lundi 10 décembre 2007

European Poker Awards 2007

Ah là là, quelle beuverie les amis... J'étais à l'Aviation Club de France vendredi soir pour la remise des European Poker Awards, et ma tête ne s'en est pas encore remise.

Chaque année, Bruno Fitoussi (big boss du poker à l'ACF) et Nic Szerementa (patron du magazine PokerEuropa) organisent cette cérémonie où un jury de personnalités désigne le meilleur joueur Européen de l'année, la meilleure révélation, la meilleure performance en tournoi, etc... Selon le point de vue adopté, ce genre de cérémonie est soit complètement inutile, soit indispensable.

Inutile car comme les Oscars, Césars, Victoires de la Musique, tout ce que vous voulez, il ne s'agit que d'un futile rassemblement corporatiste où l'on se congratule jusqu'à plus soif en se regardant dans le miroir, tout en se disant “ah, qu'est-ce qu'on est beaux et gentils, tout de même”.

Ou alors, pour les moins cyniques, indispensable, car il c'est une bonne occasion pour le poker Européen d'affirmer sa force et son originalité, tout en distribuant des bons points aux plus méritants.

Les deux options se valent. Enfin, je m'en fous, moi j'étais venu pour picoler et manger à l'oeil.

J'exagère un peu. Je me suis pointé au Club avec l'idée de faire connaissance avec Annette Obrestad (dont j'ai déjà longuement parlé içi il y a deux mois après sa victoire aux WSOP-Europe), et si possible prendre rendez-vous pour une interview qu'une grande publication sportive française pourrait eventuellement publier (un mec du ClubPoker m'a mis en contact avec la dite publication).

Annette se rendait à Paris forte de ses trois nominations aux Awards (révélation de l'année, meilleure “lady”, meilleure performance en tournoi) Au final, elle n'a remporté qu'une statuette (perf' en tournoi). Le jury s'est disputé un bon bout de temps (à huis clos, mais j'avais mes informateurs) pour décider s'il était souhaitable de donner plusieurs prix à la même personne (ce qu'Annette méritait amplement), et a finalement décidé contre. (Oui, c'est un autre truc qui décrédibilise n'importe quelle cérémonie de ce type : la quantité énorme de politique qui entre en jeu, et qui fait qu'au final, on ne récompense pas forcément le meilleur de chaque catégorie, préférant donner tel trophée pour faire plaisir à machin, vu qu'il ne l'a pas eu l'année d'avant, ou un truc dans le genre)

Bref, j'arrive au club les mains dans les poches, je jette un oeil au tournoi phare des EFOP en train de se jouer (un 5,000€ d'un niveau très relevé avec 90 joueurs dont Antony Lellouche, Mads Anderson, Patrick Bueno, Jerome Zerbib, Trond Heidsvig, etc...) et je tombe sur mon rendez-vous galant du soir, mon amie Madeleine Harper (nominée dans la catégorie “employé de casino de l'année” pour son excellent travail lors des tournois de l'European Poker Tour). Madeleine m'informe tout de suite : “J'ai parlé avec Annette, elle est d'accord pour l'interview.”

Hein ? Quoi ? Mais attends, j'ai rien préparé du tout, moi. Je pensais tout au mieux obtenir un rendez-vous. Une demi-heure plus tard, la championne Norvégienne est éliminée du tournoi et Madeleine me pousse dans sa direction. “Allez, vas lui parler.”

Et c'est ainsi que j'ai complètement improvisé un entretien avec la joueuse la plus en vue du moment. Je n'en menais pas large. Déjà que je suis naze en interview, mais là, sans avoir rien préparé, c'était encore plus stressant que d'habitude. Heureusement que j'avais pris mon dictaphone, quand même. J'ai piloté à vue, posant en vrac toutes les questions qui me sont venues à l'esprit. Mais Annette est très cool, elle à l'habitude des interview désormais, et c'est en vrai pro qu'elle répond à des questions qu'on lui a sans doute déjà posées 500 fois.


Avec Annette Obrestad (photo floue : Lolo/Clubpoker.net)

Le buzz média autour de la jeunette était des plus incroyables. Y'avait même des magazines genre Le Parisien ou Capital (M6) pour l'interviewer. Bon, autant être clair, tout ce cirque semble la faire royalement chier. Chose qu'Annette m'a confirmé pendant l'interview.

Les médias poker habituels étaient là aussi, bien entendu : LivePoker, Lolo du ClubPoker, les mecs de Card Player France, Eloi Relange...

On se dirige ensuite vers le restaurant de l'Aviation pour la cérémonie proprement dite. On mange d'abord, avec vin rouge et vin blanc sur la table, très bien, comme ça pas de jaloux. Madeleine demande un plat végétarien, et on lui sert trois pommes de terre avec des haricots, et du coup elle n'y touche pas. Le filet de boeuf en brioche est très moyen, heureusement qu'il y a le dessert. Puis la maitresse de cérémonie monte sur le podium dressé pour l'occasion, et la remise des prix peut commencer.

D'abord, la révélation de l'année. Le choix n'était pas facile entre Nicky Jedlica, Annette Obrestad, Soren Kongsgaard, Praz Bansi, Trond Eidsvig et Sandler Lyloff qui ont tous cartonné en 2007, alors qu'on n'avait jamais entendu parler d'eux l'année précédente. Personnelement, j'aurais voté pour Eidsvig ou Annette. Eidsvig a effectué une fin d'année phénoménale, enchainant trois tables finales majeures qui ont culminé avec une victoire épique à Amsterdam. Finalement, c'est Kongsgaard qui l'emporte. Le danois n'a pas démérité non plus, avec une belle troisième place à Monaco, deux victoires Européennes et des tonnes de perf' sur les gros tournois en ligne. Soren entame un speech, que j'ai résumé de la manière suivante dans mes notes, que j'ai sous les yeux en ce moment même : “bla bla bla bla”. Bon, c'est que ça devait pas être très interessant.

Passons ensuite à la meilleure performance en tournoi de l'année, et là, y'a pas à discuter, c'est Annette qui remporte le prix, avec sa sensationnelle victoire aux tous premiers World Series of Poker Europe (suivie d'une presque victoire à Dublin deux mois plus tard). Son sacre, amplement méritée, ne doit pas éclipser les autres nominés dans cette catégorie, qui ont probablement été écartés car ils ont déjà tous eu droit aux accolades de l'industrie dans le passé : Ram Vaswani (un bracelet à Vegas), Carlos Mortensen (le WPT à 25,000$), Bruno Fitoussi (2e place dans le HORSE à 50,000$). Ne restait qu'Alex Kravchenko (meilleur espoir il y a 3 ans, un bracelet plus la troisième place du Main Event cette année), qui a donc été logiquement sacré joueur de l'année quelques minutes plus tard. (devant Julian Thew, Carlos Mortensen, Andreas Krause et Roland de Wolfe)

Pour la catégorie “meilleur employé de casino de l'année”, je savais déjà que mon amie Madeleine Harper allait gagner. Mais apparemment, les organisateurs avaient passé la soirée précédente à la persuader qu'elle n'avait aucune chance. Elle fut donc sincèrement surprise et flattée quand on l'appela sur le podium pour venir chercher sa statuette, et j'ai bien crue qu'elle allait pleurer comme une... non, je ne vais pas faire un jeu de mot aussi naze, quand même. Une victoire amplement méritée, car si les tournois EPT sont si agréables à couvrir, c'est grâce au fantastique travail de Mad qu'on le doit.

Pour le trophée de la meilleure joueuse de l'année, Annette semblait, là encore, un choix évident, mais comme je l'ai expliqué plus haut, le jury a choisi de priviligier la diversité, et a donc offert la palme à l'Allemande Katja Thater, qui la mérite finalement amplement, avec plusieurs finales en 2007 et un bracelet aux World Series.

Enfin, deux récompenses symboliques ont été attribués, la première à Thomas Kremser pour l'ensemble de sa carrière (rien à dire, TK reste le meilleur directeur de tournois d'Europe) et à Rob Gardner, l'homme derrière la toute première emission de poker diffusée à la télévision, “Late Night Poker” (c'est nottament lors de cette émission que Robert Cohen a donné une leçon à Phil Hellmuth en 2002) C'était un trophée à titre posthume, car Rob est décédé d'un cancer il y a peu.


Les lauréats des European Poker Awards 2007, de gauche à droite : Tina Korpela en lieu et place d'Alex Kravchenko (joueur de l'année), Annette Obrestad (meilleure perf en tournoi), Katja Thater (meilleure joueuse), Jesse May (en lieu et place de Rob Gardner, à titre posthume), Soren Kongsgaard (à moitié caché, révélation de l'année), Thomas Kremser (pour l'ensemble de sa carrière) et enfin Madeleine Harper (employée de casino de l'année)

Une fois la cérémonie terminée, on peut enfin commencer les choses sérieuses au bar de l'Aviation, où les gagnants (et perdants) se retrouvent pour fêter ça dans la joie, la bonne humeur et les verres qui s'entrechoquent. On me présente à l'un de mes héros pokériens, l'Américain (désormais Européen) Jesse May. Il est un de ces écrivains qui m'ont donné l'envie de faire ce métier et qui a cimenté ma passion pour le poker. Son roman “Shut up and deal” reste la référence inconstestable en matière de fiction orientée poker. Et ses compte-rendus passionnés des World Series of Poker, bien avant la généralisation des sites de couverture en direct et l'encombrement maximal des salles de presse, m'avaient tenu en haleine à l'époque où je découvrais à peine le poker. (Archives consultables en cliquant içi) On a beaucoup discuté, comparant nos expériences respectives. Comme moi, Jesse a souvent accepté des reportages qui ne lui ont rien rapporté financièrement, mais qu'il ne se serait jamais permis de refuser, tant l'expérience en valait la peine.

Mickey, l'épouse de Jesse, une photographe bien connue sur le circuit, nous entraîne dans une tournée de téquilas frappées sur le comptoir, sous l'oeil amusé des barmans de l'ACF qui n'ont pas arrêté de servir des verres toute la soirée. Padraig Parkinson, pas du genre à rater une beuverie, est de la partie aussi. Les deux vidéastes de SikTilt.com paient leur tournée avec la régularité d'une horloge suisse, et tout le monde se retrouve éméché assez rapidement.

C'est le moment que choisit Eloi Relange pour me braquer une caméra droit dans les yeux et me demander mes impressions sur la cérémonie, dont un compte rendu sera diffusé lors de son émission “Studio Poker”. Ouch. J'espère qu'Eloi coupera au montage les passages les plus embarassants.

Ramzi Jelassi vient nous rejoindre vers une heure : à l'autre bout du Club, le premier jour du tournoi vient de s'achever. Il reste 36 joueurs et le Suédois est encore en course. L'occasion de reprendre une tournée, avec Jennifer Mason (nominée elle aussi, mais sans récompense hélàs), venue pour l'occasion avec son frère Ben. Il y a aussi une jeune fille sympa dont j'ai oublié le nom, qui travaille au Casino Cosmopol de Stockholm.

A quatre heures du matin, je déclare forfait, craignant la blessure. Le bar est presque vide. Jesse May et les SikTilt sont encore accoudés au comptoir et penchent dangereusement de droite à gauche. Bref, une chouette soirée entre gens bien, les amis. Ouaip.

***

Fabrice Soulier m'a ouvert les pages de son incontournable MadeInPoker. Je rejoins donc la talentueuse équipe de “Poker Faces” déjà en place (Nicolas Levi, Thomas Fougeron, ElkY...) pour une chronique bi-mensuelle. Chouette, un endroit de plus où étaler mes divaguations... Première fournée à consulter en cliquant içi.

***

J'ai commencé l'écriture du post que vous venez de lire samedi soir, en rentrant de Paris. Je l'ai poursuivie ce matin, dimanche, dans les divers trains et avions qui m'ont amené jusqu'à Prague. Et c'est dans ma chambre au Hilton que j'y mets le point final.Demain commence une toute nouvelle étape de l'European Poker Tour, içi en République Tchèque. Je couvrirai l'événement pour Winamax, et suivrai notamment leur Dream Team de joueurs (les Levi, les Lellouche, Mattern et tutti quanti), ainsi que le reste des joueurs Français en course. Je viens d'arriver, donc mes impressions sur la ville seront pour le prochain post. En attendant, je vais me reposer un peu avant la traditionnelle fête d'avant tournoi organisée par PokerStars (où, juré craché, je boirai de l'eau).

***

Récit des European Poker Awards par Madeleine Harper

2 commentaires:

http://leblogdupoker.free.fr a dit…

Benjo, t'es magique !
Toujours aussi bon ces petits reportages...
Merci 1 000 fois.

ManuB a dit…

Benjo chez les stars ! NH SIR