vendredi 29 juin 2007

Je vais finir par y laisser ma peau


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Wow. Nan mais là, franchement. Il est 8h55 du matin, samedi 29 juin. La finale du HORSE s'est terminée il y a quatre heures, et je viens tout juste de boucler mes articles pour Poker.fr et MadeInPoker. Deux paquets de clopes, autant de litres de café, j'ai la tremblotte et des crampes au mollets, ca fait 20 heures que je suis éveillé.

Je me demande si ce post va avoir un sens, vu mon état... Hier matin, je me suis réveillé en catastrophe à 11 heures. A la bourre, j'ai bouclé en vitesse mes textes et foncé en salle de presse. Presque une journée entière plus tard, j'y suis encore pour rédiger ce présent texte. Complètement frappadingue.

La raison pour laquelle la journée fut aussi longue, c'est la finale du HORSE à 50,000 dollars, bien entendu. Ce fut interminable, mais c'était génial, et je peux dire que ca valait le coup d'être là pour assister en direct à un grand moment de poker. Mais je ne peux pas m'empêcher d'être enervé contre Bruno Fitoussi, qui tenait la finale par les c.... à 22 heures, pour finalement échouer en seconde place à 5 heures du matin, sept heures plus tard, contre son pote Freddy Deeb.

Bruno, si tu me lis, je te prie de ne pas prendre la phrase précédente littéralement. Tu as joué un grand poker et tu m'as fait kiffer comme un malade pendant cinq jours. Mais me faire rester debout, les yeux à moitié ouverts, durant toute la nuit, jusqu'au petit matin, pour finalement devoir se contenter de la seconde place... Merde ! C'est trop con, je suis trop déçu, quoique surement pas autant que toi. A 22 heures, tu avais 11 millions contre les 2,5 millions chacun de Deeb et Hanson. C'était dans la poche, quoi ! Je me voyais déjà rentrer à l'hôtel à une heure prématurée, pour écrire un bel article sur un grand joueur Français remportant la plus belle épreuve du monde, raflant le bracelet au nez et à la barbe des Ricains médusés. Ah, bon dieu que ça aurait été bon.


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Doux Jésus, quelle journée de dingues. Lisez mon compte rendu de la table finale (en deux parties bien distinctes, avant et après l'arret diner) en cliquant içi. Un autre article sera mis en ligne par Jules sur MadeInPoker, d'içi quelques heures.

Le soleil est levé depuis longtemps. La salle de presse est complètement déserte, l'Amazon Room aussi. J'ai croisé un type dehors qui m'a raconté, le regard dans le vide, qu'il avait tout perdu et qu'il n'avait même plus un rond pour se payer le ticket de bus jusque Atlanta.

Un agent de sécurité tout frais est venu commencer son service du matin à l'entrée de la salle Média. Il a halluciné en me voyant : j'étais déjà là quand il est arrivé hier.

Pour l'heure, je vais me coucher, et cette fois-ci je mets pas en route le réveil. Pas de reportage aujourd'hui. Juste du dodo. Plein de dodo.

Pour mon récit de la journée du 27 juin, on verra plus tard.

jeudi 28 juin 2007

Juste un peu fatigué

Mardi marquait ma huitième journée consécutive passée à écrire pour Poker.fr, ainsi que le début de ma quatrième semaine aux WSOP. En plus de poker.fr, je continue d'écrire un papier quotidien pour le site de Fabrice, MadeInPoker, que je dois envoyer chaque matin à 10h30 pétantes, ce qui m'oblige à me lever vers 8 heures quoi qu'il arrive. Je me suis rendu compte en me levant que depuis mon arrivée au Rio, je n'ai pas mis les pieds une seule fois hors du casino, à part pour sortir fumer une clope à la cachette des croupiers.

Les jours passent, chacun ressemblant comme deux gouttes d'eau à l'autre, et mon humeur se détériore progressivement. Je me demande à quoi ça rime, toute cette histoire... Quel est le but ? L'argent ? J'aimerais bien pouvoir dire que je vais m'enrichir sur ce séjour. S'amuser ? Pour l'instant, on est loin du fun des trips précédents. Se faire des contacts utiles pour l'avenir ? Ouais, peut-être.

Le problème principal, c'est que les World Series of Poker sont un véritable marathon, avec des journées s'étirant de midi jusqu'à parfois quatre heures du mat'. Les couvrir en solo est une tâche très demandeuse. En observant les collègues des autres sites travaillant comme des fourmis dans la salle de presse, je ne peux m’empêcher de constater que je pourrais faire un bien meilleur boulot si je faisais comme eux partie d'une équipe structurée. Mais hélas, ce n'est pas le cas, et je me dois d'assurer en solo, et d'effectuer un travail moyen, au mieux.Chez mes amis de PokerListings, par exemple, ils sont six à se relayer. Ils ne travaillent jamais plus de 8 heures par jour, et on une journée de pause tous les trois jours. Et ils font un boulot fantastique. J'attends avec impatience le jour où il y aura assez d'argent en France pour monter de beaux budgets et de belles équipes. Mais avec les récentes dispositions légales mises en place, ce moment viendra t-il un jour ? Il n'y a pas de secret, pour monter une belle plate-forme telle que PokerListings, il faut des rentrées publicitaires venant des sites de poker en ligne. Et ça, pour l'instant, on peut s'asseoir dessus. Je suis content de faire ce que je fais en ce moment, et je ne compte pas changer de vocation de sitôt, mais un changement de tactique s'impose dans les mois à venir.

Bref, où est-ce que je veux en venir ? Aucune idée.... Ca fait déjà quelques jours que j'ai renoncé à mes capacités d'analyses et à mon esprit de synthèse. Enfin, Mardi fut, disons-le net, une belle journée de merde. De mauvaise humeur toute la journée, j'ai passé mon temps à raler et balancer des commentaires sarcastiques en salle de presse, et c'est un miracle que personne ne m'ait collé un pain. Je me sens fortuné d'avoir pour collègues de véritables amis qui passent outre mes débordements, et semblent sincérement s'inquiéter de mon état. Vous êtes trop chous, les amis.

Faut dire que j'ai pas eu de cul. Les petites situations énervantes se sont enchaînées toute la journée jusqu'au bouquet final vers une heure du matin. Un exemple. A l'ombre du Day 3 du HORSE se déroulait, commplètement inapercue, une table finale d'un 1500 dollars, le Mixed Event en Hold'Em, alternant Limit et No-Limit. Michael Craig s'y trouvait. C'est un écrivain de talent qui a pondu l'un de mes bouquins préférés, “The Professor, the Banker & the Suicide King”, racontant des parties de folies entre un milliardaire Texan et les meilleurs pros de Las Vegas (histoire vraie, bien sur, sinon ça n'aurait pas de sens).

Bref, j'aime bien le type et m'approche de la table – quasiment désertée par les médias – pour chopper une petite photo du jovial bonhomme. Se trouve là l'un des photographes officiels, un trou du cul avec lequel j'avais déjà eu affaire lors d'un WPT au Bellagio. Je l'observer en train d'aller chuchoter à l'oreille du superviseur en charge de la table – Chris, un type pas désagréable. Chris se pointe aussitot à ma rencontre : “Désolé, tu n'as pas l'autorisation de rester autour de la table. Faut que tu te mettes derrière le cordon.”

La plupart du temps, les superviseurs du casino nous laissent tranquille. Je demande :

“C'est le photographe derrière toi qui t'a demandé de faire ça ?”

Le photographe en question vire au cramoisi et tourne son visage de crapaud vers le plafond.

“Ils ont payé très cher pour avoir l'exclusivité. Je dois faire respecter les règles.”

C'est vrai qu'avec mon Sony numérique format “paquet de cigarette”, je fais vachement de la concurrence aux photographes officiels et leur téléobjectifs de la taille d'un canon. Le monde entier envie mes photos floues. Anyway... Passons. Un combat de plus perdu d'avance.

Occurrence rarissime, toutes les parties de la journée sont partie en pause-diner en même temps. Impossible de louper ma chance de foncer jusqu'à la chambre et de pioncer un peu. Rhaaaa. Sommeil. Deux heures. Bonheur. Réveil pateux. Brossage de dents. Retour dans l'arène.

Mon attention était bien entendu entièrement tournée vers la troisième journée de l'épreuve de HORSE à 50,000 dollars. De 50 joueurs, on est passé à 21. Bruno Fitoussi a effectué une journée sensationnelle en table télévisée, gagnant tous les coups qu'il jouait. C'était beau à voir. Il termine en 3e place au classement. Pour un récit plus complet, cliquez içi et içi.

J'ai passé la deuxième partie de la journée (la nuit, donc), dans un état de nervosité extrême, me disant que bon Dieu j'ai vraiment besoin d'une pause avant de commencer à perdre mes cheveux, mes dents et ma santé mentale. Quand Ed a renversé un verre de vin entier sur mon futal, je ne me suis même pas énérvé. J'étais insensible. Un zombie sur pattes.

Fitoussi m'a confié ses impressions après la conclusion du Day 3 du HORSE, et je me suis aussitot attaqué à la rédaction d'un résumé/interview. Une heure et demie plus tard, j'avais terminé un beau texte de 6500 signes : un article de bonne taille auquel j'ai consacré un temps non négligeable et dont j'étais plutot content – c'est pas si fréquent.

Vous voyez le bad-beat arriver ? Oui, j'ai cliqué sur “envoyer” dans l'éditeur HTML de Poker.fr, et.... rien ne s'est passé. Ecran blanc. Fausse manip'. Mon texte a disparu. Impossible de le retrouver. Bien entendu, je ne l'avais pas rédigé sous Word et il avait vraiment disparu pour de bon.

J'étais plus bas que terre. Misérable. Mais j'ai eu beau taper sur les murs, fumer 15 clopes au balcon, secouer la tête jusqu'à en avoir le tournis, j'avais toujours un compte rendu à écrire.

De retour à la case départ, il m'en a pris trois bonnes heures pour tout réécrire, et bien entendu, le deuxième jet était 10 fois moins bien que le premier. Je me suis couché à cinq heures, tremblant, pleurant maman, et n'ai trouvé le sommeil que bien plus tard.


Qu'est-ce que c'est chiant, le poker

mercredi 27 juin 2007

Body Double

Ca devait arriver, après 3 semaines passées à l'intérieur de l'Amazon Room au milieu de la horde de spectateurs, fans et touristes en tout tout genre. Ca fait déjà un an qu'a chaque tournoi que je couvre, mes collègues me font remarquer ma prétendue ressemblance avec le joueur professionel Antonio Esfandiari. Pourquoi pas ? On peut trouver pire, comme sosie, j'imagine. Adam de BlondePoker me tanne depuis un moment pour nous prendre en photo tous les deux.

Ainsi, tandis que j'observais le Day 2 du HORSE à 50,000 dollars lundi, j'ai remarqué deux touristes Asiatiques en train de prendre une photo depuis le cordon de sécurité. Rien de grave, apparemment, sauf que.... tiens, c'est bizarre.... non, c'est pas posssible...Mais si, pas de doute, ils sont en train de prendre une photo de... moi. Pourquoi pas ? me dis-je. Je n'y prête pas attention et quitte la zone du HORSE pour me diriger vers la tente. Le couple m'arrête. Le mec me serre chaleureusement la main.

“Je peux prendre une photo avec vous ?”, qu'il me demande.

Je commence à comprendre.

“Mais pourquoi vous voudriez prendre une photo de moi ?”, je réponds, l'air de rien. Bien entendu, je sais déjà ce qu'il va me répondre :

“Vous êtes mon joueur préféré, Antonio !”

Jennifer m'en a voulu de ne pas avoir accepté de me faire prendre en photo. Mais je suis la personne la plus honnête qui soit. Impossible de me faire passer pour quelqu'un que je ne suis pas. Je me suis contenté de répondre : “Sorry, wrong person”, et j'ai passé mon chemin. Le couple avait l'air déçu.



Antonio Esfandiari est un fêtard notoire à Las Vegas, et cela fait déjà un moment que j'ai remarqué que je n'avais jamais aucun problème à rentrer dans n'importe quelle boîte du Strip en baskets, jeans et T-Shirt....

Chaque jour, la salle de presse s'encombre un peu plus, et je flippe un peu en pensant au bordel que va être le Main Event... Il y a un type qui est arrivé depuis peu, je ne l'ai jamais vu auparavant. Il porte des shorts en jean très courts. Mais vraiment très courts. Et moulants, en plus. C'est dérangeant. Avec les mecs de PokerListings, GutShot et Blonde, on a grosso-modo passé la journée à piquer des fous rires en essayant de le prendre en photo sans attirer son attention. Je n'en pouvais plus à force de pisser de rire, ca été dur de pas se faire repérer... D'ailleurs, il est parti se changer au beau milieu de la journée.


Non, vraiment, c'est un peu court, jeune homme
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Ah, j'imagine que c'est le genre d'états puérils dans lequel on se met après trois semaines non stop d'insanité caractérisée.... La fatigue prend le dessus chaque jour de plus en plus, et mon humeur passe du brulant au glacé de manière aléatoire. Je me roule par terre au temps T, pour aussitôt exploser de colère au temps T+1. Dès que l'actu WSOP sera moins chargée (traduction : dès que le HORSE sera terminé), je vais prendre une journée complète de repos : ce sera ma première en 3 semaines. J'en ai discuté avec Loic qui était OK.

Conformément aux règles mises en place par Harrah's à l'attention des médias, il ne m'a plus été possible de me ballader dans la zone de l'épreuve de HORSE une fois que celui-ci a atteint moins de 15 tables. Ce qui est arrivé assez vite lors du Day 2. Mon badge violet ne me donne que peu de droits, mais s'il y en a un dont je peux jouir ad nauseum, c'est bien celui de se faire traiter comme une merde.

Il fallait voir le sourire ravi des employés de Bluff Magazine au badge vert, chargés de nous jeter dehors – quel job passionant cela doit être ! Ils étaient aux anges, comme si le fait de nous empecher de faire notre travail les rendait heureux. Il faut bien qu'ils tirent une maigre satisfaction de leur job bidon, j'imagine.

Les World Series of Poker sont une vaste blague, une machine bien huilée dont l'unique but est de ramasser le plus d'argent possible, peu importe les moyens employés, sans réel respect pour les personnes impliquées, qui dépensent beaucoup d'argent pour se rendre à Vegas chaque année : les joueurs, et les médias. Les défauts d'organisations sont légion, et pour certains, savamment calculés par Harrah's. Les joueurs passent leur temps à râler sur le thème : "C'est plus que ce c'était".

Et comme si ce n'était pas suffisant, chaque jour, je dois me bagarrer pour pouvoir faire la tâche qui m'a été assignée, et qui est la suivante : faire de la pub pour les World Series of Poker auprès des lecteurs Francophones. Raconter à ceux qui ne sont pas là en quoi les WSOP sont le plus beau tournoi du monde, le plus gros, le plus difficile, le plus prestigieux. Bref, je suis là en ami, pour dire du bien. Mais apparemment, ce n'est pas ce que Harrah's à en tête. Tant pis pour eux, j'ai envie de dire. Mais tout de même, je suis le seul journaliste Français présent sur place depuis 3 semaines, alors pourquoi, mais pourquoi vouloir à tout prix m'empecher de faire mon job ? Je ne comprends pas. La situation devient de plus en plus ridicule jour après jour et si leur but est que j'écrive un article énérvé en rentrant, ils sont en train de réussir avec brio. Bien sur, mon pouvoir de nuisance reste limité. Mais je suis loin d'être le seul à ressentir la même chose en salle de presse. Qu'ils fassent gaffe à ce qu'ils veulent, un jour ils risquent de l'avoir...

Toute cette politique politicienne ne m'a pas empéché de suivre le Day 2 du HORSE, sans trop problèmes. Je me suis débrouillé comme je pouvais, évitant les fourches caudines tendues par les "badges verts". Par contre, je me suis à peine interessé aux autres parties qui ont eu lieu ce jour là, faute de pouvoir être partout à la fois : un Pot Limit Omaha Hi/Lo dans la tente, avec trois ou quatre Français qui ont sauté en un quart d'heure (environ), le deuxième jour du Mixed Hold'Em (Fabrice a sauté juste avant la bulle), la finale du 1500$ que Georges avait ratée de peu la veille (Erica Shoenberg termine troisième).

Petit arrêt quand même devant les tables du tournoi à 1000 dollars réservé aux Seniors. Traduction, il faut être agé d'au moins 50 ans pour participer à l'épreuve : plus de 1800 papis étaient au rendez-vous. Bien entendu, les blagues ont fusé dans la salle Média : “Préparez les peacemakers”, “Il leur faut des pause-pipi toutes les 10 minutes”, “Quelqu'un a vidé sa poche”, etc...

Tout de même, un peu de respect, que diable : la plupart de ces messieurs/dames jouaient et gagnaient au Texas Hold'Em bien avant la naissance de Justin Bonomo, Sorel Mizzi et Dario Minieri. Et puis, ce fut aussi l'occasion, rare, de croiser une vraie légende du jeu, Amarillo Slim, l'un des premiers champions du monde 1972. Le vieux Slim est aujourd'hui en semi-retraite dans son ranch Texan, et ne participe plus que très rarement aux tournois de Las Vegas. Il a montré qu'il connaissait encore deux ou trois trucs à propos de poker, et termine la journée en 7e place au classement.


Amarillo Slim Preston, notez le serpent sur le chapeau : en bon Texan, il l'a tué de ses propres mains

A la fin du Day 2 du HORSE, Patrick Bueno a sauté depuis longtemps, ainsi qu'une floppée de stars (la famille Brunson, Mike Sexton, Carlos Mortensen, etc, etc). Le rythme d'éliminations s'est acceléré, coupant de moitié la masse de joueurs : de 127, on est passé à 52. (Il n'y avait eu que 21 éliminations la veille)

Bruno Fitoussi termine la journée avec un tapis identique à celui qu'il avait au départ : il n'est pas super content, mais me raconte quand même ses coups marquants et impressions. Il est encore dans le tournoi, c'est l'essentiel.

Je publie le tout sur poker.fr, et ma journée est terminée, à une heure du matin. Sur mon chemin, je croise deux fervents religieux. Je croyais que la Bible condamnait le jeu...


"Les gagnants croient en Jésus"
"Jésus : un pari sûr"


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Récit de la journée sur Poker.fr

mardi 26 juin 2007

Le grand jour

Après 3 semaines passées à Vegas à couvrir des tournois avec un degré d'intêret variant de “bof” à “mouais, pas mal”, ma patience fut enfin récompensée, avec le tournoi de HORSE à 50,000 dollars, l'épreuve la plus prestigieuse des World Series of Poker. C'est celle que chaque top pro rêve de remporter, histoire de prouver une fois pour toutes qu'il est le meilleur. J'attendais ça de pied ferme, et je n'ai pas été déçu.

A midi, le départ fut donné par Chip Reese, le champion en titre. Des centaines de spectateurs étaient massés derrière les cordons de sécurité. J'admire le courage de ces touristes faisant preuve d'une infinie patience, restant debout plusieurs heures pour apercevoir leurs idoles, choper un autographe, ou prendre une photo à 5 mètres de distance avec leur téléphone portable. Ils ne sont même pas là pour observerr les coups qui se jouent (les tables sont trop loin du cordon), mais juste pour mater les stars, comme s'ils allaient au zoo.

Le HORSE, c'est le poker à son plus haut niveau, acronyme des 5 formes de poker qui sont jouées à tour de rôle toute la journée, à raison d'une nouvelle variante toutes les 30 minutes : Hold'Em, Omaha H/L, Razz, Stud, et enfin Stud H/L. Le tout est joué en Limit : c'est un jeu de pros, où la moindre erreur coute cher.

Ainsi, les meilleurs joueurs que compte la planète poker étaient au rendez-vous : les Brunson, les Ivey, Oppenheim, Cunningham, Seed, et j'en passe. A 50,000 dollars le ticket d'entrée, seuls les meilleurs et/ou les plus riches ont été assez fous pour s'inscrire. Mais comme je l'ai écrit au cours de mon reportage pour Poker.fr, j'ai quand même tiqué en voyant autour des tables pas mal de joueurs qui n'avaient à mon gout rien à foutre dans un tournoi de ce calibre. D'excellents joueurs, certes, mais dont le succès à été cantoné aux tournois de No-Limit Hold'Em uniquement, et ce sur une période ma fois très courte (depuis 2003, disons). Si vous voulez mon avis (et meme si vous le voulez pas, je vous le donne) Ils n'ont pas l'ombre d'une chance face aux plus grands pros maitrisant toutes ces différentes variantes et qui pour certains gagnent des fortunes chaque jour depuis 3 décennies dans les plus grosses parties du monde. Enfin, je peux comprendre l'envie qui pousse certains à joueurs à claquer 50,000 dans des parties où ils serviront de pigeon : ils ne veulent pas se sentir exclus du cercle fermé des meilleurs joueurs du monde.


Chip Reese, champion en titre et meilleur joueur "tout-terrain" du monde
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148 joueurs étaient au départ sur 19 tables, et ce fut un vrai bonheur de naviguer entre les tables au casting de rêve. La bonne ambiance était au rendez-vous, la bonne humeur de mise. Parmi les stars, 3 joueurs Français : David Benyamine bien sur, mais aussi Bruno Fitoussi et Patrick Bueno. J'ai été surpris de voir ce dernier au départ – Bueno a gagné pas mal d'argent en tournoi ces dernières années mais je ne le pensais pas si riche que ça, en tout cas pas assez pour se permettre de mettre 50,000 dans le tournoi le plus relevé de la planète. Enfin, j'imagine qu'ils ont été plusieurs à le financer, comme cela se fait très souvent.

Benyamine a sauté assez rapidement, par contre Bruno a fait une journée sensationnelle et terminé en 2e position au classement à la fin de la journée, juste derrière Eli Elezra. D'après ce qu'il m'a dit, c'est un expert dans les gros cash-games mixed games, et après l'avoir vu jouer, je veux bien le croire. Bueno, lui, n'a pas été chanceux du tout sur plusieurs coups clés et s'est retrouvé avec seulement un quart de son tapis de départ à la fin de la journée.

Jennifer, Adam et Chris de BlondePoker sont arrivés d'Angleterre pour démarrer la couverture des WSOP pour BlondePoker. Ils vont se concentrer sur le HORSE cette semaine, puis sur le Short-Handed à 5000$ et le Pot-Limit Omaha à 10,000$, et bien sur le Main Event. Ces trois zigs là sont comme mes frères. Durant les 12 derniers mois, on a fait les 400 coups à Barcelone, Amsterdam, Vegas, Monte-Carlo, Dublin, Varsovie, Paris et Dortmund. Allez voir leur site (lien ci-contre) et lisez leurs comptes-rendus en direct à l'humour très British.

J'ai été gâté Dimanche car en plus de “la piste aux étoiles” que fut le HORSE, j'ai suivi toute la journée la suite de l'étonnant parcours de Georges Djen dans le 1500. Comme hier, chaque fois que je venais prendre des nouvelles du boss, Georges avait plus de jetons que la fois précédente. Il a finalement chuté à une trrrrès honorable 11e place, pour un gros chèque de 33,000 dollars. Epatant. Erica Scheonberg a atteint la table finale de ce même tournoi. Georges était touché que je l'ai supporté durant son parcours, et m'a "fétiché" après avoir été encaisser ses gains. Je n'en demandais pas tant !

Je suis tombé sur Jean-Philippe Piquette, un joueur Québécois que j'avais rencontré aux Chutes du Niagara en Octobre dernier. Il est accompagné de son pote Pierre Bergeron, alias Khaosman, mais pas de sa copine Véronique, ce qui est bien dommage car je suis amoureux d'elle. Depuis le cordon, ils soutiennent leur compatriote Isabelle Mercier qui se démène dans le tournoi de HORSE.

L'arrêt-diner s'est étalé sur deux heures car tous les joueurs du HORSE étaient invités à un super banquet ultra chicos. J'en ai profité pour aller au Tilted Kilt avec Pauly et Otis, le blogger de PokerStars. Comme d'habitude, les serveuses sont très amicales. La notre passe une bonne demi heure à notre table à discuter de tout et de rien. Depuis notre session commune à la table de Pai Gow la semaine dernière, Otis a réflechi à mon idée de lancer les World Series of Pai Gow au Gold Coast, en face du Rio. Je lui ai promis que j'en serai, et que j'apporterai toute monde aide pour mener à bien ce projet ambitieux. Avec Pauly, nous lui avons appris à jouer au Poker Chinois - il était inconcevable qu'un reporter aguérri comme lui ne sache toujours pas jouer à ce jeu très en vogue dans les salles de presse.


Avec Pauly et Otis au Tilted Kilt
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Ah oui, sinon, j'ai un peu fait de la merde lors de cette journée chargée. John Caldwell, le responsable de PokerNews (le site qui a les droits de couverture exclusifs des WSOP) est venu me voir en salle de presse. Il m'a demandé si je voulais réaliser des interviews video des joueurs Francophones, destinées à etre publiées sur la page Française de PokerNews. Du genre, David Benyamine et Isabelle Mercier, par exemple. Je lui ai instantanément répondu non, car je ne l'ai jamais fait et je ne suis pas très confortable à l'idée d'apparaître face à la caméra. En plus, je suis totalement nul dans le rôle de l'interviewer. J'ai jamais appris à le faire, donc je me voyais mal improviser. Il m'a répondu, “OK, pas grave”, et a poursuivi son chemin.

Dix minutes à cogiter plus tard, je me rends compte que ce serait peut-être une bonne idée de passer outre ma timidité et d'accepter cette offre. Je m'en vais trouver Caldwell dans l'Amazon Room et lui dis “On peut toujours essayer de le faire.” Sans lever les yeux de son clavier, il me répond “Mais tu m'a dis que tu allais être nul”. J'insiste, et il me dit qu'il viendra me voir quand il a besoin de moi. Depuis, j'attends toujours de ces nouvelles et je doute qu'il ait encore envie de faire appel à moi. Je me sens comme un débile du coup, mais bon. Bah, tant pis, je m'en fous un peu. J'ai déjà assez de boulot comme ça de toute façon.

Une bonne journée, mais je commence salement à saturer. Un break est à envisager rapidement...

Récit de la journée sur Poker.fr

Photos en Vrac :


Bruno Fitoussi cartonne dans le HORSE
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Erica Shoenberg double son tapis dans le 1500$, sous les yeux de son père et de son fiancé, D.B.
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lundi 25 juin 2007

Encore un zoo

Les journées se suivent et se ressemblent, mais des fois y'en a quand même qui se ressemblent un peu moins (hein ?)

Traduction : la journée de Samedi fut des plus intéressantes et agréables. Il n'y avait pas de tournoi cher au programme, car il n'y aurait eu personne pour vouloir le jouer : en effet le HORSE a 50,000 dollars allait commencer le lendemain, donc tous les gros pros étaient en train de se reposer en préparation du plus gros et difficile tournoi de l'année.

A la place, nous avons eu droit à une journée spécial amateurs, avec une grosse fiesta à 1500 dollars qui a attiré 2700 joueurs. Structure rapide et niveau de jeu discutable sont les deux mamelles de ces épreuves pas chères qui remplissent l'Amazon Room à pleine capacité.

Georges Djen, le patron de LivePoker, vient d'arriver en ville et débarque en salle de presse pour me saluer. J'avais un peu peur qu'il vienne m'annonçer mon renvoi pour cause d'article catastrophique (cf. les épisodes précédents de mon blog), mais non, au contraire, il se trouve qu'il a bien aimé. Ouf. Il me renouvelle sa confiance pour les prochains numéros – apparemment, le prochain numéro du magazine comportera 30 pages dédiées aux WSOP et je jouerai un rôle plus qu'actif dans la conception et rédaction du dossier. Chouette. Mais beaucoup de boulot en perspective à mon retour en France le mois prochain.

J'apprends qu'on a parlé de mon travail en termes plutôt élogieux dans StudioPoker l'émission de télé du site fondé par Eloi Relange, PokerAcademie. Ca fait plaisir. Ils ont fait une petite rubrique sur les World Series et sur les sites qui couvrent l'évenement. Vu que je suis le seul à écrire sur les WSOP en Français**, ils ont bien été obligés de parler de moi, hé hé. Merci Eloi !

Il y avait 3 tonnes de Français inscrits dans le 1500$, et par trois tonnes je veux dire “une douzaine” : ElkY, Nicolas Levi, Arnaud Mattern, Alexia Portal, Pascal Perrault, Fabrice Soulier, les potes Johny et Solody, Paul Testud, Georges Djen, Pascal Barrault....

Pauly joue le tournoi, profitant d'une journée de repos. Il va jouer une excellent poker et terminer le Day 1 avec un tapis correct, mais surtout “in the money”. J'aime bien quand mes potes cartonnent. Il a joué à la table de Georges pendant une bonne partie de la journée et lui a dit du bien de moi.


Ce bon Dr Pauly
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Ed de Gutshot est de la partie aussi, mais il se fera sortir en milieu de journée par Men “The Master” N'Guyen.

Un petit bohnomme surgit en salle de presse pour me dire bonjour. Il s'agit d'Enzo, un Toulousain qui a crée le fameux site http://www.limpers.com/. On s'était rencontrés durant le Five Diamond Classic au Bellagio en Décembre, j'avais fait la couverture de l'épreuve pour Team770 et on s'était payés de franches parties de rigolade avec lui et son pote Junior.

Justement, Junior est inscrit au tournoi du jour, sponsorisé par Enzo qui a remporté 8000 dollars la veille au Venitian (il a joué un tournoi à 500$ et les 30 derniers joueurs ont dealé tous ensemble ! Le tournoi s'est aussitôt arrêté. C'est la première fois que j'entends une histoire pareille) On cherche Junior dans l'Amazon Room : il est introuvable. Impossible de le joindre au téléphone. Dans la tente, pas de trace du jeunot. On traverse le couloir de 600 mètres qui mène au casino, histoire de jeter un oeil à la dizaine de tables qui ont été disposées là. Personne. “Nan, c'est pas possible”, je me dis. “Ils n'ont quand même pas mis des tables dans la Poker Room du casino !" Hé bien si, ils ont osé rajouter quelques tables de plus au fond du casino, histoire d'engranger quelques inscriptions supplémentaires, et par la même occasion quelques dollars de plus.

C'est donc dans la salle de poker régulière du Rio qu'on retrouve Junior et son pote Akim (comme ils se sont inscrits en retard, ils se sont retrouvés ensemble) A la même table, un Français que je ne connais pas trop, Françis Mahiout.

C'est décidément la journée des retrouvailles entre potes : je tombe sur José Barbero en revenant dans la zone du tournoi. Je l'avais rencontré à Amsterdam en novembre lors des Master Classics. Soirée mémorable dans une boîte en pleine zone industrielle. L'Argentin me raconte quelques bad-beats, légèrement désabusé.

Je suis le parcours de Georges Djen tandis que la plupart des Français sautent à toute vitesse – et puis après tout, Georges est mon boss. Enfin, l'un de mes boss. Il est plutot du genre nonchalant : il s'est inscrit au tournoi un peu par hasard – il est surtout venu à Vegas pour bosser sur le magazine.

“-Alors, ca se passe comment ?”, je lui demande au bout d'une heure.“
-Pas mal, j'ai joué un beau coup et j'ai doublé.”

Deux heures plus tard, il vient me voir en salle de presse.

“-Ah, merde, t'as sauté.
- Non, non, je fais juste un tour entre deux coups. J'ai joué un beau coup, j'ai doublé”, me répond-il, l'air indifférent.

En milieu de journée :

“J'ai joué un beau coup, j'ai doublé”, toujours avec le même air.

A deux heures de la conclusion du premier jour :

“J'ai joué un beau coup, j'ai doublé.”, cette fois avec un léger sourire.

Georges termine la journée avec un tapis de 77,000 (il est parti de 3,000 au départ), et est dans l'argent. De 2700 joueurs, il en reste moins de 200. Il est le dernier Français en course. Pas mal pour un mec qui dispute son tout premier championnat du monde et qui s'est pointé à Vegas pour faire du journalisme. Si seulement je pouvais en dire/faire autant.

Ce fut une journée interessante, chargée en evenements et rencontres sympas, mais aussi très courte : il n'y avait que deux finales au programme, qui se sont terminées rapidement (par la victoire de types que je ne connais pas). A part ça, il y avait la suite du Pot-Limit Hold'Em, la finale a été atteinte sans trop de problèmes, et à minuit, il n'y avait plus rien à voir dans l'Amazon Room à part le 1500$ et Georges.

Rayan me contacte sur MSN et me demande si je suis partant pour une virée. Il vient de remporter un tournoi sur PokerStars. Cagnotte : 25,000 dollars ! Wow, bien joué, mon pote, que je lui dis. Bof, qu'il me répond. “C'est ce que j'ai perdu en ligne ces trois dernières semaines. Au moins je suis à jeu sur le Net. Me reste plus qu'à gagner un bracelet pour rattraper mes pertes aux WSOP.”

Je lève donc le camp à une heure du mat', accompagné de Ed (notre chauffeur) et Jennifer. Comme d'habitude, c'est Ed qui sait où aller. Il continue de nous faire découvrir les recoins chelous de Vegas en nous emmenant dans un bar à billards paumé près de l'aéroport. Ambiance “Thelma et Louise” avec chapeaux de cow-boy, pintes de bière graisseuses et musique country. J'aime bien.

Il y a un juke-box (un moderne, qui te télécharge les chansons de ton choix sur le net). Je fais criser les autres clients en choisissant 9 chansons à la suite, mais mon choix est parfait. Dans l'ordre : Queens of the Stone Age (“No One Knows”), Sublime (“Santeria”), Lynyrd Skynyrd (“Simple Man”), Bob Marley (“Jammin'”), Dire Straits (“Sultans of Swings”), Eric Clapton (“Layla”), Jimi Hendrix ("All along the watchtower"), Boston (“More than a feeling”) et enfin Journey (“Don't Stop Believing”) car c'est la chanson que Tony lance sur le jukebox dans la dernière scène du dernier épisode des Sopranos. Je suis content. Je me fais quand même charrier pour mes gouts très 80's.

Je fais équipe avec Rayan contre Jen et Ed pour une partie de pool, et l'on double les mises succéssivement jusqu'à ce que nous perdions chacun 80 dollars, Rayan et moi. J'ai joué tout bourré comme une merde et je suis en super méga-tilt, il est 3h30 du matin, on retourne sur le strip, les autres vont continuer à boire des coups ailleurs, moi j'ai du boulot qui m'attend donc je rentre. Solide journée.

** Pas tout à fait, puisque Seb est arrivé il y a quelques temps pour faire un reportage sur Team770, où j'ai réalisé quelques reportages mémorables qui m'ont couvert de gloire (ou pas).

Récit de la journée sur Poker.fr

Bilan au jeu :
Pool : -80$
Total : mystère (rapport à la journée du 19 Juin qui n'a pas encore été racontée)

Photos en vrac :
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Phil Laak jouant à GTA sur sa PSP
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Georges Djen
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José Barbero l'Argentin
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Gutshot Ed
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dimanche 24 juin 2007

Rien

Une journée sans grand intêret... Levé à 8h30, écriture, douche, je crève la dalle donc j'opte pour le Buffet, où l'on peut se gaver à volonté. Je me pointe devant les étalages, assiette en main, pret à engloutir le plat entier d'oeufs brouillés, et constate avec déception que le petit déjeuner n'est plus servi après 11 heures. Il est 11 heures 14, super timing, et je n'ai pas trop envie de viande, heureusement la caissière accepte de me rembourser. Je remonte dans la chambre et opte pour le Room Service, et c'était trop pourri.

Je n'ai pas eu grand chose à faire en début de journée, puisque tous les Français qui étaient au départ du 2000$ Pot-Limit Hold'Em ont sauté en moins de temps qu'il ne faut pour écrire le mot “choucroute” (ok, peut être un peu plus longtemps que ça, mais tout de même) Il n'y en avait pas beaucoup au départ de toute façon.

Clairement, on n'avait pas affaire à l'une des journées les plus excitantes de ces 38e WSOP, avec deux finales où ont evolué des joueurs dont je n'ai jamais entendu parler. Apparemment, je devrais, car on m'a fait remarquer que la plupart des gagnants “inconnus” cette année sont des stars du jeu en ligne. Enfin, des stars, seulement si vous êtes un sale geek. Je hais les geeks. Pff, c'est déjà assez dur de suivre l'actualité des vainqueurs des gros tournois avec la multiplication des épreuves, si en plus je dois jouer au détéctive pour retrouver qui se cache derrière d'obscurs pseudos du genre “RoXXor452”, je suis pas rendu.

Le tournoi de Omaha high/low a 5000$ a cependant sauvé ma journée en offrant quelques moments sympathiques. Les deux Frenchies restants, David Benyamine et Patrick Bueno, se sont retrouvés à la même table et ils ont joué pas mal de coups. David a terminé avant la bulle, et Patrick, qui s'était construit un tapis confortable, s'est pris quelques coups en pleine face et a été éliminé juste après les places payées, remportant un peu plus de 12,000$, ce qui est bien, mais pas top.


Patrick Bueno/David Benyamine : j'aime bien cette photo
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Le haut moment de la journée fut finalement l'arrêt-dîner à 19 heures, où nous sommes tous partis à l'Ellis Island, pour manger leur fameux steack à 5 dollars dont j'ai déjà parlé précedemment. Ce n'était pas aussi horrible que je l'avais imaginé, c'était même franchement pas dégeu. Un des meilleurs deals de tout Las Vegas, vu le prix (la note était de 33$ pour 5 personnes). Nous nous sommes permis de laisser un pourboire de plus de 100% sous le regard incrédule du serveur qui n'en demandait pas tant.


Five-Dollar Steak à Ellis Island
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Rentré à la chambre à 1 heure, Rolf est en train de bosser sur son bouquin (il y bosse environ 18 heures par jour), on discute un peu de l'état de l'industrie, bla bla bla, je lis, je me couche, fin de journée, suivante !

Récit de la journée sur Poker.fr

samedi 23 juin 2007

Exode

Comme tous les matins, je me suis réveillé vendredi à 8 heures (après 4 bonnes heures de sommeil, hem) pour boucler mes textes pour MadeInPoker. Retour au pieu juste après, pour pas longtemps, hélas. Je dois faire mes bagages : je déménage au Rio, histoire d'être plus près de l'action. J'y rejoins mon pote Rolf Slotboom, qui est venu à Vegas pour la première fois depuis 10 ans et participe donc à ses premiers World Series. Il a investi plus de 40,000 dollars pour s'inscrire aux différents tournois qui l'intéressaient. J'aurais très bien pu rester au Bally's avec Rayan, mais je m'étais mis d'accord avec Rolf il a longtemps.

J'arrive au Rio à 13 heures avec mes 25 kilos de bagages, et bien entendu, la gonzesse à l'accueil refuse de me donner une clé car mon nom n'est pas sur la liste. Mais si, mon nom est sur la liste, que je lui dis. Je ne peux rien faire pour vous, monsieur, qu'elle me répond, cette connasse. Je commence déjà à maudire Rolf, qui m'avais juré la veille qu'il leur avait donné mon nom. Je laisse mes bagages au valet et fonce jusqu'a l'Amazon Room, trouve Rolf qui me confirme qu'il a bien informé le Rio de mon arrivée. Demi-tour, sprint jusqu'au comptoir d'accueil, je tombe sur une autre employée qui trouve mon nom sur la liste en dix secondes et me file une clé.

Je m'installe dans la suite spacieuse qui me servira de chez-moi durant les deux prochaines semaines. J'attends une bonne demi-heure mes bagages, et arrive en salle de presse à 15 heures, en retard comme c'est pas permis. Mauvais timing car il y a trois tonnes de Français à suivre dans le 1500$ No-Limit qui vient de démarrer (une vraie boucherie, comme d'habitude). Surpris, je tombe sur l'actrice Alexia Portal, piquée de poker depuis déjà pas mal d'années, qui visite pour la première fois Vegas – un séjour express de cinq jours à peine. Hélàs, j'arrive au moment où elle sort du tournoi. Elle accepte une petite interview express que je publierai demain sur poker.fr. Je tombe aussi sur David Lacoste et Patrice Boudet, qui effectue un départ canon en passant de 3,000 à 22,000 en quelques heures. Aussi croisés, Nicolas Levi et Arnaud Mattern. Harrah's ne recule devant rien pour engranger un peu plus d'argent : pour faire rentrer le plus de monde possible dans le tournoi, ils ont rajouté des tables près du casino, à près de 600 mètres du Hall de Convention où se tiennent les World Series !

Le tournoi de Omaha High/Low à 5000$ commence à 17 heures dans la tente. J'y retrouve aussi 5 Français. Paul Testud, qui joue le plus de tournois possible depuis qu'il a gagné 80,000$ au Bellagio : à ce train là, il reviendra à Paris les poches vides et pire encore. Bruno Fitoussi, qui écoute Hoobastkank et Genesis sur son Ipod. Patrick “Kinder” Bueno, qui vient d'arriver, serein avec un plan précis bien en tête. Il va terminer la journée parmi les chip-leaders. Antony Lellouche m'offre 100$ si je lui trouve des écouteurs pour son Ipod. Faut dire qu'il est assis à coté de Mike Matusow, qui est comme d'habitude ultra-speed et ne s'arrete pas de déblatérer son avis sur tout et n'importe quoi. C'est un hyper actif au sens médical du terme. A ses pieds, une bouteille contenant un jus vitaminé (de la Taurine, qu'on trouve dans le Rud Bull). Comme s'il en avait besoin. Anto, lui, carbure au Zinc, mais ne va pas rester longtemps dans le tournoi. Enfin, David Benyamine, notre meilleur joueur Français du monde exilé à Vegas, très réservé comme d'habitude, il va comme Bueno faire un bon parcours.


Omaha H/L 5000$ : David Benyamine (eau minérale), Marcel Luske (Gatorade), Erik Seidel (Corona)
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Un tournoi de Omaha Hi/Lo en limit, c'est chiant comme la pluie, surtout au début, mais les joueurs trouvent de quoi s'occuper entre deux coups d'un ennui mortel. Leur passe-temps favori, c'est de parier sur tout et n'importe quoi. Phil Ivey et Mike Sexton ont passé plusieures heures à mettre au moint un gros pari à 100,000 dollars sur le prochain tournoi de HORSE à 50,000$ qui va commencer dans quelques jours. Hellmuth, lui, a misé sur Mike dans le présent tournoi, et ce dernier n'est pas content : “J'ai pas gagné un coup depuis que ce chat noir a mis de l'argent sur moi !” Bref, bonne ambiance, on à affaire à un tournoi entre pros qui se connaissent tous, c'est toujours plus agréable à suivre que les tournois “discount” à 1500$ qui réunissent 2500 joueurs que je ne connais ni d'eve, ni d'adam pour la grande majorité.

Pour le reste... Je cherche des trucs interessants à raconter, mais je ne trouve pas. Vegas, baby, Vegas... c'est pas pour cette année, les expériences fun, les gueules de bois, et les taches de vomi d'origine non identifiée sur le pantalon au réveil.


Heads-up dans le tournoi de... Heads-up
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Je fais l'aller et retour entre l'Amazon Room et la salle de presse, pour raconter ce que j'ai vu au fur et à mesure. Et ainsi de suite jusqu'à tard dans la journée. Je commence à être bien crevé, mine de rien. Suivre un tournoi d'une semaine, c'est facile. Six semaines, c'est une autre paire de manches et après quinze jours, je me retrouve dans un état de fatigue permanent. Mon enthousiasme pour le tournoi a considérablement baissé : c'est dur de trouver de nouvelles conneries à raconter tous les jours. Pire, à force d'enchainer, mon “radar” est à plat, et je passe à coté d'histoires interessantes, faute de faire suffisamment attention. Enfin, je me plains, je me plains, pas très productif tout ça. Mais en même temps, c'est surtout à ça que sert un blog perso, non ? On ferme le bureau des pleurs...

A huit heures, pause dîner entre collègues au Tilted Kilt, le pub Irlandais/Anglais du Rio. Ca tombe bien, je n'ai rien avalé depuis la veille au soir. Ed et Jesse de Poker Listings sont là, ainsi que Jennifer, Baron et Ed de Gutshot. Un bon moment avec une “bande de mecs sympas”.De retour, je retourne aux parties. Deux finales sont en cours. Jeff Lisandro, notre ami Australien, a remporté son premier bracelet en Stud, curieux, je pensais qu'il en avait déjà remportés, mais non, c'est bien la première fois pour ce joueur d'expérience qui a bourlingué de parties en parties aux quatre coins du monde pendant une vingtaine d'années. Le tournoi spécial “tête à tête” s'est conclu entre deux types que je connais absolument pas. Le vainqueur, Dan Schreiber, a roulé sur son adversaires, ne lui laissant aucun répit. Ils ont joué la partie en 2 manches gagnantes. La seconde a duré 11 mains !

Je termine la journée à 2 heures du matin.Maintenant que je loge au Rio, mon trajet de retour à la chambre consiste désormais en un trajet de 800 mètres jusqu'aux ascenseurs... Ce qui est quasiment plus long que de prendre un taxi jusqu'au Bally's.

Récit de la journée sur Poker.fr

Clichés en vrac :
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Nicolas Levi, en survet et baskets, comme tout le monde içi
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Antony Lellouche a coté de Mike Matusow
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Fred Leroux et le Cannois Xavier Malandran, tout juste arrivé en ville
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vendredi 22 juin 2007

Nouveau job

Journée stressante hier. J'ai commencé à écrire des petites histoires, anecdotes et news en direct pour Poker.fr. Ce travail vient s'additionner à celui que j'effectue déjà pour MadeInPoker. La première tache à été de me familiariser avec le soft utilisé par Loic (le webmaster de Poker.fr) pour publier les pages Web. Je n'avais pas de plan précis en tête quand à ce que j'allais écrire, à part les quelques directives générales données par Loic (suivre les joueurs Français en priorité, et chopper des interviews).

La journée est passée à toute vitesse. Tendu tout du long, j'ai passé mon temps à courir entre les différentes tables, en particulier celles du tournoi de Pot Limit Omaha à 1500$, à la recherche d'histoires. Les recaves étaient autorisées pendant 90 mn : ce fut une véritable boucherie, ça partait à tapis à chaque coup. Sur l'une des tables, j'ai vu un croupier faire le total des jetons à la fin de la période des recaves : il avait plus de 60,000 dollars devant lui, plusieurs piles de pions de 500 et 1000 du Bellagio ou du Rio, soit 40 recaves. Il y avait plusieurs Français dans ce tournoi : Fitoussi, Cohen, Lellouche, Testud (qui a gagné 80,000 dollars au Bellagio). Aucun d'entre eux n'a été bien loin. Antony m'y a fait croire quelques temps, s'étant monté un bon tapis, mais il a ensuite été éliminé pendant que j'avais le dos tourné.

Fabrice est passé me voir dans l'après midi, me disant qu'il était content de mon travail. C'est bon signe : mes articles doivent être encore à peu près lisibles.

A la pause dîner, j'ai été manger avec Antony Lellouche et Claude Cohen. Fruits de mer au Rio. On a échangé quelques anecdotes, notamment la victoire de Claude aux WSOP en 1997, dans l'épreuve de Omaha. J'ai posté l'histoire sur poker.fr, en voici un extrait :

"La partie démarre, le croupier donne le premier coup, et là je m'étonne : un premier joueur relance 10, le second 20, et un troisième 30. Tiens, bizarre, je me dis. Puis je me rends compte que c'est du Limit ! Je suis un joueur de Pot-Limit, je n'avais jamais joué en Limit de ma vie."

On a bien mangé, même un peu trop d'ailleurs car j'ai choppé un sale mal de bide pour le restant de la soirée.

Un seul bracelet a été décerné hier, à huis-clos. Il s'agit du cow-boy Hoyt Corkins, un vétéran du circuit, qui triomphe contre le jeunot Terrence Chan dans l'épreuve “Short-Handed” à 2500 dollars.

Sinon, le tournoi de tête à tête a suivi son cours. On est passé de 64 à 8 joueurs. Mon pote Thomas Wahlroos est tombé en 8/e de finales. On retrouvera en quarts peu de joueurs connus. A vrai dire, je connais personne à part Shannon Shor et Toto Leonidas (et encore, je me rapelle de lui seulement parce qu'il à un nom rigolo)

Une épreuve de Limit à 3000$ a commencé à 17 heures dans la tente, je n'y ai guère prété attention étant donné l'atmosphère poisseuse qui règne en permanence dans cet endroit nauséabond détésté des joueurs.

A minuit, je recevais dans ma boîte mail un message de Loic Sabbatte me disant qu'il était très content de mes textes sur poker.fr. Ca m'a rassuré, car Loic me paie bien pour ces 2 semaines et j'ai à coeur de ne pas le décevoir.

Quand je suis parti, il restait 12 joueurs dans l'épreuve de Stud à 3000$, et Daniel Negreanu était bien parti pour faire sa seconde table finale aux WSOP cette année. S'il gagne, il va se faire un paquet d'argent, car il a parié un paquet d'argent (à 5 contre 1) qu'il attraperait un bracelet dans les 5 années à venir.

Les deux prochaines semaines s'annoncent chargées. En plus de Poker.fr et MadeInPoker, j'ai un article en retard pour Card Player Europe (comme d'hab), et des compte-rendus réguliers à écrire pour PokerRoom (j'ai encore rien écrit, pas le temps). Après, c'est le Main Event à 10,000$, LE championnat du monde : 12 jours qui commenceront dans une atmosphère de zoo et culmineront avec le sacre du plus chattard parmi 7,000 et quelques joueurs : ce type là sera le Roi de la planète poker pour les 12 mois à venir, et cela m'indiffère complètement.

Récit de la journée sur Poker.fr

jeudi 21 juin 2007

Zombies, fantômes et serial-killers

Mardi fut l'une des journées les plus excitantes des WSOP depuis mon arrivée à Vegas il y a deux semaines. Après m'être levé tôt pour écrire, puis recouché pendant un moment, je suis arrivé au Rio à 13h30, pensant être en retard. En fait, pas du tout : le tournoi de tête à tête (buy-in : 5000$) n'avait pas même pas encore commencé. Le départ était prévu, comme tous les tournois précédents, à midi, mais il n'y avait pas assez de croupiers. De plus, le nombre de 512 joueurs n'avait pas été atteint (nécessaire pour un avoir un compte rond), ce qui fait qu'une bonne centaine de joueurs ont directement avancé au 2e tour, provoquant le mécontentement de tous les autres. C'est vrai quoi, quand des mecs du calibre de Mike Sexton ou Barry Greenstein ont un match de moins à jouer que les autres, c'est carrément injuste pour les autres.

Bref, bordel général à l'intérieur de l'Amazon Room, 400 joueurs prennent leur mal en patience, et finalement le tournoi démarre à 14h30 avec deux heures et demi de retard. Cinq joueurs Français étaient au départ : Bruno Fitoussi (tout juste arrivé en ville), Pascal Perrault, Guillaume de la Gorce (alias “Johny001”, Bertrand “ElkY” Grospellier et Fabrice Soulier. Aucun d'entre eux n'allait passer le premier tour. Quelques moments sympas quand meme, nottament la victoire de Pascal contre cet alcoolique de Gavin Smith, ou celle de Guillaume contre Dario Minieri. Toutes les stars qui n'avaient pas d'autre tournoi à jouer étaient au rendez-vous : Doyle Brunson, Sam Farha, Mike Matusow, Greg Raymer, Jamie Gold... Il y a donc eu pas mal de rencontres très interessantes à suivre, nottament Howard Lederer contre Dan Harrington (combat de serrures) ou Patrick Antonius contre Thomas Wahlroos (combat de mabouls Finlandais). Après 3 rounds, 64 joueurs ont survécu et avancent jusqu'au Day 2.

A coté, se produisait selon moi le plus beau moment que nous ont offert les World Series jusqu'a présent : la superbe victoire de l'Allemande Katja Thater dans l'épreuve de Razz à 1500$, qui à littéralement écrasé ses adversaires un par un, sans merci et avec une détérmination sans bornes. Elle a virtuellement éliminé chacun de ses 7 adversaires en finale, y compris l'immortel Eskimo Clark, à l'article de la mort toute la journée après que les ambulanciers soient venus par deux fois le secourir la veille, la crise cardiaque le menaçant à tout instant. Le bougre avait refusé qu'on l'emmene à l'hopital. Peut-etre avait-il desespérément besoin d'une victoire pour rembourser des dettes, au point de ne pouvoir quitter la table malgré un besoin urgent d'etre soigné ? Où peut-être refusait-il de mourir avant d'avoir gagné un dernier bracelet, son quatrième ? J'imaginais déjà la scène : Eskimo Clark remportant le dernier pot de la partie, levant les bras, dirigeant son regard vers le bracelet avec un sourire triste et une larme au coin de l'oeil... Un vieux lion profitant d'un dernier moment sous les feux des projecteurs. Tout à coup, il se tasse brutalement, se saisit de son bras gauche déjà paralysé, et s'écroule, pour une ultime et fatale crise cardiaque. Bon, ce rideau là, ce ne sera pas pour aujourd'hui, car Clark fut éliminé en 4e position, visiblement énervé, et l'air en piteux état : un zombie tout droit sorti d'un film de Romero. Quelques minutes plus tard, on pouvait l'apercevoir allumer une cigarette à l'éxtérieur de l'Amazon Room, et en inspirer la fumée avec un air satisfait. A ce rythme là, il va y passer bien avant le début du Main Event.


Eskimo Clark, indéboulonnable
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Katja Thater, serial-killeuse implacable en finale du tournoi de Razz, devient donc la première joueuse à gagner un tournoi “open” (ouvert à tout le monde, les Ladies Event ne comptent donc pas) depuis bien longtemps. Je crois que la dernière victoire féminine aux WSOP fut Annie Duke en 2004, au bon vieux temps du Binion's Horseshoe. Katja mérite amplement sa victoire. C'est une attaquante, une vraie, au regard dur, au jeu aggressif et à la determination implacable. Celle là, j'aimerais pas l'avoir à ma table. J'ai encore une fois failli vomir quand Jeffrey Pollack, l'espèce de débile qui dirige les WSOP, est venu donner le bracelet à Katja. Il n'avait aucune idée de qui elle était. C'est Nolan Dalla qui a du lui expliquer que c'est une joueuse professionnelle Allemande, sponsorisé par le plus gros site de Poker en ligne du monde, et finaliste dans une épreuve içi même il y a une semaine à peine. Blaireau.


Katja Thater, Razz World Champion
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On a bien failli assister à un doublé féminin, ce qui aurait été pour le moins inédit et historique. En effet, juste à coté, sur le podium ESPN, Beth Shak est passée à deux doigt de remporter l'épreuve de No-Limit à 3000$, n'échouant qu'en tête à tête contre Shankar Pillai.

Dans une journée qui ne nous aura décidement rien épargné niveau rebondissements, Vinny Vihn à encore une fois oublié de se présenter pour le Day 2 d'une épreuve où il était bien placé en jetons. Il y a deux semaines, il était chip leader du 1000$ avec recaves au terme du Day 1. Il restait 80 joueurs et le Vietnamien, comme je l'avais raconté, ne s'était jamais présenté pour le Day 2. Hier, il a refait exactement la meme chose, dans l'épreuve "Short-Handed" à 2500 dollars. Il restait une quarantaine de joueurs au départ de la journée, et Vinny n'est jamais arrivé. Son tapis a lentement fondu, blinde après blinde, et il fut finalement éliminé en 21e position, remportant tout de meme quelque chose comme 15,000$ sans avoir eu à jouer un coup. Proprement hallucinant. On suspecte fortement que le fantômatique Vinny Vihn a un sérieux problème avec les drogues dures, expliquant ses absences répétées. Il y a lui-meme fait allusion plusieurs fois sous formes de blagues douteuses (on l'a vu mimer une injection sur son propre bras avant de relancer un pot).


Vinny Vihn aux abonnés absents
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J'ai quitté le Rio à 23h après une solide journée de boulot – pour une fois, j'avais l'impression d'en avoir eu pour mon argent. J'ai retrouvé Rayan et nous avons marché jusqu'a l'Ellis Island, un petit casino derrière le Bally's, qui a la particularité de brasser sa propre bière (excellente et bon marché), de proposer un steack à 5$ qui n'est pas sur le menu (il faut en faire la demande, c'est un excellent deal) et qui par dessus le marché offre aux clients du restaurant 5$ gratuits à jouer au blackjack (avec un payout à 2 contre 1 ! Traduction, si vous remportez votre première mise, le casino vous paie 10$ au lieu de 5) Bref, impossible de résister. On a lancé un peu les dés au craps en attendant notre table : Rayan n'y avait jamais joué, et moi je n'ai toujours pas compris les règles. Le croupier était sympa et patient (nous étions les seuls à la table). En 15 minutes, j'ai paumé 60$, Rayan a pris 180. Après le repas, Rayan m'a filé 50$ pour le blackjack (j'avais plus un rond). Je tombe à 10$ après quelques coups ridicules (un blackjack qui splitte, deux 20 battus), mais je remonte à 160 avec un peu d'audace, pendant que Rayan rendait son benef' à la table de craps. Je me lève, mets 60$ dans ma poche pour revenir à égalité, et donne le reste à Rayan.

Je termine aujourd'hui par quelques dédicaces aux collègues qui écrivent infiniment mieux que moi, et qui méritent leur réputations de bons journalistes/auteurs :

Pauly a fait de la pub pour mon blog, avec l'accroche suivante : “C'est écrit en Français, et j'arrive à en comprendre la moitié”. Allez donc sur son blog lire le post intitulé “Lost Paradise”, en cliquant içi (il faut descendre un peu dans la page) Superbe et déprimante description de Las Vegas, vue du coté sordide et réaliste. C'est comme si le bon vieux Hunter S. Thompson revivait à travers la prose de l'auteur New-Yorkais (Appréciez le paragraphe entier écrit sans aucune ponctuation ! Ca m'a rappelé Bret Easton Ellis dans le dernier chapitre de “Lunar Park”)

Baron de Gutshot a écrit un magnifique article sur Fabrice Soulier et Mike Matusow évoluant côte à côte lors de la deuxième manche du tournoi de tête à tête. Lisez le post intitulé "Poker diagonals - Goofus and Galant" en cliquant içi.

Owen de Poker Listings a écrit un article résumant très bien pourquoi les World Series, ce n'est plus ce que c'était. "Wither Benny Binion? The WSOP Needs Help, Stat" : un argumentaire solide et bien construit, j'aurais pas pu mieux le dire. Cliquez içi.

[journée de Dimanche postée, voir ci-dessous. Lundi viendra plus tard]

Bilan au jeu :
Craps : - 60$
Black Jack : +60$

Photos en vrac :


Evelyn Ng dans le Championnat de tête à tête
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La plus belle coupe du Poker : Alex Jacob
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En salle de presse

mardi 19 juin 2007

Sunday (sans) Million

Qui dit Dimanche, dit gros tournois sur Internet. Rayan a commencé à jouer le Sunday Warm-up de PokerStars, mais a du partir ensuite pour aller jouer au Rio, il avait un tournoi prévu à midi. C'est Bibi qui s'est attelé à la tache de terminer le tournoi depuis la chambre du Bally's. Conclusion sans intêret, cependant : j'ai monté un bon tapis, été malchanceux pas deux fois, remonté, puis suis mort juste après être entré dans l'argent. Mieux que rien, j'imagine. Ensuite, il y avait le super sattelite pour le Main Event des WSOP avec 150 sièges garantis. Je l'ai joué avec le compte de Rayan, et on partageait les 12,000$ de prix si jamais j'arrivais à me qualifier. C'est exactement ce qui ne s'est pas passé : j'ai sauté au bout de 2 heures grosso modo sur la première main sérieuse que j'ai joué. Pas grand chose à se reprocher, cependant.

Du coup, j'arrive au Rio assez tard, vers 16 heures. Je retrouve Paul Testud dans le 3000 dollars. Ce type là me fait mourir de rire. Il ne parle pas un mot d'Anglais, et n’arrête pas de vouloir engager la conversation avec ses adversaires, en Français.

Dans les phases finales du 1500$, je croise 3 autres Français qui viennent d'arriver. Stéphane Tayard est encore en course avec 6 tables restantes, et ses potes Charly et Jean-Jacques sont derrière le cordon pour le supporter.

Le seul tournoi de Razz de tous les WSOP débute à 17 heures, avec un autre Français en course, Antoine alias “Solody” sur le forum du Club Poker. Il m'avoue n'y connaitre pas grand chose en Razz, mais comme il a pris quelques dizaines de milliers de dollars en jouant à cette variante lors des derniers championnats en ligne de Poker Stars, il ne pouvait pas rater le tournoi.

En salle de presse, Owen nous raconte, horrifié, que la veille au soir le couple dans la chambre d'à coté remuait tellement en baisant que même son propre lit en était secoué.

A la pause dîner, mon rush de chance se termine officiellement quand je perds 82$ après 30 minutes de Pai Gow, assis à coté d'Otis, le bloggeur de Poker Stars. Quand je lui fais remarquer que je reste positif au jeu depuis mon arrivée, il me demande combien de temps je reste à Vegas, et me répond “T'as largement le temps de tout reperdre, t'inquiètes.” Il a raison.

Rayan a sauté du tournoi de midi, et s'était donc inscrit dans le Razz de 17 heures. Il a sympathisé avec plusieurs joueurs de sa table, et ils sont tous allés manger ensemble pendant la pause dîner. Ce genre de camaraderie est assez rare. Ally, l'une des joueuses ayant participé au repas, m'a confirmé : “Je ne sais pas pourquoi, mais c'est aux tables de Razz qu'on trouve la meilleure ambiance.”

Phil Ivey a une fois de plus manqué un bracelet d'un cheveu, cette fois-ci c'était en finale du tournoi de HORSE à 5000$.

A trois heures, je rentre avec au Bally's avec Rayan, qui a survécu au Day 1 du Razz. Il a perdu plus de 50,000 dollars depuis le début des WSOP, en ligne et au Rio. Les buy-ins qui ne mènent nulle part s'enchainent, mais il garde le sourire. Moi, ça me rendrait malade.

On partage le taxi du retour avec un autre Australien, Jeff Lisandro, qui nous raconte quelques anecdotes concernant les paris sportifs avec lesquels il se fait apparemment un paquet d'argent. Ce mec est au courant de toutes les rencontres truquées et matchs bidons !

Je me couche à trois heures du matin, et bien entendu je réalise, trop tard, que j'ai oublié la fête des pères.

Bilan au jeu :
Pai Gow : -82$
Total WSOP : +396$


Jeff Lisandro, le Parrain du Poker ?

lundi 18 juin 2007

Détente

Samedi, je n'ai quasiment rien foutu pour l'excellente raison que j'avais décidé de prendre une journée de congé. Réveillé à quatorze heures, crêpe au Nutella, et deux heures en plein soleil à la piscine du Paris Hotel. Le DJ fait cracher du R'n'B à plein tube. Plein de poseurs baraqués genre footballeur Américain, avec les cheerleader qui vont avec. Sensastion étrange tandis que je nage au pied de la Tour Eiffel. Il fait très très chaud, 42 degrès au moins. L'été est là, pile à l'heure. Ca fait du bien.

Après, je décide de m'asseoir à la table pour une petite session de cash-game au Bally's. Blindes 1/2$, je me cave au maximum : 300 dollars. Nous sommes Samedi, c'est la journée des touristes. Je me rapelle la fameuse citation du film “Les Joueurs”, mais en inversé : au bout d'une demi-heure, je n'ai toujours pas repéré le bon joueur à la table. L'ambiance est bonne, les touristes sont sympas et la serveuse apporte les verres en flux tendu.

Je me lève au bout d'une heure, gagnant de 130 dollars. J'en reverse la moitié à Rayan, qui avait pris la moitié de mon action. Je sais que c'est problablement une mauvaise idée de renoncer à la moitié de mes gains dans une partie où mes chances de perdre sont très limitées, mais j'étais là pour m'amuser. La prochaine fois, je jouerai sans doute avec mon argent.

Trois coups en particulier valent la peine d'etre relatés içi (pour les non initiés, vous pouvez sauter les 3 paragraphes suivants) :

#1 : Je limpe au bouton avec 63 de coeur pour 2 dollars. Le petit blind, un Ecossais qui vient de s'assoeir, relance 5$ de plus, c'est payé par mon voisin de droite, bien entendu je paie aussi et nous sommes 3 à voir le flop KQJ, flop magnifique pour ma main [sic]. Le petit blind mise 10, mon voisin passe, et je me dis “bon, toi coco, tu va pas venir me casser les couilles avec ta mise à la con. Je te paie et je blufferai ensuite” (Oui, je suis très grossier quand je me parle à moi-même) Le turn est un 6, au moins j'ai une paire désormais. Mon adversaire mise 10 à nouveau, il pourrait aussi bien tenir une pancarte clignotante affichant “je suis faible, je suis faible”. Je relance à 40 et il passe aussitot. Il avait surement une paire de 7 ou 8, ou peut etre As-Valet ?

#2 : Plusieurs joueurs limpent et je relance à 11 avec AK. Le bouton paie, ainsi que deux limpers. 4 joueurs au flop et 44 dollars dans le pot. Je passe complètement à coté du flop (je me souviens plus exactement ce que c'était, mais j'ai nib de chez nib) Les deux limpers checkent, j'enclenche ma poker face la plus convaincante et mise 40 avec un air méchant du genre “venez pas m'emmerder”. Ils passent tous sans trop réfléchir, facile ! Il est d'ailleurs fort probable que j'avais le meilleur jeu.

#3 : Le gros coup de fin de session, celui qui me fait quitter la table peu après avec un sourire satisfait. Tout le monde passe jusqu'au cutoff qui mise 10 (un joueur très loose qui bluffe souvent). Le petit blinde paie 10, je suis de grosse blinde. Je regarde mes cartes : JJ, la meilleure main que j'ai reçue de la session. Je relance à 40, le cutoff paie (pas surprenant), et le petit blind, lassé, fait tapis pour 42 au total. Je rajoute les 2$ (je n'ai plus le droit de relancer) et bien sur le cutoff fait de meme. Je trouve un bon flop : 57T avec deux carreaux. Le cutoff check, et je lui fais remarquer que c'est à moi de parler. Je lui demande combien il lui reste, il soulève les mains, me laissant voir son tapis : environ 50$. J'avance une pile de jetons de 5$ sur le tapis, assez pour le mettre à tapis. Il reflechit 20 secondes et paie avec une paire de 8. Le mec à tapis possède un excellent tirage : A7 de carreau. Il joue tous les carreaux, les as et les 7. Heuresement pour moi, le turn et la rivière sont des briques, et je remporte tout le pot, prenant le tapis de deux joueurs sur le meme coup et les faisant fuir. La table est short-handed (5 joueurs), je m'en vais quelques minutes plus tard.

Après un burger au Paris (dans un resto judicieusement appelé “Le Burger Restaurant”), je prends un taxi et arrive au Rio à 21h30 (tu parles d'une journée de congé). Je m'informe des dernières nouvelles auprès des collègues. Apparemment, l'infame “nourriture” servie à la cantine des joueurs a causé plusieurs intoxications alimentaires : on m'a reporté au moins 3 cas différents. Baron, l'un des reporters de Gutshot, a du rentrer plus tot dans sa chambre et s'est tordu de douleur pendant plus de 15 heures. Un conseil, les amis : evitez comme la peste cet endroit, sauf si vous aimez le steak de kangourou et la pizza aux germes.

Vinny Vihn et Eskimo Clark sont encore en vie, et étaient de retour à l'intérieur de l'Amazon Room. Le premier avait disparu dans de mystérieuses conditions, le second avait fait une crise cardiaque au beau milieu d'une épreuve de Stud.

Coté poker, la grande affaire du jour est le tête à tête final entre Eli Elezra et Scotty N'Guyen dans le tournoi de Stud Hi/Lo qui a tourné à la beuverie la plus débridée. On ne peut pas dire qu'on s'est ennuyés pendant cette finale ! Un récit de cette partie de débauche peut etre trouvé sur MadeInPoker en cliquant içi.

A part ça, rien à raconter sur les parties qui se sont déroulées en parralèle. Les tournois et bracelets se suivent et souvent, se ressemblent. De temps en temps, un evenement spécial se produit (Phil Hellmuth qui capture un 11e bracelet, Cunningham vainqueur 3 années de suite), mais pour le reste, les vainqueurs défilent sans que personne n'y prete plus d'attention que ça. Les tournois s'enchaient à une telle vitesse qu'il est difficile d'avoir les yeux partout à la fois – très frustrant pour moi qui suis seul à couvrir le tournoi. La décision de tenir des tables finales à huis-clos ajoute à l'indifférence générale. J'attends avec impatience le tournoi le plus préstigieux du festival, le HORSE à 50,000 dollars, dans une semaine, pour casser la routine.

Une fois de plus, je reste jusqu'au au bout des parties, et suis à nouveau le dernier survivant dans la salle Média, à 4 heures et demi du matin. Mais au moins, mes textes sont bouclés. Et du coup, la journée aussi. Plus que 32 jours à tenir et je tire déjà la langue...

Bilan au jeu :
Cash-Game au Bally's : +65$
Total WSOP : +478$

dimanche 17 juin 2007

Yet another day

Vendredi, j'était debout à 9 heures pour écrire le compte-rendu de la veille pour le site de Fabrice. Une fois terminé, j'ai pris un taxi avec Rayan, direction le centre commercial commun aux casinos Luxor/Mandalay Bay, au sud du Strip. Objectif : un peu de shopping en vitesse à l'Urban Outfitters, ma boutique préférée à Vegas. C'est une boutique pour djeunz' dans le vent, avec fringues branchées, accessoires de mode ultra-hype et gadgets débiles. J'y vais surtout pour la collection d'ouvrages délirants qui y sont proposés, des bouquins inutiles (et donc indispensables) aux titres tels que “1001 things to do before you die”, “How to survive a horror movie”, ou encore “How to pick up girls”. Généralement, je fais mon choix en me contentant de regarder le titre, sans prendre la peine de feuilleter. Ce coup-ci, j'ai acheté 3 bouquins, dont un intitulé “J'espère qu'ils servent de la bière en enfer”. J'y reviendrai surement à la fin de mon séjour pour acheter quelques T-shirts, s'il me reste encore de l'argent.

Autre passage obligé à Vegas pour nous intellos, “The Reading Room”, une librairie généraliste située à 100 mètres de l'Urban Outfitters (continuez tout droit en direction du Mandalay Bay, descendez l'escalator, c'est à gauche) Là, j'ai pris l'édition illustrée de Las Vegas Parano (“Fear & Loathing in Vegas”), sans doute l'un de mes bouquins préférés. Dans le passé, j'ai racheté par deux fois l'édition de poche en Français, mais il y a toujours quelqu'un pour venir me l'emprunter et ne jamais me la rendre. Sinon, j'achète aussi la suite de “Big Deal”, récit de poker culte d'Anthony Holden, intitulée fort à propos “Bigger Deal”.

Sandwich Italien, taxi, “to the Rio, please”, quelques bouchons plus tard et je suis en salle de presse à 15 heures. Les WSOP entament leur 15e journée, et l'action est repartie de plus belle.

La première journée du tournoi de No-Limit Hold'Em à 2000$ est l'occasion de croiser plusieurs Français. Pascal Barrault, un joueur amateur aux résultats plus qu'épatants ces derniers mois, vient d'arriver à Vegas et sa méconnaissance de l'Anglais va lui jouer un vilain tour. Son téléphone sonne au moment ou il retourne As-Dame. Il relance tout en prenant l'appel. Les autres joueurs lui font aussitot remarquer que l'usage du portable n'est pas autorisé, mais il n'y prete pas attention. Un joueur paie sa relance, et la croupière applique aussitot la règle en s'emparant des cartes et de la mise de Pascal, qui vient de perdre un coup de manière bien débile. Rien à faire, c'est la règle, et au moins, on ne l'y reprendra plus.

Pascal Perrault est arrivé, avec quelques longueurs d'avance sur l'autre chevelu du circuit, son copain Thomas “Fougan” Fougeron, dont le débarquement est prévu aux alentours du 26. Je renverse ma bouteille d'eau sur Nicolas Levi, et blemis de confusion. “Tant que c'est pas du vin...”, rigole t-il. J'aperçois Claude Cohen dans le tournoi de Stud Hi/Lo, malchanceux puisqu'il terminera en 26e place, il y avait 24 payés.

J'ai pris l'habitude d'aller prendre mes pauses cigarettes dehors, passant par la porte d'entrée des employés. C'est un coin secret, sans touristes qui viennent te faire chier, et cela me permet de discuter avec les croupiers et d'entendre leurs petites histoires, leurs anecdotes et leurs malheurs. Avec 6 dollars de salaire horaire, les croupiers comptent principalement sur les pourboires que donnent les joueurs pour payer les factures à la fin du mois. Je suis stupéfait d'apprendre que certains enfoirés ne donnent jamais un centime, meme après avoir ramassé un pot d'une somme à 4, 5 ou 6 chiffres. Je m'enquiers un peu plus de la situation. “Le casino nous paie donc le salaire minimum, et on garde tous nos pourboires. Mais ils procéde à ce qu'ils appellent une “tip tax”, une taxe sur les pourboires fixée à l'avance. Ils font une estimation de combien les joueurs nous donnent en moyenne, et prélèvent en fonction. Donc, quand les pourboires sont maigres, on se fait baiser !” Et pour les tournois, qu'en est-il ? “Nous changeons de table toutes les 30 minutes. Chaque fois que je m'assois à une table, je gagne 26 dollars.”

Pendant un break, Mike Matusow fait bruyamment par de son insatisfaction à Jesse Jones, un joueur qui a monté le WPA, une association qui défend les interets des joueurs. “C'est n'importe quoi, cette année ! Les prévelements sont énormes, et pendant ce temps la publicité est partout dans la salle. Ils se font des millions, et ne reversent rien au joueurs ! Ils nous prennent pour des pigeons. Ce ne serait meme pas grave si les tournois étaient bien organisés : c'est loin d'etre le cas. Les structures sont pourries et l'on enferme les finalistes dans une boite interdite aux spectateurs.”

Je regarde le très difficile tournoi de HORSE à 5,000 dollars, bourré de pros. Je repère Gavin Griffin, le vainqueur de l'EPT de Monte-Carlo il y a deux mois, facilement reconaissable avec sa crête rose. Derrière le cordon, sa copine Kristen. Elle scrute mon badge. “French press”, je l'informe. Leur histoire à eux deux est tout à fait épatante. Kristen a été diagnostiquée à 21 ans du cancer du sein. Deux ans plus tard, elle a combattu avec succès la maladie, et mène une vie normale à nouveau. “Mais je suis toujours considérée par les médecins comme ayant un risque modéré/élevé de rechute”, dit-elle. Gavin, en signe de soutien, se teint les cheveux en rose/jaune, les couleurs de l'association qu'il supporte, “Avon Walk For Cancer” Tandis que Gavin dispute sa partie, je discute de tout et de rien avec Kristen pendant un temps anormalement long – je viens à peine de faire sa connaissance mais c'est comme si je retrouvais une vieille amie. La situation est pour le moins bizarre, Gavin nous jette des regards mauvais, et je laisse donc la charmante Kristen, m'éclipsant sans bruit pour aller manger avec Rayan au resto Italien du Rio.

C'est la journée de repos d'Owen de Poker Listings, je le retrouve à minuit au Gold Coast, petit casino familial situé de l'autre coté de la rue. Ils ont 60 pistes de bowling à l'étage : le bonheur. On joue deux parties en compagnie de plusieurs membres des médias ayant échappé le temps d'une heure à l'agitation des WSOP. Le Gold Coast propose la partie à 1$ les vendredi soirs à partir de minuit. Cependant, la règle est à prendre à la lettre : il est présentement Vendredi soir, et quand nous arrivons, notre billet de un à la main, la caissière nous informe qu'il est passé minuit, et que donc la promo n'est plus valable. Ha ha. En plus, c'est la soirée “Disco Bowling” ce qui signifie que la salle est plongée dans le noir, éclairée par les spotlights et boules à facettes, tandis que les hauts-parleurs crachent du hop-hop à plein volume. Je score un ridicule 98 sur la première partie, juste derrière Owen, mon concurrent le plus sérieux, qui remporte donc les 5$ mis en jeu. Sur la deuxième partie, je joue un peu moins mal et score un sympa 123 – Owen fait là encore un chouia mieux avec 126, et remporte à nouveau la mise.

Je retourne au Rio vers 2 heures, pour boucler la journée. Scott Clements, ce gros frimeur, a complétement dominé la finale du Pot-Limit Omaha, et remporte donc son deuxième bracelet. La table finale du Stud Hi/Lo est remplie de stars. Rien à signaler dans le HORSE à 5000$ qui s'est déroulé assez lentement.

Quand je termine mes résumés pour MadeInPoker, il est 5 heures du matin. L'Amazon Room est une zone morte, avec seulement quelques cash-games fatigués. Dehors, dans le coin fumeur, des gens dorment par terre, pour de vrai. Bon dieu, ces gens n'ont-ils pas de chambre d'hotel où passer la nuit ? La salle média est complètement vide. J'ai envie de dormir, et marche dans les couloirs en titubant. Je sors du Rio : il fait déjà jour.

Bilan au jeu :
Bowling -10$
Total WSOP : +413
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Photos en vrac :
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Scott Clemens, vainqueur du Pot Limit Omaha
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Doyle Brunson et Rayan Nathan dans le HORSE
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La salle média à 5 heures du matin

samedi 16 juin 2007

High-Stakes

Jeudi, j'ai joué au poker depuis la première fois depuis mon arrivée à Vegas. Le poker, le vrai, pas le pai-gow des dégénérés. La première main que j'ai eu entre les doigts, après 10 jours passés debout à regarder des types jouer aux cartes : 9-3 de carreau, en début de parole. J'ai jeté, bien sur.

Comme j'avais déjà écrit mes résumés pour MadeInPoker la veille, je me suis réveillé plus tard que d'habitude, à 10h30, et suis immédiatement descendu au rez-de-chaussée, au casino, pour m'inscrire au petit tournoi quotidien du Bally's : un freezeout à 65 dollars (pas de recaves, donc) La variante : No-Limit Hold'Em, bien entendu. Après une douche en vitesse, je m'asseyais à la table avec quelques mintues de retard.

47 joueurs étaient au départ pour un tournoi à la structure ultra-rapide. Je compte mes jetons : j'ai 2,000. Un coup d'oeil a l'écran de télé suspendu au mur indiquant le décompte : les blindes sont de 25/50, les niveaux durent 15 minutes. Ouch ! Après 40 minutes à peine, mon tapis est tombé à 1400 sans jouer un coup, ou presque. Je suis le premier à parler (“Under the Gun”, comme on dit) et je retourne une main de départ plutot bonne : As-As (non, en fait, après vérifications, il s'agit bien de la meilleure main de départ possible). Je fais mon malin et choisis de ne pas relancer, me contentant de payer la grosse blinde de 200. Mon voisin de gauche fait de meme, et tout le monde passe jusqu'au petit blinde qui complète. Le gros blind checke son option.

Je commence à pester intérieurement, me demandant pourquoi je n'ai pas relancé : en laissant 3 adversaires s'embarquer dans le coup pour pas cher, je viens de tripler mes chances de me faire défoncer par un main à la con genre Valet-4. Mais mes craintes s'envolent rapidement quand le flop tombe As-6-3, me donnait la main max de chez max, pour l'instant tout du moins. Comment gagner des sous sur ce coup ? Il ne reste plus qu'un As dans le paquet, il va me falloir un peu de coopération de la part de mes adversaires. Les blindes checkent, et je fais de meme, laissant à mon voisin de gauche aggressif le soin de tenter un bluff. Il mise 400. C'est le moment que choisit le petit blind pour check/raiser à tapis. Le gros blind passe et je paie en faisant la grimace (un vrai pro Hollywoodien, le Benjo). Mon voisin de gauche jette, et j'aurai du mal à perdre ce coup puisque le petit blind était en plein bluff avec Roi-9.

Je double mon tapis (et meme un peu plus, avec les mises des 2 autres joueurs), et le tournoi devient rapidement du grand n'importe quoi, la majorité des joueurs n'ayant que 6 ou 7 big blinds d'avance en guise de tapis. Je trouve As-Roi dépareillés et surrelance à tapis un mec ayant la facheuse tendant à relancer dès qu'il avait un As en main. Il me paie avec 99, c'est donc un coup de pile ou face. Trois piques tombent sur le flop : j'ai l'As de pique, et ai donc 15 cartes me donnant la victoire. Le turn me donne un tirage de quinte par le ventre, faisant passer mes “outs” à 18. La rivière est un petit pique de fort belle facture, et je double à nouveau, approchant des 10,000. Je shoote deux joueurs qui n'avaient moins de 1 blinde de tapis : j'étais derrière sur les deux coups (défavori à 60%), mais les coups se sont produits dans les blindes, et je n'avais que 100 à rajouter dans un pot de 2000.

On arrive en finale (10 joueurs), et je jette un oeil à l'écran : 5 places sont payées, avec un sympathique billet de 1000 pour le vainqueur (enfin, 10 billets de 100, pour etre précis.) Deux joueurs sautent sur les deux premiers coups, il n'avaient plus que 3000 et quelques avec un gros blind à 2000. La stratégie à ce stade est simple : si j'ai du jeu, je dois faire tapis, sinon, je dois passer. Pas de place pour des mouvements intermédiaires, mais à ma grande surprise, mes adversaires, clairement inexpérimentés, continuent de limper ou faire des petites relances à 3 big blinds comme si ils étaient en finale d'un WPT. Je trouve As-Dame de trèfle en début de parole, et envoie le tapis pour 5,5 big blinds (un “move” archi évident). Je suis payé par As-As, fuck ! Deux trèfles sur le flop me font esperer, mais le turn et la rivière ne m'améliorent pas, et je tombe à 3500. Le coup suivant, je suis de gros blind à 2000, et paie donc mon tapis sans regarder mes cartes quand le bouton relance. J'ai Valet-Dix, il a Roi-Dix, et je suis déjà debout quand le Valet tombe sur la rivière, me sauvant d'un cheveu. Je remonte à 8500, puis à 10,000 quand deux coups plus tard je fais tapis au bouton avec Roi-Dix, faisant passer les blindes. Deux joueurs sautent ensuite, et le croupier annonce : “Bubble time, gentlemen” : le prochain sortant repartira les mains vides. Je passe mes jeux jusqu'à arriver Under the Gun : j'ai 10000, et les blindes vont passer à 2000/4000 le coup suivant. Je suis le plus petit tapis de la table, et ma décision est évidente quand je trouve une paire de Dix : “all-in !”. Enfin, je n'annonce pas tapis à voix haute, je me contente de poser ma pile de jetons au milieu du tapis. Le bouton annonce instantanément “I call”, et le ton de sa voix ne peut signifier qu'une chose : il a un bien meilleur jeu que moi. Il retourne effectivement deux Dames, et aucun miracle ne vient me sauver : je sors en 6e position après deux heures de jeu, pour un gain de que dalle, que tchi, nada, nid de nib, zéro. En remontant dans la chambre, je donne quelques coups de pieds dans la porte de l'ascenseur, pour la forme, mais je sais que je n'ai rien pu faire. J'étais aisément le meilleur joueur de la table (ce qui veut dire beaucoup, car je suis vraiment pas bon en général), mais la structure Méga-Turbo ne me donnait pas un avantage très significatif sur les pigeons que j'affrontais.

Rayan est debout, et nous nous rendons à l'un des restos Français du casino Parisien, le fameux “Mon Ami Gabi”. Ca fait longtemps que j'avais envie d'y aller : la dernière fois, en Avril avec Pauly, il y avait trop de monde et on avait été voir ailleurs. Cette fois-ci, il n'y a personne, et nous nous installons à une table sur la terrasse, au pied de la fausse Tour Eiffel, en face du Bellagio. Il fait très chaud, mais des vaporisateurs d'eau ont été montés pour rafraichir un peu l'atmosphère. Mon choix est vide fait : je commande un plat de moules-frites, ça me rapelle la maison (j'habite à Lille). C'était tout à fait mangeable, voire meme très bon – mais quand meme très loin des brasseries Belges. Le serveur m'a dit que j'avais été servi généreusement : en fait, pas vraiment : je n'ai reçu qu'une toute petite marmite, comparé aux assiettes qu'on reçoit dans les restos Nordistes. Je me demande comment il font pour importer les fruits de mer tout en gardant la marchandise fraiche. Les frites étaient bizarres, très fines et grillées, presque comme des chips. Bref, pas des vraies frites, et je ne peux pas les faire tremper dans la sauce, à mon grand regret. Snif. Quand l'addition est arrivée, j'ai été agréablement surpris : je m'attendais à une note un poil élevée, vu la classe du resto. Eh non, je m'en suis tiré pour 20 dollars le plat. Bref, “Mon Ami Gabi”, c'est bon, mangez-en, surtout si vous avez un penchant pour les fruits de mer.


En terrasse chez l'ami Gabi
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Ensuite, détour obligé par la table de black-jack, où je gagne un petit 5 dollars après trente minutes de mises à 25 dollars la main. Mon rush de chance continue : je n'arrive toujours pas à perdre depuis mon arrivée à Vegas. Pas que j'ai envie de m'en plaindre... J'arrive au Rio vers 15 heures. Les couloirs sont déserts, et un calme Olympien résonne dans l'Amazon Room : c'est la journée la plus lente depuis le début des World Series of Poker. Seulement trois tournois étaient au programme, et aucune finale. Mon résumé de cette petite journée peut etre consulté sur MadeInPoker en cliquant içi.

J'ai passé le diner-break avec Baron et Ed de Gutshot, leur apprenant au passage les subtilités du Pai-Gow. Après quelques minutes passées à miser 25$ la main, je me lève en empochant un profit de 40$. Mon rush ne veut toujours pas s'arreter...

A minuit, j'ai plié bagage et mis un terme à une journée de travail assez pauvre en évenements fracassants. J'avais appris par Fred LeRoux qu'Anthony Lellouche était arrivé à Vegas. J'ai donc demandé au taxi de me déposer au Bellagio, par l'entrée Nord, la plus proche de la salle de poker. Bingo, Anthony est là, comme je l'avais prévu, assis à une très grosse table de cash-games, dans la section “High-Stakes”, qui surplombe de deux marches le reste de la salle. Il lève la tete et sourit en m'apercevant : “Assis-toi !” Il attrape un siège vide (il ne sont que 3 joueurs à la table) et je m'assois derrière lui. Ils sont en train de jouer à 3 jeux, en rotation toutes les 8 mains : 2 to 7 Triple Draw, Badugi et Omaha high/low, le tout en limit 400/800 (les blindes sont donc de 200/400 dollars). Bref, des variantes de spécialistes, propices à donner de l'action et à faire cracher les pigeons.

Anthony Lellouche est l'un des joueurs les plus sympathiques que je connaisse. Au fil des rencontres, lui et son pote Cyril Bensoussan, qui voyagent toujours ensemble, sont devenus des amis. Enfin, c'est mon sentiment, et je pense qu'il est réciproque. Ils ont pris une suite au Bellagio pour un mois. Cyril joue en 40/80 limit, sous la tutelle d'Anto. Benouss' ne pouvait pas rever mieux comme mentor : Anthony est l'un des rares Français qui gagnent de l'argent en jouant au poker, pour de vrai. Je vais l'interviewer d'ici peu pour poker.fr. Il faut que je trouve de bonnes questions – je suis nul en interviews. Mais là, je pense qu'il y a moyen de réaliser un article sympathique : les discussions avec Anto sont toujours agréables, il parle ouvertement et répond à toutes mes questions, me révélant parfois des petits secrets sur tel ou tel aspect de sa carrière, ou sur certains de ses collègues joueurs. Des révélations que je garde donc pour moi, car il me fait confiance et je ne voudrais en aucun cas briser cette confiance juste pour écrire un papier “tabloid”.

Anthony a posé 150,000 dollars sur la table, et au moment où j'arrive, il est revenu à jeu après une journée de méforme. En examinant ses piles de jetons, il annonce, à moitié sérieux : “A partir de maintenant, ce que je gagne, j'irai l'investir à la table de craps.” La section “High-Stakes” du Bellagio est un univers à part, l'épicentre de la planète poker et le rendez-vous des plus gros joueurs de poker de la planète. En observant les parties autour de moi (Des tables de no-limit à 100/200, et des grosses tables de limit), je constate tristement que c'est lors de ces parties que se jouent les plus beaux de poker imaginables, mais que je n'ai malheureusement jamais l'occasion d'écrire dessus : à l'inverse des tournois qui sont publics, télévisés et donc largement commentés, les parties de cash-games sont strictement privées (à l'exception d'une émission de télé, High Stakes Poker), et les journalistes n'y ont que rarement accès. En ce sens, j'ai de la chance d'etre assis là, mon carnet et stylo à la main, en train d'observer l'un des tous meilleurs joueurs Français, un de ces rares types avec assez de talent et de folie pour aller risquer des fortunes à une table de poker.

Je reste deux heures, pendant lesquelles Anthony joue quelques très beaux coups de poker, notamment un coup de Badugi ou il surrelance depuis le big-blind avec J222, change une carte, et mise chaque tour pour faire passer son adversaire après le 3e tirage, remportant un gros pot avec une main poubelle (pour les néophytes, le Badugi est une variante ou l'on recoit 4 cartes fermées. Le but est d'obtenir la main la plus faible possible, avec 4 couleurs différentes, en 3 tirages. Ainsi, la meilleure main à ce jeu est A-2-3-4 dépareillés) Anto me décrit ses adversaires, il connait presque tout le monde parmi les gros joueurs du Bellagio. Il est chez lui là bas, les croupiers et floor-men le reconnaissent et l'apprécient. Avec Bensouss', ils discutent de leurs plans pour les joueurs à venir : pas trop de tournois WSOP, et beaucoup de sorties en boîte. Ca me fait un peu chier de voir arriver les potes en masse, sachant que je ne passerai que très peu de temps avec eux, avec tout le travail que j'ai au Rio. Chacun son métier, j'imagine...

Bilan au jeu :
Tournoi au Bally's : -65$
Black Jack : +5$
Pai Gow : +40$
Total WSOP : +423$


Moules-frites chez Gabi



Après deux semaines passées à me bagarrer avec les restrictions imposées au Médias aux WSOP, le Bellagio et ses tournois WPT réglés comme des horloges me manquent...