis bien laché par moments, écrivant de grosses conneries second degré. Quand David Benyamine a sauté, j'étais en roue libre et j'ai carrément écrit un faux faire-part de "décès". N'hésitez pas à relire le récit de la journée en cliquant içi.

D'autres Français ont passé la journée, tel l'indéboulonnable Paul Testud, ou l'amateur Amiénois Yannick Pons.

La conclusion des inscriptions au Main Event, deux heures après le départ du Day 1D, a permis – enfin ! - de connaitre les chiffres officiels définitifs. Ainsi, il y a eu au total 6358 inscrits, dont presque la moitié avaient déjà quitté l'Amazon Room au moment où les chiffres ont été publiés, créant une cagnotte totale de 59,7 millions de dollars. Il y aura 621 places payées, avec des récompenses allant de 20,320$ à 8,250 millions de dollars. Ainsi, au final, les World Series of Poker ont tenu bon malgré les coups bas portés au poker en ligne. 6358 joueurs, c'est moins qu'en 2006, mais plus qu'en 2005. Pas mal du tout vu les circonstances.

Phil Hellmuth, au lendemain de son crash dans le parking du Rio, est arrivé déguisé en pilote de course, couvert de logos publicitaires, accompagné de 11 mannequins, un pour chaque bracelet WSOP qu'il a remporté. Pauly a rapporté sur son blog la rumeur selon laquelle Hellmuth était censé conduire le bolide dans les couloirs du Rio pour se garer devant l'Amazon Room. Quand on lui à fait savoir que ce ne serait pas possible, Hellmuth a délibérement crashé la bagnole pour faire parler de lui. Finalement, il est arrivé en limousine et a marché jusqu'à sa table suivi par des dizaines de caméras, l'égo gonflé à bloc. Plusieurs pros se sont ouvertements foutus de sa gueule. Daniel Negreanu se pissait dessus de rire en observant la scène. Toute cette comédie semble un peu ridicule restrospectivement : Hellmuth a sauté du Main Event peu après l'arrêt-dîner. Beaucoup de bruit pour rien.

De son côté, le champion en titre Jamie Gold a échoué a remporter le Main Event pour la deuxième année consécutive, mais personne ne l'esperait vraiment. Il a sauté lors de ce Day 1D aux alentours de l'arrêt-diner, après avoir passé la journée en table télévisée. Aussitôt après sa sortie, il a commenté devant les journalistes : “J'ai vraiment joué comme une merde.” Lucide, le Jamie. Je l'aime bien quand même. Il va problablement retomber maintenant dans l'anonymat, et j'ai le sentiment que c'est exactement ce qu'il souhaite.

Je n'en finis pas d'être bouche bée devant les incessants développements et rebondissements de la saga Vinny Vihn, entamée il a plus d'un mois lors de l'un des tournois préliminaires des WSOP. Cette fois-ci, après son absence lors du Day 1B, Vinny était à l'heure au départ du Day 1D. Il s'est monté un joli tapis, tout en montrant des signes évidents d'inconfort, qu'on devine dus à son addiction à une drogue dure. Vinny se grattait les bras nerveusement, il baillait aux corneilles, gigotait, et se plaignait en permanence d'être très fatigué. Après la pause dîner de 21 heures, plus de trace de Vinny Vihn. J'imagine qu'il a du rentrer à son hôtel pour se pieuter et qu'il se n'est jamais réveillé.

Etonnament, Vinny avait accumulé assez de jetons pour ne pas subir l'élimination avant la fin du Day 1. Tout au long des six heures de jeu après l'arrêt-dîner, son tapis a lentement fondu, et quand les superviseurs ont sifflé la fin de la journée, il lui restait un tout petit 3,200. Vinny pourra donc faire son retour, s'il le souhaite, lors du Day 2B. Le gros blind sera de 1,200. Il parait que les mecs qui financent Vinny ont engagé des gardes du corps pour s'assurer qu'il soit bien présent lors du Day 2. Une précaution qui arrive un peu tardivement, je trouve. Ce n'est que la quatrième fois en trois tournois que Vinny Vihn pointe aux abonnés absents. Allez sur Wicked Chops (lien ci-contre) pour une interview exclusive en vidéo de Vinny.

Daniel Negreanu était lui aussi au départ de la journée. Il a confié aux caméras qu'avant chaque tournoi important, il s'enfermait chez lui une journée entière pour s'enquiller l'intégrale de la série des Rocky devant sa télé. “Ce sont les films les plus motivants qui n'aient jamais étés inventés”, à expliqué le Canadien. “Quelques mesures de la bande originale, et je suis déjà prêt à partir au combat.” Et Daniel à cent fois raison. Je suis un fan invétéré du premier Rocky, un film noble, grand et beau que j'ai du voir au moins trente fois sans jamais me lasser. Et je ne manque jamais de lancer “Gonna Fly Now” ou “Going the Distance” sur mon I-Pod chaque fois que je m'asseois à la table. Rocky, c'est bon pour la motivation, mangez-en. Tel un boxeur, Daniel a encaissé les coups toute la journée, pour finalement terminer avec un tapis presque correct de 50,000.

Dans une journée décidement riche en potins, Brandi Hawbaker était au départ. Elle ne ressemblait à rien, victime d'une méchante bronchite. Quand il appris qu'elle était malade, Ed a été assez sympa pour s'arreter à la pharmacie sur le chemin qui le mène depuis son appartement jusqu'au Rio, et lui rapporter des médicaments (Brandi lui a filé 100$ pour la commission) Brandi a sauté en fin de journée sur un tout petit bad-beat : elle n'avait plus beaucoup de jetons, et son A7 fut payé par KQ, qui trouva un Roi sur le flop. “Désolé, Brandi”, s'est excusé, sincère, le joueur. Sa réponse ? “Va te faire foutre.” J'adore, j'adhère.

Bref, une bonne petite journée, sans temps mort, comme je les aime. J'en redemande. Note perso pour Anto et Benssous : gagnez moi ce tournoi, bordel.

Récit de la journée sur WAM-Poker

Photos en vrac :


Fin des WSOP pour David Benyamine, qui saute en milieu de Day 1
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Le Benyamine de dans 10 ans : Antony Lellouche