mardi 6 novembre 2007

Un dimanche à Paris

Allez hop, faisons le bilan de mon bref passage à Paris pour quelques tournois de poker. Si vous êtes préssés, voiçi la version courte : rien, nada, nib, que dalle.

Je débarque dans l'après-midi à l'Aviation Club de France. Lolo du ClubPoker m'a déjà acheté ma place. Le temps d'une petite omelette au bar, et de saluer Giorgio et Loorent tout juste revenu de Dublin, et le tournoi commence. 100€ l'entrée, 3,000 en jetons, blindes 25/50 pendant une demi-heure. A ma table, personne que je ne reconnais, et ça joue très sérré. A la pause, après 90 minutes de jeu, j'ai péniblement monté mon tapis à 3,500, ce qui n'est pas si mal vu que dix minutes plus tôt j'étais à 1500, payant presque l'intégralité de mon tapis à la rivière avec une paire de Rois, kicker pourri. C'est passé, le mec bluffait à poil complet, ouf.

Je reviens m'asseoir après les dix minutes de pause, j'enclenche l'I-Pod, et après une chanson et demie, je peux déjà l'éteindre : j'ai sauté. J'ai 99 en main, le flop est Roi-9-5, mon adversaire attaque la moitié de mon tapis : bien entendu, ma réaction est immédiate, j'envoie la couscoussière, j'entends “payé” tout de suite, j'annonce “brelan”, il me répond “moi aussi” et retourne une paire de Rois que je n'avais absolument pas vue venir. C'est très violent.

Bon, je fais quoi, je rentre déjà chez moi ou bien ? Il est à peine 18 heures, je sors mon portable et appelle Antony Lellouche histoire de boire un verre et/ou de chercher consolation. “Y'a un satellite pour le tournoi d'Amsterdam au Cercle Haussmann, tu veux le jouer ? Je t'inscris.”

Difficile de dire non à une proposition aussi généreuse. Et me voilà sautant dans un taxi, à la recherche du Cercle Haussmann où je n'ai encore jamais mis les pieds, pour un tournoi pas du tout prévu au programme. Pas de temps à perdre, la partie a déjà commencé. Arrivé rue de la Michodière, je penètre dans le classieux batiment, monte quatre à quatre les escaliers, remplis la fiche de membre du cercle, et rentre dans la salle de poker où Benjamin Lambert (dont je vous parlais hier, justement, quel timing parfait dis-donc) trône, assis derrière un bureau. Il y est depuis peu responsible des tournois et les échos sont ultra positifs.

“Salut Benjo, t'es déjà inscrit, on va t'amener à ta place”. D'un geste autoritaire, Benji appelle un membre du personnel qui me dirige vers ma table, où huit autres joueurs sont déjà en train de se fritter.

Première constatation : le Cercle Haussmann, c'est la méga classe. On me l'avait déjà dit, et force est de constater, le cadre en impose. De belles salles hautes de plafond, y'a de l'espace, c'est bien éclairé, c'est calme et le décor est tout ce qu'il y a de plus agréable, bref un endroit idéal pour une petite partie de poker.

Seconde constatation : j'ai affaire à une partie assez relevée, c'est pas l'EPT ni le WPT mais certainement le tournoi live le plus dur que j'ai jamais eu l'occasion de jouer, je m'en rends compte très vite. Ceci dit, j'en joue jamais, des tournois live. Les mecs passent des grosses mains préflop sans hésiter, ca mise bien, ca check/raise à tempo, on passe des couleurs si on se sent battu, on réflechit, c'est de la haute voltige, les "codes" chers à Bruel sont respectés (ha ha) bref je me demande où je suis tombé, j'ai pas l'habitude, moi, mais autant en profiter. Je reconnais plein de monde autour des tables, comme Stéphane Cohen, Haim Kakoun, Nordine Bouda ou Raquel Azran (redac' chef de LivePoker). A ma table, un beau line-up de mecs à qui on la fait pas : Patrick “Circus” Champagnol (figure incontournable des tournois hebdomadaires de l'ACF), Alexandre “Bidou Aces” Poulain (un pro de la roulette, finaliste à Copenhague cette année), Roger Hairabedian et Julien “Yuestud” Brecard, mon pote du marketing d'Everest Poker, le seul mec avec moi qui n'a rien à foutre içi, d'ailleurs il est sponso aussi pour ce tournoi (mais je décoooooonne Yu).

Pas le temps de m'acclimater, je dois m'asseoir de suite et commencer à jouer, prenant la partie en cours avec vingt minutes de retard. Je ne connais même pas la structure, le prix d'entrée, le nombre de joueurs, je déparque comme un touriste complet. On me renseigne autour de la table : 500€ l'inscription, 89 joueurs, 7 tickets pour les Masters Classics d'Amsterdam (comprenant le trajet plus l'hotel) La structure est très belle pour un tournoi en cercle, avec 3000 jetons de départ, des blindes qui commencent à 10/20 pendant trente minutes.

Pour une fois que j'ai la chance de jouer une belle partie, un peu chère, contre des joueurs expérimentés, ça fait plaisir. Malheureusement, mon tournoi s'est terminé en eau de boudin sur un coup typique de tournoi.

En voici le déroulement, n'hésitez pas à commenter :

Cinquième niveau du tournoi, les blindes sont à 70/140. Je n'ai pas réussi à monter un tapis, enfin si, mais je l'ai reperdu depuis, et j'ai donc toujours mon tapis de départ, soit 3000. Il ne reste plus que 50 joueurs environ, donnant une moyenne à 5,400. On est pas encore ashpyxié mais on s'en approche rapidement. Il est temps qu'il se passe quelque chose et que le croupier me serve autre chose que 8-3 ou Valet-6.

Tout le monde passe jusqu'au cutoff (traduction : le joueur avant le bouton) qui relance à 400. C'est un joueur plutot loose, qui rentre dans beaucoup de pots, et n'a jamais manqué une occasion de relancer avant le flop en fin de parole, comme maintenant. Il possède un bon tapis d'environ 8,000, donc il peut vraiment beaucoup de trucs possibles en main.

A sa gauche, mon pote Yu qui possède 2500 de tapis, relance à 1000. C'est, comme moi, un joueur amateur qui a pratiqué jusque là une partie des plus sérrées.

Roger passe sa petite blinde, et je soulève une paire de Dames depuis la grosse blinde. Mis à part une paire de Rois qui m'a rapporté que dalle, c'est ma première belle main en deux heures trente. Que faire ?

Yu vient de relancer presque la moitié de son tapis. J'ai la troisième meilleure main de départ possible du Hold'Em, et un tapis demandant un sérieux coup de boost. Je n'y reflechis pas très longtemps, et pousse mes 3000 au milieu, conscient que je n'ai peut-être pas le meilleur jeu mais malgré tout confiant en mes chances.

Le cutoff reflechit pendant une minute, durant laquelle je réalise l'erreur que je viens de commetre en observant Yu, qui n'a pas bougé d'un poil et attend patiemment son tour de parler. Un signe de force évident qui ne trompe pas, et effectivement, Yu paie rapidement après le fold du cutoff, annoncant : “j'espère juste que tu n'as pas les As”, en retournant, bien entendu, les Rois.

Le cutoff annonce avoir passé Roi-Dame, ce qui m'enlève une des deux cartes du paquet qui peuvent me sauver. Le flop est sans miracles, et, avec mes 500 restants, je saute le coup suivant avec As-7 contre le As-8 d'Hairabedian.

J'ai commis une grosse erreur que j'aurai le temps de ruminer durant le trajet du retour vers Lille. Certes, la surrelance à 1000 de Yu m'a intrigué, indiquant clairement de la force, et j'ai bien envisagé le fait que j'aurais pu être derrière. Mais je n'y ai pas réfléchi assez longtemps, concluant que j'avais quand même de bonnes chances d'être devant lui avec mes Dames, pour la raison que sa surrelance faisait suite à la relance d'un joueur large. Dans ma tête, Yu pouvait donc être en train d'essayer d'isoler son voisin. Que pouvait-il avoir dans ce cas ? Evidemment, AA et KK, mais aussi des mains que je battais : AK et JJ nottament, ainsi que QQ (bien que peu probable). D'où mon annonce tapis, en me disant que “c'est pas sur, mais y'a quand même des chances que j'aie bon.”

Ce que j'ai manqué de remarquer, c'est qu'avec la faible taille de son tapis (2500), Yu aurait envoyé tapis direct avec les trois mains suscitées, au lieu de surrelancer petit, préférant essayer d'empocher le pot tout de suite plutôt que de choper un mal de tête au flop. C'est ce que m'a fait très justement remarquer Antony le lendemain. Ici, la surrelance “commited” indique clairement une grande force, et même si j'ai un très beau jeu, les chances sont trop grosses que je sois déjà battu.

Conclusion : fallait jeter direct, y'avait trop à perdre et rien à gagner, mais bon sang que c'est dur à faire quand tu viens de patienter deux heures à la recherche d'un coup jouable.

Bon, c'est pas l'erreur du siècle (Rayan m'a dit qu'un fold içi aurait été très joli, mais qu'il aurait surement fait tapis la plupart du temps), mais quand on prend le temps de tout décortiquer, ca en devient tellement évident que j'ai honte d'avoir sauté comme un naze là dessus. Ca m'est arrivé des centaines de fois en tournoi : je suis patient pendant des heures, trop patient même, et quand finalement je trouve une bonne main, je m'emballe et la joue n'importe comment.

Seul point positif, j'ai sauté à temps pour courrir en Gare du Nord et choper juste à temps le dernier train pour Lille (en tout cas c'est l'excuse que je donnerai à ceux qui m'ont vu quitter le cercle à toute vitesse sans dire au revoir, avec l'air de vouloir tuer quelqu'un – sortie de tournoi typique à la Benjo). Ca m'a évité d'avoir à passer la nuit en cercle, où j'aurais surement enfilé une cagoule de première catégorie.

Gros coup de chapeau à Benji et son équipe pour l'organisation impeccable et son chaleureux acceuil. De beaux tournois accessibles à (presque) tous sont en préparation, on sent derrière le gros boulot d'un passionné, qui sait ce qui plait à nous les joueurs.

Et aussi, il faut le mentionner, gros coup de chapeau aux grands champions Français qui pensent que c'est une bonne idée de me sponsoriser dans des tournois (si ça peut te consoler Anto, t'es pas le seul à avoir déjà eu cette idée saugrenue)

En attendant, je suis pas qualifié pour Amsterdam, mais ca m'empêchera pas d'y aller faire un tour cette semaine, mon train démarre dans cinq heures. Rendez-vous sur Poker.fr dès demain pour la couverture en direct d'un des tournois les plus populaires d'Europe : le Main Event des Master Classics à 5,000€. Un tournoi où le casino rajoute de l'argent dans le prize-pool, vous-y croyez, vous ? Si, si, ca existe.

3 commentaires:

Anonyme a dit…

Salut Benjo !

Bravo pour ton blog et merci de nous faire partager ta passion du poker. J'ai bien ri en lisant ton avant-dernier post !

Concernant le tournoi à Haussmann, j'étais le type assis à ta gauche qui ta confondu avec Esfandieri. :-)
En ce qui concerne ta main - même si c'est toujours plus facile à dire après coup -, je pense effectivement que le fold était le meilleur coup. D'abord parce qu'avec un M de 15, ta situation n'était pas encore désespérée (avec un M de 5, tu n'aurais pas eu à te poser la question). Ensuite, et surtout, parce que Yestud me semblait être un joueur très solide, qui jouait peu de main et n'avait encore jamais surrelancé une main. La surrelance d'un tel joueur signifie donc en général AA, KK, QQ ou AK (et éventuellement JJ, mais peu probable car il se serait ainsi vachement commited dans le pot, le truc qu'on n'aime pas trop faire avec ce genre de main).
Bref, dans l'histoire tu avais deux chances sur trois d'être perdant à 20/80 et une chance sur trois d'être à 55/45.

Quoiqu'il en soit, bon courage pour la suite et continue de faire vivre ce blog !

Mizar2001

Anonyme a dit…

Modestement,

si j'ai bien compris le contexte je crois que le problème vient du fait que tu connaissais mieux ton adversaire que les autres joueurs à la table. Par conséquent qu'il relance à 1000 t'interpelle moins que si la relance venait d'un autre joueur. Comme tu le dis toi même ca joue serré-serré. Très probablement, tu aurais foldé (même si paire de dames c'est dur et chaque carte doit être aussi lourde à déplacer qu'une supernova) si la relance venait d'un inconnu.

As-tu ruminer le problème sous cet aspect en rentant vers Lille ?

-Joliaux-
;-)

Niko a dit…

Doucement sur les substances locales à Amsterdam Benjo...les commentaires du Master Classic sont de plus en plus fous à chaque heure qui passe, mais du plus en plus palpitants aussi !! Vivement le Day 2.

Keep it up !

PS : désolé j'ai pas trouvé où laisser un commentaire du coverage d'Amsterdam sur poker.fr je te le laisse ici.