samedi 29 décembre 2007

Entre le boeuf et l'âne gris

On glande, on laisse les jours filer, et on se réveille un matin en se rappelant qu'on a un blog à mettre à jour. Voiçi donc, avec moult retard, un compte-rendu de mon séjour à Prague qui risque de sentir un peu le réchauffé. De préférence à passer au micro-ondes. Je vais faire court car je sais que vous vous êtes déjà bien empiffrés de dinde aux marrons ces derniers jours.

Ainsi, Arnaud Mattern a remporté l'étape Praguoise de l'European Poker Tour. Pour le scoop, on repassera, vu que c'était il y a déjà quinze jours de cela, mais il conviendra de noter qu'il s'agit de la première victoire majeure française depuis Jan Boubli à l'EPT de Barcelone, c'était en septembre 2005, ce qui ne nous rajeunit pas, vous en conviendrez. A titre personnel, je retiendrai que c'était la première fois que je voyais de mes yeux un compatriote remporter un titre. Ca fait quand même trois ans que je couvre des tournois de poker : il était temps.

A 28 ans, Arnaud Mattern devient le plus jeune membre du club des joueurs français titrés lors d'un tournoi majeur, un club très fermé dont on peut compter les membres sur les doigts de la main.



Cette victoire vient à point nommé, pour le dernier tournoi de l'année 2007. Durant les douze derniers mois, on a vu nombre de nos joueurs Français trébucher sur la dernière marche lors des grosses compétitions : ElkY à Copenhague, Farid Meraghni à Varsovie, Bruno Fitoussi à Vegas, Ludovic Lacay à Barcelone...

Bref, un vrai bonheur que de suivre de bout en bout le parcours et la victoire d'un excellent joueur, un ami de surcroît, ce qui ne gâche rien. Lors des EPT de Londres et Baden, Arnaud avait gracieusement pris le micro pour m'aider aux commentaires en direct, et j'avais été bluffé par la richesse de son analyse. Je n'ai donc pas été le moins du monde surpris de le voir aller jusqu'au bout à Prague.

C'est une partie d'école qu'il a nous délivrée durant cinq jours. Depuis le Day1, qu'il terminait avec trois fois la cave de départ, jusqu'à la finale, véritable test d'endurance, Arnaud a fait preuve d'une extraordinaire patience et d'une maitrise comme je n'en ai que rarement vu. Plusieurs fois, il a pris des coups et a du revenir de loin, mais il ne s'est jamais démonté. Là ou d'autres auraient craqué et livré leurs jetons sur un coup de dès, Arnaud est resté patient.. Une veritable ode à la solidité.

Pour le reste de l'histoire, consultez mon reportage sur Winamax en cliquant içi.

Comme je l'ai déjà écrit, j'aime bien quand mes potes gagnent des tournois car ensuite, on peut faire la fête jusqu'au petit matin. Après avoir bouclé compte-rendus, photos et vidéos, c'est au Duplex, un club branché du centre-ville, que j'ai rejoint les célébrations. Nicolas Levi et Arnaud avaient résérvé un espace VIP rien que pour leurs invités, sur un large balcon surplombant le dance-floor. Champagne, whisky, vodkas et autres joyeusetés arrivaient en flux tendu sur les plateaux des serveurs. C'était chouette. Il y avait là des amis du tandem Levi/Mattern tels que Shaun Deeb et Soren Konsgaard, des membres des médias : BlondePoker, PokerStars, et bien sur le reste de la Team Winamax, célébrant ensemble leur incroyable succès en à peine trois mois d'existence : trois tables finales dans trois tournois majeurs, culminant avec une belle victoire, comme un cadeau de Noël. J'en parlais il y a deux mois : la jeune génération est désormais bien en place, prête à tout rafler sur son passage, et Winamax peut se vanter d'avoir recruté quelques uns de ses meilleurs représentants.

Le reste des faits notables de mon séjour à Prague comprennent, liste non exhaustive :

#1 : Trois petites heures de ballade dans la capitale, froide et ensoleillée, le matin précédant la finale. La place de la Vieille-Ville et son marché de Noël, le pont Charles, la synagogue Vieille-Nouvelle, la Cathédrale St-Guy, je n'ai pas beaucoup de temps devant moi et enchaine les endroits les plus touristiques. Trois petites heures pour le moins bienvenues au milieu d'un tournoi qui ne m'a laissé que très peu de répit. Exceptés deux (excellents) restos et une boîte de nuit, je suis resté enfermé à l'hôtel Hilton toute la semaine.



#2
: Un sympathique tournoi organisé rien que pour nous journalistes. La troisième journée de l'EPT s'est terminée plus tôt que prévu, nous laissant quelques heures de libre pour nous asseoir et taper le carton. Je n'ai jamais touché autant de jeu en si peu de temps dans cette épreuve turbo au prix d'entrée de 20 euros. Et vas-y que je te dégaine les paires d'As, de Rois, de Dames, de Valets. Hallucinant. Tout passe, et j'élimine une bonne dizaine de mes 21 collègues inscrits à l'épreuve. J'accumule un tas de jetons impressionnant, mais finis par chuter en seconde place contre un collègue Allemand. Grr. Gain de 140€ tout de même.

#3 : Un incident bien navrant en salle de presse le jour de la finale. Peu avant le départ des hostilités, le collègue Allemand suscité debarque et annonce à la ronde qu'il s'est fait piquer son ordinateur portable la nuit précédente, contenant. Wow. Je les connais, nos amis teutons de Hochge Poker : ils ont l'habitude de rester tard en salle de presse après que tout le monde soit parti, occupés qu'ils sont à monter et mettre en ligne leurs vidéos. D'ailleurs, le soir du crime, je me rapelle bien leur avoir souhaité bonne nuit dans une salle de presse déserte, vers une heure du matin.

Bref, tout le monde est désolé et compatissant, ce genre d'incident est ultra-rare, en fait c'est la première fois que j'en suis témoin en trois ans, là franchement c'est pas de bol. Nos collègues Allemands partent mener l'enquête, et reviennent une heure plus tard après un entretien avec les vigiles de l'hôtel, tenant en main les clichés pris par les caméras de sécurité.Surprise, sur ces photos, on reconnait bien le visage du voleur qui se barre avec l'ordinateur sous le bras, son parcours reconsitué grâce aux caméras placées un peu partout dans l'hôtel : il ne s'agit autre que d'un joueur français ayant participé à l'EPT !

Là, ça devient carrément n'importe quoi. Avec mes collègues français, on s'interroge. Le joueur en question, on ne l'a jamais vu auparavant sur un tournoi pro. Inconnu au bataillon. Il a bien joué l'EPT, mais a sauté tellement vite que je n'ai pas eu le temps de raconter quoi que ce soit sur lui. Le jour du crime, il a passé la journée à traîner en salle de presse, n'hésitant carrément pas à squatter les ordis de mes amis de la Team770 sans gêne aucune. Enfin bon, on s'est douté de rien : des joueurs de poker qui passent en salle de presse, c'est courant, nous on était à mille lieux de se douter que ça allait se terminer comme ça.



Les Allemands obtiennent le numéro de téléphone portable du voleur, qui est bien entendu injoignable. La sécurité du Hilton, très efficace, contacte l'aéroport qui met immédiatement une alerte sur la tête du bonhomme : s'il essaie de quitter le pays par voie aérienne, il sera aussitôt interpellé par les autorités. Les Allemands, eux, sont prêts à faire un effort : si le voleur restitue le portable, il n'y aura pas de poursuites. La machine contient une année entière de travail et de documents, ayant bien plus de valeur que l'ordinateur en lui-même. C'est ce qu'explique Pierre (reporter Team770) dans un message laissé sur le portable du vilain : "Tu préfère venir rendre la machine et en rester là, ou te faire arrêter à l'aéroport pour un ordi d'une valeur de 1,000 euros ?".

Rien à faire, le mec ne rapelle pas. On refait plusieurs tentatives tout au long de la journée, sans succès. J'imagine que le voleur, après avoir écouté les messages sur son répondeur, a du tenter de rentrer en France par le bus ou le train.

A ce jour, je ne sais pas si mes amis Allemands ont récupéré leurs précieuses données. Ce que je sais, c'est que ce joueur français, dont on connait le nom, la tronche et la ville d'origine, est complètement grillé pour le reste de sa "carrière" dans le poker. Il ne pourra pas remettre les pieds sur un tournoi majeur du circuit sans se faire immédiatement repérer. Et tout ça pour un ordinateur portable qui va lui rapporter tout au plus quelques centaines d'euros à la revente. Des fois, je me demande ce qui passe par la tête de certains pour accomplir des actes aussi débiles.

#4 : Dans l'avion du retour vers Paris, discussion très intéressante avec Guillaume "Johny001" de la Gorce, un de nos meilleurs joueurs high-stakes français et membre de la Team Winamax. L'ami Johny est passionnant à écouter quand il raconte son parcours de pro, son ascension fulgurante sur les tables de cash-games en ligne, les périodes de doute et de malachance. Entre autres points marquants de notre longue discussion, nous tombons d'accord sur le fait que les joueurs serrure aiment le blackjack, tandis que les joueurs loose préferent la roulette. Une théorie que nous déclarons universellement valable après l'avoir vérifiée sur une bonne trentaine de joueurs connus du circuit. Arrivé à Charles de Gaulle, j'empoche 50€ contre Johny quand ma valise arrive avant la sienne sur le tapis roulant.

A très bientôt pour un post récapitulatif de 2007...

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